‹ Deux histoires, 1772-1810Chapitre 37 sur 63 · MONTBARD, LK SOLDAT AUX GARDES · texte numérisé non relu

MONTBARD, LK SOLDAT AUX GARDES

avaient causé sa haine et ensuite excité ses sentiment* de vengeance contre Jacques Briot, niais ii ne concevait pas quelle influence pouvait avoir sur son sort actuel ces faits depuis si longtemps passés.

Reprenant courage, le duc dit à Pierre Herbin avec hauteur: « Finissons, monsieur... il est tard...

— Il est lard? Tu trouveras tout à l'heure qu'il est trop tôt !.. . répondit Pierre Herbin d'un air sombre. Procédons par ordre. Te souviens-tu... d'uo officier autrichien prisonnier à Dijon en 92, nommé Butler?. '..

— Je m'en souviens vaguement, dit le duc en pâlissant...

— Vaguement? Et Pierre Herbin sourit d'un air sardonique, et de sa fille Wilhelmine... t'en souviens-tu?

— Oui, dit le duc d'une voix brève et émue.

— Jacques Briot était passionnément aimé de Wilhelmine Butler, reprit Herbin, il l'aimait tendrement... Tu vis cette belle fille, tu en devins épris; elle te repoussa avec dédain... en te disant qu'elle aimait Jacques Briot... Tu juras la mort de ce malheureux... Tu as attendu l'occasion... lu as tenu ton serment.

— Ah ! cet homme... toujours cet homme ! s'écria le duc avec une sorte d'épouvante...

— Oui, toujours cet homme, répéta Pierre Herbin, et il ajouta d'une voix presque solennelle :

— Écoule, Jérôme Morisson... ni toi ni moi nous ne croyons à rien... tu es un ambitieux effréné. Tous les moyens te sont bons pour parvenir, tu as le cœur -desséché par l'égoïsme... tu as été un meurtrier juridique, la pire espèce de toutes, parce qu'elle est la

Iftf Ll COLONEL DB SUR VILLE.

plus ljteha. Sans être à ta hauteur.., je suis plutôt méchant que bon..* La pauvreté m'a- dépravé.., Quoique nous méprisions tous deux ce que les autres craignent et révèrent, tout scélérats que nous sommes, prosternons-nous devant certaines fatalités providentielles. Tu a» fait tuer Jacques Briot..* Eh bien! pat un concours de circonstances inouïes, c'est da la tombe de Jacques Briot que vont sortir tous les malheurs qui vont fondre sur toi... Tu as donc raison de dire avec effroi : « Toujours cet homme.,. »

M. de firacciano fut frappé des paroles de Pierre Herbin. Un pressentiment l'avertissait que quelque vérité terrible allait se dégager de ce chaos inextricable

Les événements de la journée, l'heure avancée de la nuit, la figure sinistre de Pierre Herbin, les souvenirs sanglants qu'il évoquait, tout concourait à augmenter la terreur involontaire du duc.

Pierre Herbin reprit d'une voix grave :

« Jacques Briot était pauvre. Le capitaine Butler, quoique pauvre aussi, lui avait refusé la inain de Wilhelmine; la malheureuse fille n'avnit écouté que son cœur. Trois mois après la mort de sou amant, elle mit au monde un fils. Ce fils a aujourd'hui dixhuit ans, ce fils... est Herraan Forster, ton secrétaire.

— Herman ! le fils de Jacques Briot ! s'écria le duc avec épouvante; Hecmanl

— Lorsque tu eus quitté Dijon pour venir accusateur public à Lyon... Wilhelmine Butler retourna à Viemie... Son père y mourut... Elle éleva. son fils sous le nom de Butler jusqu'au moment où un évé-

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sèment qné tu n'as pfts d'intérêt à connaître la forç a d'envoyer te fils en France sous le nom d'Herman Forster... Il y a de cela six mois environ... J'appris, pir hasard, qnè lu «va» besoin d'An secrétaire.. . Je lis tant de manœuvres souterraines que je parvins à faire admettre Herman Forster chez toi, sans que tu te sois un instant douté que ce beau cadeau te venait de ma main.

■^'Misérable!... s'écria le duc, vous agissiez ainsi dans l'espérance de me surprendre quelque secret d'État! Introduire dans mon intérieur un homme qui se croit sans doute le droit de me haïr, d'être mon ennemi mortel, sans doute, disait le duc en marchant à grands pas ; empoisonner l'âme de cet enfant par vos abominables calomnies...

*— Des calomnies!... Il te savait le meurtrier de son père... Je n'avais pas besoin de te calomnier.

— Mais c'est un tissu d'infamies... de ruses infernales !...

— Ah ! tu vois bien que tu avais raison de dire : Toujours cet homme //... Écoule encore, Jérôme Morisson... tu n'es pas au bout... Maintenant, laissons Herman Forster établi chez toi... comme ton secrétaire... Revenons à Montbard , que tu as fait aussi guillotiner, et qui a été la cause involontaire de la mort de Jacques Briot... Sais-lu qui était ce Montbard, monsieur le duc?

— Un ancien soldai aux gardes... Vous l'avez dit vous-même... Mais, terminons cette scèue, monsieur... Je suis fatigué... Demain, je pourrai vous entendre...

— Demain,., s'écria Pierre Herbin avec un éclat

de rire sauvage. .. demain ! et tu ne sais rien encore... Tu connais la cause, et tu ne connais pas encore l'effet. . . Toujours cet homme, te dis-je ; Montbard est la clef de l'énigme... Montbard n'était pas ce qu'il paraissait être... Montbard était un noble, un émigré rentrant sous un faux nom...

— Eh! que m'importe? s'écria le duc...

— Que t'importe?... que t'importe? J'aime à te voir dans cette sécurité... tout à l'heure, ton réveil sera plus terrible... »

M. de Bracciano regarda Pierre Herbin d'un air stupéfait; celui-ci continua :

« Montbard était un noble, un grand seigneur déguisé sous un nom de soldat... Dans ta précipitation à le faire condamner à mort, pour asseoir ton accusalion capitale contre Jacques Briot, tu ne t'es pas donné la peine d'examiner le dossier que voici... (Et Pierre Herbin montra les papiers qu'il tenait à la main.) Pourtant ces actes prouvent quel était ce Montbard... Et, maintenant, vois-tu, peut-être donneraistu ta fortune... pour anéantier ce document...

— Eh mon Dieu! dit le duc, avec plus d'impatience et de colère que de crainte , finissez, monsieur, et dites quel est cet homme... Tout ceci a déjà trop duré.

— Vois s'il n'y a pas une Providence ! répondit Pierre Herbin. Ce prétendu Montbard qui a servi de prétexte à la mort du père d'Herman... est...

— Parlerez-vous ? s'écria le duc hors de lui.

— Montbard... c'était le marquis de Souvry... c'était le père de ta femme! !... »

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