‹ Deux histoires, 1772-1810Chapitre 6 sur 63 · HERCULE-ACHILLE- VICTOR HARDI · texte numérisé non relu

HERCULE-ACHILLE- VICTOR HARDI

remplir les fonctions de greffier de l'amirauté de Fiessi rigne.

Mais, ainsi que le bonhomme Hardi, las de guerroyer, avait frouvé naturel de se reposer dans la personne de son fils, de même son fils, courbatu par le repos, las d'être resté trente ans devant son bureau, dans une immobilité de sphynx, trouva naturel de vouloir se précipiter au milieu de la vie de périls et de hasards qu'il avait toujours rêvée, dans la personne de son fils, notre héros.' Il lui donna tout d'abord les noms héroïques et triomphants dHorcule- Achille-Victor. Dès son enfance il le destina à la carrière des armes. ^

Mais, par suite de cette fatalité qui se plaisak toujours à mettre obstacle aux résolutions de la famille Hardi, les goûts pacifiques de notre héros furent aussi opposés aux vues belliqueuses de son père, que les goûts belliqueux de son père avaient été opposés aux vues pacifiques de son grand -père.

Il n'y avait pas dans Flessingue un adolescent plus candide , plus timide , plus inoffensif. Craintif à l'excès, Hercule-Victor Hardi n'avait osé, de sa vie, dire à son père Téloignement invincible qu'il ressentait pour l'état militaire.

Lui montrant le portrait du bonhomme Hardi . peint par un élève de Vander Mulën , émorioné, cuirassé, botté, éperonné, tenant à la main un glaive démesuré, et fièrement campé sur un grand cheval noir, le greffier disait souvent à notre héros :

«Brave Achille, vaillant Hercule, comme ton grand-père tu seras capitaine, et intrépide capitaine ï n'est-ce pas? »

14 AVENTURES D'HERCUlE HARDI.

Puis, Sans attendre la réponse de son fils, le greffier ajoutait à la dragonne :

m Oui, ventrehleu î tu seras un valeureux capitaine ; car sans cela, tête-bleue î sang-bleu ! corbleu!... je te maudirais ! ! »

Hercule tremblait alors de tous ses membres, baissait les yeux, et ne répondait rien, silence obstiné que son père ne manquait pas de prendre pour un consentement tacite.

Hercule était, selon le greffier, un de ces hommes courageux, mais froids, concentrés, peu démonstratifs et jamais bravaches, parce qu'ils ont la conscience de leur intrépidité ; de ces gens qui, méprisant les dangers vulgaires, n'atteignent toute l'héroïque élévation de leur courage qu'au fort des périls les plus extraordinaires.

Ce n'était pas tout : le belliqueux greffier, caressant toujours son illusion chérie, s'abusait non moins étrangement sur le physique d'Hercule.

Il fallait l'entendre expliquer, commenter, traduire la constitution chélive, la maigreur, les formes anguleuses, la taille frêle, l'air placide et gauche d'Hercule, et jusqu'à son embarras auprès des jeunes filles.

Il fallait l'entendre interpréter par ce signalement formidable la faiblesse négative d'Hercule :

« Ce garçon- là, mille bombardes! n'est pas de ces masses pesantes et inertes qui ne peuvent se mouvoir et que la moindre fatigue essouffle ! né pour la guerre et pour les fatigues, trempé comme l'acier, il est tout nerf et tout os. Ce n'est pas tout : ainsi que les hommes de grande race militaire, il H

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les épaules rondes, il est pâle comme le prince d'Orange, il est maigre comme le grand Frédéric, il est blond comme l'électeur de Saxe, et, comme la plupart de ces grands capitaines, il fuit un sexe qui pervertit les âmes les plus fortes, qui amollit les plus indomptables caractères. Béni soit .enfin le ciel de ce que Hercule-Acbille Hardi soif fait pour relever le nom belliqueux des Hardi, qui en moi et malgré moi était, bêlas! tombé de lance eu quenouille! »

Dès qu'il eut quinze ans, Hercule, par les ordres de son père, s'adonna aux exercices militaires; on doit dire qu'il y déploya une maladresse aussi particulière qu'opiniâtre.

En tirant au mur, il avait eu l'inconvénient de crever un œil à son maître d'escrime. Les armes à feu furent aussi fatales entre ses' mains : en visant à la cible, il se retourna maladroitement vers le maître du tir pour lui parler, son coup partit, et sa balle laboura les côtes de cette nouvelle victime.

« Voyez-vous, avec son calme et son air froid, comme il a l'instinct du carnage ! s'écria le greffier en extase devant son fils. Ce ne sont pas, morbleu ! des semblants de dangers, ce ne sont pas seulement des jeux guerriers qu'il lui faut, mais bien de véri tables et de bons coups d'épée, de véritables et de bons coups de mousquet. A l'un il crève l'œil, à Vautre il laboure les côtes. Oh! Achille! oh! Hercule! oh! Victor le bien nommé! tu feras reverdir les lauriers de ton grand-père ! » ajouta le greffier avec exaltation.

Lorsqu'il eut l'âge d'entrer au service, le greffier acheta une commission d'enseigne pour son fils.

!« AVEMTIIES D'HMUTLE HARDI.

Le jour où il lui annonça celle héroïque nouvelle, il le mena devant le portrait du bonhomme Hardi, et, décrochant la rapière du vieux capitaine, il dit à son fils d'un air solennel :

a Voici l'épée:.. , la vaillante épée de votre grandpère, mon fils. Ne la tirez jamais du fourreau sans raison; mais ne l'y remettez jamais que teinte du sang des ennemis de votre pays ou du votre. »

Hercule reçut l'épée en soupirant, et Iff mil à son côté avec une muette résignation.

Hercule apprit , tant bien que mal, l'école de . l'officier d'infanterie. Les soldats de son peloton curent à lutter longtemps contre leur envie de rire, en voyant la figure hétéroclite de leur enseigne. Peu à peu ils s'y habituèrent ; et comme, après tout, Hercule était le meilleur homme du monde, ils finirent par l'aimer assez.

Les officiers de son régiment , après s'être amusé* de la simplicité du fils du greffier, qui fut quelque temps leur plastron, le laissèrent en repos, touchés de sa placidité stoïque qu'ils prirent pour du sangfroid et de l'originalité.

Tel était, au physique et au moral, Hercule- Achille- Victor Hardi lorsqu'il fut mis en fuite par Follette, génisse favorite de Berthe, la laitière.

Nous suivrons le pacifique enseigne dans la maison paternelle, qui va être le théâtre d'un événement ioatfeu'u.

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