‹ Deux homonymes du XVIIe siècle:Chapitre 1 sur 17 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

La Fortune, cette déesse qui préside au bonheur et au malheur, et que les Anciens représentaient aveugle, tnontre cependant, dans certaines circonstances, une grande clairvoyance. A des centaines de kilomètres de distance, elle a su 7nettre en relation deux « amateurs de belles-lettres »^ comme on disait au XVIl^ siècle, dont le champ d'investigations préféré se trouvait circonscrit à l'époque de la littérature française si intéressante et relativement si peu connue qui va de la fin du règne de Henri IV aux débuts du règne de Louis XIV, en passant par le règne agité de Louis XIII, c est-à-dire, pour préciser les dates, de 1605 à 1660.

Saint-Amant a été ainsi l'objet d'une étude spéciale, qui avait nécessité bien des recherches, et cependant de nouveaux documents sont venus éclairer certains points restés obscurs de son existence, documents qui seront 7nis en lumière, dans une notice biographique qui précédera la publication de ses « Œuvres choisies ». Or, en collationnant avec un soin minu' lieux les Recueils de Toussainct du Bray et d'autres éditeurs de 1607 à 1660, pour s'assurer qu" aucune pièce «■du bon Gros » n'y avait trouvé place, les deux « chercheurs » ont été attirés

par roriginalilè et la perfection des vers de François de Maynard que, successivement, à partir du Parnasse de i607, ces recueils présentent au lecteur. Leurs in c es ti gâtions se sont alors tournées vers le Président d'Aurillac et ils sont arrivés à cette conclusw7i qu'une édition vraiment critique de ses poésies restait encore à faire ; en outre un fait particulier a tout spêcinlement attiré leur attention, &ed l'attribution à François de Maynard, par M. Gaston Garrlsson, d'un volume de vers qui n'est et ne peut pas être son œuvre. Aussi avant d'enireprendi'C le travail très considérable d'une nouvelle réimpression des poésies complètes de François de Maynard, il leur a semblé opportun d'élucider cette question préjudicielle, et de publier 7G pièces y^ecueilUes dans les divers recueils du temps^ pièces qui peuvent être considérées comme à peu près inédites, puisqu'elles ne figurent ni dans les « Œuvres » publiées par le poète lui-même en 1646, ni dans l'édition donnée en 1885-1888, par M. Gaston Garrisson. Toutefois des considérations de bienséance ont nécessité deux tirages, certaines épigrammes de Maynard, un peu trop libres d'allure, ne figurent en entier que dans un nombre restreint d'exemplaires, dans les autres le premier vers seulement a été inséré.

Montauban — Le Vésinct, 14 avril 1899.

Deux homonymes du XYIl^^^^ siècle, François Maynard et François Menard,

Deux siècles et demi après la mort de François Maynard, président an Présidial d'Auriliac, l'un des membres fondateurs de l'Académie Française, une édition définitive de ses Qùivres est encore à faire. En rectifiant quelques erreurs, en rétablissant quelques omissions, en complétant ce qui a été dit sur ce poète remarquable, nous n'avons garde ni de méconnaître les travaux de nos devanciers MM. Prosper Blanchemain et Gaston Garrisson, par exemple, ni l'intention de leur reprocher de n'avoir pas entièrement épuisé le sujet. L'histoire des personnages qui ont laissé leur trace en littérature ou en politique, est, comme celle des peuples, l'œuvre des hommes et du temps. 11 faut savoir réunir les documents épars, les rapprocher, les soumettre à une critique sévère, rendue par un travail d'ensemble plus facile et plus sûre. En ce qui concerne François Maynard, s'il est nécessaire de distraire de son (Euvre Poétique une partie que l'édition la plus récente de ses poésies, celle de M. Gaston Garrisson (1885-1888, 3 vol. in-12) lui attribue à tort, il est non moins intéressant de lui i^estituer de nombreuses pièces qui sont encore à peu près inédites.

Le nom de Maynard, avec divei^ses variantes d'orthographe était assez commun au début du XVlP"'e siècle, et on peut constater de IGIO à 1620, l'existence de quatre auteurs : Maynard, ou Mainard, Menard ou enfin Meinard, tous portant le prénom de François, qu'il

n'est pas possible de conlondiv' ontro eux, bien que le norn de chacun présente en ceitaines circonstances, une ou plusieurs divergences d'ortlio^iraplie.

Fran«.ois Maynard, disciple de Malherbe, né à Toulouse en 1582, mort à Sainl-Céré le 28 décembre iOi(î à l'ài^e de 64 ans est le plus connu de ces quatre personnages ; le second : François Menard était Avoiit en Cour de Parlement de Toulouse et du Présidial de Nîmes, et il nous est pour le moment impos.>ible de préciser la date exacte de sa naissance et de son décès ; h» troisième : François Meinard, frison, né en 1570, meut en 1(523, Professeur à l'Université «le Poitiers est l'auteur diiii ouvrage qui fit beaucoup de bruit en son temps, le « Rcgicidium dcledatum » de 1610 ;(1) enfin le quatrième : François Menard (2), dont nous ignorons la vie était parisien, il a laissé deux pnèmes imprimés qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale, le premier : « /Etcrnœ tnemoriœ generosiss, 2)^'i^icipis Leonorii Aureli, ducis Fronssiaci monumcntum » pièce signée Francise. Menard, sans indication de lieu, ni de date, mais de 1622 d'après le catalogue, in-i» L n 27, 8066 ; le second : « Liidovico XIIJ Rupellanâ expeditione redeunti panegyricus a Francisco Menard », sans nom d'imprimeur (Paris 1628) in-8», L b 36, 2710.

De ces quatre François, nous ne retiendrons ({ue les deux premiers et nous démontrerons qu'il ne peut s'établir aucune confusion entre leurs fpuvres. C'est en se reportant aux sources et en établissant un historique indiscutable des poésies du président d'Aurillac encadré dans sa très brève biographie, que le petit problème littéraire que nous venons de poser sera facilement résolu.

(1) Ffnnrols Mi'innnl. s<is rolations el ses jinblioalions de 1600 â 1623. par Th. Durnxîq rrofi-s-^Hir à 1.1 fiiciill.' Uo Droit de Paris, in-8«, P.iiliors, Riais, Roy et Cie Imprimeurs,

(2) I^'s Inléii'ssaiil-; in.'-miiiris de l'abl)!- de Marolles mettent l'-nalement sur la liaee de Ce \UM:iif latin. Dans h- « Dénombrement où se trouvent les noms de ceux qui m'ont donné kMirs Livres, on i|ui m'ont honoi-é extrêmement de leur civilité », Mai-olles cite : • Monswnr .Mennrd, ani-ien maire de Tour.s, pom* son Livre de ChronoloRie. Ce personnaRe «■■ivant a liennroup de rerlicrclies de l'antiquité et a fait de beaux Vers Latins, plusieui-s dewpiels ont W' estimés de ,M. Caulmin qui s'y connaissait parfaitement. » Mémoires de MkhH d«' .Miirollcs. al»ln' di- Villeloin, avee des rjoles bistoriques et critiques, 3 voliunes, ln-12, \ ,\m«.terd.-im, 17.V., Tome Ml.

- îi -

La plus ancienne biographie que nous possédions de FrançoU Maynard, ou plutôt de François de Maynard, (1) est celle que lui consacre Pellisson, dans sa relation contenant Tllistoire de l'Académie Française publiée en 1003. Elle nous apprend que ce poète appartenait à une très bonne famille du Quercy. S.)us le règne de François 1, < en un siècle où les lettres ne commençaient qu'à renaître en France », son aïeul Jean Maynard, de Saint-Céré (aujourd'hui chef-lieu de canton du département du Lot), se fit remarquer par l'étendue de ses connaissances et publia sur les Psaumes des commentaires estimés. Géraud Maynard, fils du précédent, Conseiller au Parlement de Toulouse, auteur d'un Recueil d'Arrêts, précieux volume de jurisprudence (|ui a fait autorité jusqu'à la Révolution, eut deux enfants, l'ainé lui succéda dans sa charge de conseiller et mourut très jeune, le second, François, montra de bonne heure autant de goùL pour la i)oésie que pour les études juridiques.

En l605, François Maynard fut présenté à la Cour par des amis de son père, notamment par Pierre-André Hurault de l'Hospital, et son frère Guy Hurault de l'Hospital plus tard archevêque d'Aix. Ces deux gentilshommes étaient en faveur auprès de Henri IV, par suite des services que leur père avait rendus au Déarnais. C'est ce que nous appx^end Maynard lui-même dans une lettre à la marquise de Choisy, fille de Pierre-André Hurault : « Vous me représentez au naturel le portrait de M. votre père qui

{i^ Vers 16'i0, >faynard i-éiJ<)iidait à M. de FlutLe : « Vous me demandez mon nom et mes qualités, mon nom est François de (sic) Maynard ; pour des seigneiu-ies mes pères ne m'en ont point laissé, et les muses m'ont empêché d'en acquérir. »

Ces cahiers manuscrits l'enferment entre autres pensées remarquables, celle-ci r(iii témoigne de la délicatesse et de l'élévation de ses sentiments : « J'aime beaucoup mieux que la noblesse de ma race commence par moi, que si après l'avoir reçue de mes aïeux, je l'avais flétrie par mes lâchetés. » Lettres biographiques sur François de Maynaid, par M. d*> Tabonissp-Rochefort, Toiiloiise, 1846'.

a été mon premier prnlectenr. (1) » Attaché à la princesse Mar^îuerite de Valois comme Secrétaire des Commandements et de la musique de cette reine, épouse divorcée de Henri IV, il se lia intimement avec « Roi^nicr dont il devint le camarade et il fut aimé de Desportes », (2) ce qui ne l'empêcha pas de se montrer le disciple assidu de Malherbe, venu lui au.-si à la Cour en 1C05, suivant l'affirmation de Racan dans ses mémoires. L'ardeur poétique du jeune Toulousain Sf donna libre carrière dans la société de ces lieaux esprits et en iOOl, il publia neuf pièces de vers (dont deux non si^rnées), stances et chansons, dans un Recueil collectif : Le Parnasse da plus excellcns poètes de ce temps. A Paris, chez Matbieu Guillemot, au Palais, en la gallerie des prisonniers, 2 vol. in- 12. Le nom du poète est orthographié Maynard et les neuf pièces sont intitulées : L Victoire de la Constance ; IL Regrets d'une grande dame sur la mort de son serviteur ; IIL Stances sur le même sujet ; IV. Sur la mort de l'excellent sculpteur Pilon ; V. En faveur de Franciane. Stances ; VL Chanson ; VIL Chanson ; VlII. Assurance de fermeté. Stances ; IX. Plainte d'inconstance. Stances. Les € Regrets d'une grande dame sur la mort de son serviteur ♦ et les € Stances sur le même sujet > permettent de préciser que Maynard, en 1600, était déjà Secrétaire de Marguerite de Valois, puisque l'événement auquel elles font allusion n'est autre que l'assassinat du chevalier de Saint-Julien, écuyer et amant de l'exreine, tué en i6^G par un autre des gentilshommes de sa maison. M. Gaston Garrisson dans son édition de Maynard, écrit sur ce fait particulier : « On dit que Marguerite fournit elle-même le sujet à Maynard qui était son secrétaire ; quelques-uns ont même prétendu que les vers étaient de la reine »,(3) mais il n'apporte aucune preuve à l'appui de cette dernière assertion. La petite cour de Marguerite de Valois, qui « s'ébattait dans les jardins du Pré-aux -Clercs > (4)

'D Ix-llrv CC.XXXIV. .'•.lition lfA3. I>cs loUrcs Hii pr.sl.lpni py. Mayn.irH, A P.iris. rhez ToiiHsainrl Du Uray, in-V. |i'ii liiill.

(2) RelêUon ronlonniil rhisloir<> do VAcmlt-mlo Fiançaiso, par Pi-lllsson.

|3, Œtivros pfM'lIfnio* (|p François (lr> Maynard, piibli<5«?s avpr notice et notes par fla^toti C«n1s<i«n. Tomn II, paRp .T11.

(4) Dps dé|>f)rt<'m.'nt< dp Marinme Marguerite, Paris, 1«VI6, ln-12, chez Tonssainrt Du Br»y,

où elle habitait alors, ne péchait pas par excès de rigorisme, si Tonen croit une publication parue peu de temps après sa mort, qui décrit « son lit mollet et de soie bleue incrusté d ivoire, où, folle femme elle aimait à s'étendre, par les grandes chaleurs du jour, selon la mode de Gascogne, avec un beau cavalier qu'elle prenait au hasard dans les pages ou dans les clercs d'université qui passaient leur vie chez les taverniers et les cervoisiers. » (1).

Une remarque importante s'impose sur les pièces du Parnasse des plus excellons poètes de ce temps, les premières avouées par Maynard. Le jeune poète a complètement brisé avec Ronsard et son école. Dans les quatre cent trente vers dont elles se composent, on ne retrouve aucune des licences que se permettaient les poètes de la Pléiade. Il y avait un certain courage à rompre ainsi avec les trîtditions, car Régnier « le rare neveu de Desportes, » (ti) au dire de Saint-Amant, et le dernier défenseur de Ronsard, traitait fort lestement les scrupules de la nouvelle école qui avait Malherbe pour chef, et les ridiculisait dans les vers suivants ;

Cependant leur savoir ne s'étend seulement

Qu'à regratter un mot douteux au jui,^ement,

P'-endre garde qu'un « qui » ne heurte une diphthongue,

Epier si des vers la rime est brève ou longue.

Ou bien si la voyelle à l'autre s'unissant

Ne rend point à l'oreille un son trop languissant. (3).

Satire IX, vers 53 et suiv.

Maynard était un des disciples favoris de Malherbe ; nous citons Pellisson : « J'estime à propos de rapporter aussi sur ce sujet, trois passages assez curieux, où il est parlé de lui et de son génie pour les vers, dans les mémoires que M. de Racan a écrits sur la vie de Malherbe. Il avouait (M. de Racan parlait de Malhei'be) pour ses écoliers les sieurs de Touvant, Colomby, Maynard et de Racan ; il

(1) Des dépoiteinenls de Madame Marguerite, Paris, 1010, iii-1'2, cliez Tùussainct Du Bi'ay, libraire imprimeur.

(2) Œuvres coinplètes de Saint-Amaul, Edit. Livel, Tome H. La Polonaise, à Tliéandre.

(3) Œuvres complèt'-s de Mathuriii Régnier, avec, les commentaires revus et corrigési précédées de Thistoire de la satire en France, pour servii- de discours préhminaire, par M..YioUet Le Duc. APaiis, chez P. Jaiinet, libraire, 1853, iu-\2.

en jugeait (liversenionl et disait en termes généraux que Tuuvant faisait fort bien les vers, sans dire en quoi il excellait ; que Culomby avait fort bon esprit, mai^ qu'il n'avait pas le génie de la poésie ; que Maynard était celui qui faisait le mieux des vers, mais qu'il n'avait point de force et qu'il s'était adonné à un genre d'écrire auquel il n'était pas propre, voulant dire Tépigramme, et qu'il n'y réussirait pas. Pour Racaii «lu'il avait i\c la force, mais qu'il ne travaillait pas assez ses vers ; que le plus souvent pour mettre une bonne pensée, il prenait de trop grandes licences, et ([ue de ces deux derniers on ferait un grand jioète. — Et en un autre endroit : 11 s'obstina, (il parle toujours de M. de Malberbe) avec un nommé M. de Laleu à faire des sonnets licentieux, dont les quatrains ne fussent pas sur les mèuics rimes. Coloudiv n'en V(juli:t jamais faire, et ne les pouvait appi'ouver. lïaïaii eu lit un ou deux, mais ce fut le |)remi r qui s'en ennuya. A la fin aussi M. de Mallieibe s'en dégoûta, et il n'y a eu que Maynard de tous ses écoliers, qui a continué à en faire jusqu'à sa mort. — J'ajouterai à ce passage qu'il est vrai non seulement que Maynard fit de ces sonnets licentieux jusqu'à la mort, mais encore qu'en ses dernières années où je l'ai connu, il les soutenait partout et déclamait contre la tyrannie de ceux qui s'y opposaient. Qu'il se fâchait même, quand pour défendre son opinion on alléguait l'exemple de M. de Malherbe, disant qu'il n'en avait pas besoin, qu'avec la raison et avec sa propre autoiité il se trouvait assez fort ; et qu'enfin personne ne le pcjiivail empéchei de faire des épigrammes de quatorze vers. — Le dernier des trois passages est tel ; Au commencement que M. de Mallierbe vint à la cour, qui fut en 1G()5, comme nous avons déjà dit, il n'observait pas encore de faire une pause au troisième vers des stances de six, comme il peut se voir en la « Prière » qu'il (ît pour le lloi allant en Limousin où il y a deux ou trois stances où lesensest emporté, et au Psaume « Domine dominus noster», en celte stance, et [M'ul-élreru quehjues autres, dont je ni' me snnviens |)oinl à présent : « Sil.il que le besoin excite son désir » etc. Il demeura toujours en celle négligence pendant la vie de llenri-le-Grand, comme il s • voit encore en la pièce qui commence : «Que n'étes-vous lassées», en la seconde stance, dont le premier vers est : < Que ne cessent mes larmes » (ju'il fil pour .Madame la Piincesse; et je ne sais s'il n'a encore continué celle négligence ju-sques en 1612, aux vers qu'il fit pour la place Kojale. Tant y a que le premier qui s'aperçut que

cette o' servation était nécessaire pour la {terfection des stances de six, fut Maynard ; et c'est peut-être la raison pourquoi M. de Malherbe l'estimait l'homme de France, qui savait le mieux faire des vers. D'abord Racan qui jouait un peu du hilh et aimait la musique, se rendit en faveur des musiciens, qui ne pouvaient faire leur reprise aux stances de six, s'il n'y avait un arrêt au troisième vers. Mais quand M. de Malherbe et Maynard voulurent qu'aux stances de dix, outre l'arrêt du quatrième vers, on en lit encore un au septième, Racan s'y opposa et ne l'a jamais presque observé. La raison était que les stances de dix ne se chantent pas, et que cj^uand elles se chanteraient, on ne les chanterait pas en trois reprises : c'est pourquoi il suflisait bien d'en faire une au quatrième. Voilà la plus grande contestation qu'il a eue contre M. de Malherbe et ses écoliers, et pourquoi on a été prêt de le déclaier hérétique en Poésie » (1^ Ces divers passages de Racan, où Maynard est traité d'écolier de Malherbe sont à retenir non seulement parce qu'ils nous renseignent sur les relations qui existaient dès 1GÛG entre les deux poètes, mais surtout par la connaissance qu'ils nous aonncnt des discussions prosodiques qui s'élevaient au sein de la nouvelle école.

On ne rencontre pas de pièces nouvelles de Maynard dans les recueils collectifs, publiés de 1607 à lt)14, pas même dans le Nouveau Recueil des plus beaux vers de ce temps, \609, du libraire Toussainct du Bray qui donnera de iG15à 1631 toutes les poésies du Président d'Aurillac. Nous en avons cependant découvert une dans les pièces liminaires de» « Vers Lugubres et spirituels de Louys de Chabans, ('2) sieur du Maine, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roy. A Paris, chez Toussainct du Bray^ Rue Saint Jacques aux Espies meurs, et au Palais, en la gallerie des Prisonniers M. D. G. X I » et, chose curieuse, cette poésie signée Mainard est accompagnée d'un sonnet de Malherbe. Ce voisinage établit les relalionrs des deux poètes avec le gentilhomme ordinaire de la chambre du l>oy.

(1) Pellisson. Histoire de l'Académie.

(2) Louis de Chabans, sieur du Maine, fut tué eu duel. i>u. [wur mieux dire, assassiné par TEiiclos le père de Ninon le 26 décembre 1632 à Paris. Suivant Ménage, le baron de Chabans d"abord aide de camp, puis ingénieur dans les armées de Ki-ance, avait passé en»uile au service des Vénitiens. Tallemant qui liu a coiisarn'' cjnol.ini's li^'nes dit qu'il portait lépée mais qu'on l'accusait d'avoir été violon on jouteur ■!'' Iiilh. Il >'st aus'ii ijiieslion de lui dans les liislojres tragiques de (.:iaude .>laliii-ri'.

Les secondes poésies imprimées deMaynard se trouvent égalemetit dans un recueil collectif dédié par de Rosset à très illustre, très excellente princesse Madame Louyse de Lorraine, de Guyse, Princesse de Conty : Les Délices de la Poésie française ou Bectieil de» plus beaux vers de ce lewps. A Paris, chez Toussainctdu Bray 1615 in-8**. Le privilège est du 27 novembre 1fU4. Les pièces de Maynard occupent d'abord les pages 827 à 871 et ensuite les pages '.)6t à 992. Les pages 827 à 871 reproduisent sept pièccssur les neuf qui avaient déjà paru dans le Parnasse en 1()07 et en donnent cinq nouvelles : Une ode à ll4'nry-le-rirand, des stances aux Dames et des stances pour ballet, Les Amadis au Roy, L'rgande à la Reine, les Amadis à Madame sœur du Roy, qui devaient avoir été composées à l'occasion des fêtes destinées à rehausser l'éclat des mariages de Louis XI \' avec Anne dAulriche et de Philippe IV avec Elisabeth de France (1 . Le récit de ces faits historiques est rapporté avec amples développements dans une publication de l'époque, aujourd'hui assez rare et intitulée : « Brief discours de l'échange de Madame l'Infante, et des belles, notables, magnifiques et somptueuses cérémonies des épousailles. » Paris 1014, chez Toussainct Du Ri"ay, in 8^".

A la page 961 des < Délices de la Poésie française » on lit

(1) n existe plus de cent pièces de vers sui- l'iieiireux liyméiiée de Louis XllI et d'Anne d'Autriche, et de Pljilipi)e IV et d'Elisabeth de France, adressées aux jeunes époux. Du reste, dès 1612, depuis les négociations nouées entre les coui-s de Paris et de Madrid, les esprits étaient très pivoccupés de ces mariages royaux, et, de toute une série de broctiures en vers et en prose publiées à l'occasion des fêles célébrées pour ces alliances, que l'on iKjuriiiit citer, voici les principales :

RiVeption faite dans le Louvre au duc de Pasli-anas, Paris, i612, in-12. Melalion de ce ipii s'est passé sur l'arrivée de MM. les ducs de Mayenne et d'.\iguillon en lilspaRue |>our l'acx'omplissenient des mariages de Louis XIII et de l'infante d'Espagne, Paiis, I»tn-and. 1(!12. in-8«.

Le Portrait du tri*s-chi-étien i-oi de France Louis XIII, par Claude Oamier, traduit de rimes rranvois«>s en pnjse espagnole par César Oudin, Paris, Durand, 1612. in-8». \a' Tiioiiiphe royal, Paris, 1612, in-12.

«'^miK'ratnl.ition au |ieuple françols sur l'alliance de la Franco et de l'Espagne, Paris, 1612. in-8-.

I^'s alliances myales et réjouissances précédentes les mariages des infans de France eld'EspagTn', Lyon 1612, in-8».

Ij^ K»mix de joie de la France sur l'alliance de son roi avec l'infante d'Espagne Lywn. 1612. in-H<.

1^ H.-lx.nM. fl.. C.iiérin i Maître f'.nill.nume et la Itéjoui<s.ince des Dieux sur les ftlILinret niyal.->. Paris, 1612. Ili-Kv

lys Ailnl.-v du mariage do don Philippe d'E>.p.i>:ii<> <'| de .MaJujnc Elisabc-tb de France, •rrél'-* l" 'Jtt «orit u,i2. i-'lite luyxhure in-18. l'ans 1615.

l'Advis au Lecteur suivant : « Tu as cy-devant d'autres vei's de M. le Président Maynard. On a tout freschement recouvré ces pièces. Elles ne démentent point l'estime que les beaux-esprits font de ce bel esprit. » Au début du XYIP""" siècle, la « carrière du bel esprit » désignait la carrière des lettres et ce mot n'avait pas alors l'acception défavorable et moqueuse que lui a donnée l'abus qu'on en a fait en le prodiguant à des écrivains médiocres et maniérés.

Après cet «advis », suivent vingt-sept pièces nouvelles soit quatre pièces diverses, stances pour une absence, d'autres stances sur le même sujet, stances pour une des plus merveilleuses beautés de France, et un manifeste, sept sonnets dont l'un adressé à Malherbe, enfin seize épigrammes sur des sujets divers.

Maynard avait déjà quitté Paris en 1(314 et s'était marié dans son pays natal avec demoiselle Gailharde de Boyer, ainsi que le prouve le sonnet suivant, l'un des sept que contiennent « les Délices de la Poésie française : »

Auprès du grand Henry, de qui les debtinées Jusques à l'impossible ont porté les efforts, Sous l'espoir d'acquérir du nom et d3s trésors,

J'ai passé de mes ans les plus belles journées !

A la lin des faveurs aux indignes données, L'envie ingénieuse à faire des rapports, La malice au dedans et l'amour au dehors, Ont mes ambitions de la Cour délournées.

Retiré chez les miens, sans peine et sans désir, J'occupe maintenant mon honnête loisir Après les actions ou la vertu m'excite.

Apollon bien souvent m'appelle à son conseil Et me promet qu'enfin le bruit de mon mérite Fera le tour du monde, ainsi que le soleil.

Ce sonnet établit également que Maynard regrettait très vivement la cour et qu'il n'avait accepté qu'avec dépit sa nomination au siège de président au Présidial d'Aurillac, nomination qu'il devait, sans doute, à sa protectrice Marguerite de Valois qui mourut peu de temps après (27 mars 16L5).

I II autre soiniet du luéiiie recueil de loi.'), cuiiliime ce que l'on sait déjà de l'iiilluence exercée par Malherbe .sur Maynard :

C'est avecque tant d'art, Malherbe, que tu ranges Tes divines chansons, qu'on ne sait rien de mieux ; Et l'elfort d'un mortel est trop audacieux Qui, sans trembler de crainte, étale tes louanges.

Il faudrait emprunter l'éloquence des Anges, Et ce que leur musique a do plus gracieux, Pour dignement hausser ta gloire dans les cieux, Qui lait priser la France aux provinces étranges.

Beaux lauriers, cultives de la main des neuf sœurs,

Que vous êtes heureux d'honorer les douceurs

De ces vers que l'Kurope en ses marbres imprime :

Leur rtiérite est si grand au jugement de tous

Que, si la vérité peut se dire sans ciime,

Ainsi que les humains, les Dieux en sont jaloux.

Dans sa retraite en Auvergne, le président Maynard voulant asseoir son renom fie poète « bel esprit » sur une œuvre plus solide que les poésies fugitives des recueils collectifs de 1<)07 et iCAo composa alors un long poème en stances, qu'il intitula Pfi'dandre, de la manière de a le Sireine de M. d'Urfé (1) et des Changements de la bergère Iris, de Lingendes. » (2) La première édition de ce poème ne parut j»as à Paris, le litre porte : « Le Ph'ilandre de Fi-nnçoh Maipvird. TouriKtn, die/. Claude Michel, l(il!t. iii-1'2, » mais il est cei'lain qu'il fut bien accueilli, puis(jue en peu de temps on en donna deux nu trois éditions : 1620 à Lyon, chez Claude Chastellaid ; 1620 à Lyon également, chez Simon Rigaud ; 1623 à Paris chez Mathurin Hénault. Le Philandre se compose de cinq livres de stances de six vers de huit pieds, le premier livre comprend cent vingt-quatre strophi's, If livre second (juatre-vingt-six stro|)hes, le livre troisième également quatif-vingt-six strophes, h' livre qnaliième cent seize

(I H<Mi.iiv (I II !.•. .iiil.Mir lin ,hK'|jih khii.iii <!•• I Av|i..'. iii.ii( i-ri ltii">, âgé île 5« ans, (2; Jean tlv l .lu^-uûv», lie à Moulina, mort en l«Hi.

strophes, enfin le livre cinquième quatre-vingt-trois strophes, soit ensemble près de 3000 vers.

Le succès de Philandre classa définitivement Maynard parmi les poètes en renom, aussi tient-il une place très honorable en 16i*6 (ou 1627) dans une importante publication de cette époque qui n'était qu'une forme nouvelle des Délices de 1645, 1618 et 1(320, le Recueil des plus beaux vers de Messieurs de : Malherbe, Racan, Monfuron, MaynarJ, Bois-Robert, VEstoile, Lingendes, Touvant, Motin, Mareschal et autres des plus fameux esprits de la cour^ par le commandement de Monseigneur le comte de Moret. A Paris, chez Toussainct du Bray, rue Saint-Jacques, aux Espics meurs, 162G (ou 1627) avec privilège du Roy. Ce recueil était dû, ainsi que l'indique le titre, aux soins d'un jeune prince ami des lettres, Antoine de Bourbon, comte de Moret, fils naturel de Henri IV et de Jacqueline du Beuil, comtesse de Moret. De la page 261 à la page 440 et de la page 870 à la page 87G, se trouvent cent trois pièces nouvelles de Maynard, dont cinq non signées, qui se décomposent ainsi : treize odes, onze pièces diverses, et soixantedix-neuf épigrammes.

Trois ans pins tard, Toussainct du Bray mit au jour une seconde édition plus complète du recueil de 1626 sous le titre Recueil des plus beaux vers de Messieurs de : Malherbe, Racan, Maynard, Bois-Robert, Monfuroyi, Lingendes, Touvant, Motin^de CE^toileet autres divers atiteurs des plus fameux esprits de la cour, reveuz, corrigez et augmentez, Paris, Toussainct du Bray, 1630, in-S». De la page 265 à la page 495 et de la page 871 à la page 874 qui se trouvent en double, figuient soixante-trois pièces nouvelles de Maynard, dont cinquante-deux épigrammes, onze pièces diverses Odes et Stances au Roi Louis XIII, à la Reine mère du Roy, à Monsieur le Prince, au duc de Savoye (1) et une chanson des Bergers pour un ballet.

Au verso de la page 496 on lit : « l'Advertissement au lecteur » que voici : « Parce que dans les vers de Monsieur de Maynard, il s'est

(1) L'ode au duc de Savoye, quoiquelle figure à la table du Recueil de 1030, a été supprimée dans presque tous les exemplaires, et elle a été remplacée par un carton qui contient des pièces du sieur Du Mas. Cette suppression a certainement été exigée par Richelieu et cela poiu- des i-aisons politiques, car cette ode n'a jamais été réimprimée dans aiicime des éditions postérieures des recueils de Toussainct du Bray (1638 et 1642; et on ne la retrouve pas non plus dans les Œuvres de Maynard 1646 ln-4e.

glissé quelques fautes notables que l'on n'a pu corriger ; je te prie (le prendre à ):vé de les voir marquées à la fin de ce livre. Quelque soin que Ton ait apporté en cette impression, Ton n'a peu tout corri;,fer exactement, il faudroit que les autheurs fussent les Imprimeurs eux-mesmes. » « Du Bray. »

et le volume se termine par un errata des « Fautes survenues en l'impression des vers de Monsieur de Maynard. »

Ainsi en 1G30, Maynard, qui, quoique président à Aurillac résidait beaucoup plus partout ailleurs qu'au siège de son Piésidial et venait assez fréquemment à Paris, avait publié dans quatre recueils, deux cent huit pièces diverses. Trois pièces nouvelles parurent encore en l(iS3 dans ". Les Nouvelles Muses des sieurs Godeau, Chapelain, Haf/erl, BarOy Racan, l'Estoile, Ménard, Destuavets, Malevile et autres. A Paris, chez Robert Bertault, au Palais en la Gallerie des Prisonniers 1633, in-S». de deux parties, page 1 à 119 y compris le titre et page 1 à 45. Ce volume fut réimprimé en même temps sous un autre titre et un autre format : Oda au Roy, Paris, 1633, in-4". Les deux éditions contiennent l'une et l'autre de Maynard, une petite pièce de dix vers, non signée, adressée à « Monsieur de Baulru, Introducteur des Ambassadeurs », et deux Odes (1) dédiées à Monseigneur le Cardinal duc de Richelieu, la première de vingt strophes de dix vers de huit pieds, dans laquelle il célèbre la politique du redoutable ministre, et la seconde sur « l'heureux succès du voyage de Languedoc » de vingt-quatre strophes également de dix vers de huit pieds, dans laquelle il es.saie d'apitoyer sur son sort le cardinal qui le tient éloigné de la cour :

Pour moi qui connais la malice

Dont ton mérite est combattu,

Kt qui veut te faire justice,

J'éterniserai ta vertu.

Je défendrai ta renommée

Contre la raye envenimée

De ceux qui l'osent assaillii ;

Bien i|ue, loin des yeux de mon Prince,

Tes mépris me laissent vieillir

Sous les lochers de ma provini'e.

(^)<>^ (l»'iix oj^s y^r i-<-U<>uvviil rtiiic' ilaiis le Sncrifla rf-.s Hust'x au firund Cardinal de litclielieii. \ Pari),, rhez S<}ba.>>U<-ii Ci-amoisy IKfô in-'f ; Tautie dans le Pantasse Royal iOXj iii-4'.

-fi-

Dans ce recueil de 1633, pour la première fois, le nom du poète est orthographié sur le titre Menard, mais dans le corps du volume les deux odes sont signées Maynard, comme dans les quatre autres recueils précédents et dans les diverses éditions du Philandre. Ces pièces sont bien du président d'Aurillac, puisqu'il les reportera en 1646, avec des changements considérables, il est vrai, dans la seule édition donnée par lui-même de ses œuvres poétiques.

En 1634, François Maynard trouvant qu'il n'avançait guère, malgré ses cinquante-deux ans et ses odes élogieuses au cardinal de Richelieu, profondément affligé en outre, par la perte d'un fils aîné qui lui donnait les plus belles espérances, « alla à Rome, auprès de M. de Noailles, ambassadeur pour le Roi. » Là, suivant Pellisson, il fut particulièrement connu et aimé du cardiiïal Rentivoglio, le plus bel esprit et le meilleur écrivain que l'Italie ait porté au XVIP'"*' siècle, et le pape Urbain VIII, qui prenait plaisir à s'entretenir souvent avec lui de belles choses, lui donna de sa propre main un exemplaire de ses poésies latines. Pendant le séjour de Maynard en Italie, ses amis de Paris ne l'oublièrent pas, et lors de la fondation de l'Académie Française, on le désigna un des premiers pour faire partie de cette illustre compagnie, il y occupa le IXl'"'c fauteuil.

Revenu en France, brouillé avec son protecteur. Monsieur le marquis de Noailles, et pour ce motif, plus mal accueilli que jamais à la Cour, Maynard crut avoir le droit de se plaindre à grands cris de sa mauvaise fortune, ce que constate Pellisson : « Il ne fut pas moins connu ni estimé en France (qu'en Italie) des plus grands : mais sa fortune n'en devint pas meilleure ; les plaintes continuelles et peut-être excessives, qu'il en fait dans ses écrits, ne le témoignent que trop. Il fut nommé d'abord, comme vous l'avez déjà vu, pour être de l'Académie. Mais le cardinal de Richelieu ne lui fit jamais de bien, et ce fut en partie, comme j'ai ouï dire à quelqu'un, parce qu'il aimait qu'on ne lui demandât rien, et qu'on lui laissât la gloire de donner de son propre mouvement. Tant y a qu'il rebuta cette belle épigramme de lui, qui commence : « Armand, l'âge affaiblit mes yeux, » et même, à ce que l'on dit, fort brusquement, contre sa coutume. Car ayant ouï la fin qui dit :

Mais s'il demande à quel emploi Tu m'as occupé dans ?e mcîide;

Et quels biens j'ai reçus de toi :

Que veux-tu que je lui réponde ?

Il répondit en colère : < Rien. » Cela fut cause des vers que Maynard fit contre lui après sa mort (1). »

Tandis que le poJte perdait ainsi son temps et ses soins, parut, pour la première fois, un volume spécial de ses poésies sous le titre de : Pièces nouvelles de Monsieur de Maynard. A Tolose, par Arnaud Colomiez, imprimeur ordinaire du Iloy et de l'Université. 1638, in-lG, de cinquante-six pages, pas de feuillets liminaires. Ce petit volume était imprimé par les soins d'un ami de Maynard alors que le poète était à Paris, mais sans son autorisation. Il contenait trente-quatre épigrammes dont une de M. le comte de Clermont, plus une ode à son ami et eonfident de Flotte et une dédicace de quatre vers. Dans son ode à de Flotte, Maynard renouvelle ses lamentations sur l'injurieux oubli dont il ne prenait pas aisément son parti :

Crois-tu que les beaux-esprits Qui suivent ton jeune prince.

Respectent les cheveux gris D'un Horace de province ?

Après les vers ajustés Des Stances ressuscitées Que toute la Cour embrasse, Un rimeur vieux et gascon Ne saurait de bonne grâce Paraître sur Uélicon.

L'Age affaiblit mon discours ; Et cette fougue me quitte, Dont je cliantais les amours De la reine Marguerite.

C'est en vain que je prétends De plaire aux polis du temps Trouve bon que je me taise.

Tout Cft que j'ai d'auditeurs Est de ce règne où Nervèze (1) Fut le roi des orateurs.

Cette publication sur laquelle comptaient les fidèles de Maynard pour relever les affaires du poète n'eut aucun heureux effet. Le seul avantage qu'il en retira fut que « l'Académie des Jeux-Floraux de Toulouse sur la demande de ses amis et sans qu'il eût remporté au concours les fleurs de Clémence Isaure, sans uième qu'il eût envoyé à la Compagnie une pièce de vers, lui décerna par un vote du 3 mai 1638 (Gazette de Renaudot) une Minerve d'argent, que les Capitouls, exécuteurs des décisions de l'Académie, ne lui donnèrent jamais. » (2) Quoiqu'habitué aux mécomptes, Maynard ne put supporter cette injustice, et il s'en plaignit vivement en 1C44, dans les vers suivants :

L'astre qui mesure le temps A six fois mûri la vendange Depuis le moment que j'attends Votre Pallas du Pont-au-Change.

Si le peuple est trop indigent Par les dépenses de la guerre.

Gardez votre image d'argent Et m'en donnez une de terre.

Cette « Pallas du Pont-au-Change » démontre que le don était d'une Minerve et non d'un Apollon, bien que Pellisson écrive : « Deux personnes de qualité de Toulouse, d'entre les Juges des .Teux-Floraux, m'ont assuré avoir vu dans leurs Registres que c'était un Apollon. » (3).

Le poète toulousain assista, sans recueillir les faveurs qu'il se croyait en droit d'espérer, à la mort de Richelieu et à l'élévation du cardinal Mazarin sous la régence d'Anne d'Autriche. Dégoûté du

(1) Antoine de Nervèze, né dans le Poitou vers 1570, mort api'ès 1622. Avocat et littérateur médiocre.

(2) Œuvres poétiques de François de Maynard, publiées avec notice et notes pai* Gaston Garrisson. T. II, Notes p. XXII.

(3) PeUisson. Histoire de VAradémi'».

métier peu lucratif de courtisan, il abandonna la Cour et se retira pour jamais dans le Quercy, assurait-il à ses amis. Cependant cette retiaite n'était pas définitive ; en dépit de ses déceptions constantes, la capitale l'attirait comme mali^ré lui :

Je traîne ma vie en langueur, Loin de ces belles galeries.

Dont l'incoraparable longueur A joint le Louvre aux Tuileries.

J'airae Paris, et celte amour Me fait souvent verser des larmes :

On trouve dans ce beau séjour Tout ce que la vie a de charmes.

Et il revient sur la même idée dans une autre épigramme :

Quand dois-je quitter les rochers Du petit désert qui me cache, Pour aller revoir les clochers De Saint-Pol et de Saiut-Eustache.

Pari.^ est sans comparaison, Il n'est plaisir dont il n'abonde ; Chacun y trouve sa maison, C'est le pays de tout le monde.

Apollon, faut-il que Maynard, Avec les secrets de ton art, Meure en une terre sauvage ;

Kt qu'il dorme après son trépas, Au cimetière d'un village Que la carte ne connaît pas ?

Maynard fil un voyage à Paris en lGi3, au début de la régence d'Anne d'Autriche, et < c'est là que Pellisson l'a vu et connu. > Ce nVUit pa»; seulement pour y rechercher la faveur du pouvoir nouveau, mais auc-ii dan« le l>ut fie réunir on un «enl volume ses po«^sies éparses

dans les recueils qui viennent d'être signalés, celles plus récentes, qui, suivant la coutume et l'expression du XYII^™'' siècle, circulaient « sous le manteau » et enfin ses dernières productions complètement inédites. Il avait pris, du reste, tout le temps nécessaire pour le choix de ses œuvres poétiques, ses amis avaient dû à maintes reprises réchaulTer son zèle peu actif et lui reprocher sa pare>seuse négligence, c'est ce qui ressort clairement d'un pa-sage d'une lettre à de Flotte, dont la date se rapporte aux premiers jours de Janvier 1041. Mais Maynard ne réalisa son projf.'t que cinq années après, en publiant : Les Œuvres de Maj/navd. A Paris, chez Augustin Courbé dans la petite salle du palais, à la Palme, l(i40, avec privilège du Roy, in--^", portrait, 13 fl, liminaires y compi'is le titre eti38i p., le fl. 57-5S est double. Certains exemplaires ont une dédicace au cardinal Maztrin, d'autres une dédicace au chancelier Séguier et la même variété se présente dans les pièces liminaires : soit une épitre de Scarron ou une épitre de Bois-Robert. Le Privilège du Roy est du 15 Janvier de l'an de grâce 1046, Maynard y reçoit le titre de « ami et féal conseiller en nos Conseils d'Etat et privé .... dont le mérite nous est connu et les services très agréables », et l'Achevé d'Imprimer porte la date du t5 juin 1640.

Cette édition se compose d'un choix de poésies revues et corrigées et c'est la seule donnée par Maynard lui-même. En outre de l'Epitre de Scarron ou de celle de Bois-Robert, elle contient une préface < sur les vers de Monsieur Maynard » par Monsieur de Gomberville, un sonnet « licentieux » du poète lui-même, une Ode latine « ad Franciscum Maynardum , Virum amplissimum , Poetam clarissimum », signée P. Bourdelotius (I), une épigramme latine « Sub Persona Authoris ipse loquitur » et un distique « Iti effigiem

(1) p. Bourdelot. Dans son « Dénombrement » déjà cité, l'abbé de Marolles s'exi)rnne ainsi sur ce Pierre Bourdelot et son oncle : k Jaan Bourdelot, personnage savant, autant qu'il était accort et civil en toutes choses, pour ses Observations sur Peli'one. Il en a fait aussi sur Lucien. Janus Cecilius Frei lui dédia ses deux Paranymphes merveilleux. Pierre Bourdelot, son neveu, Docteur en médecine, abbé de Massé, pour diverses poésies latines et françaises qui font assez connaître la vivacité de son esijril, qu'il égale à son grand génie pour la connaissance des choi'?s naturelles, et po ir la guérison des maladies. » Mémoires de Michel de Mai-oUes, T. III p. 2i3. Jean Bonilelnt fut ni:iitre des Requêtes de Marie de Médicis et mourut en lfi:H, son neveu Pieiiv né en -1610, fut médecin du Roi,

Authoris ipse loquitur, » signé Franciscus Guietus (1), une petite pièce latine « Ad Lectorem, » signée I. Peyraredus (2), un sonnet de Tristan, une petite pièce latine « Viro clarissimo domino de Mavnard, b signée P. Tausianus (.'») Bastidœus Lautrecius Avitanus, enfin une dernière pièce latine^ signée Clarolus Maynardus. Francisci Filius. Ensuite viennent une Epitre de l'Auteur à son livre et deux cent soixante-six pièces diverses sur lesquelles quatre-vingt-quinze avaient déjà [)aru et cent soixante-onze étaient imprimées pour la première fois. Ces cent soixante-treize pièces nouvelles (y compris l'épitre et le sonnet) se décomposent ainsi, quatre-vingt-six épigrammes et quatre-vingt-sept sonnets, odes, etc., etc.

Les œuvres du poète reçurent hon accueil des beaux-esprits de la Cour, mais Tavantage matériel que Maynard retira de ses dédicaces lui parut mince. De Séguier. il ne reçut que le titre plus honorifique que lucratif de « Conseiller en les Conseils d'Etat et privé du Roy, » alors qu'il aurait voulu, ainsi que l'apprend Balzac (4), que le chanc<?lier qu'il appelle « Solon > donnât quelque emploi grassement pavtf «au prêtre de la déesse Thémis. » Du cardinal de Mazarin, il n'obtint qu'un don de mille livres, d après la note suivante de Pellisson : et Naudé dans son Mascurat, page 237, dit que la Préface de ses poésies valut à l'auteur mille livres données par le cardinal Mazarin. » (5) Alors désabusé définitivement des vanités mondaines, Mavnard quitta Paris à la fin de l'année 1646 et se retira à Saint- Céré, où il mourut presque subitement le 28 décembre, peu de jours après £on arrivée. (6) Ses amis étaient loin de s'attendre à une fin

(1) L'abbé de Maroll.'s parle aii-;>i dans sou «DéiioinbremeiU» de ce poète lalin : » Fratifois Guiet, Angevin, iwiir qiielijiies vers latins ; son Térence s'est imprimé depuis sa mort et M. Ménage est déiwsitaire des autres Livres corrigés de sa main. » Mémoires de Michel de Marolles, T. III p. 2i)2. — Françxjis Guyet ou Guiet, né à Angers 1575, mourut en 1655.

(2) Jean l'eyrarède figure également dans le « Dénombrement » de Marolles : « Jean Peiraréde, de Guyenne, d'où il s'appelait Nobilis Aquitanus, (jour ses observations sur Térence ; et |v)in' s<*s Hémistiches latins achevant des Vers de Vii-gile imparfaits, dédiés à U Sérénissinie l'.hristine de Suède, où il a joint d'autres vers. » Mémoires de .Michel de Marolles. T III, page 33r>.

(3) Ce personnage m.ilgré nos re<horches nous est resté jusqu'à présent complètement lnc<.niiu.

(4) Letixe à Glia|)elain, 12 décembre ICfô.

(5) Hisloir<! de l'Académie.

(6) M. Ga.slon Ganisson a donné la copie de l'acte d'inhinnation de François de Maynard, estraile des registres de l'etat-clvil de Salnt-Céré, sou* la date du 30 décembre 10'i6.

si prochaine que rien ne leur faisait prévoir, et Pellisson, qui l'avait personnellement fréquenté, le dépeint ainsi : « Quant à lui, il était homme de honne mine, tel à peu près que vous le voyez dans la taille douce de ses poésies.

M. de Balzac a dit de lui :

Consule Fabricio dignusque numismate vultus.

Sa taille n'était pas des plus grandes, et il devint assez replet sur la fin de ses jours. Il était d'une humeur agréable en conversation, aimant extraordinairenient la réjouissance et la bonne chère, mais pourtant homme d'honneur et bon ami. » (i)

Après la mort de Maynard, quatorze pièces inédites de lui parurent encore au XVIl'"™'^ siècle, dans les ouvrages suivants : Le Nouveau lieciieil de divers Rondeaux. A Paris, chez Augustin Courbé, dans la petite salle du Palais, à la Palme, 1650, in-12, renferme sept rondeaux de Maynard, dont six : Contre une vieille qui prétendait à son amour, contre l'ingratitude du siècle, pour Monsieur le cardinal Mazarin, pour une réconciliation, contre un ignorant qui entr(.*preprenait un docte écrivain, sont signés et le septième : Il est passé, il a plié bagage, ne porte pas de signature mais est indiscutablement de ce poète. Les AJgulli Menagii Mlscellanea. Parisiis, chez Courbé, in-4'>, 1652, donnent à la page 109, un sonnet de Maynard. La Belation contenant Vhistoire de V Académie française {^av Pellisson), 1653, in-8", cite le fameux quatrain : Las d'espérer et de me plaindre. Dans les Poésies choisies de Messieurs Corneille, Benserade, Descudéry, Sarrazin, Bois-Roberty Colin, Maleville, de Monlereuil. Chevreau, Ménard, Vignie^^ Petit de Jusmj, Maucroy, du Perier, seconde partie. A Paris, chez (Jharles de Sercy, au Palais, dans la salle Dauphine, à la Bonne Foy couronnée, 165 i, avec Privilège du Roy, se trouve une pièce : Les malheurs du mariage, virelay. Sur le titre de ce Recueil, le nom du poète est orthographié Ménard, c'est la seconde et dernière fois que cette constatation est à faire. Le Recueil des poésies' chrétiennes et diverses dédié à Monseigneur le Prince de Conty, par M. de la Fontaine. A Paris, chez Pierre le Petit, 1(571, 3 vol. in-12, contient au Tome I un madrigal et deux sonnets, et au Tome II, un sonnet de Maynard, qui n'avaient pas encore été imprimés.

(1) Histoire de rAcacléinie.

Il consent d'Indiquer pour compléter les sources que dix pièces d.' Nfaynard ont paru à diverses dates dans le Cabinet Satyriqw, et sept autres pièces dans le Parnasse Satyrique.

En résumé, comme poésies de Maynard publiées au XVIle'"» siècle, nous possédons quatre cent trente-deux pièces diverses et un poème, dont les sources originales et chronologiques se répartissent ainsi :

Le Parnasse 1*J07 neuf pièces,

Vers spirituels de Louys de Chabans 1611 une pièce.

Les Délices 1615 trente-deux pièces,

1619 Le poème de Philandre,

Le Recueil des plus beaux vers 1627 cent trois pièces,

id. 1630 soixante-trois pières,

Les Nouvfîlles Muses 1633 trois pièces,

Pièces Nouvelles 1638 trentre-quatre pièces,

Les Œuvres 1646 cent soixante-treize pièces.

Nouveau Recueil de divers rondeaux 1650 sept pièces,

yEgidii Menagii Misce'.lanea 1652 une pièce, La Relation contenant l'histoire de

LAcadéniie 1653 une pièce,

Poésies choisies de MM. Corneille, etc. 1654 une pièce. Recueil de poésies chrétiennes et

diverses 1671 quatre pièces.

plus celles publiées dans le Cabinet Satyrique (dix pièces) et le Parnasse Satyrique (sept pièces) qui n'ont pas été données dans les Recueils ci-dessus, soit ensemble 449 pièces et le Philandre.

Il faut ajouter que la plupïrt de ces pièces furent imprimées de seconde main dans les nombreux Recueils de vers de cette époque, qui tous se montrèrent très friands des poésies de Maynard, ainsi qu'on pourra s'en convaincre dans la Table bibliographique annexée à cette étude.

Maynard ne méritait pas moins d'être connu comme prosateur que comme poète. Il eît facile de s'en assurer par la lecture de ses Lettres que son plus intime ami (de Flotte) publia après sa mort, et c qu'il n'avait pas faites, à mon avis, dit Pellisson, pour être imprimées. On peut dire néanmoins qu'elles ne lui font point de tort ; car on y voit partout la netteté de son esprit, et ce style simple et familier que demande ce genre d'écrire. » Cette publication n'eut ieu (juc six ans après la moit du poète, sous ce titre : Les lettres

du Président Maynard, à Paris, chez Toussainct du Bray, 105^, in-4<» portrait. Le privilège est du 3 septembre 1G51, et l'achever d'imprimer du 26 février 1652. L'ouvrage est précédé de quatre pièces liminaires, signées de Racan, Sc.irron, Tri--lan L'hermite et Guillaume Golletet.

Le XVIlI^n^e siècle eut beaucoup trop à faire pour s'occuper activement de poésie et par conséquent de Maynard, toutefois le nom et les œuvres de ce poète figurent avec honneur dans plusieurs importantes publications de cette époque : La Bibliothèque poétique ou nouveau choix des plus belles pièces en vers de tout genre depuis Marot jusqu'aux poètes de nos jours, par Le Fort de la Morinière, Paris, Briasson, 1743, 4 vol. in-4o, et dans d'autres compilations de cette nature.

11 appartenait au XIX**"^® siècle de rendre plus de justice aux précurseurs de notre poésie lyrique, aux poètes du XYI^^^e siècle et du début du XVII«me^ que ne l'avaient fait le XVlII^me siècle et la seconde période du XVIIème^ trop bien disciplinée par Despréaux, le sévère Législateur du Parnasse, A plusieurs reprises, Sainte-Beuve a reconnu les qualités de Maynard et l'a presque égalé à Malherbe. Après lui, un esprit délicat, M. Prosper Blanchemain, séduit par la pureté harmonieuse du vers de Maynard, entreprit de tirer ce poète d'un injuste oubli, et il lui consacra successivement quatre réimpressions. Il fît paraître d'abord : Les Priapées de Maynard. publiées pour la première fois d'après les manuscrits, et suivies de quelques pièces analogues du même auteur, extraites de difîérents recueils. Freetown (Genève), Imprimerie delà Bibliomaniac Society, 1864, in-12. Les contemporains de Maynard connaissaient ces pièces de vers plus que gauloises, mais le poète ne s'était pas soucié de les voir imprimées de son vivant, et il avait même recommandé à son ami de Flotte de les laisser manu.scrites après sa mort. La seconde : Les Œuvres poétiques de Maynard, réimprimées sur Védition de Paris. Augustin Courbé 1646, iJi-4o, enrichies de variantes, revues et annotées. Genève chez J. Gay et fils 1864. La troisième : Le Philandre^ poème pastoral, précédé d'une notice sur la vie de l'auteur par Guillaume Golletet, complétée d'après de nouveaux documents. Genève, Gay et fils 1867. Pour cette réimpression, M. Blanchemain s'est servi de la première édition donnée par Maynard en 1619, à Tournon chez Claude Michel. La (juatrièaie ;

Poésies diverses de François de Maynard, non recueillies dans le l'olume de ses œuvres publié en 1G46 et vers inédits du même auteur. Genève, chez J. Gay et fils, éditeurs, 1867, in-12. Malgré le soin que M. Prosper Blanchemain a apporté dans ses recherches, il y a un recueil parmi ceux que nous avons cités qui n'a sûrement pas été cohnu de lui. C'est le Recueil des plus beaux vers, Toussainct du Bra>j, de loJO, qui contenait soixante-trois pièces nouvelles de Maynard dont quarante-et-une, trente-trois épigrammes et huit pièces diverses stances, odes ou chansons ne figurent pas danè l'édition de 16i6.

Plus récemment de 1885 à 1888, un littérateur distingué, M. Gaston Garrisson, de Montauhan, trop iCA enlevé aux lettres par une mort prématurée, a voulu réunir en une seule publication les poésies complètes de Maynard, sous le titre : Œuvres poétiques de François de Maynard. publiées avec notice et notes par Gaston Garrisson, Paris, Alphonse Lemerre, éditeur, 1885-1 887- 1P)88, 3 vol. in-12. Dans sa notice, M. G. Garrisson expose en ces termes le mobile auquel il a obéi : « Nous avons, en entreprenant ce travail, désiré faire connaître à notre génération, qui l'ignore, l'œuvre entière de ce poète, que la haine injuste de Richelieu a seule empêché de rester au premier lang des écriv lins du XVIl^'"^ siècle. Sainte-Beuve écrivait : a. Maynard mériterait une étude complète, et je n'ai pu lui accorder ici qu'un rapide souvenir. » Puissions-nous avoir rempli le dé.ir de l'éminent critique, et contribuer à rendre à Maynard la place qu'il doit occuper. (1) w

L'édition de M. Garrisson est le travail le plus étendu qui existe actuellement sur Maynard. mais malgr-^ la réelle valeur de la notice et des notes, elle n'échappe pas à de sérieuses critiques. En efl'et, les sources ne sont pas toujours données exactement et les poésies contenues dans le premier volume, ainsi qu'une petite pièce du second ne sont pas du président d'Aurillac. L'édition de M. G. Garrisson porte en tète cette notice bibliographi(|ue ; « Les CEuvres poétiques de Maynard formeront trois volumes. Le premier vo'ume contiendra :

Les (Km res poétiques de Mni/nard, d'après le texte de l'édition de.Iarqiiiii Ut]',]. — Or, c'est à tort cjue le nom est ainsi orthographié, puisque le volume de Jacquin porte Menard sur le

(1) OuMmi (;.irrUM>ii. Œuvras |k».|j.hi.>s d.- Ki;ini>.is M;i\iiar(l. NoUre p. LV,

titre, à la lin de la dédicace, dans une pièce liminaire, et dans le privilège.

Le second volume contiendra :

I Le Philandre, d'après le texte de l'édition de Paris, 1623.

II Les pièces publiées par Maynard dans divers recueils contem-

porains.

III Les pièces de l'édition 1638-39, non réimprimées en 1646.

IV Les poésies de Maynard publiées après sa mort.

Dans ce dernier volume, M. G. Garrisson ne s'est pas sufûsamment préoccupé des éditions originales, ainsi il ne cite pas : 1" Les Délices de la Poésie française ou Recueil des plus beaux lers de ce temps, chez Toussainct du Bray, 1615^ in-S", alors qu'il donne, au contraire : Le Séjour des Muses ou la Cresme des ho7is fe;s, tirez du meslange et cabinet des sieurs de Ronsard, du PerroUy d' Aubigny , etc, à Rouen chez Thomas Daré, près le Palais, dans la cour des Loges, 1626, in-H», volume qui n'est que la réédition partielle de pièces parues dans « les Délices » de 1615. Sept pièces de 1615, licencieuses il est vrai, ont été ainsi omises par lui ; il en est de même de huit pièces de même nature du Recueil des plus beaux vers de 1627.

2» Le Recueil de Toussainct du Bray de 1630 qu'il a certainement ignoré, comme d'ailleurs M. Prosper Blanchemain, ce qui lui fait enregistrer comme nouvelles, huit pièces ou fragments de pièces de ce recueil qu'il a rencontrés de seconde main. Il en résulte que trente-cinq pièces de 1630 peuvent être considérées comme à peu près inédites et elles sont annexées avec des notes et éclaircissements à la suite de notre travail.

Pour les pièces de l'édition de 1638-1639, non réimprimées en 1646, M. G. Garrisson n'en mentionne que cinq au lieu de sept, et dans le Nouveau Recueil de divers rondeaux, Paris, 1630, il a oublié de relever le rondeau, non signé d'ailleurs : « Il est passé, il a plié bagage o, qui a été cité comme inédit, en- 1846, par M. de Labouisse-Rochefort. Enfin, dans la Lyre du Jeune Apollon, ou la Muse naissante du petit de Beauchasteau dédiée au Roy. A Paris, chez Charles de Sercy, au Palais, dans la salle Dauphine, à la Bonne Foy couronnée, 1657, M. Garrisson attribue à Maynard la préface de cet ouvrage et une petite pièce liminaire, qui certainement ne sont pas de lui, puisque le président d'Aurillac était mort dix ans

auparavant alors que ce petit de Beauchasteau n'avait que deux ans. Cette préface et cette petite pièce appartiennent à Charles Maynard, le fils atné du poète et son héritier.

Le troisième volume reproduira :

L'édition de lGi6, d'après le texte de Courbé.

Les poésies inédites de Maynard d'après les manuscrits des Bibliothèques de Paris, de Toulouse et du Vatican.

Parmi les poésies données comme inédites et extraites du manuscrit n» 69 de la Bibliothèque de Toulouse se trouvent, d'abord sous le numéro IV, une épigramme parue en 1630, sous le numéro V, un sonnet à la Renommée qui n'est qu'une variante d'une pièce de 1627, ensuite sous les numéros VIII, IX, sur la Rochelle, quatre stances (avec des variantes importantes, il est vrai) prises sur les vingt-deux qui composent la pièce de 163r) : Stances au Roi ; sous les numéros X, les Sybilles à la Reynemèredu Roi, XI, Pour le ballet de la princesse d'Espagne, XII, Pour un ballet, Orphée, trois pièces déjà publiées dans le < Recueil des plus beaux vers de Toussainrt du Bray » de 1630. Parmi les poésies inédites extraites du manuscrit n*» XLIII de la Bibliothèque des Barberini à Rome figurent sous le numéro II, des Stances, pour le ballet de Monseigneur le Prince et sous le numéro IV, une épigramme à Monseigneur de Mémoranci, qui avaient paru, avec de légères variantes, dans ledit Recueil de 1630.

En résumé, M. Garrisson a eu le mérite de la découverte de treize pièces inédites de Maynard, dont six sans titre, extraites du manuscrit n» 69 de la Bibliothè({ue de Toulouse ; quatre sans titre, extraites du manuscrit n» 92 de la même bibliothèque ; deux, une ode au pape, un madri<^al à .Madame de .Mémoranci, extraites du manuscrit n" XLIII (le la Bibliothèque des Barberini à Rome, enfin une pièce sans titre extraite du vingt-quatrième volume des manuscrits de Conrarl, (bibliothèque de l'Arsenal), mais, par contre, il a eu le tort de négliger, nous l'avons dit, presque complètement les sources

(It 1 fie 1»ill ; 7 lies IK-lires do Hjlô ; 8 du Itecm-il des plus Ix-aux vers de 10*27 : X) du mé.n«- i-.-«ii..j|. iiliiion d.- 1«530; 2 des F»iè«es nouvelles de i638 ; 1 du nouveau KeiMieil de divers nmdiMux la'O; le sonnet lies Misrellanea de Ménage;* du Recueil des noésies rhre»lienM<-s cl .livei-ses 1671 ; 1(( non reli-v.V-s dans les l.-Uies biotriaphiques de M. de LalK>niNM- KiM'hfrorl IHMî ; 7 des niènies leUivs d<Hinées «onin»' int-dites par .M. l'rosper Hl«nrh.-fnani dans s.ju rt^^ueil de> • JN^-sies diversis de .Mavnard • non recueillies dans l'MiUon de \^MH.

originales, d'omettre 76 pièces diverses (1) sans compter celles du Cabinet Satyrique, du Parnasse Satyrique et des Priapée^, enfin d'attribuer à François Maynard, président d'Aurillac, un volume édité en 1613 par Jacquin, œuvre d'un poète homonyme mais bien différent par son caractère poétique, ce que nous allons établir.

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