SI
Un volume paru en 1613, à peu près introuvable aujourd'hui, sauf à la Bibliothèque de l'Arsenal, el qui n'a figuré qu'une fois, à notre connaissance, sur les catalogues de livres rares et précieux, sur celui de LaVallière, partie rédigée par Nyon, n» 17327, porte le titre suivant : i Les Œuvres de François Menard dédiées à Monseigneur le manjuis d'Ancre. A Paris, cbez François Jacquin, demeurant rue des Massons, au tournant du collège du Trésorier, 1613. Avec privilège du Roy. » Cet ouvrage est tellement rare que M. de Soleinne, (1) bibliophile des plus éminents, en possédait seulement une partie, la « Pastorale », qui avait dû être détachée au siècle dernier de l'exemplaire en reliure ancienne (2) que nous avons entre les mains, exemplaire au({uel elle manque. M. Gaston Garrisson, frappé par une similitude de nom a attribué au président d'Aurillac, dans son édition, la plus récente qui ait paru des Œuvres de François Maynard, la paternité de ce volume de 1613 que nous allons analyser et qui ne renferme pas moins de 7, 000 vers : sonnets, stances, chansons, odes, élégies, pastorale, vers spirituels et discours.
Les Œuvres de François Menard débutent par une dédicace en prose, dans le goût du temps, à Monseigneur de Conchine des (Comtes, de la Pêne, marquis d'Ancre, premier gentilhomme de la Chambre du ïioy, Lieutenant pour Sa Majesté en Picardie, Gouver-
(1) M. d.- Soleinrn'. fMudil bibliupliiU'. mort en 18V2, avait iviini la collection la plus roin'iiiH.' qui ail «Hii fonniV en France, sur le théâtre. En iSU, la vente de sa bibliothèque fut un événement «/insidéiable dans le monde des bibliophiles.
(2) O volume a été acheté de .M. Claudm qui l'avait acquis à la vente de M. Ad. l'écaH, cotiwnatiMu- du mus.-.. ar«h.M.l.)Ki<|ue de Tours. .M. Pécard. était lui érudil, qui avait «•onsUlué luie bibliothèque très considéralil.-. ioiis;i( lée enliérenient au ré>.'ne de Louis
XJII, i»>io-n;w.
neur d'Amiens, Péronne, Montdidier et Roye. Vient ensuite un« épître au Lecteur ainsi conçue :
« Lecteur, ces vers sont les tableaux de mes affections. Amour en fut le peintre, et ma plume le pinceau : Si tu blasmes les traits de cest ouvrage, tu offences Amour, et coulpable te rends indigne de ses faveurs : toutesfois je te crois avoir l'âme trop bien faicte pour en user ainsi. » Cette épître est suivie de deux pièces de vers liminaires, adressées à Monsieur Menard, Avocat en la Chambre mi-partie de Castres : la première composée de six stances de six vers alexandrins est de François Le Bailly, sieur de Vaucharme et de Sainte-Vertu, Docteur es droits, Avocat en Parlement ; la seconde, beaucoup plus courte, n'a que trois strophes de quatre vers signées P. de Laudun, sieur d'Aigaliers.
Après un sous-tiLre « les Amours de Cléande, > on lit un sonnet en forme de dédicace « à la belle Cléande ». Puis nouveau sous-titre, « Les Amours de Cléande par François Menard », et une succession de cinquante-neuf sonnets qui sont suivis destances, d'une chanson, de trois odes, et de vingt-huit élégies. Une pastorale de plus de 1700 vers est insérée à la suite de ces diverses poésies, elle est à sept entre-parleurs ou personnages : Cléande, Philis, Silvie, Silvandre, Tyrsis, Galidon et Satire, et se divise en cinq actes. L'acte I comprend cinq scènes, l'acte H cinq scènes, l'acte III trois scènes, l'acte IV cinq scènes, l'acte V huit scènes. Après cette longue pastorale, il y a douze sonnets de vers spirituels et huit pièces, sous le titre de Discours, sur lesquelles il n'y a en réalité que quatre discours, dans lesquels sont entremêlées quatre stances. Détail à noter, aucune pièce sauf le sonnet à la belle Cléande, n'a ni titre, ni dédicace.
Le privilège du Roi, qui, suivant l'usage, est imprimé à la fin du volume porte la date du 17 Février, l'an de grâce 4613, on y lit : « Nostre cher et bien amé François Menard, Docteur es droicts et Advocat en nostre Cour do Parlement de Tholose et du Présidial de Nismes, nous a fait dire et remonstrer qu'avec grands peines, veilles et travaux, il a composé quelques Elégies, Pastoralles, et Amours de Cléande en vers françois, qu'il désire donner au public : mais par ce que l'incuriosité d'aucuns Imprimeurs gaste et corrompt souvent le labeur de ceux qui donnent une partie de leurs veilles et études, au jour, il craint que ces vers courent ceste infortune, pour
éviter laquelle, il a recours à nous, à ce que nostre bon plaisir soit luy vouloir octroyer nos lettres nécessaires pour pouvoir faire imprimer seul ses œuvres et faire deffences à tous Imprimeurs et Libraires d'imprimer ny vendre icelles sans son vouloir et consentement, et ce pour un certain temps. A ces causes, désirant luy subvenir en cest endroict, et ne permettre que ses dits vers soient i^astez par la faute des Imprimeurs ou autres, Nous avons de noz certaine science et auctorité Royale, Permis et octroyé, permettons et octroyons par ces présentes, faire injprimer, vendre et distribuer parte! Imprimeur ou Imprimeurs et Libraires que bon luy semblera, les dites Elégies, Pastoralles et Amours de Cléande, sans qu'aucun Imprimeur ny Libraire le puisse imprimer., ny vendre, ny distribuer si ce n'est par son adveu et consentement, durant le temps et terme de six ans, à compter du jour et datte de ces présentes, sur peine de confiscation du livre, d'amende arbitraire, et de tous despens, dommages et intérests. » Après avoir lu le dispositif de ce privilège, un fait frappe tout d'abord, c'est que donné à la date du 17 Février 1613 pour une durée de six. années, il devenait licite, à partir du 17 Février 1G19, à tous Imprimeurs et Libraires de reproduire tout ou partie de cet ouvrage. Or, nous savons que les Recueils de poésies étaient, à cette époque, fort à la mode et que tous se montraient empressés d'offrir à leurs lecteurs des vers de François Maynanl, Eh bien ! il a été impossible de retrouver dans les nombreuses publicationrs que nous avons collationnées avec le plus grand soin, une seule des cent quarante-cinq pièces diverses, composant le volume de 1613, et cependant chaque nouvelle édition des Recueils de Toussainct du Bray et autres éditeurs de ce temps, rappellent les premières poésies de François Maynard en les accompagnant de pièces publiées postérieurement et quelquefois de pièces nouvelles. Ainsi, par exemple, le Temple d'Apollon, 1611, contient certaines poésies de 1607, les Délices de 1618 et de 1620, le Séjour des Muses, 162<>, le Recueil des plus beaux vers de 1627 et de KKJO, etc. renferment pn'S(|ue toutes les poésies de 1<)(>7 et de 1615, et cela •sani mentionner les pièces de 1613, dont aucune d'ailleurs ne ligure dans l'édition de 1638, donnée à Toulouse par les amis de Maynard. Nous avons également constaté avec étonnement que pas une des poésies signées Maynard parues dans le Parnasse en 1607 n'avait été réimprimée dans le volume de Jacquin, bien (ju'il réunisse des
stances, «les odes, etc. Il semblerait étrange, si François Maynard était l'auteur de ce dernier, qu'il n'y ait pas joint l'ode sur la mort de Henry le Grand, qui a été écrite à la fin de l'année d610, c'est-àdire peu de temps après l'assassinat du glorieux monarque. Comment admettre que laissant imprimer trois ans après, ses premiers estais, François Maynard ait retardé jusqu'en 1615, la publication de cette pièce importante de 300 vers ?
Ces observations assez surprenantes par elles-mêmes, se trouvent corroborées par la volumineuse correspondance du président d'Aurillac, qui ne renferme aucune allusion à cet ouvrage de 1613. Et cependant, Maynard s'entretient constamment de ses œuvres soit avec Balzac, soit avec Chapelain, soit avec de Flotte, etc. ; il rappelle en maintes circonstances ses odes, ses épigrammes et même son poème de Philandre. (1)
Non seulement il n'y a pas trace dans sa vie du recueil de Jacquin, mais encore quand, en 1646, il donna lui-même un choix de ses poésies, dans les trois mille vers qui y figurent ne se retrouvent pas un seul des sept mille vers de 1613. Maynard n'a pu cependant oublier complètement une œuvre aussi considérable, alors que de 1607 à sa mort, pendant près de trente ans, il a composé un nombre de vers à peine supérieur de moitié à ce chiffre (onze mille cinq cents environ). L'explication pourrait-elle se trouver dans ce fait que le poète aurait répudié cette œuvre comme indigne de lui ? Cette solution ne paraît guère probable, car il y a dans ce volume de 1613, quelques beaux morceaux :
Soit que l'astre ascendant de ton avare envie Amoncelé pour toi, trésors dessus trésors. Tu ne saurais pourtant éterniser ta vie, L'or ni les vanités ne suivent point les morts.
On vit mais pour mourir, c'est une destinée, On meurt mais pour revivre en un astre plus beau ; Homme que te sert donc d'allonger ta journée. S'il te f;tut tôt ou tird entrer dans le tombeau ?
Les astres flamboyants dedans leure cercles roulent, Le feu s'élance en haut, l'eau et la terre en ba«,
(t) Lettre CLIX à de Flotte.
Les neuves ondoyants dedans la mer s'écoulent, Chaque chose a son centre : homme ne l'as-tu pas ?
Oui, ton centre, c'est Dieu, où toutes tes pensées Comme à leur Océan doivent borner leur cours, Bref éteignant en lui tes ardeurs insensées, Espère ton repos de son piteux secours.
Certes ces vers, malgré l'imperfection évidente de deux graves hiatus qui dénotent un versificateur inexpérimenté, sont animés d'un véritable souffle lyrique.
Si François Maynard avait trouvé d'ailleurs quelques imperfections de prosodie à relever dans les « Œuvres > de 1613, ce n'était pas un motif pour les rejeter complètement, lui qui ne cessait de retoucher ses poésies ainsi que le prouvent de nombreuses variantes faciles à signaler. Du reste, a Maynard très désireux de perfectionner ce qu'il faisait, écrit M. G. Garrisson, dans sa notice, corrigeait sans cesse les productions de sa plume ; il les envoyait ensuite à de Flotte, son confident, et les soumettait à ses observations et à celles des amis auxquels de Flotte communiquait ces envois ; « Mes vers français ont tant de peine à me satisfaire, écrit-il lui-même, que de cent j'en rejette quatre-vingt-dix. » (1) Malgré cette sévérité dont le poète se glorifie, on doit reconnaître que comme valeur poétique, la pastorale de 16i3, à part des négligences et des incorrections de prosodie qu'il aurait été facile de faire disparaître, est loin d'être bien audessous du Philandre de 1619, poème que Maynard n'a jamais désavoué.
Après cet examen d'ensemble, arrêtons-nous aux détails. La dillérence d'orthographe du nom patronymique est un indice qui n'est pas à négliger, bien que le prénom François soit le même. Le volume en 1G13, porte Menard, or dans les éditions du Philandre à 'J'ournon, à Lyon et à Paris, 1G19, 1620, 1623, comme dans les éditions des poésies en 1638-39 et 1646, comme dans les Lettres de 1 <),%:{, enfin coiiinie dans les llecueils collectifs déjà cités do 1607, Kill, U;ir>, 1618, l(')26-27, 16:30 etc. le nom du président d'Aurillac est toujours écrit avec un a et un y ou un i, Maynard ou Mainard ou Meinard, et si les « Nouvelles Muses » de 1633, portent sur le
(1) fJînvre» de Françoii il<j Miiytmni, fililiun (laslun (;,Mri«son, I', I. Notice liage XLIV.
titre Menard, les deux odes insérées dans le cours du volume sont signées Maynard. Nous savons, il est vrai qu'au XVIIème siècle on n'attachait pas autant d'importance que de nos jours à l'orthographe des noms, cependant cette difterence notable et persistante établit d'autant plus une forte présomption de l'existence des deux poètes quasi-homonymes, que François Maynard, l'Académicien, signait toujours ses lettres Maynard, que les Œuvres imprimées de son père et de son grand-père, au dire de Pellisson sont également signées Maynard et que les extraits des registres de Saint-Céré, cités par M. Gaston Garrisson pour montrer l'antiquité de sa famille, donnent tous également cette même orthographe Maynard avec un y. Enfin dans l'histoire du Parlement de Toulouse, récemment publiée par M. le Conseiller Dubédat, ouvrage qui s'appuie sur les documents les plus authentiques, une notice importante est consacrée au père du président d'Aurillac^ Géraud de Maynard, et le nom est ainsi orthographié (1).
La dédicace de 4613 à Concini, maréchal d'Ancre porte ; « Recevez donc, s'il vous plaist. Monseigneur, ces premiers traicts de maplume, attendant que le Ciel face naistre quelque occasion en laquelle vous puissiez mieux recognoistre l'affection de. Monseigneur, vostre très humble et très obéissant serviteur. » Maynard n'aurait pu s'exprimer ainsi et se poser en débutant dans la carrière du « bel esprit », après avoir fait paraître dans le Parnasse de 1607, neuf pièces s'élevant au chiffre respectable de quatre cent trente vers. Est-il vraisemblable que le Secrétaire des Commandements et de la musique de Marguerite de Valois, (Maynard devait l'être encore en 1613), qui s'était trouvé en relation à la cour de cette ex-reine avec les représentants des plus anciennes familles du royaume, ait eu la |)ensée de rechercher la faveur d'un aventurier italien, créature de la Reine Mère ? Ce fait paraît d'autant moins probable que la haute noblesse ne supportait qu'avec peine l'élévation scandaleuse de cet indigne favori, devenu maréchal de France/sans avoir jamais tiré l'épée. L'avis au Lecteur qui suit la dédicace à Concini et que nous avons reproduit, est écrit dans un style alambiqué et dans un esprit quintessencié, qui contraste singulièrement avec le style et l'esprit des lettres si nombreuses de Maynard, et il n'y a pas le
(1) Histoire du Parlement de Toulouse, par M. le Conseiller Dubédat, Paris, 1885, 2 vol. m-8i pages 710, 723, T. I.
moindre rapprochement à étaldir entre cet avis au Lecteur et aucun autre passage en prose du président d'Aurillac.
Les pi.>ces liminaires de 1613, signées François Le Bailly et P. de Laudun, dénotent dans leurs termes une très grande intimité avec la personne à laquelle elles sont adressées, or, dans la volumineuse correspondance de François Maynard, où il est question de ses nombreux amis et même d'une quantité considérable de personnages avec lesquels il s'est trouvé plus ou moins en relations suivies ou passagères, on ne rencontre pas une seule fois, le nom de ces deux écrivains. En ce qui concerne François Le Bailly, qui prend les titres de sieur de Vaucharme et de Sainte-Vertu, Docteur es droits. Avocat en Parlement, on ne connaît aucune publication de lui, bien que les six strophes adressées à Monsieur Menard, Avocat en la chambre mi-partie de Castres, prouvent qu'il devait sacrifier souvent aux Muses. 11 n'en est pas de même de P. de Laudun, sieur d'Aigaliers, Conseiller ordinaire de Monseigneur le Prince père du Grand Condé, Docteur es droits^ Avocat au parlement de Toulouse ; cet obscur rimailleur publia en 4598 un Art poétique, ensuite plusieurs tragédies plus que médiocres, Horace, Diane etc, et enfin en 1606 un poème épique La Franciade.
Il est probable d'ailleurs que si le volume de 1613 était du secrétaire de Marguerite de Valois, Malherbe, chef d'école, aurait célébré son disciple puisque tous deux avaient déjà signé ensemble en 1611 des pièces liminaires dans le Recueil des vers Lugubres et spirituels de Louis de Chabans, sieur du Maine.
En ce qui concerne le < Privilège du Roy » de 1613, pourquoi François Maynard aurait-il pris à cette date la qualité « d'Advocat en cour de Parlement de Tholose et du Présidial de Nimes » ? Il y avait huit ans, en 1613, qu'il avait quitté le Languedoc et le Quercy. Etait-il encore attaché à la petite cour de Marguerite, qui ne mourut que le 27 mars 1615, ou avait-il déjà été nommé président au Présidial d'Aurillac'.' Il n'est pas possible, pour le moment, de préciser la date de sa nomination à ce dernier poste qui, pourtant, es* sûrement antérieure au mois de novembre 1614 ainsi que nous l'établissons plus loin. Il est certain que le titre sinon de Président d'un présidial, du moins de Secrétaire des Commandements d'une ex-reine, était bien plus flatteur que celui d'Avocat de province, et Maynard n'aurait pas manqué de le prendre suivant l'usage du
XVIF'"^ siècle, car Segrais dans ses poésies publiées à Paris, chez Anthoine fîe Sommaville, (l'achever d'imprimer étant du 15 novembre iOGO', se fait encore gloire, sous le règne de Louis Xl\, d'être le Sepiétaire des Conmandements de Mademoiselle de Montpensier, la Grande Mademoiselle. François Maynard se serait d'autant moins contenté de se donner comme avocat de province qu'il paraissait alors avantageux de f.iire figure à Paris. Dans ses pièces de 1607 et de lt)15, les allusions au\ événements politiques du temps et aux aflaires de la VaQUV sont, en elîet, nombreuses, plusieurs se rapportent à des faits historiques, à des fêtes, à des ballets pour le double mariage des Maisons de France et d'Autriche, tandis qi;e les « (Fuvres » de 1613 semblent n'être que le résultat des labeurs d'un bon provincial qui n'a taquiné li Muse que pour son agrément persotniel, sans l'ombre d'une préoccupation étrangère et dont les déclamations amoureuses ont un caractère essentiellement platonique.
Passant ensuite à l'étude littéraire du volume de 1013, il est facile, après une comparaison attentive avec les poésies de François Maynard, de constater une différence profonde dans la facture des vers, dans le style, dans l'observation des règles de la prosodie et dans les idées générales. Pour la facture des vers, il suffit de prendre au hasard des pièces de 1613 et les passages les plus connus de Maynard, pour remarquer aussitôt l'abîme qui les sépare. L'analyse des poésies de 1007 et de 1615, exclut forcément de l'Œuvre du président d'Aurillac les pièces de 1613, il n'y a pas le moindre rapprochement possible entre le style des d Regrets d'une grande dame sur la mort de son serviteur » et de l'Ode sur l'assassinat de Ilenry-le-Grand, et le style des Stances ou des Odes de l'édition du Menard de Jacquin.
Une simple constatation semble même de nature à trancher sans appel la question : Les neuf pièces du Parnasse des plus excellents poètes de ce temps signées Maynard ont précédé de six ans les poésies de 1613 et cependant dans les quatre cent ti-ente vers dont elles se composent, il n'y a pas à relever un seul hiatus, tandis que dans les quatre cent trente premiers vers des Œuvres de Français Menard, on en compte vingt-trois et quelquefois deux dans le même vers, par exemple :
Ou un astre moins beau ou vivre sans espoir, (l)
(1) Edition Gaston Garrisson. T, I. Page 10, vers l'2.
Du reste, les quatre premiers vers Hu premier sonnet des « Amours de Cléande » prouvent que ce poète ne connaît pas la règle qui proscrit l'hiatus, ou qu'il refuse de parti pris de s'y soumettre :
Ailé d'un beau désir, je vole dans les deux
Oi'i un soleil reluit plein d'éclairs et d'orage.
Mais pour glacer i'ardeur de noon hautain courage
Il faut qu'il soit moins beau, ou que je sois sans yeux : (1)
Im même faute se trouve au second vers des stances :
Les oiseaux parmi l'air et les poissons dans l'onde, La piralide au feu et les hommes au monde. .... (2)
et, à la pa^e suivante, il y a mèrne deux hiatus dans le même vers :
Mais puisque en ^on aideur mon fen est si extrême. . (3)
11 serait superflu d'insister plus longtemps et de multiplier les citations, les exemples se présentant, pour ainsi dire, à chaque page. Or serait-il admissihle qu'un écrivain tel (jue Françdis Maynaixl ait pu publier les vers du Parnasse de 1607 et ceux des Délices de 1615, sans qu'il y ait un seul hiatus à relever, et que, dans l'intervalle, en loM, il ait fait imprimer sept raille vers où celte violation d'une des règles les plus élémentaires de la nouvelle versification fourmille à chaque instant. Cette hypothèse est à rejeter et des constatations précédentes, il semble résulter encore qu'on se trouve bien en présence de deux poètes du nom de François Menard et Maynard, l'un Franç^ois Menard appartenant encore à l'école de Konsard et de la Pléiade, c'est-à-dire ne tenant aucun compte des lois nouvelles de la prosodie française, l'autre, au contraire, Françoiis Maynard, se pliant facilement avec Malherbe, Racaii, Touvant et la nouvcdie école, aux exigences d'un art plus rat'liné.
I.es soixante sonnets « Les Amours de Cléande » et les douze 8f)nnf'ts de vers spirituels de 1013, sont tous réguliers, on sait cependant combien peu Maynard s'assujettissait à la règle et pas un
(1) T. 1. pago 1.1, veri 1 .-t «nivniit-. — 2. iblfJfm. fwgp K^ vers 1 i>t 'J. — ^^. ibidem, Mg« 0( VCTf 1.
seul n'est licencieux, ce (]ui n'est liiière dans ses habitudes. De plus, parmi les pièces de l'édition de Jacquin on ne relève pas une seule épigramrne, alors que le Parnasse de 1607 donne une petite pièce sur « la mort de l'excellent sculpteur Pilon » en forme d'épitaphe et les « Délices de 4615 », dix-lmit épigrammes diverses, L'épigramme était le genre favori de Maynard et Pellisson écrit : « Il a merveilleusement réussi en plusietus de ses épigrammes, particulièrement en celles qu'il a imitées des Anciens : et notre illustre Président de Caminade, qui lui donnait tous les ans pour ses élrennes un Martial, était sans doute de cet avis. Théophile, dont j'avoue néinmoins que l'esprit est beaucoup plus à esliuier que le jugement, a dit que son épigramme « semblait avoir de la magie. » Mais enfin, quoiqu'il en soit, personne ne peut douter que Maynard, soit pour ce genre, soit pour les autres, ne mérite d'être compté parmi les premiers poètes français. » (1)
Les vers spirituels sont également bien différents comme esprit des quelques pièces plus que légères que jNIaynard avait fait paraître dans le Cabinet Satyrique et dans le Parnasse Satyrique et qui ont été réimprimées dans les Priapées. A la suite des vers spirituels se présentent des « discours « en vers et ce genre n'a jamais élé abordé par le président d'Aurillac.
La pastorale à sept entreparleurs et en cinq actes indiquerait une tendance vers la tragi'die, qui ne va pas tarder à prendre son brillant essor au XYII'^'"'^ siècle. Or, dans ses poésies et dans ses lettres, Maynard ne manifeste aucune velléité de songer à l'art dramatique. Certes les vers de 1G13 ne lui auraient pas valu les éloges de Pellisson : « C'est de ses vers, écrit-il, qu'il a tiré sa plu:; grande gloire, comme il le prétendait bien aussi, et véritablement il faut avouer qu'ils ont une facilité, une clarté, une élégance, et un certain tour, que peu de personnes sont ca|)ables d'imiter. Deux choses, m je ne me trompe, ont produit principalement ce bel effet. Premièrement, comme il le reconnaît lui-même en la dix-septième de ses lettres, il affecte de détacher tous ses vers les uns des autres ; d'où vient qu'on en trouve fort souvent cinq ou six de suite, dont chacun a son sens parfait :
(1) Pellisson. Ili^loil■^' ilf rAcadi'inio.
Nos beaux soleils vont achnver leur tour. Livrons nos cœurs à la merci d'Amour.
Le temps qui luit, Cloris, nous le conseille. Mes cliiveux gris me font déjà frémir.
Dessous la tombe il faut toujours dormir. Elle est un lit où jamais on ne veille.
En second lieu, il observe partout dans ses expressions une construction simple, naturelle, où il n'y ait ni transposition, ni contrainte. De sorte qu'encore ffu'il t'-availlàt avec un soin incroyable, il semble que tous les mots lui sont tombés fortuitement sous la plume ; et que quand il eût voulu, il aurait eu peine à les ranger autrement". Il me souvient sur ce sujet, qu'un jour que j'allai le voir, je ïe trouvai qu'il ôcoutaitdes vers de son fîls, qui lui en faisait la lecture. Il vint à un lieu où il y avait je ne sais quel mot bors de sa place naturelle, qui faisait quelque espèce d'équivoque, se pouvant rapporter également à ce qui suivait et à ce qui précédait. La force du sens pourtant t")tait la difliculté, et le passage était assez clair. Il se le fit lire trois fois, feignant de ne le pouvoir entendre, et enfin s'adressant à son fils : « Ah ! mon fils, dit-il, à cette fois-là vous n'êtes pas Maynard ; car ils n'ont pas coutume de ranger leurs paroles de cette sorte. » (x)
Les observations ci-dessus tendent toujours à retirer au président d'Aurillac les Œuvies données par Jacquin, mais sont-elles confirmées par les diverses biographies consacrées au poète toulousain '.'
La plus ancienne en date est la notice de Pellisson dans sa Relation contenant l'Histoire de l'Académie et elle peut inspirer d'autant plus de confiance que son auteur déclare formellement av<tir ou entre les mains des documents rédigés par Charles de M.iyiiard, !<• (ils aine du président. « Il a laissé, dit Pellisson, entre autres enfants un fils nommé Charles, d»)nt il est souvent parlé dans ses vers, et de qui j'ai reçu (juelques mémoires sur sa vie, écrits fort nettement et en beaux termes. (2) » Or, ces mémoires ne devaient MUement pas mentionner l'édition de Jacquin, puisque un peu plus loin Pellisson écrit : « Outre ce poème en français (Le Philandr»') dont je vous ai parlé, et quelques poésies latines, qui
(1) P.'lli«iS4in. lINtohv di' r,\cn(l.-inl.>.
(2) Pclluiwn, Ilihloiro do l' Académie.
ne sont pas imprimées, il y a deux volumes de lui : l'un de vers, qu'il publia en son dernier voyage de la Cour ; l'autre de lettres que son plus intime ami a fait imprimer après sa mort. » (1) En outre, dans la « Liste des Ouvrages des Académiciens reçus jusqu'en 1652 », Pellisson consacre à ce poète le paragraphe suivant : Maynard .
I. Le Philandre (c'est un poème en stances de six vers divisé en cinq livres, et qui est d'environ trois mille vers) in-12, 1623, Paris.
IL Les Œuvres (Poétiques) de Maynard. Paris, in-4o, 1646.
IIL Les Lettres du président Maynard. Paris, in-i", 1653. (2)
Ainsi, il n'est nullement question du volume de 1613 alors qu'il est au moins aussi important que les Œuvres poétiques de 1646.
Un contemporain de Maynard, Guillaume Golletet, comme lui Membre de l'Académie française, avait écrit une vie des Poètes français qui malheureusement a été détruite pendant les funestes événements de 1871. 11 n'avait pas négligé son confrère de l'Académie et la notice qu'il lui consacrait, a été reproduite en partie en 1867 dans le Bulletin du Bouquiniste par M. Prosper Blanchemain. Non seulement dans cette notice, il n'y a aucune allusion à l'édition Jacquin, mais, au contraire, Colletet est très précis dans l'affirmation suivante : « Le premier ouvrage dont Maynard fit l'objet d'une publication, fut le Philandre, poème pastoral écrit en sixains, en vers de huit syllabes et divisé en cinq livres. » M. Prosper Blanchemain ajoute pour bien préciser la date de la première publication des vers du président d'Aurillac : « Deux des pièces que F. Maynard a composées sous l'inspiration de cette princesse (Marguerite, reine de Navarre), à l'occasion de la mort d'un de ses favoris tué en 1606 à Paris, ont été avec quelques autres insérées dans le Parnasse des plus excellents poètes de ce temps, en 1607. »
Un littérateur du XVIP'»'" siècle, Le Pays, sieur du Plessis- Villeneuve, trop malmené comme tant d'autres par le sévère Despréaux dans la IIP'"^^ satire :
« Le Pays sans mentir est un boufl'on plaisant, »
mais qui, en réalité, brillait par l'esprit et la gaîté, ce dont il donna
(1) Pellisson. Histoire de rAcacléinie.
(.2) Pellisson, Histoire de l'Acudéaiie.
la preuve on élaiil le premier à rire de la boutade du Satirique, parle de Maynard avec éloges dans ses « Nouvelles Œuvres ». A propos des débuts de ce poète à la Cour, il écrit : < Dans sa jeunesse il fut Secrétaire de la reine Marguerite qui aimait les vers et qui les savait faire. Klle était si persuadée de la facilité que son secrétaire avait pour la poésie et de la netteté de son expression que quand elle avait conçu quol(|ue chose de beau, elle lecoucbait sur le papier sans soin et dans le désordre de la première conception et puis, le donnant à Maynard, elle lui ordonnait de le ranger et de le mettre en vers. 11 le faisait d'une manière si aisée et si galante qu'elle avait coutume de dire que Maynard était un orlèvre excellent, qui savait admirablement mettre les pierreries en œuvres. » (1) Or, Le Pays, qui paraît connaître, on le voit, la jeunesse de François Maynard et ses premières poésies, ne mentionne en aucune façon le volume de 1613. Au XVIII'"""' siècle, nous trouvons une étude sur Maynard à signaler, contenue dans : la Biljliothèque Française ou Histoire de la Littérature française, 18 vol. in- 15, 175G. Cette importante publication, due au savant bibliographe l'abbé Claude-Pierre Goujet, Chanoine de Saint-Jacques de L'hôpital, membre des Académies de Marseille, de Piovien, d'Angers et d'Auxerre, peut inspirer d'autant plus de conliance que pendant près de cinquante ans, cet infatigable érudit s'était appli(|ué à rassembler les ouvrages de littérature les plus rares et les plus précieux, et qu'à sa mort en 1707, il laissa une collection composée de plus de lf),(X)0 volumes, chiffre éloquent pour l'époque. Sa Bibliothèque Française sauvera toujours son nom de l'oubli. L'érudition qui y abonde, le style qui sans être il est vrai, ni vif ni délicat, a une rondeur justement proportionnée à ce genre de composition, sont propres à satisfaire le lecteur curieux et sonsé. Or, l'abbé Goujet cite dans le corp? de son arti<'.le sur François Maynard, les Œuvres poétiques de 10W le Philandro de lOlî), le Parnasse de 1G07, le Cabinet Satyrique de 1018, la Crème des bons vers de 1G2G, le Cabinet des Muses (de Rouen) 1GI'), les Délices de 1()20, les Recueils de Sercy, le Recueil de Lefnrt de La Morinière, le Recueil de Loménie de Brienne, enfin les Lettres de 1().5:5, mais l'édition de Jacquin <lc 16i:i, n'y est pas nientinnn<'('. Il n'allribue pas non plus h François Maynard, le présid.T.t <r.\millac, les qualités d'ancien .\ vocal à la Chambre
M) L<; l'ay.. N^uvcllc^ UiiiM<-. 1 II. L-Mlir .'30.
mi-partie de Castres, à la Cour de Parlement de Toulouse ou au Présidial de Nîmes.
Les biographies que nous avons pu relever dans les Encyclopédies de la fin du XVIIP'"'' siècle et du commencement du XlX^'me^ se sont contentées de reporter sur François Maynard les renseignements puisés surtout dans l'Histoire de l'Académie de Pellisson et la Bibliothèque Française de l'abbé Goujet, aucune ne signale le volume de 1613. Il est question de ce dernier pour la première fois dans la réédition du Philandre de 1619, donnée à Genève en 1867 par M. Prosper Blanchemain. Toutefois, cet éminent bibliophile ne se laisse entraîner à aucune confusion, car il s'empresse de spécifier qu'il est l'œuvre d'un poète inconnu de l'école de Ronsard qui n'a de commun avec le président d'Aurillac qu'une similitude de nom. Voici du reste les termes qu'il emploie : « Nous avons examiné très attentivement un volume qu'on serait tenté d'attribuer à notre poète : Les Œuvres de François Menard, dédiées à Monseigneur le marquis d'Ancre, Paris, Jacquin, 1613, in-12. Ce recueil composé de sonnets, stances, élégies, etc. dans le style de l'école de Ronsard ne contient aucune des pièces publiées antérieurement par Maynard et il n'est pas évidemment de lui. L'auteur dans le privilège prend la qualité de Docteur es droits et Advocat en parlement de Tholose et du présidial de Nismes, ce qui a pu au premier abord le faire confondre avec son compatriote homonyme ; mais outre que le nom est orthographié différemment, Maynard était en 1013, Secrétaire de la reine Marguerite et n'a jamais été attaché au présidial de Nîmes, -p (1)
Un ouvrage aussi considérable que celui édité par Jacquin, en 1013, en admettant pour un moment qu'il ait été ignoré des biographes, n'était certainement pas fait pour échapper à la haine jalouse des ennemis du poète, et si Maynard considérait ces vers comme indignes de lui, s'il en rougissait même, il est plus que probable que ses envieux, qui ne l'épargnaient pas, lui auraient vertement reproché cette œuvre xle jeunesse. M. Gaston Garrisson constate dans sa notice les dures tribulations que le président d'Aurillac eut à endurer : « Cependant, dit-il, ses ennemis ne l'avaient pas oublié: Richelieu continuait à refuser de le revoir, et autour de lui, des
(1) Le Philandre de Fraiirois Maynard, Genève, Gay et fils, 1867. Editiou donnée i-ar M, Prosper Blanchemain,
onvieux s'attaquaient incessamment à lui : « On me fait me promener, écrit-il à de Pressac, clans des papiers qui me déplaibent et ébranlent ma patience. » On l'accusait d'être mauvais Français, de favoriser les Hujjuenots : son mérite n'était pas plus épargné que ses croyances, et en vers ou en prose, les beaux-esprits du pays le ilécriaient : à Paris, on traitait de < Gascon » l'Académicien Quercynois. Il relève avec amertume toutes ces vexations: € J'apprends lor.s les jours (jue les cendres d'Auger Gaillard ont engendré en Albigeois certains limailleurs qui me bernent : par les lettres que je vous ai écrites depuis trois mois, vous avez pu connaître qu'on m'attaque sans raison et que la guerre qu'on me fait est illégitime. » (1) Et cependant, nous ne i élevons dans ces attaques, (jue détaillent plus explicitement les lettres précédentes, rien qui puisse se rapporter à la pastorale, aux élégies, et aux stances de lOlij. pas ()lus que nous n'en trouvons trace dans aucune des lettres (lu XVII'""-' siècle, où il est question de Maynard, par exemple dans Icï corresjtondances de Balzac et de Cliapelain publiées par M. Tamisey de la Roque. Maynard écrivait cependant beaucoup, ce que reconnait aussi la notice de M. G. Garrisson : « Ses amis, dit-il, restés à la cour, lui envoyaient les livres nouveaux, ou les rééditions des vieux auteurs; il correspondait avec tous les littérateurs illustres de France et tenait pieusement en réserve ses correspondances : « Ce sont, écrivait-il, les arcbives de ma maison où mes enfants trouveront un jour les titres qui leur peuvent donner entrée dans les grandes conversations et quehjues recommandations dans le beau monde, w (2) Parmi ces correspondants, Flotte, Balzac, Chapelain, Marmiesse, de Pressac tiennent le premier rang. Balzac, un de ses plus intimes amis, lui a adressé son apologie sous le nom de Ménandre, et Saumaize n"a eu garde d'oublier Maynard dans son Dicliiiniuiiie des Précieuses où il le désigne sous le nom de Mailiar.us. Kn résumé, toutes les rediercbes cbez les correspondants el les biographes du poète ne fournissont aucun indice de nature à ju-lilii'i r.illiiltutioii à Fiançois Maynard des poésies de 1611^.
Nous pourrions arrêter ici notre démonstration, mais elle serait incomplèli' si nous ne discutions les raisons données par M. Gaston Garriss<in à l'apiiui df la thèse contraire, dont il est d'ailleurs
(l;(Kiivn's |MH-ii>|iivs iiv Kiaii<;oi- du .Miiyiiaiil. KlilUMi llisii^i Oarrissuii T. I. NoUce. (2.) IhKi-iii.
Tunique répondant mais, pour ce faire, nous serons obligés de revenir rapidement sur ce que nous avons déjà dit :
Par certains archaïsmes, par des expressions trop fréquemment répétées, par l'enjambement des vers les uns sur les autres, par des substantifs et des adjectifs composés, par des tournures vieillies, il est de toute évidence que les vers de 1613 sont bien d'un disciple de Ronsard et d'un des derniers fervents de la Pléiade, et M. Gaston Garrisson a fait justement ressortir les rapprochements existant entre le François Menard de Jacquin et les poètes de cette école. Mais pour pouvoir attribuer, avec un certain fondement, ces vers à François Maynard, le président d'Aurillac, M Gaston Garrisson a été entraîné à commettre deux erreurs graves et manifestes. La première, c'est de retarder jusqu'en 1619, la liaison de Malherbe et de Maynard. « Le Philandre obtint un grand succès : publié successivement à Tournon (1619), à Lyon (1620) et à Paris (1623), il eut, eu cinq années, quatre réimpressions. Ce fut vers cette époque vraisemblablement que Maynard lia connaissance avec Malherbe, dont il devint bientôt le disciple et l'ami. » (1) Les pièces liminaires de 1611 du P«.ecueil des vers spirituels de Louis deChabans où Maynard côtoie Malherbe pour célébrer les poésies de leur ami, gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roy et le sonnet de 1615, A Monsieur de Malherbe :
C'est avecque tant d'art, Malheibe, que tu rani;es condamnent cette supposition, car non seulement les dates de ICI l et 1615 sont certaines, mais du rapprochement des noms et des termes même du sonnet, il résulte que la liaison des deux poètes était ancienne à cetle époque, elle devait remonter à 1605, époque à laquelle Malherbe, Racan et Maynard étaient tous trois à la Cour. Ce retard apporté à la connaissance de Malherbe servait à M. Gaston Garrisson pour avancer que « l'œuvre de Maynard peut se classer en deux périodes bien distinctes, (2) il aurait été d'aboid un adepte de la Pléiade dans sa première manière jusqu'en 1619, dans la seconde, à partir de 1619, le disciple de Malherbe. » La pièce liminaire de 1611 qui est bien de la nouvelle école :
(1) Les Œuvres poétiques de Fraiioois de Maynard. Edition Gaston Garrisson. T. I. Notice, page IX.
(2) Les Œuvres in>éli<iues de François de Maynurd. Edition Gaston Garrisson. T. 1' Notice, page XLU,
Depuis que j'ai vu les merveilles.
Dont vos vers charment nos oreilles, Je suis transporté de courroux Contre les lilles de mémoire, Car je n'ai pas sujet de croire, D'acquérir du bruit après vous.
Durant le cours de cette vie, Malgré la malice et l'envie, Si l'on ne veut vous faire tort.
Il faut qu'on donne à votre style, La gloire qu'Homère et Virgile, N'ont acquise qu'après leur mort.
De moi je suis forcé de. dire, Que c'est sottise que d'écrire, A qui vous pense surmonter, Ces vers sont autant de miracles, Et Phœbus rendant ses oracles Fait beaucoup de les imiter.
et le sonnet précité détruisent, nous le répétons, de fond en comble *e système. La seconde erreur de M. Gaston Garrisson est de vouloir retarder Jusqu'en 1G18 la nomination de Maynard comme Président du présidial d'Aurillac : « Aussi, en 1615, dit-il, quand Marguerite de Valois mourut, le poète resta-t-il à la Cour, et fut-il, vers 1618, nommé président du présidial d'Aurillac. » (i) Sans pouvoir préciser l'année où le poète fut investi de cette charge nous pouvons affirmer que sa nomination est antérieure au 27 novembre 1614, date du privilège des Délices de 1615, puisque dans ce recueil figure, on le sait à la page 961, l'avis suivant: « Tu as cy-devant d'autres vers de M. le Président Maynard. On a tout freschement lecouvré ces pièces. Elles ne démentent point l'estime que les beaux esprits font de ce bel esprit. > La mention des « Délices de 1615, » est corroborée parles pièces originales de Hacan des «. Délices de 1618, » (2) qui renferment une ode bachi(fue adressée à « Ménard, président d'Orillac », dont voici le début :
(1 ) Les <Kiivres ivxiUqii.'s, .1<' l-nini-.is «lo Maynar.i. K.lili.m C.isl.m GanisNon. T. I. Nolir«, |Kmn VIII.
(2) Hullelin «lu ntliliophilo. Janvier iKlf.t. L.air»! <le .M. K. Lachèvi-e sur les éditions urlgin«l«« de» ikwmcs Jv lUcati.
Maintenant que du Capricorne Le temps mélancolique et morne, Tient au feu le monde assiégé, Noyons notre ennui dans le verre Sins nous tourmenter de la guerre Du Tiers- Etat et du Clergé.
Suivant M. Ainould, dans sa remarquable étude sur Racin (i), la guerre du Tiers-Etat et du Clergé, à laquelle il est fait allusion, a duré de novembre 1614 à Janvier 1615, et comme le Capricorne c'est le mois de Décembre, l'ode bachique précédente a été composée en Décembre 1614. Les allégations de Racan confirment ainsi « l'avis » de la page 961 des Délices de 1615 donnant à Maynard la qualité de Président.
Comme aucune des pièces des «Œuvres» de 1613, ne figurent dans les Recueils si nombreux du XVII*"'"" siècle, chose étrange si l'on veut en attribuer la paternité au président Maynard, M. Garrisson s'est contenté pour l'expliquer de vagues allégations sans les appuyer, soit par une lettre, soit par des vers de ce poète. Pour une lettre, c'était impossible, mais pour des vers, il nous semble qu'il aurait pu invoquer à l'appui de son système les épigrammes de 1C27 et de 1630 et trois strophes de l'ode à Charles de Maynard de 1646. Dans l'épigramme :
Va, mon livret, et que lien ne t'arrête
Montrer ta gloire à la postérité.
Déjà la France une place t'apprête
Au côté droit de l'immortalité.
Qu'un sot rimeur, tant qu'il voudra, préfère
Ses vers aux miens, si ne saurait-il faire
Que l'univers ne connaisse ton prix.
Il ne se peut, mon enfant, que tu voyes
Tes beaux pensers, hués des bons esprits,
Servir jamais de simarre aux anchoyes.
Il est évident que l'expression de « livret » dont Maynard se sert no peut s'appliquer à un volume de sept mille vers inconnu des
(Ij Racan (1580-1<i70). Histoire anecdolique de sa Vie et de ses Œuvres par Louis Ainould. Paris, Annaud Colin, 1890. in-8».
coiilemporains, mais qu'elle se rapporte naturellement au Philandre (jui venait d'obtenir un succès digne d'attention pour cette époque, puisque en cinq ans il avait eu quatre éditions, ce qui justifie le ton si élogieux de celte petite pièce. Quant à l'épijiramme :
Sors lie la poudre qui te couvre, ,
Mon livre, et t'approche du Roi.
Ne crains rien à l'abord du Louvre :
On n'y raille pas mieux que toi.
Quiconque saura bien écrire,
Dira que jamais la Sctijre
N'a publié de si beaux vers.
Je ne t'ai fait (jue pour la France,
Mais Balzac me donne espérance
Que tu verras tout l'uni vers.
Klle ne saurait en aucun cas s'appliquer au volume de Jacquin écrit entièrement à l'eau de ro.ses. Egalement dans l'Ode à Charles de Maynard, lorsque le poète rappelle « ses vers publiés sous la Régence de Marie », il se reporte par la pensée aux nombreuses pièces composées par lui pour les fêtes et ballets de la Cour, et cette inl<'rj)rélation résulte clairement des trois strophes suivantes :
Pour moi, qui suis vu d'assez loin Fur un des sommets du Pâmasse, J'ai donné mon temps et mon soin A l'art qui ment de bonne grâce.
C'est dans les vers que j'ai tourni's Sous la régence de Marie, Que les goûts les plus raffinés Trouvent lu bonne raillerie.
Ils fo..t quebjuefois l'entretien Des cabinets et des luelles, Kt les esprits comme la tien Kn doivent faire leurs modèles.
Dan> Sun argumenlatinn pour attribuer à Fran(,:ois Maynard la paternité du recueil de lOl'A, M. Caston Garrisson tombe dans
une contradiction manifeste. « Cet ouvrage, le plaça, dit-il, au premier rang" des poètes contemporains, et lui valut, de son aveu même, une grande réputation. » (1) Puis il dit : « Tous ces défauts firent que plus tard Maynard oublia les qualités indiscutables de ses premières œuvres et qu'il ne voulut jamais les réimprimer. » ('i) Non seulement ces allégations contradictoires ne sont fortifiées par aucun texte, mais encore nous sommes obligés de constater qu'en étudiant de près la notice de M. Gaston Garrisson, on s'aperçoit qu'il se contente trop souvent de l'a peu près, néglige \e.i références et ne dit pas même comment il a été mis sur la trace de l'ouvrage si rare aujourd'bui de l'éditeur Jacquin. C'est sans doute par l'édition du Philandre, donnée par M. Prosper Blanchemain, et que nous avons déjà mentionnée.
En réalité toutes les assertions de M. Gaston Garrisson relatives à la paternité des poésies de 1613, ne sont appuyées sur aucune preuve ni directe ni indirecte et quelques-unes même sont de haute fantaisie. Par exemple l'affirmation suivante : < Comme avocat, il fut successivement attaché à la Chambre mi-partie de Castres, où son père avait siégé, et au Présidial de Nîmes, » (3) ne repose que sur la pièce liminaire de 1G13, de François Le Bailly, sieur de Vaucharme et de Sainte- Vertu, docteur es droits, Advocat en Parlement, (4) adressée à Monsieur Menard, Advocat en la chambre mi-partie de Castres et sur le privilège (5) de ce volume accordé à François Menard, Docteur es droits, Advocat en la Cour de parlement de Tholose et du Présidial de Nismes. Mais cette manière de raisonner manque de logique et équivaut à une simple pétition de principes, elle revient à dire : Le Menard de Jacquin est le même poète que le président d'Aurillac or comme ce Menard a été indiscutablement avocat à Castres, à Toulouse et à Nîmes, donc le président Maynard a été avocat à Castres, Toulouse et Nîmes. Ce syllogisme tombe de lui-même puisque non seulement nous en contestons les prémisses,
(1) Œuvres poéticines de François de Mayiiai-d. Rditioii Gaston Garrisson. T. 1. Notice, page VIII.
(2 Ibidem, page XLII.
(3) Ibidem, page III.
(4) Ibidem. pag«s 8 et 9.
(5) Ibidem, page 343.
-fa-
mais qu'encore nmi? avons «Hahli qu'il y avait sûrement flenx poètes ii(iiii<)nyines.
En dernier lieu ce qui nous paraît une preuve évidente et incontestal)le que le pn!'sident Maynard n'est pas l'auteur des Œuvres de 1613, c'est un ar'Tument tiré d'une de ses lettres, que nous avons réservé pour clôturer notre travail parce qu'il nous parait décisif. Voici la lettre CLIX à de Flotte, que nous reproduisons en entier pour donner une idée plus exacte du style épistolaire du président d'Aurillac : « Monsieur mon cher Maitre, je viens de recevoir deux de vos lettres, elles m'ont rempli d'un extrême contentement, et je vous jure que je ne puis me lasser de les lire et de les relire. Elles m'apprennent que vous m'aimez véritablement, vous voudriez que tout ce qui part de moi fut dans l'approbation des plus honnêtes gens du siècle. Les défauts que vous remarquez en ma dernière Ode me font souhaiter de les pouvoir corriger, mais cela ne se peut qu'avec du temps et du loisir, et à peine en ai-je assez pour vous répondre, tant je suis pressé de celui qiii doit porter cette lettre entre les mains du courrie r Mon dessein n'est pas de choquer les puissances ; c'est pourquoi je vous supplie de supprimer les vers qui me peuvent nuire. Je ne demande que le repos et ne cherche en mes ouvrages que de vous plaire : sans vous je me serais tenu dans le silence, et aurais passé pour un homme enseveli. Vous voulez que le dixième couplet soit tout-à-fait ôté, si vous persistez en cette opinion il faut détruire toute la pièce, et se mettre encore dans la rêverie pour quelques semaines. J'appréhende de rentrer dans les méditations, pour me garantir de cette corvée, vous m'obligerez de rire tout seul de mon Ode, et de ne la donner à personne. Envoyez-moi tout ce qui a été fait sur la naissance de Monseigneur le dur d'Anjou, et m'apprenez ce qu'il vous semble de ce (juatrain :
Pourquoi prenez-vous tant de peine ,\ vous coiffer de faux clieveux, Margot, mon amour est trop vaine Pour vous honorer de ses vœux.
pour le couplet (jui vous regarde, je ne sais sur quoi vous fondez votre sentiment, mon esprit n'est pas assez fin pour connaître que je chcKjne h- v<Mre «-n *ri cndidit, et !-i j'étais près de vous, je crois que
— sema défense n'aurait pas faute de bonnes raisons. Je me rends toutefois aux vôtres, quoiqu'elles ne soient pas visibles, et je consens d'être censuré en un endroit que j'estimais le plus beau de la pièce. Je vous ai toujours dit que le siècle était trop délicat pour un bonhomme comme moi et que me presser d'écrire était me vouloir exposer à la risée de la cour : il ne m'en chaut guères, pourvu que je vous obéisse, aussi bien ma plume ne prétend plus en renommée. J'ai reçu une lettre et des vers de M. Golletet, ce sont des productions d'un esprit clair et purifié, je le mets au nombre de ceux que j'estime grandement, il m'a mis en peine de lui répondre. Ma rhétorique ne me saurait fournir de compliments dignes de la faveur qu'il me fait ; je vous prie de suppléer au défaut de la lettre que je lui écris, elle est mal ajustée, aussi l'ai-je écrite plus endormi qu'éveillé ; j'estime grandement son Elégie, elle a de beaux endroits, il me semble qu'il écrit comme je voudrais écrire. Vous aurez trouvé mon Ode changée en plusieurs endroits, je me persuade que la dernière forme est la meilleure ; mais avecque tout cela je n'en saurais avoir bonne opinion, et je prévois qu'elle pourrait bien être un de mes derniers ouvrages. Vous m'avez extrêmement obligé de m'envoyer l'élégie de Monsieur Sirmond (1) et la lettre de Monsieur de Balzac, (2) Corneille est bien défendu, il faut avouer que l'avocat vaut bien le client. Je travaillerai puisque vous le voulez à l'épitaphe de votre ami, mais pour vous contenter il faut chercher quelque pensée qui soit extraordinaire, et je ne sais où la prendre. Mon dessein est de vous envoyer demi-douzaine d'épigrammes pour vos étrennes ; j'espère que je le pourrai avant le douzième du mois de Février si mon Apollon ne me trompe ; il y en aura qui vous feront rire. Vous en avez reçu trois qui ne sont pas de ce nombre, je ne sais comme ils vous auront plu, votre première lettre m'en dira quelque chose, s'il vous plait ; pour la correction de l'Ode, il la faut remettre après Pâques. La nouvelle que vous me donnez de la guérison de Madame de Ghoisy, (3) est capable de me consoler de beaucoup de déplaisirs dont je suis assiégé^ je vous supplie de
(1) Jean Sirmond, historiographe du roi, membre de l'Académie Franfaise, 1589-1649,
(2) Allusion à la lettre de Balzar. à Scudéry. Cette lettre est de 1638.
(3) Madame de Ghoisy, dont il a été question au chapitre précédent, était née en ICOO et elle mourut en 1669. Elle fut la mère du fameux abbé de Choisy, membre de l'Aoadéniie Française, 1644-1724.
me conserver l'honneur de ses bonnes grâces et de lui dire que la Iiaine dont j'ai été persécuté dans ce pays rn'a donné moins d'afdiction que sa maladie. Vous m'écrivez que Monsieur de Mominor me fait l'honneur de se souvenir toujours de moi, employez toute votre éloquence pour l'en remercier, et lui dire que je serais ravi de lui pouvoir rendre mes très humbles services. Ne me conjurez plus comme vous faites de me laisser corriger, vous me feriez tort de croire que j'ai la présomption de vouloir passer pour impeccable ; je m'estime le moindre de tous les écrivains, et voks savez bien que je H ai jamais voulu rédiger en co-ps toutes les pièces que j'ai écrites depuis que je suis au monde. Je vous apprends que j'en ai eu si peu de soin, que je les aurais toutes perdues, si Du Bray ne les eût mises dans son recueil de Poésies. Je ferai tout ce qu'il vous plaira touchant mon impression, mais encore faut-il que je vous envoie un épijiramme en déduction de ceux que je vous ai destinés :
Du Mas que ta bergère est rare.
Qu'elle m'entretient doucement, Et que l'Europe lui prépare Un célèbre applaudissement.
J'admire ta Muse naissante.
Il n'en est point de si puissante A nous produire de beaux vers, Conçois hardiment l'espérance De faire par tout l'Univers L'honneur des Muses de la ï'rance.
Examinez-le, s'il vous plaît, devant (jue le condamner et considérez les premiers vers qui sont l'explication des derniers. Je suis, Monsieur mon cher Maître, votre etc. » Bien que cette lettre ne porte pas <lo date, il est facile de préciser l'année et le mois où elle a été écrite *. C'est en décembre 1640. L'année n'est pas douteuse puisque Maynard dit en propres termes : « Envoyez-moi tout ce qui a été fait sur la naissance do Monseijjneur le duc d'Anjou. » Or, Philippe de F'ancc, frère unique de Louis XIV, (|ui porta le titre de duc d'Anjou jusqu'à la mort à Blois, le 2 Février KITtO, de son oncle le fameux Gaston duc d'Oiléans, naquit le 21 septembre 1640, et il est certain que les m<tis de septembre, d'octobre et de novembre de cette même année, virent érlon- nm- moisson do vers destinés à célébrer
l'heureuse naissance de ce second fils d'Anne d'Autriche et de Louis XIII, vers d'actualité et de circonstance qui n'auraient plus leur raison d'être un ou deux ans plus tard par exemple. Le mois de décembre n'est pas plus douteux que l'année 1040, en ellet, Maynard précise : <ï Mon dessein est de vous envoyer demi-douzaine d'épigrammes pour vos étrennes. » Or, alors comme aujourd'hui, les étrennes se donnaient au Jour de l'An et ne Tou ne songeait Li:uère à en parler plus d'un mois à l'avance. Il continue : « J'espère que je le pourrai avant le douzième du mois de Février. » Cette date correspond en 1641 au Mardi gras, et on s'explique qu'il veuille surtout pour des poésies légères, faire appel à son « Apollon » pendant le carnaval. Quant cà la correction de l'Ode, il ne veut pas s'en occuper pendant le saint temps du Carême, et il la remet après Pâques qui en 1641, est à la date du ol mars.
La date de IGiO étant ainsi déterminée, peut-on désirer une affirmation plus précise que celle contenue dans cette [ihrase : « vous savez bien que je n'ai jamais voulu rédiger en corps toutes les pièces que j'ai écrites depuis que je suis au monde, » pour reconnaître que le volume édité par Jacquin en 1613 ne peut être attribué au président d'Aurillac. Et l'on ne saurait chercher à discuter cette affirmation si claire, en objectant les publications de 1638-39, nous avons démontré que cee deux Recueils de Toulouse et de Paris étaient l'ccuvre des amis du poète qui lui-même y était resté couiplètement étranger, il a donc bien le droit de s'(.'xprimer comme il le fait. Après cette lettre GLIX, la question est tranchée définitivement par Maynard lui-même et l'existence des deux poètes homonymes n'est plus douteuse.