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Deux intendants du Canada [microforme]

NOTICE LUE LE 90 JUIN 4853, A LA SOCIÉTÉ DES SCIENCES HISTORIQUES ET NATURELLES DE L’YONNE.

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$ Ier.

Messieurs,

Dans nos séances solennelles, on peut, selon nos statuts, faire la biographie de personnages célèbres du département de l'Yonne.

Sans doute, on n'exclut pas ceux qui sont morts avant la formation de notre pays en département ; les hommes célèbres de notre temps, quel que soit leur nombre, auront la courtoisie de laisser un peu de place à leurs devanciers.

Ensuite, on n’est pas tenu, je pense, de ne parler que des personnages connus du monde civilisé, comme Vauban, par exemple ; le nombre des biographies serait par trop restreint; d’ailleurs, il est des degrés dans la célébrité, et au-dessous des grands hommes, la gloire de l'humanité entière, il est encore place pour des hommes distingués qui ont fait honneur à leur pays.

Je viens faire la biographie de personnages célèbres dont pas un de vous, Messieurs, n’a jamais, selon toute apparence, en-

tendu parler, ce qui confirme le vieux proverbe : Nul n’est prophète dans son lieu.

Vous avez lu, sans doute, avec intérêt, dans l'Annuaire de l'Yonne, de 1853, un fragment d'un vaste travail administratif fait sur la Bourgogne entière, vers 4670, la description particulière de l’ancien comté d'Auxerre. Ceci prouve, par parenthèse, que la statistique pour laquelle toute la France s’évertue dans ce moment, n’est pas chose nouvelle, si le mot est nouveau, seulement l'enfant avec les années est devenu bien grand et bien gros.

Peu de lecteurs auront fait attention, dans le paragraphe sur Vermenton, à une dame Raudot, propriétaire de la seigneurie de Bazarne, c’est la mère des personnages dont j'ai à vous entretenir.

Marguerite Talon, de la famille des célèbres avocats généraux du Parlement de Paris, avait épousé Jean Raudot (1), qui, après avoir été lieutenant à l'élection d'Auxerre, commis à l'extraordinaire des guerres, était devenu fermier-général et secrétaire du roi; il mourut en 4660, laissant trois fils (2) A.

Cette famille ayant fait fortune, devait, selon les idées du temps, se consacrer aux fonctions de dévouement, l'épée et la magistrature : les deux plus jeunes furent officiers, et l’aîné, Jacques Raudot, après avoir été conseiller au Parlement de Metz,

(1) Son frère, Philbert Raudot, était avocat en parlement et maire d’Arnay-le-Duc, petite ville de Bourgogne.

(2) Les lettres alphabétiques renvoient à des notes et pièces justificatives placées à la fin de cette Notice.

Jean Raudot avait en outre trois filles : l’une d’elles, Marie, épousa M. Regnault, conseiller au Parlement de Paris, et eut en partage la terre de Bazarne.

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puis à la Cour des Aides de Paris, fut nommé intendant du Canada (1).

Son fils, qui était déjà inspecteur général de la marine au département de Dunkerque, fut nommé, par une faveur spéciale, intendant du Canada en même temps que lui (2).

Tout le monde dans cette enceinte sait sans doute ce qu'était dans l’ancienne France un intendant, cette grande institution créée par Henri IT, développée par le génie de Richelieu, et qui, à bien ou à mal, fut dans les mains de la royauté un puissant moyen pour devenir absolue, pour niveler et uniformiser la France; mais on peut être docteur ès-sciences naturelles et his-

(1) Je dois presque tous les renseignements qui m'ont servi à faire cette Notice, à l’obligeance de M. Pierre Margry, conservateur-adjoint des archives au Ministère de la Marine.

Il aime avec passion les trésors qu’elles renferment, mais bien différent de l’avare ou du jaloux, il est heureux de les faire connaître à ceux qui ne sont pas indignes de les apprécier. Ù

C’est un écrivain distingué qui élèvera à la glofre des fondateurs et organisateurs des colonies françaises, à la gloire de la France, un monument que nous 2ttendons avec impatience.

(2) ls durent peut-être en partie leurs nominations au souvenir des bons services de leur parent Jean Talon, intendant du Canada de 1665 à

” 4673 et administrateur remarquable.

La presqu'île qui se trouve dans la partie méridionale de Terre- Neuve, porte le nom d’Avalon ; j'ai cru un moment que MM. Raudot lui avaient donné ce nom, mais j'ai vu depuis ce nom d’Avalon sur une carte de Terre-Neuve de 1702 faite par conséquent avant leur arrivée au Canada. L’intendant Talon avait dû venir à Bazarne visiter sa parente M*° Raudot et faire une excursion à Avallon pour admirer ses vues pittoresques : c’est lui, sans doute, qui aura fait donner à cette terre d'Amérique un nom qui lui rappelait un bon souvenir de Bourgogne.

toriques, et n'avoir pas peut-être une idée bien nette des fonctions d'un intendant des colonies, permettez-moi de vous lire la commission du compatriote de vos arrière-grand-pères. Tant de révolutions dans les choses et dans les idées, qui semblent avoir multiplié les siècles, nous séparent du moment où cette commission a été donnée, qu'elle peut presque rivaliser avec un manuscrit poudreux du moyen-âge.

« Louis par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre (c'était Louis XIV, celui que, malgré le commencement de son déclin, on appelait encore en Europe : le roi}, à notre amé et féal conseiller en nos conseils le sieur Raudot, salut!

» Étant nécessaire, pour le bien de notre service, de pourvoir et envoyer à la Nouvelle-France une personne fidèle et capable d'exercer la charge d’intendant à la place du sieur de Bezuharnais que nous avons nommé à l’intendance de nos armées navales (c'était un des grands-oncles de l'empereur Napoléon ID) ; nous avons cru ne poañvoir faire un plus digne choix que vous pour exercer cette charge

» Nous vous commettons, ordonnons et députons par ces présentes signées de notre main, intendant de la justice, police et finances en nos pays du Canada, Acadie et îles de Terre- Neuve et autres pays de la France septentrionale, pour vous trouver en cette fonction aux conseils de guerre qui seront tenus par le sieur marquis de Vaudreuil, gouverneur et notre lieutenant général audit pays, ouir les plaintes qui vous seront faites par les peuples... par les gens de guerre et tous autres, sur tous excès, torts et violences, leur rendre bonne et briève justice, informer de toutes entreprises et pratiques et menées faites contrenotre service, procéder contre les coupables de tous crimes de quelque qualité et condition qu'ils soient, leur faire et parfaire leurs procès jusqu’au jugement définitif et exécution d'icelui

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inclusivement, appeler le nombre de juges et gradués, portés par nos ordonnances... présider au conseil supérieur... recueillir les voix et prononcer les arrêts, tenir la main à ce que tous les juges inférieurs dudit pays et tous nos ofliciers de justice soient maintenus en leurs fonctions sans y être troublés par le conseil supérieur.….., juger en toutes matières tant civiles que criminelles, conformément à nos édits et ordonnances et à la coutume de notre bonne ville, prévôté et vicomté de Paris, faire avec le conseil supérieur tous les règlements que vous estimerez nécessaires pour la police générale dudit pays, ensemble pour les foires et marchés, ventes, achats et débit de toutes denrées et marchandises... et, au cas que vous estimerez plus à propos et nécessaire pour le bien de notr: service.….., nous vous donnons pouvoir et faculté de les faire seul, de juger souverainement seul en matière civile et de tout ordonner ainsi que vous croirez être juste et à propos, validant dès à présent, comme pour lors, tous les jugements, règlements et ordonnances qui seront ainsi par vous rendus tout ainsi que s'ils étoient émanés de nos cours supérieures

» Voulant aussi que vous ayiez la direction du maniement et distribution de nos deniers pour l'entretien des gens de guerre, comme aussi des vivres, munitions, réparations, fortifications, parties inopinées, emprunts et contributiors...…, voir, vérifier et arrêter les états et ordonnances qui en seront expédiés par notre lieutenant général en chef..…..., vous faire représenter les extraits des montres et revues, les contrôles et registres

» Comme aussi, nous voulons que vous ayez seul la connais sance et juridiction souveraine de tout ce qui concerne la levée et perception de nos droits dans l'étendue dudit pays, savoir des droits appelés dix pour cent, quart de castor et taille de Cadoussac, tant en matière civile qu'en matière criminelle, sur

laquelle toutefois, en cas de peine afllictive, vous prendrez le nombre de gradués porté par nos ordonnances voulant que vos jugements soient exécutés comme arrêts de nos cours souveraines

» Au surplus, faire et ordonner ce que vous croirez nécessaire et à propos pour le bien et awntage de notre service et qui dépendra de la fonction de ladite charge d'intendant

» Car tel est notre plaisir.

» Donné à Versailles, le 4° du mois de janvier, l'an de grâce

Dans cette commission, on reconnaît l'empreinte de celui qui disait : l'Etat, c'est moi.

Ainsi, l’intendant avait à la fois les attributions actuelles des préfets, des conseils de préfecture, des intendants de l’armée, des juges d'instruction, des présidents de cour d'appel et d’assises, et même plus encore puisqu'il n’y avait point de jury au Canada et qu'il aurait pu même juger seul et souverainement. I avait une partie du pouvoir législatif et en outre, d’après les édits, le droit de faire, conjointement avec le gouverneur, des concessions de terre et de les révoquer au besoin.

Son pouvoir était presque sans bornes pour ie bien ou pour le mal, et la prospérité de la colonie dépendait en très-grande partie de sa probité et de ses talents.

On appelait les immenses pays dont MM. Raudot étaient intendants, la Nouveile-France, grand nom qui indiquait l’espérance d'un grand avenir!

Mais que d'efforts et de temps pour le réaliser.

Les Français, encore peu nombreux, n'avaient pas seulement

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à lutter contre le désert, à défricher des forêts vierges, à braver les rigueurs de longs hivers, il fallait encore dominer, par la politique ou par l'épée, des sauvages féroces et se tenir en garde contre des voisins plus redoutables, les Anglais.

Entre Français et Anglais de l'Amérique tout était différent et opposé.

Les colonies anglaises s'étaient peuplées de dissidents qui fuyaient la mère-patrie, d'hommes sombres et énergiques qui ne demandaient rien à son gouvernement que la liberté de vivre et de prier à leur guise ; la Nouvelle-France, au contraire, fondée sous l’influence du catholicisme, pour la conversion des infidèles autant que par esprit de commerce et de conquête, ne reçut que des catholiques, un acte fondamental en interdisait l'entrée aux protestants ; elle commença à se peupler a’anciens soldats, de paysans et d'ouvriers, Normands pour la plupart, :’ansportés par les vaisseaux du roi et cédant à l'impulsion du gouvernement ou de compagnies patronées par lui. On tenta même d’organiser le sol comme la société à l'image de ce qui existait en France, on établit la dîime pour le clergé, on concéda à des com= munautés, à des ofliciers, à des gentilshommes, des forêts vierges qu'on décora du nom de seigneuries et ces seigneurs du désert firent ensuite des concessions p’"tielles de terrain à des paysans qui devaient leur payer une redevance et des droits seigneuriaux,

Les colonies anglaises eurent le jury et les institutions judiciaires de l'Angleterre; elles obtinrent dans leurs chartes des franchises si grandes que chacune d'elles formait pour ainsi dire une république. Dans la Nouvelle-France, la justice fat ‘ peu près organisée comme dans la mère-patrie, avec l'omnipotence pour ainsi dire de l’intendant de plus : aucune liberté du reste ni municipale ni provinciale.

La vieille et haineuse rivalité de l'Angleterre et de la France

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avait passé les mers; la différence de religion la rendait plus ardente encore dans les cœurs des colons de l'Amérique; les Canadiens, tous catholiques, étaient fervents pour la plupart, et les Anglais presque tous protestants fanatiques.

Toutes les fois que la guerre éclatait en Europe entre les deux nations, les colonies rivales se battaient avec acharnement.

Pour résister aux colons de la Nouvelle-Angleterre, à peu près dix fois plus nombreux, il fallait à nos Français une grande énergie.

Les Canadiens n'avaient pas dégénéré du courage de leurs pères, la paix était pour eux aussi laborieuse que la guerre, cette lutte incessante des pionniers contre les forêts vierges et un climat rude, entretenait leur vigueur; beaucoup aimaient à courir les bois, les aventures, à vivre au milieu des dangers, à découvrir à force d'énergie et de privations de nouvelles terres à l’ouest et au midi, dans ces déserts immenses arrosés par le Saint-Laurent, le Mississipi et leurs innombrables affluents. En voyant l’origine, les habitudes, les mœurs des Canadiens, on s'explique, sans cesser de l’admirer, la résistance qu’ils opposaient à leurs nombreux voisins; plus d’une fois même ils portèrent la terreur dans les colonies anglaises.

Ces guerres de surprises à travers le désert, aux combats petits par le nombre, mais si grands par le genre inventif et l’opiniâtreté d’un courage à toute épreuve, étaient d'autant plus acharnées que Francais et Anglais avaient cherché chez les sauvages des auxiliaires contre l'ennemi.

C’étaient de terribles gens que ces sauvages dont les missionnaires, jésuites ou récollets, avaient bien de la peine à faire des chrétiens ; un passage d'une lettre collective du gouverneur et de l’intendant, datée de 1708, adressée au ministre de la marine, le comte de Pontchartrain, les peint en quelques lignes :

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« Le sieur de Vaudreuil s'attache tant qu'il peut, Monseigneur, à maintenir une bonne union avec les sauvages ; il n’y a que cette union qui fait le bonheur et la sûreté de cette colonie. La guerre avec ces nations ne convient nullement aux Français, il n'y a rien à y gagner pour eux, ce sont des gens qui sont partout dans le pays et qui restent dix jours cachés derrière une souche pour pouvoir assassiner un homme 6u une femme, vivant dans cet état avec un épi de blé d'Inde.

» C'est aussi la guerre la plus cruelle du monde; ils ne se contentent pas de brûler les maisons, ils brûlent aussi les prisonniers qu’ils font, et ne leur donnent la mort qu'après les avoir tenus toujours dans les tourments les plus cruels qu'ils puissent s’imaginer. Les sieurs de Vaudreuil et Raudot ne peuvent conserver cette bonne intelligence, ni empêcher ces nations de se lier avec les Anglais sans leur faire des présents ; c’est un mal nécessaire. »

Plus d’une fois Anglais et Français eurent à rougir de honte et d'horreur de leurs féroces auxiliaires, mais la crainte de les changer en ennemis et de perdre leurs secours, faisait détourner les yeux et dissimuler l'indignation.

Lorsque MM. Raudot se rendirent au Canada et pendant tout le temps de leur séjour, la terrible guerre pour la succession d'Espagne mettait les armes à la main des Français et des Anglais dans les deux mondes.

La grande époque de Louis XIV était passée ; le long exercice du pouvoir absolu, des guerres continuelles, avaient, malgré quarante ans de succès et de gloire, porté leurs fruits empoisonnés ; la France, si féconde en grands hommes et si puissante lorsque Louis XIV avait commencé à gouverner, s'était appauvrie d'hommes et de ressources, et l'Europe presque entière voulait se venger d'une longue supériorité; la France se battait sans

doute avec énergie, mais ses forces ne paraissaient plus répondre à son courage : on aurait dit qu'elle avait vieilli avec son roi.

En 4709, après un hiver d’une rigueur à. .uie, suivi d'une effroyable disette, après des défaites qui semblaient livrer la France aux armées de Malborough et du prince Eugène, Louis XIV humilia son orgueil à demander la paix, mais on lui fit des conditions si dures qu'il les rejeta avec indignation : on voulait mutiler la France; il prit alors une résolution extraordinaire en dehors de tous les principes de son gouvernement, il fit connaître publiquement et ses propositions et les demandes des alliés et prit ses sujets pour juges. L'événement prouva qu'il avait bien jugé le cœur des Français, la nation indignée comme son vieux roi, fit un effort suprême.

La Nouvelle-France si faible encore fut digne de sa mère.

Voici une lettre de MM. Raudot, qui le prouve bien : Québec, le 6 novembre 1709.

« Monseigneur,

» Nous avons reçeu la lettre qu'il vous à pleu nous escrire en date du 43 juillet dernier, avec coppie de celle que Sa Majesté à escrite à M. de Vaudreuil, au sujet des propositions de paix.

» Tous les peuples, Monseigneur, sont si soulevés des propositions honteuses à la nation, que les alliés ont faittes, qu'ils souiriront avec plaisir toutes les incommodités de la guerre, plutôt que d'avoir la paix à ces conditions. Ils sont obligés à Sa Majesté du refus qu’elle en a fait.

» Ils ont prié ici avec ferveur le Seigneur pour la prospérité de ses armes et ils espèrent tous que Sa Majesté confondra l’or-

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SOUS LOUIS XIV. LE gueil de ces alliés qui paroît être monté au suprême degré. Nous avons joint nos prières aux leurs et sommes persuadés que la pureté des intentions de Sa Majesté, dans une guerre aussi juste que celle qu’elle a entreprise, donnera à la fin un bon succès à ses armes et obligera ses ennemis d'accepter des conditions aussi justes et aussi raisonnables qu'il leur a offertes. »

Dans'la lettre du 14 novembre, huit jours après, on lit avec émotion :

« Ces propositions sont si opposées à l'honneur de la nation françoise, qu'il paroît aux sieurs de Vaudreuil et Raudot qu’il vaut mille fois mieux soutenir la guerre que d’avoir seulement la pensée de les accepter ; ious les peuples doivent être obligés à Sa Majesté du refus qu'elle a fait. »

Ces mots si fiers étaient écrits par le gouverneur et les intendants d'une colonie lointaine, défendue par deux mille hommes à peine de troupes réglées (4), trois à quatre mille miliciens, et qui, placée à côté d'ennemis bien plus nombreux, ne pouvait rien attendre de la mère-patrie attaquée de toutes parts et épuisée. Mais le cœur de la France battait aussi sur les rives du Saint-Laurent; on ne se vantait pas de son patriotisme, ce mot n'était pas encore inventé, je crois, mais certes, on en avait; les sentiments qui avaient fait la France si grande n'étaient pas éteints.

Dans une lettre collective de 1707, MM. de Vaudreuil et Raudot disaient qu'ils avaient tout fait pour préparer la défense

(1) Le Canada, avant la guerre, n'avait que 35 compagnies complètes des troupes dela marine (lettre du gouverneur du 45 octobre 1698). Les compagnies devaient être de 60 hommes. A peine si on put les entretenir au complet pendant la guerre.

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de la colonie contre un coup de main, et qu'ils comptaient bien renvoyer les Anglais aussi mécontents du Canada que du temps du comte de Frontenac (1).

Cette promesse fut tenue en 47414 ; les Anglais, qui avaient tenté la conquête du Canada avec des forces très-considérables, furent forcés par les Canadiens, secondés par une tempête qui dispersa leur flotte, de quitter précipitamment les rives du Saint- Laurent, et la Nouvelle-France fit éprouver à Louis XIV un de ces rares moments de bonheur qui, dans ces années désastreuses, lui rappelaient la fortune de ses belles années.

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