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Myzonp,
JE viens dedlire, dans [6 recueil récemment publié par votre célèbre compatriote M. ΤῊ, WALPOLE (1), une lettre où votre seigneurie reproduit, sur [65 inscriptions de ΕΟΌΆΜΟΝΤ, l'opinion qu'un autre de vos concitoyens, M. RicHarp Payne KNicur, a fait prévaloir en Angleterre (2). On ne voit guère ailleurs que dans votre pays, de grands seigneurs descendre de la haute sphère des spéculations politiques, pour se mêler aux discussions littéraires ;
(1) Memoirs relating to European and | alphabet, by RICHARD PAYNE KNIGHT
Asiatic Turkey, pag: 446-451. London, MDCCxcI. (2) An analyiical Essay on the greek
et ce qui est plus rare encore, c’est que des hommes constitués en dignité ne se contentent pas d’embrasser {es opinions des savans, et de les prendre, pour ainsi dire, toutes faites, mais qu'ils daignent y ajouter de nouveaux argumens, et leur procurer ainsi la double autorité de leur crédit et de leurs lumières. Cet honneur que vous faites aux lettres, MYLorD, vous méritez de le recevoir de tous ceux qui les cultivent, et je ne me crois pas indigne de vous le rendre. C’est donc vous-même que je prendrai pour juge dans une cause qui vous a eu pour adversaire; c'est par votre propre suffrage que je veux assurer aujourd’hui les droits de la vérité; et, quels qu'aient été vos premiers sentimens sur cette matière, désormais son triomphe sera le vôtre.
Je. n’userai, Mxzorp, de votre complaisance que le moins de temps qu’il me sera possible : un homme qui sait faire un si noble emploi de ses loisirs, mérite bien qu'on en soit aussi économe pour lui, qu’il en est prodigue pour le public. Je serai donc aussi court que le permettent l'importance de la question et la qualité de mes adversaires. Je dois craindre par-dessus tout de perdre ma cause en fatiguant l'attention, et j'aime mieux sacrifier quelques raisons et conserver quelques lecteurs. Je prendrai la question au point où l'a prise M. Knicxr lui-même, sans opposer à son opinion le sentiment de ceux qui l'ont précédé, sans m'autoriser du nombre et de la gravité des suffrages qui: combattent le sien. Il ne s'agit pas ici de citer et de peser des noms, quoique souvent ce genre de critique en vaille bien un autre ; mais il ne seroit pas généreux d’user contre M. Knicar d'un avantage dont ik ne pourroit se prévaloir à son tour. Je ne prétends. que discuter des raisonnemens, établir des faits, en un mot, mettre par-tout la raison à la place de l'autorité. Je suivrai pied à pied M. Knicur. Je serai, j'en conviens, obligé de le traduire presque entièrement pour le réfuter : maïs aucun de mes
PREMIÈRE LETTRE. 3 lecteurs ne sera, je crois, tenté de s’en plaindre ; et pour moi, je lui aurai cette obligation, que le plan qu'il s'est tracé me dispensera de m'en former un.
Pour ne point charger ma réfutation de circonstances inutiles, je supposerai, avec M. Kuicur, que mes lecteurs sont instruits des particularités du voyage de FourmonT; qu'ils savent au moins que, chargé par Louis XV de parcourir la Grèce, afin d'y recueillir des fragmens d'antiquités, des manuscrits, des copies d'inscriptions, cet académicien y employa près de trois années (1), au bout desquelles il rapporta dans son pays un immense recueil de monumens de toute espèce. Voilà ce qu'il y a de plus essentiel à savoir ; et, quant au caractère de l’auteur, dont [a connoissance n’est pas non plus étrangère à Ja question qui nous occupe, Popinion qu’en avoit l’Académie dans de sein de faquelle il à vécu, est que c'étoit un homme médiocrement versé dans la langue et l’histoire grecques, et nullement dans [6 commerce du monde; du reste, laborieux, appliqué, poussant la franchise et l'austérité de ses manières jusqu’à la rudesse ; en un mot, beaucoup moins éclairé qu'honnête ; capable, conséquemment , d'introduire par inadvertance de mauvaises leçons dans des monumens qu’il entendoit mal, mais non pas d'en forger sciemment d’imaginaires (2). Telle est, du moins, l'opinion qu'en avoient ses contemporains, ceux qu'il eut pour témoins, pour compagnons, pour juges de ses travaux. Or ἢ faut prouver par l'examen des inscriptions, que cette opinion étoit fausse, et non alléguer d'avance l'opinion contraire, comme une preuvé de la fausseté de ces monumens. I eût été mieux sans doute de
(1) De 1729 à 1731. Voy. la relation (2) Voy.lÉloge de FOURMONT dans abrégée de ce voyage dans l'Histoire de | VHistoire de la même Académie, τ. ΧΎΤΙΙ, l’Académie des Belles-Lettres , tom. VII, | pag. 446. pag- 344 et suivantes.
suivre la première méthode: ona préféré la seconde, qui, effectivement, est plus expéditive et plus commode. J'avoue même que c'étoit la seule, en pareil cas, qui püt conduire au résultat desiré: car, 511 eût été une fois bien reconnu que FourMOoNT étoit trop honnête homme pour étre un faussaire, tout l’échafaudage des argumens entassés contre ses inscriptions se fût écroulé de lui-même; on se fût borné à élever des doutes sur [ἃ fidélité de quelques leçons, à proposer des interprétations différentes pour quelques autres; et lon n'eût pas pris d'emblée le parti violent de rejeter comme des productions honteuses de l'ignorance et de limposture, des monumens d’une haute et respectable antiquité, dont le seul. défaut est peut-être de contrarier quelques systèmes et de détruire quelques théories trèsmodernes.
Et permettez-moi, ἃ cette occasion, MYLoRD, de protester contre cette facilité trop commune avec laquelle on accueille de semblables imputations. Depuis que les fraudes d'ANNIUS DE ΨΊΤΕΒΒΕ, qui en avoient quelque temps imposé au monde, ont été découvertes et confondues, ce genre de critique, dans lequel on peut déployer à peu de frais beaucoup d’érudition et d'esprit, est devenu à la mode; et le scepticisme y a fréquemment été poussé jusqu'à la licence la plus incroyable : rappelez-vous, MyLorp, les paradoxes du P. HarpouIn , lesquels étoient peutêtre plus hardis encore que les grossières impostures du moine de Viterbe. Le succès obtenu plus récemment par votre compatriote BENTLEY, à l'égard des prétendues Lettres de Phalaris (1), a%ervi d'un nouvel appât; et je conviendrai sans peine que, dans cette réfutation et dans quelques autres du même genre ΕΣ);
(1) La Dissertation anglaise de BENT- | une traduction latine, Groning. 1777: LEY parut en 1697, et la Défense contre (2) Je me plais à citer ici la réfu- C.BoyLe,en 1699.LENNEPen a publié | tation faite par M. BoISSONADE des
PREMIÈRE LETTRE. Γ l'évidence a été portée aussi loin qu'il est possible. Mais de a facilité avec laquelle de simples sophistes des bas siècles avoient pu fabriquer, sous le nom d'anciens et illustres personnages, des lettres qui n'étoient peut-être, pour leurs auteurs, qu’un jeu innocent, un moyen de s’essayer dans Part d'écrire, et nullement de faire illusion aux contemporains ou de tromper Îa postérité (1), a-t-on dû conclure qu’il est également facile de fabriquer des monumens originaux ? On a cependant procédé de cette manière, et même d’abordavec succès. Ainsi lona rejeté le plus grand nombre des médailles recueillies par GoLTZIUs ; on a taxé de fausseté les monumens décrits par CYRIAQUE D'ANCOÔNE; et le principal argument sur lequel on appuyoit une opinion si rigoureuse, étoit le défaut de monumens semblables ou seulement analogues à ceux-là: On en a retrouvé depuis ; et dès-lorsil ἃ faflu modifier cette opinion : la sentence portée avec tant de précipitation et de rigueur contre la mémoire de ces deux hommes a été rectifiée et adoucie sur plusieurs points ; qui sait si bientôt elle ne sera pas entièrement révoquée? Vous savez, MYLoro, que Îles sables eugubiennes, ces monumens si bien conservés d'une langue depuis si fongtemps détruite, ont aussi été soupçonnées de fausseté, et qu'avant
de songer aux moyens de les expliquer, on prit le parti de les
Lettres attribuées à Diogène le Cynique (voy. Notices des Manuscrirs, tom. X, pag. 122-208, 2.° partie). [1 est impossible d’unir une plus profonde érudition et une critique plus judicieuse; et si Pon eûtainsi combattu FOURMONT, je n’aurois pas eu la tentation de prendre Ja plume pour le défendre.
(τ) Nous avons dans notre littérature une foule d'exemples du même genre, qui peuvent justifier ou expliquer cet artifice des anciensrhéteurs. Ainsi, lorsque MONTESQUIEU, dans la Préface du
Temple de Cnide, donne. cet ouvrage conime une traduction d’un livre grec, il ne prétendoït assurément tromper personne sur Île véritable auteur de cette production originale; et, si quelque jour la tradition contemporaine venoit à s’al.
térer ou à se perdre, auroit-on raison d’accuser MONTESQUIEU de fraude et d'imposture! Les auteurs des Lettres de Phalaris, d’Euripide, de Thénistocle, de Diogène, &c., étoiïent peut-être dans le même cas, et la critique s’est peutêtre montrée trop rigoureuse à leur égard,
rejeter. Cependant, quoiqu'il y aït eu jusqu'à nos jours bien des systèmes sur [6 sens qu'elles présentent (x), il n'y ἃ plus à présent qu'une opinion sur l'authenticité de ces fables; et M. KNIGHT lui-même les regarde comme le plus ancien monument de Part d'écrire (2). Mais la hardiesse du scepticisme a été plus loin encore ; elle a contesté jusqu’à l'authenticité de ces marbres déposés dans votre université d'Oxford , et auxquels on donne encore aujourd’hui le nom du comte D'ARUNDEL, qui les a procurés à votre patrie; et c’est ausein même de l'Angleterre, enorgueillie de posséder ce monument, que s'est élevée la voix qui Le condamnoit (3). Aïnsi ce n’est plus seulement quelques frivoles écrits, transmis jusqu'à nous sur des feuilles légères et par des mains ignorantes, qu'on a regardés comme supposés et apocryphes, mais une chronique entière, profondément gravée sur Îe marbre , arrachée des entrailles de la terre, offrant aux yeux [65 signes [65 moins équivoques de Îa vétusté, pleine de lacunes et de difhcultés que tout le savoir des plus habiles chronologistes d’Europe n'a pas encore réussi à suppléer et à éclaircir entièrement ;
(1) Je dirai plus bas quelques mots | marbres,etnotamment JOHN HEWLETT
sur les principaux de ces systèmes, de BoNAROTTI, de BOURGUET, de Gori, de MAFFE1, ἃς, ἃς.
(2) Analys, of greek alphab, pag. 120.
Cependant M, KNIGHT se trompe entore en ce point, ainsi que l’a montré le savant P. LANZ1I, dont lopinion, en pareille matière, fait autorité.
(3) 5. ROBERTSON, dans un ouvrage intitulé : The Parian Chronicle, or the Chronicle ofthe Arundelian Marbles, with a-dissertation concerning its authenticity , London, 1788. Plusieurs auteurs entreprirent de défendre contre les attaques du savant Anglais authenticité de ces
(À vindication of the Parian Chronicle, London, 1789), un Allemand, M.K.F, C.WAGNER (Die Parische Chronik,&ec., 1789), et un autre Allemand anonyme, qu'on sut être M. HEYNE (Gazette littér, de Gottingue, 1790 }. L’illustre PORSON prit part à cette querelle littéraire (voy.
Museum criticum de Cambridge, tom.I, pag. 220, sqq; et Zracts &c. miscellae neous criticism,p. 57 ,sqq-). M. SCHŒLL, qui, dans ses Élémens de Chronologie, ἃ donné l’histoire de cette controverse, dit que le doute plane encore sur ce monument (tom: I], pag. 54): mais c’est certainement une assertion téméraire.
PREMIÈRE LETTRE. 7 et, malgré tant de raisons qui sembloient attester d'avance l’'impuissance de ses efforts, la critique est parvenue à élever contre ce monument si ancien, si original, des objections si fortes et si nombreuses, qu’elles ont quelque temps ébranlé la foi ou du moins troublé la sécurité de ses plus doctes interprètes. A la vérité, ce paradoxe a été depuis abandonné, comme tant d’autres qui l'ont été, ou qui devroient l'être; mais aussi les: marbres étoient [à pour témoigner eux-mêmes de leur authenticité : d’ailleurs, il est permis de croire, MYLorD, que votre honneur national n'a pas eu moïns de part que la vue et létude du monument, à ce triomphe de la vérité; votre patriotisme s’est révolté, autant que vos lumières, contre [68 argumens d’une audacieuse critique, qui tendoit à priver la première de vos écoles, d’un de ses plus précieux ornements; le nom d'ARUNDEL a protégé ces marbres mieux sans: doute que n’eût pu le faire celui du Français PErREsc, qui en fut le premier possesseur(r); et si, permettez-moi, MyLoRD, cette supposition , les inscriptions de FourMonT eussent été déposées à Oxford plutôt qu'à Paris, je crois bien qu'elles y auroient pu trouver des imcrédules, mais Je crois aussi qu’elles n'y auroient pas manqué de défenseurs, Je me flatte, MyLorp, que vous ne regarderez pas cette digression comme étrangère à mon sujet, et j'y reviens pour n’en plus sortir.
« Lorsque M. Fourmonr revint de la Grèce, dit M. Knrcur(2) » il annonça qu'il avoit fait les plus rares découvertes ; qu'if
» s'étoit procuré une ancienne copie des lois de SoroN; et qu'après » des fouilles opérées, sous sa direction, par deux mille personnes, » dans les ruines d’'Amycles, il y avoit trouvé des monumens » écrits, d’une antiquité supérieure à tout ce qui avoit été pro- » duit jusqu'à ce jour. » M. KNicur ajoute, quelques lignes plus
(1) GASSENDI, Vir, Peirese. p, 140. (2) Analys, of greek alphab, pag. 112.
bas : « Quant aux lois de Soon, il n’en est plus question, non » plus que des deux mille personnes employées aux fouilles » d'Amycles.» Ces assertions préliminaires exigent quelques éclaircissemens. L'espoir que FoURMONT avoit communiqué au monde savant, et dont il s’étoit flatté lui-même touchant la découverte des lois de SoLon, provenoit de précipitation et d'ignorance, et non d’un dessein formé -d’en imposer. Il avoit trouvé plusieurs décrets relatifs à l'administration intérieure d'Athènes, et rédigés la plupart à une époque et dans un {langage dont ancienneté ne pouvoit:lui paroître douteuse; ces monumens, tels qu'ils existent én original parmi ses papiers, offrent les mêmes particularités de diction et d'orthographe qu’on remarque sur le marbre de CHoiseur., découvert depuis la mort de FourMoNT (1), et sur d’autres inscriptions, également antérieures à l’archontat d'Euclide , que le savant CHaANDLER a publiées (2). On ne supposera certainement FOURMONT, ni personne au monde, capable d’avoir forgé si juste des monumens d’une si haute antiquité, d’une étendue si considérable, et d’une diction dont il n’existoit de son temps aucun modèle connu. C’est d’après un aperçu superficiel de ces monumens, dont l'authenticité ne sauroit être suspecte, que FourMonr s'imagina qu'il avoit en sa possession l'original des lois de SoLon : c'est ainsi du moins qu'un savant de nos jours, M. Bæcxx, qui vient de publier quelques-unes de ces précieuses inscriptions athéniennes (3), explique et justifie la méprise du voyageur français; et si,-du vivant même de FouRMONT, il cessa d’être question de cette importante découverte, c’est qu'un examen plus approfondi des prétendues lois de Soon fit mieux connoître. la vraie nature et le véritable objet de ces monumens. M. Knicar
(1) En 1788. Voy. la Dissertation (2) Znscript. antiq. part. 11. de l'abbé BARTHÉLEMY, dans les Mé- (3) Die staats haushaltung der Athencr, moires de l’Académie des Belles-Letires, | von AUGUST BoEcxH, Berlin, 1817, tom. XLVIIT, pag. 337-386. 2 voll.
aime
EE Ten πειὶ
aime mieux attribuer ce silence à la crainte qu'avoit Fourmonr de trahir son incapacité en essayant de forger le texte qu’il avoit annoncé, et de ne pouvoir soutenir une aussi longue imposture (1): voilà certainement une supposition très-charitable; mais pour avoir le courage d'y répondre, ïl faudroit avoir celui de Ia faire.
La seconde assertion de M. KNIGuT est au moins aussi extraordinaire que cette supposition. 17] n'est plus question DES DEUX MILLE PERSONNES employées aux fouilles d'Amycles! Mais en quel endroit de [a relation de Fourmonr le critique a-t-il jamais rien trouvé de semblable? Te seul passage où il soit parlé de ces fouilles d’Amycles (2) , est celui-ci, que je transcris textuellement : « QUINZE OUVRIERS travaillèrent, et découvrirent plus de vingt ins- » criptions: on augmenta fe nombre des ouvriers jusqu’à SOIXANTE; » et pendant cinquante-cinq jours qu'ils employèrent à démolir » toutes ces murailles des Paléologues, sans épargner même les
» fondemens des temples des dieux, &c.» Lorsque M. Knicxr, de son autorité privée, multiplie ce nombre de soixante personnes en celui de deux mille, il est permis de croire, d’après une si étrange opération de calcul, que ce critique compte quelquefois un peu trop sur l'exactitude de sa mémoire, ou trop peu sur celle de ses lecteurs: et, lorsque, non encore satisfait d’une exagération si forte, il y ajoute celle-ci, que le Péloponnése entier pourroit à peine fournir un pareil nombre de personnes, je craïns que M. KNIGHT n'ait l'habitude de se jouer de ses propres pensées et
(1) Analys. of greek alphab. pag. 127. | seule preuve de l’inattention avec laquelle (2) Dois-je remarquer que les fouilles | il a parcouru des monumens qu'il juge dontilest ici parlé, furent faites à Sparte, | avec tant de rigueur. J’ose croire qu'il
et que le nombre des ouvriers employés à celles d'Amycles n’est marqué nulle part dans la relation de FOURMoNT ; M. KNIGHT auroit donc pris Sparte pour Amycles; et cette méprise n’est pas la
me trouvera plus juste à son égard, et que, s’il me reproche quelques fautes, ce ne seront pas du moins des fautes d’attention
de badiner avec son sujet; ce qui m'exposeroit au ridicule de prendre au sérieux des choses qu'il auroit dites en plaisantant. M. KnicaT convient néanmoins, et je pense qu'il est ici de bonne foi, que FOURMONT put réunir un certain nombre de travaïlleurs, mais uniquement, ajoute-t-il, pour mettre en pièces et non pour découvrir des inscriptions. I auroit fallu peut-être, pour être tout-à-fait conséquent, accorder à FourmonT ce double motif. Quoi qu'il en soit, on cite pour garant de cette assertion, M. STuART, qui suivit FOURMONT à peu de distance; et j'ajoute moi-même à ce témoignage celui d’un autre voyageur anglais, M. DopwELz, qui, au retour de son voyage en Grèce, dont ἢ s'occupe en ce moment à publier les magnifiques résultats (1), m'a assuré plusieurs fois que le souvenir de FourmonrT et des destructions exécutées par ses ordres subsistoit encore dans les lieux qui en avoient été le théâtre. Mais il ÿ avoit un témoignage plus sûr et plus direct à alléguer ; c'est celui de FourMonrt luimême, qui, dans une lettre manuscrite au comte DE MAUREPAS, rend compte de la précaution qu’il avoit prise, en quelques endroits, de briser, de mutiler et d’enfouir des marbres, après avoir copié les caractères qu’il y voyoit tracés ; précaution barbare, par laquelle il croyoit assurer à sa patrie la gloire exclusive de ses
(1) Voici une anecdote que na racon- | répondit que c’étoit afin de préserver ces tée M. DoDWELL, et qui prouve com- | marbres de la destruction, et de les sousbien ce souvenir est encore présent à | traire aux recherches d'un Mylord fran- Vesprit des habitans actuels de [a Laco- | çais (cest ainsi qu'ils désignent Fournie. Lorsque M. DopWeLL s’occupoit | MONT) qui faisoit effacer à coups de à rechercher les inscriptions antiques qui | marteau les inscriptions qu’on lui avoit pouvoient se trouver parmi les ruines de | montrées. Et à l'appui de ce discours, le Sparte, le chefqui les lui montroit, avoit | Grec fit voir à M. DopweLL de grands soin , après les avoir déterrées, de les re- | quartiers de marbre, tout couverts d’inscouvrir aussitôt et de les enfouir de nou- | criptions désormaisillisibles, que ce My= veau. Surpris de ce procédé, M. Don= | lord avoit ainsi mutilées.
WELL en demanda la raison; et on lui
PREMIÈRE LETTRE. If découvertes, et qui, contre son attente, n'a pas peu contribué à lui en faire perdre les résultats. M. ΚΝΙΘΗΤ ne refusera sans doute pas de croire FourMonT, lorsqu'il s’accuse lui-même ; et, quoiqu’un aveu aussi sincère eût dû peut-être ne pas lui attirer l'induction sévère qu’on en tire, savoir, que FOURMONT, er détruisant les titres originaux , vouloit empêcher les voyageurs futurs de reconnoître ses erreurs et de publier ses impostures , je conviens qu'une conduite aussi extravagante a pu donner lieu aux suppositions les plus défavorables. Mais que, du moins, on se contente d’accuser ainsi le patrivtisme-mai entendu de FOURMONT, et qu'on ne vienne pas ensuite, de ce que quelques-uns de ces marbres ne se retrouvent plus, conclure qu’ils n’ont jamais existé; car ce seroit raisonner aussi mal que FouRMoNT lui-même, que de tirer d’un seul et même fait deux conséquences aussi abso- Jument opposées.
Le défaut de publicité des manuscrits de FoURMoNT paroît encore à M. KNIGHT une raison de croire que l'authenticité en étoit devenue suspecte aux yeux de l'Académie même, à laquelle le soin de publier ces manuscrits sembloit naturellement appartenir. Le comte DE CayLus avoit dit (1) que la dépense qu'eût exigée l’impression d’un recueil aussi volumineux, en avoit été jusqu'alors le seul empêchement ; et M. Knicxr, qui n’approuve pas ce motif, ne voit dans une raison si frivole qu'un prétexte pour en cacher une plus solide. C’est encore à une conjecture témérairement hasardée, et, qui pis est, déjà victorieusement réfutée. L'auteur des Recherches sur les arts de la Grèce a répondu avant nous (2), que si le comte DE CayLus eût eu des doutes sur l’authenticité de ces monumens, il ne les eût pas publiés lui-même; et j'aioute que si l'Académie en eût porté le même jugement, les plus éclairés de ses membres, tant nationaux qu'étrangers,
(1) Recueild’ Antiquités, τ. 1, Ὁ. 59-60. (2) Tom. Il, pag. 185-186, not. 8. B 2
tels que Frérer (1), De ΒΟΖΕ (2), l'abbé BARTHÉLEMY (3), les auteurs de la Nouvelle Diplomatique (4), TorrEMUzZA (5), les PP. PaccrauDi (6) et Lanzi (7), ne les auroient pas cités, commentés , traduits, comme des monumens irréprochables, et sur-tout, que cette savante compagnie ne les eût pas admis dans le recueil de ses mémoires, long-temps après la mort de Four- MONT, et à une époque où déjà s'étoient élevés des doutes sur la certitude de quelques-unes de ses inscriptions. S'autoriser de Vopinion de l'Académie pour calomnier la mémoire de FOURMONT, pour récuser des monumens qu’elle a publiquement-:honorés de son suffrage, et, en quelque sorte, marqués de son sceau (8), c'est donc, par une manœuvre maladroite, chercher des auxiliaires dans le camp ennemi; et je dirois, si j'osois me permettre des suppositions, à l'exemple de M. KNIGHT, qu'un pareil recours à une assistance étrangère prouve que le critique se défioit. de ses propres ressources. 1] n’est pas beaucoup plus heureux , ou, du moins, mieux instruit, lorsqu'il avance que ces manuscrits, déposés à la Bibliothèque du Roi de France, sont soigneusement écartés des regards. C’est une des moins graves erreurs du critique; mais enfin c'en est une, et il n’est pas inutile de la relever. La communication de ces manuscrits n’a jamais été plus diffcile à se procurer, que celle d'aucun des titres originaux que renferme ce vaste et précieux dépôt. L'Académie de Berlin a eu, pendant trois années consécutives, et à une époque où [65 relations entre {es deux gouvernemens n’étoient pas fort amicales,
(1) Académie des Belles-Lettres, τ. VII, (6) Monument, Pelopon. t. I, pag.157.
pag. 297. (7) Saggio di lingua etrusca, &c., τ. ἢ, (2) 1044. tom. XV, pag. 474. pag. 98 et 544:
(3) id, tom. XXII, pag. 394-421. (8) Voy. les réflexions que fait à ce (4) Nouveau Traité de diplomat, τ. 1, | sujet le P. PAcCIAUDI, Monument. Pepag: 616. loponn. tom. 11, pag. 157.
(5) Zasceript, Sicil, prolégomen. passim.
la liberté de faire prendre des copies des inscriptions de Four- MONT : elle les possède actuellement en entier dans ses archives(1); et, au moment où j'écris ces lignes, j'ai moi-même sous les yeux cette collection originale. M. Knieur se refuse à croire que des
considérations pécuniaires aient seules influé sur la destinée de ces manuscrits, et je le félicite bien sincèrement de ce qu'une pareille idée paroît invraïisemblable en Angleterre; mais est-ce à dire pour cela, qu’elle ne puisse étre vraie en France!
Puisque M. KniGxT a cru devoir entrer dans ces détails préliminaires, on ne sauroit me-blämer.de Fy avoir suivi ; et 78 ne veux pas qu'il puisse dire de ma réfutation ce qu’il insinue à propos de l'ouvrage de D'HANCARVILLE, qu’on n'a opposé qu’une défense partielle à une atiaque générale. Après m'être occupé des dehors, à l'exemple de mon adversaire, j'arrive, sur ses pas; au corps de la place; et si je ne l'y poursuis pas dans tous ses
(1) L'Académie de Berlin , qui n’a pas de ces inscriptions la même opinion que M.KNIGur, se propose de les faire entrer dans un recueil général des monumens anciens, qu’elle prépare, et dont la composition est confiée au zèle et aux talens de M. Bæ&cxx. C’est ce que n’apprend ce docte professeur dans une lettre qu'il m’a fait honneur de m’âdresser ; et dans laquelle il m’exprime, sur les inscriptions de FOURMONT, une idée que je n’adopte pas, maïs que, par une juste déférence pour son sentiment, autant que par zèle pour la vérité, je ne puis me dispenser de mettre sous les yeux de Quod si jam quæris quid
de antiquissimis, qui feruntur, titulis
mes lecteurs :
censeam , insanum dixerim , qui eos T'rojano bello priores cum Barthelemio , Lanzio aliisque putet : neque tamen eos à Four-
monto, sed ab ipsis Spartanis circa primum à Christo nato seculum confictos arbitror.… Sed εὦ de re satis dixerunt R. P, Knight, cætera Fourmonto niniüm infensus et mirificè argutus, Le mot insanus, appliqué à des hommes tels que BARTHÉLEMY et LANZI, me semble un peu dur; et je me flatte qu'après avoir lu ces lettres, M. BæcxH modifiera son opinion. Du reste, il est assez difficile de concevoir par quel motif et dans quel intérêt les Spartiates eux-mêmes auroïent forgé Iles inscriptions recueillies par FOURMONT.
Tout au plus pourroit-on supposer qu’ils les auroient fait graver de nouveau en caractères moins anciens, comme Îa seconde inscription de Sigée en fournit un exemple. Mais ce n’est pas ἰὰ le cas de ces inscriptions, et ce n’est pas non plus Pidée de M. Bæ&cxx.