‹ Deux lettres à Mylord Comte d'Aberdeen sur l'authenticité des inscriptions de FourmontChapitre 8 sur 10 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

Myzconp,

ΤῈ premier monument qui s'offre aux observations de M. Knieur et aux nôtres, est le bouclier sur lequel est inscrite la généalogie de Téléclus. Le critique décide que cette généalogie est exactement prise de MEURSIUS ; mais si les auteurs qui ont servi de guides à MEuRsIUS, se sont conformés à la vraie tradition, l'inscription pouvoit-elle y être contraire? Et ici, je vous prie, MyLorD, de remarquer le double argument familier aux détracteurs de FouRMoNT : ou son inscription s'éloigne de la tradition reçue, et alors elle est forgée par l'ignorance ; ou bien elle s’accorde avec cette tradition, et alors elle est forgée d’après elle. Avec une pareille manière d'argumenter, y a-t-il un seul monument au monde dont on πὸ pût contester l'authenticité? Le génitif AABOTA>, que porte Îa généalogie de Téléclus , paroît inexplicable à M. KNIGHT, à moins que ce ne soit une faute de typographie que FourMoNT auroit copiée, et c'est bien plutôt cela qui seroit inexplicable. Mais, comme, de laveu même de son adversaire, FOURMONT connoissoit le génitif éolien A4BOT40,

RÉ DT: θὰ RATES

n'est-il pas évident qu’il ne faut voir ici, dans la leçon vicieuse AABOTAS; que la fidélité scrupuleuse de FOURMONT à copier les monumens avec les fautes mêmes qu’il y voyoit, et qu'il eût été trop prudent pour y laisser, s’il les eüt forgés lui-même ?

Le mot 8aroz, continue M. Kicur, est pris de Meursius, ou de CRAGIUS, qui l'avoient emprünté eux-mêmes d'un passage corrompu ou interpolé d'Hesycxius. En vérité, MyLorp, j'ai besoin de songer que c’est à vous que j'écris, pour me défendre d’un mouvement d'humeur et de dépit, quand je vois M. ΚΝΙΘῊΤ recourir perpétuellement à cette supposition banale, et énoncer ses opinions avec ce ton d'assurance et d’intrépidité. Quelle est donc la raison qui lui fait prononcer si hardiment que /4 glose d'HESYCHIVS, Βαγϑς ... καὶ βασιλεὺς «al φρο τιώϊης, Λάκωνες, est certainement erronée ou probablement interpolée ! C’est que, selon Îa théorie établie par M. KNIGHT lui-même dans son livre, le mot ἄγω, conduire , paroît avoir été constamment écrit par une voyelle, sans laddition du digamma ; et, parce que cela lui paroît ainsi, il faut rejeter cette glose parmi les additions faites au texte d'HESY- CHIUS par des mains récéntes et dépourvues de toute autorité. Ainsi c'est d’après ses propres principes, et sans aucune autre garantie que la sienne, que le critique condamne un texte où jusqu'ici tous les commentateurs d'HESYCHIUS n'ont point soupçonné d’altération, et qui renferme une notion telle assurément, qu'elle n'a pu être imaginée par un de ces copistes ignorans du moyen âge, qui défiguroient les écrits des anciens par leurs gloses impertinentes. ΠΠ faut néanmoins prouver à M. KNicHTr qu'il se trompe, et cela n’est pas difiicile. L'emploi du digamma éolique avoit lieu ‘primitivement devant toutes les voyelles, qu'elles fussent aspirées ou non: c'est ce que déclare en termes clairs et positifs DENYS D'HALICARNASSE (1), et ce que confirme PRISCIEN,

(1) Antiquit. roman, Wib, 1, c. τα,

lequel ajoute que le digamma , soit qu’on le plaçât devant les mots, soit qu'il fût interposé entre les voyelles d’un même mot, avoit pour objet d'éviter l’hiatus (1). Des monumens irréprochables, tels que ces inscriptions d'Orchoméne qui faisoient partie de la collection des marbres de lord ELGIN , et qu’a publiées M. TH. WaALPOLE (2), une autre inscription béotienne recueillie par Pococke (3),-et une énscription de Tanagre, qui n'a été communiquée par M. Pou- QUEVILLE (4), attestent que l'emploi du digamma avoit lieu dans des temps bien plus récens que ceux auxquels on suppose que cet usage avoit cessé, et devant des voyelles qui n'étoient point aspirées. Or Suipas (5) et le GRanD ÉrxmoLoaiste (6), attribuant aux Syracusains et aux LACÉDÉMONIENS en particulier l'usage du béta en guise de digamma , témoignent également de l'usage fréquent qui se faisoit de cette figure dans le dialecte de ces deux peuples. Le docte HEMSTERHUIS ἃ produit de nouveaux témoignages concernant cette particularité qu’il explique ingénieusement par des raisons d’analogie (7) ; enfin Hesycæivs en fournit une foule d'exemples, tous tirés du dialecte de Sparte, et aux principaux desquels je me contenterai de renvoyer [6 lecteur (8). IH ne

(1) PRISCIAN. p. 547, edit. Putsch.: PE

Hiatüs quoque causé, solebant illi inter-

\ ARE 7 SRE φασὶ, χφὲ πὸ tary, ECATU, À πὸ £a, (7) HEMSTERH. ad Hesych. v. OaCaxor.

᾿ ἢ (8) HESYCH. v. Βείκωτι, non, Λαίκωνες.

grammata quæ egomnet legi in tripode ve- ν,

ponere Ἐ digamima, quod ostendunt epi- Ῥαΐξ. “δ RSR 5 ὃ αἴξον, κατεΐξιον, Λάκώνες : Sur quoi

tustissimo Apollinis,...... sic scripta : | KUSTER fait la remarque suivante : Bar,

(2) Memoirs relating &c. p. 470.

(3) Zascript, anriqg. p. 50 , n.13.

(4) J'ai fait, sur cette inscription, un mémoire lu récemment à l’Académie des Inscriptions et Belles- Lettres,

(5) SuiDpAs, ν- Δερξισήρ.

(6) Magn. Etymol. ν. ECoooy : Ἔζασον, ἀντὶ τῷ ἔασον. . οὕτως Συρῳκούσιοι à Λάκωνες"

La # f, γίχονε δὲ πλεονασμιῷ τ [δ᾽ τὸ yap ἔασον, ἐθασον

, ls ce dictum pro αἶον, vel ἄξιον, redundanteB, ut inferids Βασικαράζειν, pro æokaelley.

y. Bioçur, logur, Λάκωνες : et le même {USTER fait encore, au sujet de ce der- K >:

nier mot, l'observation que je vais transcrire : {n his vocibus, n B fungitur vice digammatis æolici.

ν, Βαγγας, βασιλεὺς πωροὶ ἱταλιώτος, Ce dernier exemple me paroît d’autant plus remarquable, que l'addition du @

sauroit donc rester de doute sur la forme légitime et régulière du mot βαγ9ς employé dans l'inscription de Téléclus, comme dans le texte d'HesycHius, pour désigner un chef, un roi de Sparte ; et s’il y avoit encore quelque difhculté dans le passage de ce lexicographe, c'en seroit une à laquelle ne semble point avoir songé M. KNIGHT, savoir, la double interprétation qu'HesycHius donne du mot Bass, de βασιλεύς et de φραϊιώπης. Il paroït, en effet, peu vraisemblable, ou du moins peu naturel, que le même terme dérivé de ἄγω, conduire, puisse s'appliquer à-la-fois à un roi, fait pour conduire, et à un so/dat, fait pour être conduit. D’après ce motif, je pense que le mot <pariwrns renferme quelque altération; mais le doute que j'exprime ici ne nuit en rien à la confiance que mérite la leçon Bas, employée pour signifier un roi spartiate sur l'inscription de FOURMONT.

« Les inscriptions qui suivent, dans l’ordre de leurs prétendues dates, dit M. KNIGHT, sont deux tables (1) qui contiennent

» des listes de rois, de sénateurs et de magistrats de Sparte, » durant la célèbre guerre de Messénie, qui occupa les forces de » cette république durant une partie considérable du vur.° siècle » avant notre ère. M. FOURMoNT et ses commentateurs pensent » que ces inscriptions furent gravées pour rappeler les événe- » mens de cette guerre; et je ne vois pas, en effet, pour quel » autre motif elles auroient pu l'être. » Voilà donc une fois M. KNIGHT qui se range à l'avis de FOURMONT; mais si cette

porte sur un mot qui, dans le dialecte dés Grecs de lZtalie, Doriens pour la plupart, comme ceux de Zacédémone, correspondoïit au mot βάρος, du dialecte de ces. derniers ; et les commentateurs d'HESYCHIUS dérivent ce mot Pda, du mot ἀγαξ, par les transformations successives, Ἑάγαξ, βανναξ, βώννας.

(Π) FOURMONT en a publié rois ; la

troisième, dont ne parle point le critique, quoiqu’ellesoit du même âge et du même genre, et qu’elle ait dû conséquemment lui paroître également suspecte, auroitelle trouvé grâce à ses yeux, ou bien Pauroït-il involontairement oubliée! L’indulgence, ou la distraction, méritoit bien d’être remarquée.

concession est faite de bonne foi, il faut convenir qu'elle ne sauroit l'être plus mal-à-propos. Est-ce d’après l'idée qu'ont eue de ces monumens les commentateurs de FouRMoNT et FourMonr lui-même, qu'il est permis de les juger, lorsque les méprises de toute espèce qui abondent dans les mémoires de ce voyageur, prouvent qu’il étoit si peu capable de les entendre ? Pourquoi voir autre chose dans ces inscriptions que ce qui s’y trouve, c'està-dire, des titres de magistrats spartiates, à une certaine époque de Ia république? Sur quel fondement supposer qu’elles ont rapport aux événemens de la guerre de Messénie, lorsque rien, absolument rien, ne l'indique? et par quel étrange raisonnement faire ensuite de ce silence un argument contre la réalité de ces monumens ? Quoi ! FouRMOoNT auroit voulu, de votre propre aveu, forger des inscriptions pour rappeler les événemens d’une guerre, et il auroit eu l’inconcevable maladresse de ne rien mettre dans ces inscriptions qui répondit à son idée! Quoi! FourmonT auroit voulu forger des inscriptions militaires, et il auroit eu limprudence, plus incompréhensible encore, d'y mêler ensemble des titres de magistrats civils et d'officiers de guerre! Bien plus, if y auroit donné une liste complète des Gérontes et des Éphores ; il y auroit inscrit les Juges [ Βειδιᾶίοι ], les Conservateurs des lois [Nouoguaaxes], les Devins royaux [TlvHoi], les Censeurs domestiques de la conduite des femmes ['Apucauvo], les Édiles ou officiers de police [Ἐμπέλωροι], le Chef de la jeunesse [Bouaop |, le Greffer du sénat [Tpœuuarreus |, tous personnages dont les fonctions, purement civiles, exigeoient la résidence à la ville, et étoient incompatibles avec le séjour des camps ; et il n'auroit nommé qu'un petit nombre d'officiers militaires, c’est-à-dire, de ceux dont les titres devoient, à l'exclusion de tout autre, paroître sur des monumens destinés à perpétuer Île souvenir de leurs exploits!

Et d’après toutes ces absurdités, qui ne se trouvent que dans la

supposition de FourMonT, on condamne le monument. [uimême; on le rend responsable de l'erreur de ses interprètes; ou plutôt, on ne feint de partager cette erreur, trop grossière pour wêtre pas évidente, qu’afm d’avoir le droit de condamner le monument.

Écartons opinion de FourMonT , qui véritablement n'est d'aucun poids dans la question qui noùs occupe : que verronsnous dans ces trois inscriptions! des listes de magistrats spartiates, telles que nous en offrent une foule d'inscriptions grecques de tout pays et de tout âge; et qu'y devons-nous chercher, sinon la connoïissance de l'état politique de Sparte aux époques indiquées par les règnes des princes qui y sont nommés, lesquelles époques peuvent très-bien concourir avec celle de la guerre de Messénie, sans que les inscriptions elles-mêmes aient le moindre rapport avec les événemens de cette guerre? Selon cette explication , qui n'est point arbitraire ni hypothétique, maïs qui résulte naturellement de inspection même des monumens , y trouvera-t-on encore les contradictions relevées par M. Knicar! et les inconséquences , s’il y en a, ne seront-elles pas toutes dans l'interprétation qu'il adopte ? Mais comment qualifier le raisonnement suivant du critique ? La concision que l'on connoît aux Spartiates consistoit a exprimer un grand sens en peu de paroles, et non à employer beaucoup de mots pour ne rien dire; ce qui est le cas de-ces inscriptions. Quoi! donc, ces inscriptions ne disent-elles pas tout ce qu’elles veulent dixe , puisqu'elles nous font connoître les principaux magistrats d'une certaine époque, ce qui est le cas du plus grand nombre des inscriptions antiques ἢ Υ a-t-il beaucoup de mots, là où il n'y a pas wn seul mot, mais des titres de magistrats, et une suite de roms propres attachés à chacun de ces titres ἢ Est-il permis, j'ose vous le demander, MyLonp , de donner ainsi

le change à ses lecteurs , et peut-on se jouer à ce point de la b ; P Ϊ ;

vérité ? 1] n'est pas probable, conclut M. Kiucur, que l'orgueilleuse modestie des Lacédémoniens eût souffert que des noms de magistrats fussent inscrits sur des monumens publics , puisqu'ils ne pérmettoient pas de mentionner ainsi UN SEUL INDIVIDU , PAS même Léonidas, dans l'inscription qui rappeloit le noble dévouement des T hermopyles. Ainsi donc ce n’est pas seulement les trois inscriptions de Four- MONT dont on nie la réalité; on rejette toute inscription lacédémonienne où un seul nom propre se trouve consacré par la reconnoissance publique ; on refuse aux Spartiates la faculté, dont usèrent si fréquemment tous les peuples:de la Grèce, de conserver à la mémoire les noms des magistrats «et des :citoyens qui avoient rempli les charges de l’état et servi utilement la république; et l'on ne craint pas d'avancer ‘une pareïlle opinion, sur fa foi de la seule inscription des Thermopyles , monument unique, comme le trait d’héroïsme qu'il consacroit, contre [6 témoignage de cette foule d'inscriptions dont l'authenticité n’est pas douteuse, et qui prouvent qu'à Sparte, comme dans le reste de la Grèce , les inscriptions gravées aux frais de l'état.ou des particuliers avoient pour objet d’honorer da vertu des vivans et la mémoire des morts! Les Lacédémoniens ne souffroient pas qu'on 21611-tionnät un seul nom propre sur les monumens publics! Ainsi donc, MyLorpD, les deux inscriptions-que vous ‘avez rapportées de la Laconie, et qui consacrent le souvenir de deux femmes attachées au culte divin, sont fausses et fabriquées ! Ainsi donc toutes celles qui se lisent dans les recueils de REINESrUS (x), de Müra- ToRI(2), de CYRIAQUE (3), doivent ètre également regardées comme

(ἡ) REINES. class. VI, π, 120, 121; (3)Cyr1AC. VovaFragment:p.XXXVII1 p. 457-458. et 541. n. 246-262. Toutes ces inscrip- (2) MURATORI, Thesaur: tom. IL, | tions, en lhonneur:de citoyens .et de p. DXLVI,P- DLIII, DLX, DEXVII, et | magistrais , portent en tête ces :mots alibi. H IOAIS, qui marquent. que ! cest. la

96 DEUXIÈME LETTRE, des fruits de limposture : Ainsi, quand PLUTARQUE déclare (1) que Lycurgue avoit défendu d'inscrire les noms des morts sur Îles tombeaux, à l'exception de ceux des citoyens moissonnés à la guerre et desfemm es consacrées au service des autels, PLUTARQUE s’est rendu Jorgane d’une insigne fausseté et d’un impudent mensonge! Et quand enfin PAUSANIAS atteste (2) que près du tombeau de Léonidas, à Sparte, s’élevoit un cippe où étoient inscrits, avec les noms de leurs pères, ceux des guerriers tués aux 7hermopyles, ce témoignage, si manifestement contraire àl’assertion de M.Knicar, πὸ doit plus mériter aucune considération !

M. KuiGar reproche à FourMoNT d'avoir exactement reproduit toutes les méprises de MEURSIUS, et il est curieux de remarquer toutes celles qu'il commet lui-même , en voulant relever des fautes qui n'existent réellementque dansson imagination. Sa première critique porte sur le mot APMOZTEPES , emprunté, dit-il, d'un passage corrompu d'HgssycHius. Mais, en admettant que MEurstus et FourMonr lui-même aïent fait une fausse application de ce passage, qu’en résulte-t-il contre la réalité de la leçon suivie dans le monument original? Le mot 4PMo>TH> étoit écrit par les Spartiates APMOXTHP , d'où le nominatif pluriel ΑΡΜΟΣΤΉΡΕΣ, suivant les principes d’une analogie confirmée par un grand nombre de cas semblables. M. KNIGHT eût-il mieux aimé lire sur l'inscription, ΑΡΜΟΣΤΑΙ, qui est la leçon des écrivains attiques, mais qui, par cela même, doit être jugée étrangère au dialecte

de Lacédémone ! et n'est-il pas un peu singulier que le critique

ville, Pétat, quihonore ces personnages. | ἀποϑθανόνίων. D'HANCARVILLE ἃ commis J'ajoute que ces inscriptions sont abso- | une singulière méprise dans linterpréfumentconformesaux copiesquiexistent | tation de ce passage ( Recherch. tom. IT, des mêmes monumens parmi les manus- | p.251 ) crits de FOURMONT. (2) PAUSAN. Kb. 111, c. 14: Ἔᾳ δὲ (η) PLUTARCH. in Lycurg, $. 27: | à san παΊρσϑεν m ὀγόμαα ἐχύσα, οἵ œess πλὴν ἀνδρὸς ἐν ᾿πολέμῳ χοὶ γυναικὸς ἱερᾶς | Μήδους τὸν ἂν Θερμοπύλαις ἀγῶνα ὑπέμειναν. trouve

trouve une preuve de supposition dans ce qui en devroit être à ses yeux une d'authenticité? Les gouverneurs que Sparte envoyoit dans les provinces , poursuit M. Kkicur, sont constamment appelés ‘Apuoçay : mais il ne paroft pas qu'il y ait eu jamais des magistrats domestiques de cette sorte. XL NE paroir pas à M. Knicur! Est-ce donc [ὰ une raison! Et puis quel motif a-t-il de croire que les personnages nommés dans l'inscription avec le titre de "APHOGNPES aientété, comme illedit, des magistrats domestiques! Les “Ἁρμοςφῆρες, OU gouverneurs de province, y. sont nommés comme faisant partie de l'état politique et militaire de Sparte à cette époque, au:même titre que tous les autres officiers publics qui y sont compris, soit qu'ils résidassent à Sparte, soit qu'ils habitassent dans les camps ou dans les villes alliées et sujettes. 115. ont pu cependant (les Harmostes) être élus accidentellement pour surveiller les mœurs des citoyens. C'est une erreur : les Ælarmostes ne furent point institués pour cet usage; ils étoient les gouvêrneurs des pays conquis (1); et leur titre et leurs fonctions cessoient , lorsqu'ils étoient rappelés à Sparte. En ce cas, ils étoient probablement appelés “Αρμύσυνοι , litre qui a la même signification. C’est encore une erreur. Quoique les deux noms ‘Apuoça) et “Αρμόσυνοι soient dérivés de la même racine, les magistrats auxquels on appliquoit l'un et l'autre, formoient deux classes entièrement distinctes, et dont les attributions n’avoient entre elles aucune analogie. Les premiers, dont le pouvoir s'exerçoit, hors de Sparte, sur les sûjets ou les alliés de [a république , et les seconds, dont l'autorité, bornée dans l'enceinte même de Sparte, ne s'étendoit que sur les mœurs et la conduite domestique des femmes, ont été très-nettement distingués par Hesycxius (2);

(1) γιά. CrAGIUM, De republ. Laced. | Anis εἰς ὑπήκοον πόλιν.

ἃ : ἔτι τας ᾿ ἢ PCR ER À Bb. 11, c. 13} MEURS. Wiscell, Lacon. ν, Ἁρμόσυνοι. Avi τις ἐν Aaxedkiuon 677 Bb. 11, c. 4, Ρ- 114, et mult, alios. τὴς δυκοσμίας TL γυναικῶν.

2) ν, ᾿Αρμοτής. Ὁ πεμπόμενος ὄζημε- PI N

et faire un crime aux monumens, de ce qu'ils y sont pareïllement distingués , c’est un raisonnement aussi bizarre que tous ceux que j'ai examinés jusqu'ici. Toutefois, FOURMONT, qui ne cherchoit pas plus loin que CRAGIUS (le critique devoit ajouter au moins ici, et que Mevwrsivs), a inscrit les derniers comme une autre classe de magistrats réguliers. FourmonT a très-bien fait, puisqu'en faisant le contraire , il eût commis une erreur; et, dans aucun cas, une supposition de M. Knicuar, déjà contredite par le témoignage formel d'Hesrcaius, ne doit prévaloir sur Pautorité d’un monument. Ce qui est plus extraordinaire, il les a inscrits, ces magistrats domestiques , dans un monument destiné à consacrer le souvenir d'une guerre. Mais cela n’est extraordinaire que dans la supposition erronée de FOURMONT ; supposition qu'on ne feint d'adopter ici que parce qu’elle est réellement incompatible avec le monument même : car, si ce monument na pour objet que de mentionner des magistrats qui étoiëht en charge à une époque quelconque et à quelque titre que ce fût, qu'y a-t-il donc de si extraordinaire à ce que les censeurs domestiques soient compris, aussi bien que les gouverneurs militaires, dans un tableau complet des magistrats spartiates ! En certain cas , il semble que FOURMONT n'ait lu, des compilateurs qu'il prenoit pour guides , que les titres de leurs chapitres. C'est nous donner l’idée d’un faussaire bien maladroit, et c'est le cas de dire ‘ici que qui veut trop prouver ne prouve rien. Autrement il ne nous auroit pas donné un magistrat tel que le Bovdyop, qui, suivant tous les témoignages , n'étoit que le chef adolescent de chaque compagnie des enfans de Sparte? J'en tombe d’accord: mais où M. KNIGHT a-t-il vu sur l'inscription, que cet adolescent fût un magistrat ! Son titre et son nom s'y trouvent, pärce que cette inscription offroit, comme je l'ai dit, une liste générale des personnes revêtues d'un titre quelconque, et que, d’après Fimportance que les Spartiates attachoient à l'éducation

DEUXIÈME LETTRE, 99 de leurs enfans, {e chef de cette jeunesse, l'orgueil et l'espoir de la patrie, ne pouvoit être omis dans une semblable liste, Voilà, dans un bien petit espace, unassez grand nombre d'assertions, ou fausses, ou hasardées : celles qui suivent sont peut-être encore plus singulières. Un autre magistrat extraordinaire, dit tou jours M.Knicxr, est l'ANIOKAPATHP, Ἡ γιοχαράτηρ, ouMaître général de la cavalerie, nommé dans Hesycurus. En quoi done, oseraiï-je demanderau critique, est-il si extraordinaire? est-ce parce que cenom se trouve écrit dans HesycHius ? Lemot est évidemment corrompu, et devroit être écrit nvioxe glne ou Moy a pins. Ainsi, parce que le texte de linscription est conforme à celui d'Hesvcnius, il faut que ce dernier soit corrompu , et voilà ce qu’on appelle une évidence! Mais la correction proposée est inutile; ἡγιοχάρΊης est le même mot que aVLOXLERTAP dans le dialecte des Lacédémoniens, qui changeoient l'Hen4, employoient le Καὶ pourle x quand l'usage de cette aspirée n'étoit pas encore généralement admis, inséroient souvent une voyelle, E ou 4, entre deux consonnes pour éviter un choctroprude, comme dans le mot παρφιχολαθεις, pour παρφκλαθεις, du décret contre le musicien Timothée, et qui enfin changeoient quelquefois le x finalen Ρ, commele même décret en fournittant d'exemples, et comme le faisoient également d’autres peuples de la Grèce, notainment les Érétriens de l’Eubée, au témoignage de STRABoN (1). Les Doriens devoient naturellement comniencer ce mot par un A; maisl'A, au temps de T'héopompe et de Polydore , auroit dû être précédé de l'aspirée + ou H dans ce titre ef dans ceux des ApMo>Tar et des ApMosrNor. C’est ensuivant la théorie de M. KniceurT que l’a eût dû être aspiré ainsi; et s'il résulte delà uneobjection, c’'estcontre cettethéorie [ὰ même, et non pas contrele monument deFourmonT:carletém oignage des anciens etlesnombreuxexemples recueillis par leslexicographes (2)

(1) STRAB. Geograph, lib.x, p.448, (2) HESYCH. ν. Bauuoms, et Com- Casaub. mentat, ad hunc locum.

“ht E ἐπ

prouvent que l'aspiration familière au dialecte de Lacédémone étoit le B, comme le dit, entre autres auteurs, PAUSANIAS (1), et non le Ε, ou le H, comme assure [6 seul M. Knicur. Ainsi le mot régulier eût été ici BANIOKAPATHP, au lieu de PANIOXFAPTHS, leçon bizarre qui ne repose que sur l'autorité de M. KNIGHT, Les Spartiates , continue-t-il , employoient le » pour le x: mais ils le faisoient régulièrement, sans doute, et no! pas capricieusement, comme cela se voit sur ces inscriptions , et comme FOURMONT l'avoit trouvé dans les compilations de CRAGIUS et de MEURSIUS (2). Mais, à moins que M. Kueur n'ait, de sa vie, considéré attentivement aucune inscription antique, ce que je suis bien éloigné de supposer, il est impossible qu'il n'y ait point remarqué ces mêmes irrégularités d'orthographe , ces caprices, comme il les appelle, quisont de tous les dialectes, et qui se rencontrent à toutes les époques. Vouloir soumettre les langues, et la prononciation de ces langues, et les monumens qui en sont à nos yeux l'expression fidèle , à des règles invariables et universelles, c'est oublier que ces langues éprouvent, dans leur formation et dans leur cours, une foule de variations dont il est impossible de rendre compte par lanalogie; que l'usage, qui en est la seule règle constante, est essentiellement capricieux de sa nature ; que, d’ailleurs, Îles inscriptions qui nous sont parvenues , sont l'ouvrage d’artisans, qui substituoient le plus souvent à l'orthographe établie les vices de leur prononciation ; et qu’enfin ces irrégularités mêmes prouvent l'exactitude de FOURMONT , puisqu’un faussaire se füt appliqué à éviter précisément des contradictions de ce

(1) PausAN. lib. v,c. 3, p. 380. ΟΕ | donné le droit de se montrer si sévère

not. SYLBURG. ad hunc locum. envers les travaux de deux hommes aussi

(2) Remarquons ici, en passant, avec quelmépris M.KNIGHT parle de ces com- avoir emprunté lui-même les notions pilations de CRAGIUS et de MEURSIUS. qu'il annonce sur la langue et les insti- Mais osérai-je lui demander ce qui lui a | tutions Jacédémoniennes '

exacts que laborieux, de qui il paroît

genre (1). Ainsi , de ce que ΒΑΓΟΣ est écrit de cette manière, et

IOI

non pas BATOP, Ou BOTATOP et non pas BOTBATOZ, OU ΑΤΈΣΙΛΑΟΣ et non pas BATEXIAAOP, il faut en conclure, non, comme le fait M. KNIGHT, que FouRMONT écrivoit ces noms tels qu'il les trouvoit dans les divers livres qu'il consultoit, sans réfléchir à cette inconséquence ; CAT il y auroit vraiment trop d'inconséquence à supposer FOURMONT capable d’avoir forgé de pareilles inscriptions, et d'y avoir inséré comme à plaisir tant de Îeçons contradictoires ; mais il faut en conclure qu'il copioit ses inscriptions dans l’état où il les voyoit, avec toutes les irrégularités de diction et d'orthographe qui devoient se trouver sur des monumens distans de plusieurs siècles lun de l’autre, et gravés par des mains différentes. Le nom de la même personne est écrit en la

forme ordinaire, @EOHOMNOS , Sur une inscription, et à demi laco-

LE

#isé, SIONOMIOS , sur une autre : Cest qu'effectivement cela devoit avoir lieu perpétuellement dans des inscriptions où Île graveur se laissoit guider tantôt par sa propre prononciation , tantôt par un modèle écrit ; et c'est, encore une fois, un genre de contradictions qu'un faussaire , asservi à un système quelconque de diction et d'orthographe, se füt bien gardé d’introduire dans les monumens d’un même peuple. Le nom LEO y est

même latinisé; car je crois que, dans tout dialecte grec, ce mot a dé

(1) Il est peu de monumens anciens et authentiques qui ne présentent fréquemment de ces variations d'orthographe. Je n’en citerai qu’un seul exemple, du genre le plus* directement applicable au cas dont il s’agit ici, et dont M. KNIGHT ne puisse être tenté de contester lautorité. Cette antique inscription éléenne, qu’il a publiée et savamment expliquée lui-même (voy. Classical Journal, n.XXW, p- 113-119), offre, entre autres irrégula-

rités, rip FAnGols, et Up. . duos, dans lesquels mots le sigma final est alternativement conservé et changé en rho , suivant l'usage des Doriens de Sparte. Cette inconstance d'orthographe a été remarquée par M. KNIGHT, pag. 118, εἴ par un autre critique anglais, qui ἃ fait sur le même monument quelques observations, que j’engage le lecteur à consulter ( Classical Journal, n. XXI1, pag. 349-

étre écrit ΛΈΩΝ ou AOEN. Je le pense aussi : maïs peut-on -raisonnablement imputer à FOURMONT une ignorance aussi profonde ! et l’homme capable d'écrire les inscriptions d’Amyclés le seroit-il d'ignorer la forme vulgaire du mot ΛΈΩΝ ? Pourquoi ne pas voir ici, comme dans un grand nombre d’autres mots, la leçon vicieuse ou de louvrier ou du copiste, ou plutôt l'effet inévitable que Îles accidens du temps ont dû produire sur des inscriptions chargées de la rouille de tant de siècles ? Et s'il falloit rejeter comme supposés tous les monumens dans lesquels une lettre s’est altérée ou s’est perdue, y en auroit-il beaucoup qui résistassent à ce genre de critique? y en auroit-il un seul?

L'emploi de Pr, au lieu de Fr, dans quelques mots de ces inscriptions , tels que NOMOIAAKEZ et ETPIKPATEO, étoit autorisé par l'usage des Lacédémoniens (1), de aveu même de M.Knicxr, qui semble croire cependant que Fourmonr , en sy conformant, ait voulu déguiser la source de ses impostures sous cette apparence d’érudition. Je pense bien plutôt que FOURMONT, peu familier avec ces formes particulières du dialecte spartiate, ne les a conservées dans ses copies que par un principe d’exactitude. Ce sont, au reste, deux suppositions entre lesquelles le ecteur est libre de choisir. Mais, puisque j'en ai trouvé l'occasion, je releverai chez M. KxIGHT lui-même quelques assertions qui ne me semblent pas plus fondées que toutes les critiques auxquelles je viens de répondre. If suppose (2) que le digamma éolique, F, placé devant certains mots, comme οἰκὸς, οἶνον, dont les Romains adoptèrent l'usage pour Îeur propre

langue, produisit, par la suppression de lo, les mots rix06, Fivov,

Σ ; (ἢ) Etdautres ρου ρος encore, comme | dente: ét sur laquelle nous lisons λαΐρειο-

le prouve, entre autres monumens, l’ins- | μενον pour awTptvowerv.

cription éléenne citée dans la note précé- (2) Analys, of greek alphab. pag. 11:

et il donne pour exemple de ce retranchement de l’omicron , d'anciennes médailles d'Oaxus en Crète (1), lesquelles portent simplement ἘΑΞΟΣ (2). Or cet exemple est mal choisi : en accordant que la soustraction de lomicron sur les monnoies d’Oaxus soit bien régulière, ce dont je doute très-fort, quelle analogie y a-til entre ce cas particulier et celui que prétend justifier M. Κνισητὶ Il y a plus; ce nom d’Oaxus n’a jamais existé que dans une leçon vicieuse d'HÉRODOTE (3), adoptée par ÉTIENNE DE BYZANCE et par d’autres lexicographes (4) ; et le véritable nom de cette ville de Crète est Axus, d'où le mot de rA=IQN ou de FASION, qui se lit constamment sur ses médailles , par une double forme du digamma éolique. Il est impossible que M. KNIGHT ignore que ce point de controverse numismatique est maintenant décidé, et que les inscriptions copiées par Cuis- HULL (5) et CHANDLER (6) concourent avec les médailles pour fixer la vraie dénomination d’Axus. Il faut donc rejeter l'exemple allégué par M. KniGuT, et recourir à une autre voie pour expliquer la conversion des mots οἰκὸς, oivoy, dans la langue latine, sous la forme que nous connoissons. Or une foule de

monumens attestent que la diphthongue Οἱ étoit rendue añcienne-

(1) STEPHAN. BYZANT. v."Oafoc.

(2) Voyez DUTENS, Explication de quelques médailles, page 165. Je n'ai point sous la main l’ouvrage de cet antiquaire , et je ne puis vérifier si la citation de M. KNIGHT est exacte; maïs ce que je puis assurer, c’est que toutes les médailles de la ville d’Axus qui sont au cabinet du Roi, portent pour inscription LABIQN, et non pas FAEOS, La mêmelégende est donnée par ECKHEL ( Doctrin.

num, tom. Il, pag. 305-306), par Hay ( Thesaur, Brit. tom. Il, p. 181-

182), par LANZI (Saggio di ling. etrusca,

tom, 1,p.106), par HUNTER ( um, veter, &c. p. 6$), lequel attribue mal-àpropos ces médaïlles à a ville d'Axia, en Jtalie ; et la seule vartante qui soitindiquée par ces auteurs dans [a Iégende de ces médailles, porte sur la forme du digamina, tantôt représenté ainsi, E, et tantôt de cette manière, F.

(0) HERODOT. ist. lib. IV, c. 154.

(4) Cf. SUIDAM, v. Βάῆος ; V18.

SEQUEST. de Fluminib. Add, SERviuM ad VrrGiz. Eclog. τ, v. 66.

(5) Antiquit. asiar. p. 114.

(6) Znscript. ant, not, in marin. XVII,

ment, dans {a prononciation, et dans Îes inscriptions, qui en sont expression fidèle, par le son et la figure de Fr. C'est ainsi que l’r est mis presque toujours au lieu de ot, sur cette curieuse inscription éolienne d'Orchomène qu'a publiée M. le Colonel LEaKE (1), et sur d’autres inscriptions du même dialecte et du même pays, qui se trouvent dans le recueil de M. TH. WaLpoLe (2). Cet upsilon lui-même avoit, dans l’ancien dorien, dialecte si approchant de l'éolien primitif, le son qu'a eu depuis liota. M. Knicur le reconnoît, et je puis le prouver par le témoignage des monumens les plus irréprochables. Ainsi, sur le fameux décret des Lacédémoniens contre Timothée (3), on lit rap EAgiaiæp, pour xs Ἐλευσιγιας, et μιθω διασκειαν, pour μυϑου διασκευων. On lit de même Αἰσιμγψῶντες pour Αἰσυμψῶντες dans une belle inscription de Cyzique (4), et xe1z pour ΖΕῪΣ, sur une ancienne médaille de Syracuses (5). Enfin l'usage de cette permutation étoit assez général, pour Qu'ÉUSTATHE en ait fait la remarque (6). Voilà certainement de quelle manière les mots οἰκὸς, οἶνον, &c., ont passé dans la langue des Romains ; et ce qui peut-être [6 démontre encore mieux, c'est que nous trouvon$ sur les plus anciens monumens latins cet emploi de οἱ pour u et de u pour 1, comme dans les inscriptions grecques que j'ai citées plus haut. Je n'en produirai qu'un seul exemple, où cette double permutation se rencontre dans un même mot, PLOIRUME, pour PLURIMI, Sur linscription de L. Scrpion BargaTus (7). Je reviens aux inscriptions de FoURMONT.

Après avoir critiqué l’objet et la diction des deux tables ou

(1) Classical Journal , tom. ΧΙ, tom. Il, planche LV, ligne 6,

p: 332. (s) FoRREMUZZA, Tabul. numis- (2) Memoirs relatine &c. p. 469. imatic, n. Ve (3) Apud Boërm. De Music. Gb. 1, (6) EUSTATH. ad Iliad, p. 1913. Le (7) Vid. apud LANZ1:, tom. ,ρ.151-

(4) CaAyzus, Recueil d’Antiquités, inscriptions

inscriptions messéniennes, M. ΚΝΙΘῊΤ s'attache à prouver que la forme de ces monumens n'est pas moins extraordinaire que tout le reste , en ce qu'ils sont à-la -fois signés par le greffier public et scellés du sceau de l'État, sur lequel est gravé le mot AAKEA4IMON. Il soutient que cette apposition du:titre du greffier sur la pierre même où le décret est tracé, est une chose absurde , incompatible avec les mœurs des Spartiates, ou même de tout peuple doué du sens commun ; et sans justifier par des témoignages une seule de ces assertions si décisives , il prononce, avec la même assurance, qu'à Sparte, comme dans tous les états de la Grèce, le magistrat n'autorisoit pas Îa teneur d’un décret quelconque en y ajoutant le titre de sa charge, mais en employant un mot qui exprimoit à-la-fois et la nature de son office et l'exercice actuel qu'il en faisoit. Ainsi, dit M. KNIGHT, on lit sur l'inscription de Minerve Poliade , NIKOÿANES MAPAO@ONIOS ΠΡΟΤῸΣ ETPAMMATEYSEN: et la même locution se retrouve dans cette parodie des actes d'une assemblée publique , que nous offre une des comédies d'ARISTOPHANE (1), Mais, d’abord, {le principe qu’établit ici M. KnicuT, fütil même rigoureusement prouvé, ne seroit point applicable aux inscriptions dont ïl s'agit, puisque ce ne sont point des décrets que ces inscriptions renferment, mais de simples listes de magistrats, dans lesquelles Îe titre du greffier se lit par la même raison que les autres titres qu'on y trouve. En second lieu, ne sembleroit-il pas d'après les deux seuls exemples allégués par M. Knicar, que la forme employée sur les inscriptions de FourMonT füt tout-à-fait insolite, et dût être au moïns inconnue des Lacédémoniens? Mais les usages de l'Artique , à laquelle sont empruntés ces exemples, ne doivent rien conclure contre ceux de la Zaconie; et puis, la forme indiquée par M. KnicuT n'étoit point tellement exclusive à Athènes, qu'on ne trouve, même dans les

(1) ΑΒΙΒΤΟΡΗ, Thesmophor, v. 372.

te ville, de quoi autoriser la forme suivie sur

monumens de cet ceux de Lacédémone, Je me bornerai, dans Île grand nombre des inscriptions que je pourrois citer, et que je n'irois point chercher dans les comédies d'ARISTOPHANE , à indiquer celles qu'a recueillies CHaNDLER (1), dans lesquelles le mot Γραμμαπτεύς est écrit à la suite du nom du magistrat revêtu de ce titre, de la méme manière que nous [6 lisons sur lesinscriptions de FoURMONT., si ce n'est que, sur celles-ci, les lettres du mot Tpapyualeus sont écrites de haut en bas, suivant la forme appelée χιογηδὺν, et qui fut une des plus anciennement usitées (2), au lieu que, dans les marbres de CHanDzer, ce mot est écrit en ligne droite et de la manière accoutumée.

La seconde absurdité que M. KNIGHT reproche à l'auteur de ces monumens, est d'y avoir apposé le sceau de l'État, dans la vue de rendre authentique [a teneur des décrets qui y sont conais, avant de hasarder un pareil reproche, n'étoit-il pas convenable d'examiner si cétoit réellement le sceau de l'État qu'offroient ces inscriptions? M. KNIGHT, toujours si disposé à soupçonner l'ignorance de FourMonT, devoit-il adopter aveuable peut-être des interprétations de

tenus. M

glément la moins raisonn εἶ L’absurdité qu'il y. trouvoit n'étoit-elle pas une

ce voyageu ion fût véritable? et fal-

raison de douter que cette interprétat loit-il enfin, d'une supposition qui n'inculpe que l'incapacité de FourmontT, faire un argument contre l'authenticité de ses monumens ? Je le dis àregret, mais c’est la bonne foi de M. ΚΝΙΘῊΤ uspecte, quand je le vois reproduire,

lui-même qui me paroît 8 el cette explication est tout - à - fait

contre un monument auqu | pag, 222, etpl. I11,n° 4) une inscription étrusque, ainsi figurée. Voy.sur cetusage

p. 60, n. LV, lig. 32, 345 p. 61, lig. 19; 29, et alibi. FAgricius ( Bibliothec, græc, tom. Ι,

(2) FESTUS en fait mention au 710. | Ῥ. 159). TAEPOCON, et LANZ1 rapporte ({, 1,

(1)CHANDLER, Jnscr, antiq. part: IT;

Ca . ᾽» 5 Η . .

étrangère, une opinion qu'il juge si absurde, et dont ïl sait que

la fausseté ἃ été démontrée. Il faut donc lui redire, puisqu'apparemment il l'a oublié, ce que D'HANCARVILLE a déjà répondu sur ce point (1); savoir, qûe ce que FouRMoNT, par défaut de fumières et d'expérience, a pris pour le sceau public des Lacédémoniens, n’est que la manière propre à ce peuple d'éctire son nom sur ses monumens, en mettant chacune des lettres qui [6 composent entre les rayons d’une espèce de roue, comme on Îe voit sur une médaille de Colonis ; en Messénie; dont la légende κολωνάων paroît ainsi disposée, et qui ne fut connue et publiée , dans le Supplément au Recueil de médailles des peuples et des villes (2), qu'en 1767, vingt-un ans après la mort de FourMonr. J'ajoute à cet exemple, cité par D'HancaAr- VILLE (3), une autre médaille du même genre, frappée par les Corcyréens, et au revers de laquelle se lisoit, entre huit rayons, les huit premières lettres du nom de ce peuple (4), rorrrrar. Cette méthode, empruntée originairement, à ce qu'il semble , des peuples du Péloponnése , fut transportée de 1à en /#alie, où [65 monnoies des diverses villes étrusques nous offrent la même particularité (s ), et l'abbé Lanz1 cite un as unique du musée OLr- VIERI, Où le nom de {a ville de Verluna est aïnsi écrit au revérs de fa médaille (6). Le cabinet du Roi possède une médaille de Luceria , en Apulie, sur laquelle les sept lettres, rOVCERI, sont pareillement disposées entre huit rayons conformes à ceux des

(1) D'HANCARVILLE, t. M, p. 227- 229, not.

(2) Tom. IT, 24 supplém, pag. 103; ECKxHEL, Doctrin, num, tonr. Il, Ῥ. 276.

(3) Recherches Tv. tom. IT, p. 134.

(4) EcxHEL (Doctrin. num, tom. IL,

p. 178) cite une de ces médailles, appartenant au musée de Vienne. Le cabinet

du Roi et celui de M. GoSSELLIN en possèdent plusieurs, dont la fabrique et le type annoncent une antiquité plus reculée que celle des autres monnoies de Corcyre.

(5) D’HANCARVILLE, ouvrage cité, tom. II, pag. 240.

(6) LANZI, Saggio, tom. IL, p. 30.

inscriptions de Sparte (1). Tous ces monumens, soit grecs, soit étrusques et romains, n’étoient point connus au temps de FourmMonT , et l'on ne supposera point, sans doute, qu’en forgeant des inscriptions, il ait deviné si juste une forme particulière aux peuples de la Messénie, dont il n’existoit aucun modèle, et qu’il étoit si éloigné de reconnoître, qu'il la prenoit, par la plus ridicule des suppositions, pour le sceau publie apposé aux grandes délibérations de l'État (2). L'ignorance de FourmonT devient donc encore ici une preuve incontestable de sa sincérité : car, 51 eût fabriqué ces inscriptions, et deviné, plusieurs années avant qu'on en découvrit des monumens, la manière dont les Lacédémoniens écrivoient leur nom sur leurs inscriptions, il π᾿ εὖτ point pris cette forme pour un sceau de l'État; et sa méprise , en montrant qu'il interprétoit mal les monumens, prouve en même temps qu'il étoit incapable de les forger (3).

J'espère que M. Kuicur voudra bien enfin s'expliquer sur ce point, quoique, à vrai dire, il paroisse tellement se complaire dans ses premières idées, qu'il se contente souvent de les reproduire, lors même qu'il auroit le plus de raison de s'en défier. C’est ainsi qu'il allègue contre l'inscription du bouclier d'Archidame la différence de la généalogie de ce prince, telle qu’elle est exposée sur ce monument, d'avec celle qui nous est donnée par

(ἢ) C’est Ia médaille qui est gravée au | pl. IV) une de ces inscriptions jusqu'ici

frontispice. inédites ; et les particularités neuves et (2) Acad, des Bell.-Lettr. tom. XV, | curieuses qu’elle renferme, serviront, je pag. 401. pense, à mieux faire éclater la bonne

{3) Il existe parmi les manuscrits de | foi de FourMonT. Mais, les observa- FOURMONT plusieurs inscriptions de | tions auxquelles ce monument doit don- Lacédémone, qui, par la forme des carac- | ner lieu, exigeant plus d'espace que je têres, paroissent d’une époque peu éloi- | ne pourrois eur en donner ici, je les gnée de celle à laquelle appartiennent rejetterai à Ja fin de cette lettre, et sous les tables messéniennes critiquées par | la forme d’un Appendice,

M. KNIGHT, J'ai fait graver (voy. Ja

DEUXIÈME LETTRE. 109 PausaniAs (1); difficulté, au reste, qui n'avoit point échappé à l'ancienne Académie, et dont l'observation est consignée dans ses fastes (2). Cependant M. ΚΝΊΘΗΤ ne peut ignorer que cette difficulté a été résolue d’une manière, sinon incontestable, du moins très-satisfaisante, par l’auteur des Recherches (3); et il semble qu'avant de la reproduire, il eût fallu du moins répondre à l'explication qu'on en a faite. De plus, il n'est pas exact de dire que Îa généalogie d’'Archidame, telle qu’elle résulte du récit de PAuUSANIAS, ait été généralement admise par les anciens, puisque le contraire a été prouvé dans un savant mémoire de M. ΡῈ Laparre (4), et qu'il est évident pour tout homme qui voudra prendre la peine de comparer les témoignages divers des historiens, qu'il n’y a jamais eu parmi eux de système reçu concernant la généalogie des Proclides. Dans cette incertitude où flottoient les opinions des anciens eux-mêmes, il semble qu'un monument tel que celui de FoURMONT, gravé au nom du souverain et par les mains du peuple que cette tradition intéressoit, devoit inspirer plus de confiance que le témoignage de PausanrAs, dont la source ne nous est point connue, dont l'autorité peut toujours être plus ou moins suspecte; et qu'enfin , sans les injustes préventions qui se sont élevées contre les inscriptions de FourMoNT, un pareil monument eût dû décider irrévocablement la question, au lieu d'en compliquer les élémens.

La manière dont le nom de Zeuxidame est écrit sur lun des boucliers, AEYTK3IAAMO, pour ΖΕΥΞΙΔΑΜΟΥ͂, fournit à M. Knicar

l'occasion. d'appliquer à {a formation de ce mot les principes

(1) PAUSANGYAS, Hib. 11, c. 2. sur l’origine et les progrès des.arts de la (2) Acad, des Bell.-Lettr, tom. XVI, | Grèce, tom. Il, p. 211 et suiv. p. 108, note, Histoire. (4) Acad. des Bell,-Lettr, tom, VII,

(3) D’HANCARVILLE;, Recherches | p. 262, 544-

systématiques qu’il établit dans son livre; et je doute qu'on doive, dans lopposition qui en résulte, préférer la théorie du critique moderne à autorité du monument ancien. L'emploi du 4 au lieu du z est, de l'aveu de M. Kniéur, justifié par les plus anciennes médailles de Zancle, sur lesquelles on lit AANkAE (1): mais, en admettant que FOURMONT ait pu connoître cet exemple; concession tout-à-fait généreuse envers un homme qu'on suppose du reste si ignorant, M. Knicur soutient que cet exemple ne sauroit autoriser la leçon Arrksra4AMO', attendu que Zancle étoit une colonie ionienne, dont le dialecte favorisoit la suppression du sigma, au lieu que le dialecte des Spartiates, qui étoit le dorien, transposoit ces deux caractères; de sorte qu'il eût fallu écrire σδευκσιδάμο. On voit avec quelle rigueur M. Knicur tire des conséquences d’un principe qui n’est point lui-même incontestable. Mais il s’en faut bien que l'orthographe des noms, et sur-tout des noms propres, demeure toujours conforme aux règles d'une analogie si sévère, si inflexible ; et, dans les dialectes de Ia Grèce, sujets à tant de variations et d'inflexions diverses, dont nous connoissons à peine une partie, il s’en faut bien aussi que les principes de fun doivent être aussi rigoureusement appliqués à ceux d’un autre. La colonie de Zancle n'étoit pas purement onienrre, comme le dit M. Kuicnr, toujours absolu dans ses assertions ; c'étoit un mélange de plusieurs peuples réunis en différens temps et sous différens chefs (2), parmi lesquels dominoit le sang des Chalcidiens de l'Eubée (3): or, qui peut affirmer que l'ionien de Zaucle, que nous ne connoissons que par les médailles de cette ville, favorisât [a suppression du sigma ! D'un autre côté , est-il certain que, dans la langue des Spartiates, le sigma précédât (1) ECXHEL, Doctr. num, tom. 1, | cypiD. Mb. vi, c. 4; ARISTOT. De Re-

Ῥ. 219. | publ. Gb. ν, ς. 3:

(2) HERoDoT. lib. γι, ᾿ς. 23; Τηῦ- | (3) ΤΗσυοΥρτρ. loc, suprä laud!

DEUXIÈME LETTRE. 11 toujours le delta dans les mots où [ἃ réunion de ces deux lettres tenoit la place du γέμα’ Le mot ΣΔΕῪΣ pour ΖΕΎΣ, sur une médaïlle de Trézêne (1), favorise, il est vrai, cette supposition; mais peut-on avec sûreté, d’un seul exemple, et d’un exemple étranger aux Spartiates, conclure une règle générale? Hy a plus: cette médaille , avec la leçon ΣΔΕΥΣ, n’est rapportée que par GoLrzavs; et le docte et judicieux EckHeL la déclare forgée d’après les médailles de Syracuses, qui offrent simplement ΖΕῪΣ rarrerrros (2). Je ne nie point que la médaille de Trézéne, quoique connue du seul GoLrzivs, ne puisse être authentique; mais, tant qu’elle paroît douteuse, on ne peut, de cet exemple unique et contesté, tirer aucun argument solide. Le mot μάζα, que les Lacédémoniens et les Béotiens prononçoient μά διδια,, au témoignage d'HesycHius, sembleroit d’ailleurs prouver, contre l'opinion de M. Kicxr, que le ἃ étoit plus familier au dialecte de ces peuples , lequel étoit puisé à une source commune, l’ancien éolien; et c'est un fait établi par le témoignage uniforme des grammairiens et des monumens (3), que l'usage fréquent qui se faisoit, dans les dialectes issus de léolien, de cette lettre À en la place du x. Enfin, que pourroit opposer M. KNIGHT au témoignage de PLATON, qui affirme en général (4) que les anciens Grecs employoient Îe δ au lieu du z; et à celui du grammairien PRISCIEN, qui assure la même chose des anciens Latins, et en donne pour exemple le nom Medentius, écrit primitivement pour Mezentius (5)?

Le principe que pose ici M. KnicuT, se trouve d’ailleurs en

(1) Les seules médailles autonomes de (3) MA1ITTAIR. De græc, dialect. p.141; Trégène qui soient connues et authen- | ECKHEL, Doctrin, num, tom. I, p. 180. tiques, offrent la tête de Neptune, ou | Conf. GREG. CoRINTH. De dialecr, celle d'Apollon, avec Ia légende TPO | p. 587.

( voy. PELLERIN et HUNTER). (4) 71. Cratylo, τ. HI, p. 302, Bipont.

(2) EcxHEL, Doctrin num, tom. I, (s) Pag. 552, edit. Putsch.

p. 243, et tom, 11, p. 291.

opposition avec sa propre théorie ; et il est curieux de voir comment ce grammairien si rigide sait faire fléchir, au gré de ses préventions , les règles de sa critique. I établit, dans le cours de son livre (1), que 16 δ seul tint souvent lieu, dans les plus anciens temps , de la double lettre as; et il le prouve, son-seulement par la haute autorité des médailles de Zancle, mais aussi par les noms de Zacynthe er de Zélée, lesquels, selon lui , durent être primitivement écrits AAKTNOOZ, AEAEIA. Ainsi, dans le système de M. KNIGHT, l'emploi du δ seul en place du ax ou du z n'étoitspas particulier à la colonie ionienne de Zancle; il étend encore aux dialectes de Zacynthe et de Zélée, lesquels, autant que nous en pouvons juger par les témoignages de l’histoire et par les monumens, n'étoiént point formés à une source ionienne. Zacynthe, soit que lon considère sa première population, qui étoit arcadienne (2), et par conséquent éolienne (3), soit que lon considère l'établissement qu'y firent les Messéniens (4), devoit parler un langage peu différent de celui de Sparte; et quant à Zélée, sur l'origine et l’histoire de laquelle nous avons encore moins de lumières, nous entrevoyons seulement que, fondée par des Crétois à une époque voisine du siége de Troie et antérieure à la composition des poèmes d'Ho- MÈRE (5), le dialecte qui y étoit employé ne dut offrir aucune analogie avec lidiome particulier aux Ioniens. Les exemples que cite en premier lieu M. Kneur, sont donc contraires à l'opinion qu’il établit ensuite ; et ce n’est pas la seule inconséquence où se soit laissé entraîner ce critique, par le desir de trouver des contradictions dans Fourmonr. Il lui reproche .en-

core d’avoir écrit AETKSIAAMO par un K, au lieu du r, qui étoit

(1) Analys. of greek alphab. p: 33. (4) Dropor. SicuL. lib. x1v, c. 78

(2) PAUSAN. lib. VIII, c. 24; add, (5) Voy. mon Histoire critiq. de l'éta- STEPHAN. Byz. ν, Ζάκυνθος; EUSTATH. | blissement des Colon, grecq. tom. Il, ad Zliad, Mb. 11, v. 630. P. 145-147.

(3) STRABON. Geogr, L VIIt , p.365.

exigé

DEUXIÈME LETTRE. ΕἸ exigé par la racine zerra. Mais n’y a-t-il pas aussi trap de sévérité à vouloir que les Lacédémoniens du vu. siècle avant J. C. se soient conformés toujours à des règles de critique établies dans le nôtre? et de même que, par une de ces légères alriations si fréquentes dans la prononciation, on écrivit, dans [a seconde inscription de Sigée, ΣΎΚΕΕΥΣΙΝ pour ΣΎΤΕΕΥΣΙΝ, qui se lit dans fa première, les Spartiates, dont il paroït que la prononciation étoit rude et âpre, comme le génie même de leur langue et le caractère de leur nation, ne purent-ils pareillement écrire AEYKYIAAMO , au lieu de AEYrSIA4MO ?

Je néglige de répondre à une objection de M. KNIGHT qui, ne reposant sur aucune autre autorité que la sienne, et n'étant appuyée d'aucun témoignage historique, semble mériter moins de considération; mais je m'arrêterai davantage sur une observation qui paroït plus spécieuse, et qui, heureusement, est aussi la dernière. M. KNicaT, trouvant le double omicron employé pour exprimer Voméga sur l'inscription du bouclier d'Archidame et dans le mot AAKEA4IMOON, affirme, à la vérité sans en donner aucune preuve, que l'emploi de cette double lettre ne peut être justifié ni par l'autorité ni par l'étymologie. Or le défaut absolu d'exemples de ce genre ne seroit pas encore une raison sufhsante de condamner le monument où il paroïtroit pour la première fois. J'ai d’ailleurs montré que l'usage des doubles lettres pour exprimer le son des voyelles longues avoit été connu des Grecs et familier aux Romains; ce qui forme une présomption en faveur de la méthode suivie sur les monumens de FourMoNT. Enfin un voyageur digne de foi, et que je me plais à attester ici, M. DonweLLr, m'a assuré qu'il avoit trouvé en Grèce des inscriptions fort anciennes où loméga étoit représenté par deux omicron rapprochés de cette manière, Co, ce qui est exactement

le cas des inscriptions de FourmonT; et, en attendant que la P

vérité soit mise dans tout son jour par la publication de l'ouvrage de M. Dopwezz, que tant de motifs font vivement desirer , ïl nous est permis de regarder ce point comme démontré dès à présent. Ce qui m'étonne, au reste, dans la difficulté élevée par M. KNIGAaT, n’est pas qu’il ait eu assez de confiance en ses propres Jumières pour la proposer ainsi sans lappuyer de quelque raison, mais qu'il ne se soit point aperçu que cette particularité, qui luï a semblé unique sur les monumens de Four- MONT, se reproduit fréquemment dans plusieurs autres inscriptions qui appartiennent à des temps plus anciens et aussi à des temps plus modernes. Ainsi les mots ΜΟΌΡΑΓΟῚ et ἘΜΠῈ- ΛΟΟΡΟΙ se trouvent sur deux des tables messéniennes, au lieu de Mar4ror, que donne Îa troisième, et d’EMrEaopor, que porte le texte d'HesycHius (1) : ainsi, sur une inscription d’un âge beaucoup plus récent, puisqu'elle est nécessairement postérieure à la fondation de Megalopolis, qui y est nommée, c’est-àdire, à lan 371 avant 1. C.(2), l'oméga, dès-lors introduit dans lalphabet grec, et employé sur tous les monumens de cette langue, est constamment remplacé par deux omicron (3). Ce qui me surprend davantage, c’est que M. KNIGHT n'ait point remarqué, sur fes deux tables messéniennes que je citois toutà-lheure, cet emploi alternatif ou simultané de loméga et du double omicron dans des monumens du même âge et d’une

époque antérieure à celle où lon croit généralement que loméga

(1) HESYCH. ν. Ἐμπέλωρος.

(2) PAUSAN. 1. vIit, c. 27, et Ï 1x, c.14. Add, STEPHAN. BYZ. ν, Μεγάλη πόλις, et STRAB. Geograph. lib. VIN, p. 388.

(3) J'ai fait graver cette inscription inédite et curieuse, d'aprés Ja copie originale, écrite au crayon et sur une feuille volante, que jai trouvée dans le journal

même de FOURMONT. Au revers de la même feuille, se trouve, également au crayon et dessiné d’une manière grossière, quoique fidèle, le croquis du bouclier d’Archidame, qui a été publié’dans les Mémoires de l’Académie. Voy. ci-après, planche xt, n. 2; et, à V'Appendice, les observations que je présente sur cette inscription,

DEUXIÈME LETTRE. τς fut inventé, et qu’enfin il n'ait pas fait de cette double singularité la matière d’une objection, l'une des plus spécieuses assurément qu’on pût proposer contre l'authenticité de ces monumens. Je n’abuserai point, pour l'avantage de ma cause, de ce défaut d'attention de M. Knicar; et le même amour de la vérité qui ve m'a pas permis de dissimuler cette objection, me détermine à y répondre.

L'emploi de l'oméga sur un monument du vi. siècle avant notre ère, et par conséquent antérieur de près de quatre siècles à l'archontat d’'Euclide, sous lequel on croit que fut inventé ce caractère, est une particularité paléographique qui pourroit seule détruire ce sentiment , ou qui, s’il étoit une fois bien et solidement établi, suffroit pour ôter toute croyance au monument qui y seroit contraire : c'est donc ici Fun des points les plus importans que nous puissions, examiner. Mais l'opinion qui ne fait remonter la connoissance et l’usage de l'omega qu'à l'époque de larchontat d'Euclide, n’est très-probablement qu'un de ces préjugés qui, introduits sans examen et reçus sans opposition, ne peuvent être entièrement déracinés, même lorsque les preuves contraires sont adininistrées en foule. L'abbé BARTHÉLEMY, dans une des notes dont il a accompagné son Æxplication du Marbre de Gnorseuz(1), a montré que Τ᾿ δία étoit connu, ét même employé dans les écrits-des particuliers, long-temps avant l’époque d'Éuclide: et, de ce fait seul, if résulte déjà une grande probabilité qu'il en a été de même relativement à l'oméga. M.KnicarT est lui-même de cet avis, et il décide (2) que les doubles voyelles furent employées en Asie bien avant le temps de SIMONIDE , leur prétendu inventeur. Malheureusement , il appuie cette opinion, qui me paroît certaine, par des preuves qui ne le sont pas autant. 1 cite les médailles de Gélon 1.% roi de Syracuses, mort en 478

(x) Note r, pag. 75-82. | (2) Anabys, of greck alphab, p. 19. Pz

avant J. C., lesquelles offrent l’oméga. Mais ces médailles, aussi bien que celles qui sont attribuées à Hiéron I.” sont d'une époque plusrécente, et,suivant l'opinion de l'abbé BARTHÉLEMY(1), adoptée par feu M.Visconr1(2), elles appartiennent réellement à Gélon IT et à Hiéron I}, etne prouvent rien conséquemment dans la question qui nous occupe. Quand même il existeroit encore quelque incertitude à l'égard de l'âge de ces monnoies , il n’est pas moins vrai que, pour trancher une pareille question, il faut employer des monumens incontestables, et que Îles médailles de Gélon ne peuvent être ici d'aucun usage (3). M. KNIGaT n'ést guère plus heureux en s’autorisant, en second lieu, des médaiïlles de Lesbos qui ont pour légende [6 mot GPHEk10N écrit de droite à gauche: non que ces médailles ne soient effectivement d’une époque et d’une fabrique très-anciennes, et que l'emploi des voyelles longues qui s'y trouvent, ne soit par-fà même incontestablement prouvé antérieur à larchontat d'Euclide; maïs ces monumens wappartiennent point, comme fa cru M. Knicur, à l'ile de Lesbos; le type qu'elles représentent , le genre du travail et le caractère de la fabrique, tout concourt à leur attribuer une origine macédonienne (4); et je pense encore que notre critique s’est trompé en prenant ce mot inconnu, @PHEKION , Pour ΜΗ titre mystique

de HETAION , que préfère M. KNIGHT (Analys. of greck alphab. Ῥ. 72 ). Cette fausse leçon avoit fait croire que ces médaïlles appartenoient à Leshos; mais il est

(1) À Pendroit cité, p. 82.

(2) Zconograph, grecq. 11.° part., p. 16.

(3) Voy. la dissertation que le savant EckHEL a faite sur ces médailles, Doctrina num. tom. E, p. 249-257.

(4) Letypereprésentele plus souventun

reconnu maintenant qu’elles sont celles

de la ville de Léré en Macédoine. Par

centaure enlevant une femme ; et Ie même type se retrouve sur d’autres médailles, d’une fabrique absolument semblable , dont la légende doit être lue AETAION, comme Pa montré M. ΘΈΒΤΙΝΙ ( Lettere numism, tom. VI, pag.2), au lieu de AEBTION, qu'on lisoit auparavant, ou

la même raison, celles des Orescii, qui, sauf la légende, sont absolument identiques, doivent être restituées aussi à la Macédoine. Y'observe que cette légende,

| APHEKIQN , n’étoit pas elle-même jus-

qu'ici exempte de toute incertitude : mais un fort beau médaillon inédit du cabinet

appartenant à quelque vieux dialecte quelque peuple dont la mémoire vée: et combien, en effet, n'y

négligée par lhistoire, ne nous

daïlles ?

1); cest bien plutôt le nom de

\ ne s’est pas autrement conseren a-t-il pas dont l'existence ,

a été révélée que par les mé-

Les médailles macédoniennes des Orescii établissent dofc,

par les caractères de vétusté qui leur sont propres, lemploi

des

voyelles [longues à une époque plus ancienne que celle où Fon

suppose que l'usage s'en introduisit sur les monumens, Jen puis

donner encore d’autres preuves qui ont échappé aux recherches

ou bien à la mémoire de M. Knicut. Une médaille de Crotoue, du cabinet de M. GossEzui (2), offre l’oméga sous une forme particulière, H, et qui se distingue du théta employé sur quel-

ques anciens monumens , ® (3), en ce que, dans ceux-ci, les

lignes qui divisent, en se croisant, l'intérieur du #héta , ne se pro-

longent point au dehors, au lieu que, dans l’oméga de cette médaille

de Crotone , elles sortent beaucoup au-delà (4). Le même mot

nous offre encore le même caractère reproduit sous une autre

du Roi, de Ia plus parfaite conservation, et sur lequel on lit, en caractères trèsdistincts, OPPHEKION , achève de confirmer cette leçon. On trouvera ci-après (planch,1,n. r)le dessin de ce médaillon, et l’on y remarquera sans doute l’omicron et l’éra, tandis que, surles autres médailles du même peuple qui paroïssent encore plus anciennes, léra et lomégase trouvent simultanément. Ce seul exemple suffroit pour montrer le danger des systèmes en numismatique, comme en toute autre chose.

(1) Analys. of greek alphab. p. 18.

(2) Voy. planche 1, τι. 5.

(3) Entre autres, à la quatrième ligne

de la première inscription de Sigée; sur

les colonnes d'HÉRODE ATTICUS , et encore ailleurs ( voy. BARTHÉLEMY, Académ. des Beil.-Lettr, tom. XXII, p. 399 ; ECKHEL, Doctrin, num. tom. I, prolesomen.p.C). La célèbre inscription de Larisseen offre aussi plusieursexemples ( GELL, Argolis, planche 7).

(4) Sur une médaille incertaine de la Campanie, publiée par ECKHEL (Syllog.

num, p.2-3 ), Vomicron paroït figuré ainsi, @ , dans le mot IANO : maïs ce mot est inconnu, et l’on peut justement douter s’il a été bien lu. D’autres monumens du même pays et d'une fabrique semblable donnent des variantes qui fortifient encore l'incertitude ( MILLINGEN , Méd.

inéd. p. 14 ).

forme Ὁ, dans laquelle on voit la partie circulaire de cette lettre traversée par une seule ligné droite (1): or le creux au revers et le genre de fabrique de cette médaille indiquent certainement une des plus anciennes époques de Fart du monnoyage. L'éra se montre sous cette forme, H, à presque toutes les lignes, et loméga , figuré suivant la manière ordinaire, ὦ, à l'avant-dernière ligne de la seconde inscription de Sigée, qui appartient au milieu du sixième siècle avant J. C. L'oméga paroît sur [6 revers en carré creux d'une médaille de Veapolis en Macédoine (2), et dans la légende opearorzan de celles d'Orthagoria, ville de la même contrée. PELLERIN, qui a publié la dernière (3), la déclare fort ancienne ,#sur ce que ce nom d'Orthagoria cessa de bonne heure d’être en usage, pour faire place à celui de Sragire (4); et cette raison est convaincante, quoiqu'ECKHEL, faute d’avoir considéré les monnoies contemporaines des Orescii | en ait jugé différemment (s). Enfin l'oméga se remarque encore sur un fragment

de bas-relief du plus ancien style de Part, lequel représente, entre

autres personnages, la figure d’Agamemnon, et dans le nom même de ce prince, écrit à rebours et circulairement (6). Tous ces exemples, auxquels if seroit possible d'en ajouter de nouveaux, prouvent sans contredit que l'oméga et δια furent employés sur

(Ὁ) M. MIONNET ἃ rangé cette lettre (3) PELLERIN, Recueil 1], pag. 186, et la précédente parmi les omicron (voy. pl. XXXI1, ἢ. 47. sa Paléograph. des médailles grecques, (4) Fragment. geograph, äpud Huppl. ΧΧΧΙῚ : mais je pense différemment, | SON, tom. IV, pag. 42. parce qu’il y avoit un oméga dans le nom (5) ECXHEL, Doctrin, num. tom. IT,

de Crotone; et il est bien plus naturel de voir dans ces deux formes inusitées celles qu'on donnoit primitivement à loméga, sur-tout quand l’omicron paroît sous sa formeordinaire, O, en d’autres médailles de la même ville, etégalement anciennes.

(2) MIONNET, Description, tom. I, pag. 478, pl. XXXIV, n, 120.

p. 73. Le même antiquaire a commis la même erreur au sujet d’une médaille de Pydna, dont ἴα légende, ΠΥΔΝΑΙΩΝ, offre l’oméga sous la forme accoutumée, et qui doit être rapportée à la même époque:

(6) Cebas-relief, déterrédansies ruines de Sarmothrace, faïsoit partie de la belle collection de M.Ie comte DE CHOISEUI-

les monumens publics des divers peuples de la Grèce, avant l'époque où Athènes les adopta pour son usage ; et l'on ne doit pas être surpris de trouver le premier de ces caractères employé conjointement avec le double omicron , qui précédemment: en tenoit lieu, sur des inscriptions messéniennes du vi. siècle avant J. C., de même que nous voyons lo et l’a paroître indifféremment dans le même mot et à des époques probablement trèsvoisines, sur les médailles macédoniennes des Orescii.

JE crois avoir répondu, MxLorD, à toutes les objections de M. Kncur, et ne m'être abstenu de relever que ses expressions injurieuses, qui, si elles pouvoient prouver quelque chose, ne prouveroient rien assurément contre FouRMoNT. J'ai mis dans ma réponse, je ne dirai pas toute la force, mais toute l’exactitude , et, en même temps, toute la briéveté dont J'étois capable; et, pour ne point alonger cet écrit, où j'ai déjà peut-être abusé, MyLorp, de l'attention que j'ai osé réclamer de vous, je me suis interdit toute réflexion sur des critiques postérieures , et notamment sur celles de votre illustre Porson. Je n'ai pas besoin de justifier ce silence ; et personne, j'ose du moins le croire, ne sera tenté à présent de l'interpréter d’une manière injurieuse pour sa mémoire, ou défavorable à ma cause. Je respecte le nom de ce savant, et je sais quelle autorité les critiques de M. Knicur ont reçue de l'assentiment de Porson. Mais il est des préventions dont les meilleurs esprits ont peine à se défendre; et 1] n'est pas rare que, dans le vaste champ des opinions humaines, l'erreur

GOUFFIER, et est maintenant au Musée | lui assignent une antiquité au moins

oyal. Le style de ce monument , et la | égale à celle de a première inscription forme des caractères qui y sont tracés, | de’ Sigée,

ait plus de partisans que la vérité. Je ne laisserai cependant point sans réponse {es argumens de Porson ; et les explications nouvelles où j'entrerai à ce sujet dans [6 Recueil d'inscriptions que je prépare , fixeront peut-être enfin l'opinion des hommes instruits sur ces monumens si curieux, Εἴ, selon moi, si mal appréciés jusqu'à ce jour.

En terminant cette lettre, je ne puis me défendre, MYLoRD, d'une dernière réflexion, que mont suggérée les derniers mots de M. Knicur. Il s'aflige que deux savans illustres , tels que D'HANcaARvILLe et l'abbé BARTHÉLEMY , se soient exposés à perdre tout Le fruit de leurs travaux, en devenant, comme il le’ dit, les dupes ou les complices de la plus insigne imposture ; et, au ton dont il s'exprime, il est aisé de voir qu'il entre dans ces regrets plus de satisfaction pour lui-même que de véritable compassion pour ces savans. Me sra-t-il permis de gémir à mon tour sur cette malheureuse facilité avec laquelle des gens de lettres , faits pour donner au monde l’exemple d'estimer leurs travaux et d’honorer leur caractère , accueillent et favorisent entreeux les imputations les plus honteuses ? Des reproches aussi graves, des expressions aussi flétrissantes, que celles de fourberie, d'impudent mensonge , d'imposture insigne , devroient-elles se trouver sous la plume d'un écrivain qui se respecte et qui veut être respecté de ses lecteurs? Est-ce dans le domaine de la philosophie et des lettres que devroit s'exercer ce misérable penchant à croire le mal, à propager la calomnie®? et la probité littéraire n'est-elle done plus qu'un vain nom ? Quoi! sur fa moindre apparence d’obscurité que pourra off:ir un monument, on criera à la fausseté! On fera consister la critique à nier ce qu'elle doit éclaircir, et l'on prouvera du savoir en montrant de lincrédulité ! Un seul homme pourra donner [a mesure souvent étroite de ses connoissances, pour la règle infaillible de l'opinion des autres :

ne br: RUES 3

DEUXIÈME LETTRE. ἘΣ il dira que ce qu’il n'entend pas ne doit être compris de personne; que ce qu'il ignore n'a jamais pu être vrai ; et, parce qu'il laura dit une fois , une foule d’autres se croiront obligés de le redire! I n’entrera même pas dans l'idée que cet homme qui parle si haut et qui décide si souverainement, puisse être lui-même trompeur ou trompé : ce sera de toutes parts un cri d'imprécations, à travers lesquelles pourra percer à peine Ia voix de Ta vérité; et le ffuit des plus pénibles recherches, et l'autorité des plus anciens monumens » et, ce qui est plus précieux que tous les monumens , l'honneur et la mémoire d’un homme de bien, seront à jamais flétris, parce qu’il aura plu à quelque critique d’un esprit hardi et indépendant de se signaler, en les condamnant, par une opinion originale |

Note 1.

Le n'a été question, dans cet écrit, que des monumens attaqués par M. KNIGHT, c'est-à-dire, des plus anciens. Le reste de [a collection de FourMonT, ou plutôt le recueil presque entier de cet académicien, lequel est demeuré inédit jusqu’à ce jour, n’a pas besoin d'apologie, et n’est propre à exciter que des regrets sur ce que des critiques, pour le moins très-exagérées, ont nuï à la publication d’un si précieux recueil. Au reste, je crois devoir faire ici devant le public la déclaration que jai faite au sein de l'Académie des belles-lettres; c’est que la plupart des inscriptions publiées par CHANDLER, quelques-unes de celles de la collection de MURATORI, toutes les inscriptions lacédémoniennes contenues dans les Vova Fragmenta de CYRIAQUE D'ANCÔNE , énfin le plus grand nombre des monumens apportés en France par feu le comte DE CHOISEUL-GOUFFIER, et d’autres plus récemment copiés en. Grèce par M. PouqQuEviLLE consul de France à Janina, seretrouvent, absolument dans le même état, parmi les papiers manuscrits de FOURMONT. C’est ce que je prouverai, en publiant à la suite du Voyage, actuellement sous presse, de M. POUQUEVILLE celles de ces inscriptions qui sont encore inédites; et mieux encore, dans un choix que je compte bientôt livrer moi-même au public, des plus curieuses inscriptions de FOURMONT. Il faudra bien que Fincrédulité se rende à un pareïl genre de preuves; et ce succès, dont j'ose me #latter d'avance, je ne serai pas moins heureux de le partager avec le célèbre M. BOECKH, qui, en publiant des inscriptions de FOURMONT, si parfaitément analogues au marbre de CHO1- SEUL pour les formes de la diction et des caractères, a déjà mis dans le plus beau jour la fidélité et l'innocence de FOURMONT:

Note 2, page 27.

La forme des boucliers représentés sur les monnoies de la Béotie ne diffère pas si essentiellement de celle des boucliers dessinés par FOUR- MONT, que celle-ci doive être qualifiée absurde et imaginaire, comme elle la été par M. KNIGHT; et je puis dire que, pour tout homme non prévenu, Panalogie de ces formes de boucliers est frappante. Toutefois, on n’en sauroit tirer aucun argument favorable à la fidélité de FOURMONT, s’il étoit vrai, comme l'affirme ECKkHEL (1), que le bouclier béotien n’eût été d'usage nulle autre part qu’en Béotie, Ce docte antiquaire attribuoit, sur ce principe, à Larymna de Béotie, des médailles avec un semblable bouclier et la.légende ZA AA, que PELLERIN (2), et, depuis, M. SESτινι (2), avoient cru être de Zacédémone. Il est aujourd’hui reconnu que ces médailles appartiennent à File de Salamine (4), d’où il résulte, contre le système d'ÉCKHEL, une exception qui peut s'étendre aux-Spartiates. J'observe encore que, par une seconde exception, [6 bouclier béotien se retrouve au revers d’une médaille d’Amphipolis en Thrace (5). Cette

forme n'étoit donc point si absurde ni si imaginaire.

Note 3, page 31.

Un médecin grec de l'ile de Zanre, domicilié à Argos, le docteur AVRA- MIOTTI, qui a publié, en 18 16, des observations critiques sur le Voyage en Grèce de M. DE CHÂTEAUBRIAND (6), rend, en plusieurs endroits de cet opuscule, témoignage à l'exactitude et à la yéracité de FouRr- MONT, et particulièrement en ce qui concerne le temple de ἴα déesse Onga. Je transcrirai ici ce passage, qui contredit si positivement les assértions de M. KNIGHT et de lord ABERDEEN, et qui mérite d'autant plus de considération, que Pauteur, fixé depuis long-temps dans la Grèce, a vu et examiné à loisir des lieux sur lesquels la plupart des voyageurs ne font que jeter en passant un coup-d'œil superficiel et rapide.

Ϊ (1) ECKHEL, Doctrina num. t. Il, p. 200. dans de Catalogue de M. MIONNET, tom. IT, HS 4) PELLERIN, Recueil I , tab. ΧΙΧ, n. 4. pag: 106 εἰ 149. {3) SESTINI, Lettere numismat. tom. IV, (5) Même Catalogue, tom: 1, pag. 462. pag. 56. (6) Alcuni ceuni critici del D. G. D. AvRA-

£dai LS το . σι Die) 5 (4) Ces médailles sont décrites sous Sa/amine, | MIOTTI SA Viaggio in Grecia, &c. , Padova, 1816.

Après avoir reproché ἃ M. DE CHÂTEAUBRIAND les doutes qu'il témoiïgne sur l'existence de l'inscription des prêtresses d’Amycles, M. AVRA- MIOTTI continue ainsi, page 31:« Ma non merita scusa di non aver » veduto, cinque cento passi lontan dal tempio d’Apollo Amicleo, con » nessuno suo incommodo , quel medesimo magnifico edifizio, che ne descrive » il FOURMONT negli atti delle iscrizioni e belle lettere. ἃ lungo esso » sedici piedi, largo dieci; una pietra ne forma il fondo , due ne formano » il capitello; una ἃ posta per ciascuno dei quattro ati, e tutte sono » grezze e nericcie. Ea sua figura rappresenta una grotta. Per una porta » angusta, non eccedente i quattro piedi, vi si montava per tre gradini, >» formati essi pure d’una sola pietra in tutta l’estenzion della fabbrica. Era » questo un tempio di remota antichità, consecrato dal re EUROTA ἃ » Minerva, 47 cui nome, che Onga presso ἱ Lacedemonj era, à scolpito nel » frontespizio, » :

M. AVRAMIOTTI parleäci en témoin oculaire, en homme qui est sûr de son fait. II décrit, comme encore existant et absolument conforme à la description de FOURMONT, le temple de [ὰ déesse Onga ; il atteste enfin que ce nom est gravé sur le fronton de l'édifice. Un pareil témoignage ne semble-t-il pas mériter plus de confiance que celui de lord ABERDEEN, qui déclare précisément le contraire, maïs qui peut n'avoir point vu [6 monument dont il s’agit ici, etavoir mal appliqué les renseignemens fournis par FOURMONT?

Les réflexions que fait ailleurs M. AYRAMIOTTI sur les causes de Ja disparition de tant de monumens trouvés par les premiers voyageurs, et perdus pour leurs successeurs, me paroïssent mériter aussi d’être reproduites sous les yeux de mes lecteurs; les voici, page 35:« Non è » valevole ragione il tacciarlo (FOURMONT) di menzogna, perchè più »le iscrizioni non si ritrovano. Ogni moschea , ogni chiesa, ogni » bagno, ogni privato e pubblico edifizio in somma, non si (ἃ che ἃ » spese dei frammenti antichi; spesse volte anche si riducono essi in » pezzi per farne {a calcina. In oltre, molti colla terra sono trasportati » altrove dalle annue pioggie ; ma quel che più cotribuisce a nascondere » i monumenti, si ὃ che i Greci, per conservarli, e per non essere co- » stretti a trasportarli per lo spazio di molte giornate all uso degli edifizj » dei Turchi, gli nascondono con gran diligenza, tutte le volte che perd » riesce ad essi di poter cid fare. »

Ce témoignage sur les précautions que prennent les Grecs euxmêmes pour dérober Iles précieux monumens de leur pays aux recherches des curieux, aïnsi qu'à la barbarie des Turcs; ce témoignage, dis-je, s'accorde avec celui que j'ai cité de M. DODWELL, page το, et explique très-bien , ce me semble, comment les inscriptions de FOURMONT peuvent ne plus se retrouver de nos jours, ‘et avoir existé réellement, ou même exister encore dans le sein de la terre qui les recèle. Au resté, la véracité de FOURMONT, comme voyageur, ne tardera pas à être mise dans tout son jour par le célèbre et savant Anglais que je citois toutà-Fheure, M. DODWELL; et un nouvel hommage à lexactitude de ce voyageur, si injustement décrié, vient d’être rendu dans le sein de l'Académie même à laquelle if a appartenu, par M. PETIT-RADEL, dont on Connoît par tout le monde savant [65 doctes rechérches sur les monumens des Grecs primitifs (1).

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