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Le Ëhef congédia Morlot en lui disant :
— A ce sôîr, huit heures.
Les indications fournies par Morlot étaient si rigoo^ reusement exactes et tontes les mesures furent si ijien prises, que quatre-vingt-six voleurs, des repris de justice et des forçats en rupture de ban, pour la plupart, furent arrêtés dans la nuit. Parmi eux se trouvaieutune douzaine de femmes.
Dans la matinée du lendemain, vingt-deux individus tombèrent encore entre les mains de la justice. Celait le reste de la bande. Huit receleurs furent également arrêtés.
Les jours suivants, à la suite des premiers interrogatoires, quinze femmes et trois scélérats des plus dang^ reux, recherchés depuis longtemps, furent encore capturés par la police. C'était un magnifique coup de filet. On le devait à Morlot, à Mouillon et à Jardel. C'était leur œuvre.
Il y eut beaucoup de jaloux; mais nul ne cherchai amoindrir leur mérite et à diminuer leur gloire.
Mouillon et Jardel n'attendirent pas longtemps leur récompense. On proposaàMorlotdelui donner la croix. La croix I le ruban rouge à sa boutonniérel Depuis dix ans, c'était son rôve ambitieux.
Il refusa. Et en essuyant une larme, il se dit:
— Je ne la mérite pas I
— Eh bien, Jardel, disait Mouillon, nous voilà tous les deux inspecteurs de police.
— Oui, et bien notés à la préfecture.
— Morlot nous l'avait promis ; il nous a fait gagner nos galons.
— Ah I c'est un crAne, celui-làt Mais pourquoi diable a-l-H refusé la décoration ?
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— Je n'y comprends rien,
— Il l'a pourtant bien gagnée.
— Et dire, mon cher Jardel, que la croix refi Morlot, notre superbe avancement et une armé leurs mise en prison, tout cela s'est trouvé d. vieille enveloppe de lettre à moitié brûlée !
Morlot avait reçu deux lettres, l'une de sa l'autre de la marquise, qui lui avaient appris ce tait passé à Miéran et que Gabrielle et Mélanie au château de Coulange.
La lettre de la marquise, très-<10iectueuse, le ciait encore de tout ce qu'il avait fait pour elle ; terminait en l'invitant à venir passer quelque & Coulange, dès que ses occupations le lui ] traient.
L'instruction de l'importante affaire des volei commencée, et déjà on avait obtenu de trës-curîi seignements touchant l'organisation de la ba manière d'opérer, sa discipline, ses rapports i receleurs et le nombre des crimes qu'elle avait c Ils étaient tellement nombreux qu'on ne pouv les compter. Seulement à la charge de la compa brigand qui portait le nom de Princet, il y avait cent vols par escalade et effraction et deux assas celui d'une vieille femme assassinéedanssonlit;
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d'un homme que l'on avait trouvé dans la cour de sa maison, gisant au milieu d'une mare de saQg. Ces deux assassinats remontaient à quelques mois.
Certes, Morlot avait le droit d'être fier de son succès. Cependantil n'était pas complètement satisrait. La dame TrÉlat ne se trouvait point pannl les femmes arrêtées. Malgré les recherclies auxquelles il s'était livré secrèlement, il lui avait été impossible de la découvrir, Comme toujours, la femme d'Asnières restait introu vable. Il semblait qu'elle eût le don de se rendre invisible, de se transformer comme certains insectes ou de changer de couleur comme le caméléon.
11 avait espéré que les révélations des détenus amèneraient l'arrestation de cette misérable; mais ni les uns, ni les autres ne parlèrent de Solange et de Blaireau. Ce dernier, du reste, n'était connu que de deux ou trois receleurs.
Morlot sentait, devinait que, comme la dameTrélat, le véritable chef des voleurs échappait à lajastice. Comme lui, les magistrats chargés de l'instruction de l'affaire avaient cette conviction ; aussi cherchèrent-ils partons lesmoyens à déchirer le voile derrière lequel se cachait le mystérieux personnage. Inutiles efforts. Le silence obstiné des receleurs lassa leur patience. Les misérables ne craignalentpoint d'aggraver leursituation pour assurer l'impunité du maître.
Pendant ce temps, Solange se tenait cachée dans une petite maison de JoInv!lle-le-Pont, achetée par Blaireau. Ce dernier n'était peut-être pas tout à fait tranquille; mais, comme Napoléon, il avait confiance en son étoile. Au milieu de cet effondrement il allait triompher une fois de plus, et, toujours fier de son génie, se grandir encore dans son orgueil. Mais plusieurs fois millionnaire et de-
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venu avare, il n'allait plus avoir qu'une pensée server son immense fortune mal acquise.
L'instruction était terminée. Les prochaines : premettatent d'être excessivement intéressantes.
Morlot était allé passer trois jours au cbâteau d lange, puis il était revenu à Paris avec sa femme.
Gabrielle leur avait dit, en les embrassant au m de leur départ :
— Maintenant, j'ai tout le bonheur que je p
Le jour où le marquis était revenu de son ^ dans les Pyrénées, la marquise lui avait présen brielle en lui disant :
— J'ai découvert que madame Louise est tn Imite, je lui ai proposé d'être l'institutrice de milienne et elle a bien voulu accepter.
\ cela le marquis répondit simplement :
— C'est très-bien !
Puis, s'adressant à Gabrielle :
— Vous aimiez déjà nos enfants, lui dit-il, il: avoir en vous une seconde mère. Vous êtes maim de notre famille,
— Monsieur le marquis, répondit Qabrielle jusqu'aux larmes, je ferai tout ce qui dépendra ( pour mériter votre confiance et celle de mada marquise.
Une après-midi, une partie des détenus de éLaientdescendus dans le préau. Les unscausaien sur des bancs, les autres se promenaient par groa deux, trois ou quatre.
Un gardien de la prison s'approcha d'un des Ai et lui dit :
— SniveB-moii
— Oii cela? demanda le prisonnier.
— Au parloir.
— Pourquoi faire?
— Vous y trouverez quelqu'un qui veut causer avec vous.
— Abl fit l'homme.
Et il suivit le gardien.
Dans le parloir, le détenu se trouva en présence d'un personnage qui lui étaitinconnu.
— C'est vous qui m'avez fait demander?dit-il.
— Oui.
— Je ne vous connais pas. Est-ce que vous me connaissez, TOUS T
— Beaucoup. Voue vous nommez Armand Des GroUes et TOUS demeuriez rue Saint-Sauveur sous le faux nom de Jules Vincent.
— Soit, que me voulez-vous î
— Vous avez élé arrêté à GentîUy en m6me temps que Princet, Gbolard et onze autres.
— Je le sais bien.
— L'instruction ne vons a pas beaucoup chargé; vous auriez eu des chances d'Être déclaré non coupable, si vous n'aviez pas contre vous une ancienne condamnation à deux ans de prison par contumace.
Cependant, vous ne serez probablement condamné qu'à deui ou trois ans de prison.
— Je l'espère.
~- Oui, mais si je révélais au juge d'instruction un fait que je connais, ce ne 'serait plus à trois ans de prison, mais à dix et peut-être à quinze ans de travaux forcés que vous seriez condamné.
Des GroUes tressaillit et devint trës-pàle.
— Dans l'affaire à laquelle je fais allusion, reprit le
^'- ^J^uglL-
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personnage înconDu, qui n'était autre que Horiot, tous n'avez pas été seulement de complicité dans un vol audacieux commisla nuit avec des armes dans une maison habitée, mais aussi de complicité dans une tentative d'-assassinat.
Morlot tira de sa poche un poignard, et le mettant sous les yeux de Des Grolles :
— Le reconnaissez-TOus T lui demanda-t-il.
Le misérable ne répondit pas, il tremblait comme s'il eût eu la fièvre.
— Eh bien, reprit Morlot, avec ce poignard, qui vous appartenait, votre complice a voulu tuer la marquise de Coulange endormie au moyen d'un narcotique. Or, ce narcotique, c'est vous, Armand Des Grolles, qui l'avez remis à la femme de chambre, dans une petite fiole, en lui ordonnant de le verser à sa maîtresse.
Des Grolles n'osait plus regarder Morlot. II était confondu et paraissait écrasé.
Morlot poursuivit :
— Je sais que, dans tout cela, vous n'avez été que l'instrument passif de Sosthène de Perny, Voilà pourquoi il n'est pomt parlé de ce qui s'est passé au château de Coulange dans l'acte d'accusation dirigé contre vous. Gomme vous le voyez, pouvant vous envoyer au bagne, je ne l'ai pas fait.
— Oui, il ne l'a pas fait, se dit Des Grolles, qui, remis de sa peur, commençait à réfléchir ; mais ce n'est certainement point par amitié pour moi. Il a quelque choseà me demander, laissons-le venir.
Regardant Morlot en dessous, il reprit tout haut :
— Pouvez-vous me dire ce qu'est devenu Sosthène de Perny 7
— Je l'ignore.