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LE COFFRET DE CUIVRE ET LE COFFRET D OR

Sosthène entra hardiment dans la chambre de sa sœor. Il savait qu'elle étaiL plongée dans le sommeil et qu'elle devait dormir au moins douze hfiares sans se réveiller, quelque hruit qu'il pût faire autour d'elle.

Il marcha vers le Ut et son regard vitreux, iliumiiié delueurs livides, s'arrêta sur le visage de la jeune femme, doucement élaiié par la lumière tamisée de la vaUlense .

— Comme elle est pftle I se disait-il ; ooi, mais elle est toigours belle I

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9BUX HàBES 3i9

Sa physionomie prit une expression £uoucIie ; chaque éclair qui jaillissait de ses yeux sombres était ane décharge de haine qoi tombait sur la dormeuse.

— La voilà, se dit-il, endormiepar ma volonté, inerte, sans oreilles, sans forces, engourdie..... Je suis près d'elle, elle est en ma puissance, et si je l£ voulais elle De se révcilleraitjam.ajs!

U eut la teatution de se jeter sur elle et de l'étonffe^. Hais il fit un pas en arrière.

— Elle aurait avalé un poison aussi facUemânt que le narcotique, murmura-t-41.

Et ses lèvres se entrent dans un horrible sourire.

U s'éloigna brusquement du lit, commo s'il eût craint de ne pouvoir résister, k une seconde tentation.

La chambre de la marquise avait le même aspect que sept ans auparavant. Rien ou presque rien n'y avait été changé. Sosthène en coanais^it l'ameublement. Toutefois, son espionne avait dû le renseigner, car il s'approcha de la cheminée sans hésiter pour prendre un trousseau de petites clefs, qui se trouvait dans une coupe de vieille porcelaine du Japon. Alors, U traversa rapidement la chambre et s'arrêta devant un meuble de Boule placé entre les deux fengtres, à peu près certain qne le colFret de cuivre était enfermé dans un des tiroirs de ce menble;

Après avoir essayé deux cle&, il' ouvrit enfin le premiertiroir avea une troisième clef. 11 ne contenait que des bouquets de fleurs artificielles et quelques nœuds de rubans dont le deuil de la marquise l'empêchait ds se servir.

Sosthène ouvrit un deuxième tiroir. Celui-ci était rempli d'une quantité de riches dentelles.

11 eut un mouvement d'impatience et de eolëre, et

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d'une maia flévrense, avec uae sorte de rage, il ouvrit le troisième tiroir.

Cette fois l'objet de ses recherches se trouva sous ses yeux ; il jeta ses deux mains sur la boite de métal avec UD frémissemeat de joie. Mais, aussitôt, ses yeux agrandis étJDcelëreut et se fixèrent sur un second coffret beaucoup pins petit que le premier.

— Oh : fit-il, subitement saisi d'un tremblement nerveux.

Il semblait avoir complètement oublié le manuscrit dont il voulait s'emparer. Ses mains se portèrent de la boite sur le cofiïet. Ce coffret, d'or massif, déliciensement ciselé par une main d'artiste, représentait plusieurs bas-reliefs de Jean Goujon. Sa petite clef d'or était dans le serrure. Sosthène tourna la clef et leva le couvercle. Alors le coffret devint un foyer de lumière; c'était un merveilleux jaillissement de rayons multico' lores, un croisement d'étincelles et de jets lumineux.

Malgré lui, Sosthène ferma ses yenx éblouis.

Il tenait les diamants de la marquise, et il y en avait pour plus de trois cent mille francs.

il fit retomber le couvercle, mais ses yeux restaient toujours fixés sur le coffret d'or.

— Une fortunel pensait-il, une fortunel

Il avait les traits affreusement contractés, un frémissement sur les lèvres, et ses yeux étaient comme phosphorescents. 11 se toorna à demi vers le lit et coavritsa sœur d'un efih)yable regard. Pris de vertige, n'obébsant plus qu'à ses mauvais instincts, il était incapable de raisonner. Il n'y avait plus en lui qu'une pensée : celle du vol. Il tenait les diamants, ils étaient à luil

Cependant il restait immobile, haletant, serrant le coffi:«t contre sa poitrine. Soudain, son visage se cou-

TTÎt d'une p&lear livide et une sueur froide mouilla e front. Couséquence de sa première pensée, ui plus horrible encore, venait de compléter le c son cerveau.

Il posa le cofiret aux diamants sur un guérid la botte de cuivre et s'élança hors de la chambi versa le boudoir et entra dans le salon, que éclaira aussitôt en démasquant sa lanterne.

s'avança rapidement vers Des ûrolles et 1 la boite, en lai disant :

— File tout de suite, tu m'attendras dans près de la porte.

— Est-ce que tu n'as pas 0ni?

— Non. Donne-moi ton poignard.

Tout en parlant il avait enlevé le poignard de de son complice.

— Je ne saurai peut-être pas retrouver mon pour sortir du ch&teau, dit Des GroUes.

Juliette s'était approchée.

— Elle va t'accompagner jusqu'au bas du pel lier, répondit Sosthène.

— Vous ne parlez donc pas? demanda Juliette, t tonte tremblante. Oh I je vous en prie, allez-vous-

— Lui, d'abord, dit Sosthène ; tu vas l' éclaire]

— El vous?

— Moi, je reste.

— Mais vous avez le coffret, que voulez-vous do encore î

— Cela ne te regarde pas.

— Non, non, reprit-elle, allez-vous-en tous U j'ai peur ; il me semble que...

Un regard terrible de Sosthène lui coupa la pi la fil frissonner.

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II oorrit la porte, et, bfustpiement, il poussa Des GroUes et Juliettfl hors du salon.

Conduit par Juliette, Des Grallas arriva sans encooilM'e au baa de l'escalier. D'un bond il francbit la porta et se mit à courir dans la direction du bois.

Juliette s'empressa de remonter. Elle troora Sosthèoe an milieu du salon dans l'attitude d'un homme qui prête l'oreille et éconte. Il écoutait, en effet, car it avait entenda on cm entendre le bruit qnè fait une pert£ qu'oD ferme. Mais tout étant retombé dans le aileBce:,'il s'était déjà rassuré.

— Si j'ai réellement entendu quelque chose, se dit-4l, le bruit a été produit par ua courant d'air..

Rassuré et tout entier à son projet criminsli, il marcha vers le boudoir. Juliette se plaça devant loL

— Ne rentrez pas dans la chambre, je vousle défends, lui dit-elle tout bas.

II arrêta sur elle son regard farouche et haussa les épaules.

Ses yeux injectés de sang lui sottaiaot. de la tête ; de larges taches rouges se plaquaient sur sa bce bUin«T violacée. 11 était repoussant, hideux I

— Oh I oh I vous m'épouvantez 1 St-elle.

Il allongea le bras et l'écarta pour passer. U entra dans le boudoir, elle l'y suivit. Une fois encore, elle se plaça devant lui comme pour défendre la porte de la marquise. La terreur était dans ses traits, la folie dans son regard. Elle leva la lanterne dont la lumière blafarde éclaira en plein le visage de Sosthène.

— Je vois ce que c'est, dit-elle avec horreur, vous voulez la tuer I

Il répondit à ces paroles par une sorte de grogaement.

„Gao^lc

François, te valet de pied, ven^t de descendre an rez-de-chaussée, laissant one «econde fois Morlot «t Jiirdel dans l'obscnrité.

Soadain, ce âernier xppnya sa main sur le bras de «oriot.

— Avez-'voas enteoda ? Ini âemanda-t-U à l'oreille.

— Oui, un chuchotement, r^ondit Morlot.

— Dans }a pièce à cMé. Ce sont. eux.

— Je le crois. Vous avez des allanaettes ?

— Oui.

— Alhimez-.en a&e.

— Jardel s'empressa d'obéir.

Horiot jeta aatonr de lui un regard rf^nde.

— Voilà une lampe, dit-il, allumez-la.

Tout cela était ait à voix basse.

Sosthène ayant repoussé rodemeRt Juliette, qui Toalait hii barrer le passafçe, rentra dans la chambre de sa mur. Il se ptéc^îta rers le guéridon, s'empara du coffret aux diamants et le cacha dans sa poUriue entre la peau et sa diemise, puis, pour le maintenir, il boutonna son TMemeot.

Cela fait, il marcha vers le Ut, les yeux enflammés, le r^rd féroce, voyant roage. Et quand il fVit devant àa sŒror, sans avoir peur, sans tremUer,ilïwft la main qui tenait le couteau, la pointe en has, et il chercha l'endroit on il devait tcapptt pour qne le coop fût sArenwnt mortel.

Up cri d'éponvuite, rantpae, sembtaUe i aa Mie, poussé par Juliette, le fit bondir en arrière.

Morlot venait d'onvrir brOsqnement la porte 4ta boudoir, que la lampe allumée dans l'antichambre inondait d'une nappe de lumière. Menaçantla poitrine de Juliette àb son revohsr, il lai d^ d'ane Trix rode :

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— Si tu pousses encore un cri, sî tu fais un mouvement, je te loge une balle dans la t6te.

La misérable ne pouvait plus crier, ni songer à prendre la fuite, la peur l'avait paralysée. Ses yeux égarés, démesurément ouverts, restaient Szés sur Moriot, qui luiapparaissût comme un fantômeou un démon venant de sortir des entrailles de la terre.

Derrière Morlot se tenait Jardel, également armé de son revolver.

En entendant une voix d'homme, la peur s'empara de Sosthène et il ne songea plus qu'à prendre la fuite pour échapper au danger qoi le menaçait. Pour le moment, l'homme étant dans le boudoir, il comprit qu'il lui était impossible de se sauver par la porte de la chambre. Or, la chambre de la marquise n'avait que cette issue et les deux fenStres. Sosthène courut à une fenêtre et l'ouvrit. Avant de s'élancer, il regarda en bas et fut effrayé de la hauteur. Le saut était périlleux, sans doute, mais il pouvait être tenté, même avec chance de -succès. Pourtant, il recula en A-issonnant. Il pensait que sa mère avait été tuée, en tombant de moins haut. Et pantelant, affolé, perdant la tète, il recula eacore, jetant autour de lui des regards éperdus. Il vit la porte «ntr' ouverte du cabinet de toilette, il s'y précipita comme dans une retraitesâreetsebloltitaufond, dans un coin, «ntre deux meubles, derrière un rideau. 11 ne réSéchtssaît pas; il voulait se cacher, il se cachait.

Cependant Morlot s'approcha de Juliette, la saisit par le bras et la secoua avec violence.

— Qui était ici avec toi tout k l'heure ? lui demandât-il.

Elle n'eut pas l'air d'avoir entendu,

— Je sais tout, continua Morlot; allons parle, ré-

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ponds, et surtout ne cherche pas à mentir. Où sont les deux hommes que tu as fait entrer au ch&teau ?

Elle eut un tressaillement convulsif, mais elle garda le silence.

Moriot sentait une colère sourde grooder en lui. Il la secoua de nouveau et avec plus de force :

— Mais, réponds donc, coquine, reprit>il sourdement, car, par respect pour la marquise, il n'osait pas trop élever la voix; réponds donc : où est Sosthène de Perny, ouest son complice?

Juliette s'obstinaità rester muette. Morlot s'emporta.

— Si tu ne réponds pas, lui dit-il avec nne fureur concentrée, aussi vrai que je m'appelle Morlot, et que je suis agent de police, je te brûle la cervelle.

EnBn Juliette se décidai! remuer la langue.

— Je... je ne sais pas, balbutia-t-elle.

— Ta mens, misérable, tu mensi

— Non ! non t je ne sais pas.

Elle tremblait comme la feuille au vent. La peur faisait claquer ses dents,

— Je comprends, fit Horlot d'une voix vibrante décolère, tu ne veux rien dire ; mais je te forcerai bien à parler un peu plus tard. En attendant, tu vas dire à ta maltresse que je suis là et que je veux lui parler.

— Elle... elle dort, bégaya-t-elle d'un ton effrayé.

— Tu la réveilleras. Allons, obéis ;

Et il la poussa vers la porte de la chambre.

Mais elle se rejeta hrusquementen arrière, l'épouvante et l'horreur peintes sur le visage.

— Non, je ne veux pas, je ne veux pas ! prononça-telle d'une voix étranglée.

La misérable avait peur, sans doute, de se trouver en

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présence do caAaTre de la marqnise baîgnitnt dans son sang.

Morlot re«U «n instant stapéfié, la regardant; tout à «oup, UD horrible soupçon traversa sa pensée et l'éclaira d'une sinistre loeor.

Un frisson conmt dans tous ses membres et ses cbe- YBUx se baissèrent aai sa tÊte.

— Ohl &iril, assassinée I U se tourna vers Jardel:

— Ne laissez pas échapper cette Boisérable, lui dit-il. Et oubliant que posr tout autre homme qoe son mari

la chambre d'une femme est un sanctuaire inviolable «t sacré, il ouvrit la porte et se précipita comme un fou dans la chambre de la marquise.

Dès qu'il fut prés du lit, un long soupir de soulager ment s'échappa de sa poitrine oppressée.

La marquise avait les yeux fermés et dormait. H entendait le bruit égal et doux de sa respiration. Toutefois, il s'étonna de ce sommeil lourd et profond que n'avait point troublé le bruit qu'il venait de faire en entrant. 11 s'éloigna du lit lentement, et l'air du dehors venant tout & conp frapper son visage, il vit la fenêtre ouverte.

— Ils ont coipmis un vol, murnaura-t-il, et la retraite étant fermée à l'intérieur, ils se sont enftiîs par la ftn6tre.

En jetant un regard rapide autour de la chambre, il vit les tiroirs ouverts. Il ne pouvait plus douter: la marquise venait d'être volée. Alors sa pensée reçut une nouvelle clarté, qui lui expliqua le sommeil étrange de la marquise. H devinait que la jeune femme avait été endormie à l'aide d'un narcotique.

Il s'approcha de la fenêtre, et, penché au dehors,

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appuyé sur le balcon, il ouvrit ses oreilles et plongea son regard dans toutes les directions.

Après l'avoir entendu entrer dans la chambre. Sesthène était sorti de sa cachette, prêt & se ruer sur lui et à le frapper de son poigaard si l'idée lui venait de pénétrer dans le cabinet de toilette.

Anxieux, sombre, retenant sa respiration, il suivit tous les mouvements de Morlot, qull prenait pour un domestique du marquis de Coulange.

Quand il le vit s'appuyer au balcon, il comprit q[u'il devait profiter de ce moment pour gagner la porte et prendre la fuite, n n'y avait pas & hésiter, caries instants étaient précieux. H sortit da cabinet et rapidement, sans bruit, traversa la chambre. Gomme il ouvrait la porte, Mortot se retourna.

— Au voleur! cria-t-il.

Sostbène bondit hors de la chambre. Hais le cri de Morlot avait prévenu Jardel, qui venait d'être rejoint par le valet de pied. Il se trouva en face du voleur. Sosthëne, brandissant son poignard, voulut se 6iire livrer passage. I^e canon du revolver le força à recaler. Alors, saisi d'une peur folle, il songea à rentrer dans la chambre, bien décidé, cette fois, à sauter par la fenêtre. Mais, déjà, Morlot était sur le seuil et il vit le canon d'un second revolver à la hauteur de ses ycTix.

Pris entre les àmx agents, le misérable sentit qu'il était perdu.

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LA COKPLICE

Sans lui laisser le temps de se reconnaître et de faire une tentative pour s'échapper, Jardel se jeta sur lui et le désarma. Il pouâsa un rugissement de rage, accompagné d'un roulement d'yeux d'insensé. Cependant il essaya de lutter encore et se débattit furieusement entre les mains de Jardel et de Morlot, qui s'était empressé de prêter main-forte & son camarade. Au bout d'uD instant, ils parvinrent à le terrasser et à le tenir en respect étendu tout de son long sur le parquet.

Mais, doué d'une force extraordinaire, et ignorant toujours qu'il avait affaire à deux agents de police, Sos- Ihëne cherchait encore à se relever, en les repoussant des pieds et des mains.

— Nous ne pouvons pas le tenir ainsi jusqu'au joar, dit Morlot, il faut que nous l'enfermions dans un lieu sûr.

Le domestique ne connaissait pas irf. de Pemy.

— Faut-il aller chercher les gendarmes? demauda-t-iU

— Non, répondit Morlot; nous attendrons pour prendre une décision.

— Alors, reprit François, on peut l'enfermer dans ma chambre; la porte et les barreaux de la fenêtre sont solides ; il sera là comme dans une prison.

A ce moment, d'une ruade vigoureuse, Sosthène envoya Jardel rouler à l'extrémité du boudoir. Morlot lui appuya son genou surla poitrine et, leserranl à la goi^e:

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— Tenez-vous donc tranquille, luîdit-il sourdement, TOUS voyez bien que voas êtes pris et que tous ne pou< rez pas nous échapper.

Puis, se tournant vers François:

— Allez me chercher des cordes, ordonna-t-il. Le domestique s'empressa d'obéir.

Juliette s'était affaissée sur un canapé, où elle restait à demi pâmée.

François revint avec des cordes. En un instant Sosthëne eut les poignets solidement liés et les jambes garrottées. Alors une difficulté se présenta. Pour trans* porter Sosthène dans la chambre du domestique il fallait 6tre trois, deux pour le porter, un autre pour éclairer. Or, on ne pouvait se servir de Juliette, et il fallait qu'elle fût gardée à vue. L'enibarras de Morlot était visible.

La difficulté fut levée par l'apparition d'une femme' dans l'encadrement de la porte du boudoir. C'était la gonvernante de Maiimilienne. Réveillée en sursaut par le bruit, elle s'était levée, avait revêtu un peignoir et venait voir ce qui se passait.

Sans lui donner aucune des explications que son regard effaré sollicitait, Morlot lui dit :

— Vous arrivez bien, madame, vous allez nous éclaijusqu'à la chambre de François.

Il fit un signe au domestique. Celui-ci prit Sosthène par les jambes, Morlot par les épaules, et ils l'enlevèrent. Un instant après, quand M. de Perny fut enfermé, Morlot dit à la gouvernante :

— Yous ne devez, rien savoir de ce qui s'est passé au chUeau cette nuit. Vous allez rentrer dans voire chambre et vous remettre au lit. Mais écoutez bien ceci : Je vous donne l'ordre absolu, au nom de madame la mar-

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^aise de Goulange, de ks parler & qui qu« ca soit dfi ce que vetia aves ¥a.

S'adressànt au domestiqae, il ajouta:

— Vous, François» lous^ allez veittei avec nou^ et, ea compagD» àe moa eamarade, vous gaxderea le prisonnier. Comme à madame, je vous doaoe l'ordre de ne rien dir» àperstHUM. Je n'ai pas besoin d'ajoater que la plus légère indiscrétion Tonsferait perdre votre place.

La gooTermante retourna dans sa chambre. Horlot remonta au premier, envoya Jardel rejoindre le domestique et resta seul avec inliette.

— Levez-voDS, lui ordonaa-t-il d'un ton imp^ienx- Elle fit un effort et se dressa sur ses jamltes cbance-

lantes. Uorlot la poussa dans l'antiehaBbte.

Elle était dans un étal pitoyable. BUe tremblait a£ensement; son visage livide avait des marbrures verdUns . et ses cbeiveux dénoués se plaquaient épars sur ses épaules. Ne pouvant se tenir debout, elle se laissa tomber dans un fauteuil. MorLot, après avoir fermé les portes, s'assit en £ace d'elle.

— Maintenant, lui dit-il, vous allez parler ; je venx tout savoir, tout, vous entendez? D'abord, dites-moi pourquoi vous êtes entrée au service de madame la marquise.

— Pourquoi? fit-elle en an-fetani sur lui ses yeus ahuris-

— Oui, pourquoi?

— HÙ9 pour lui servir de femme de chambre.

— Et ensuite?

— Je ne sais pas ce que vous me demandei, monsieur.

— Avouez donc, misérable, avouez àoae toutde suite que vous avez joué près de madame de Coulange, an

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profitdeM.dePeniy, leràU igBoble d'espionne; avouez donc que vous êtes entrée & son service pour la tiabir. Juliette laissa échapper un gémisseiïient. Elle était atterrée.

— Vous avez é<^it à M. de Perny que H. de Coulange Était parti en voyage ?

— Oui, répoodit-elie d'une voix tremblante.

— Aujourâlmi, enlre six et sept tieures, an bomme est venu voas trouver de la part de Soslhène?

— Oui.

— Que TOUS a dit cet bomme ?

Klle hésitait à répondre.

— Prenez garde, reprit Morlot d'an ton <Mr, en la mfsaçant du regard, je vous ai dit que je voulais tout savoir.

— Il m'apportait un ordre de M. de Perny,

— Quel était cet ordre ?

— De trouver le moyen de le faire entrer au cbAteau cette nuit.

— Vous me direz tout à l'beure pourquoi vous obéissiez ainsi à des ordres d'un homme qui n'est pas votre maitre. Coonaisaiez-vous l'individu qui s'est présenté an nom de U. de Perny ?

— Non.

— AkiES U avait une lettre?

— Oui.

— Donnez-la moi.

Elle tira la lettre de sa poche et la remit à Horlot, qui la lut rapidement.

— Ah 1 voilà^ voilàr flWl, les yeux étincelants, il s'agissait de s'emparer d'un petit coffre de cuivre: madame de Coulange ne l'a donc pas laissé à Paris?

— E!lle l'a ^^orté à Coulange.

332 DEUX HÈRKS

— Et par vous, M. de Perny l'a su?

Elle baissa la tète.

— La lettre parle d'un petit flacon ; le complice de Sosthëne vous l'a remis ; il contenait un narcotique, du laudanum, probablement, vous l'avez mëléJi un breuvage que vous avez fait prendre à madame la marquise, au risque de l'empoisonner... Vous êtes hardie et on voit qu'un crime ne vous coûte guère. Où est le flacon7

— Je l'ai jeté.

— Oùî

— Dans les lieux d'aisance.

— Ah! fit Moriot frappé d'une clarté soudaine; ce n'est peut-être pas la première fois qu'un pareil endroit vous sert pour faire disparaître quelque chose d'embarrassant. Il y avait aussi des cabinets d'aisance rue de Pontbieu.

D'un seul mouvement Juliette se dressa debout, les yeux lui sortant de la tête, puis retomba aussitôt comme unemasse.

— J'ai touché juste, pensa Moriot.

Il reprit :

— La nuit venue, vous vous Êtes emparée de ta clef d'une porte du parc, et vous l'avez portée à l'homme qui l'attendait. Peu de temps après, M. de Perny a rejoint son complice, et ils sont entrés dans le parc. Comment M. de Perny a-t-il pénétré dans le cbileau?

— J'ai ouvert une porte.

— Est-il entré seul ?

— Avec l'autre.

— Ah 1 l'autre aussi I Où est-il? Qu'esl-il devenu?

— Il est parti.

— Je comprends, il a sauté par la fenêtre. Ainsi, M. de Perny n'a pas eu honte de faire entrer un misé-

DEDX HËRKS 333

rable dans la chambre de sa sœur ! Et tous, gardienne de cette chambre, tous ne tous êtes pas opposée à cette chose odieuse !

— NoD, répondilrelle d'une Toiz brisée, M. de Perny. est entré seul dans ta chambre de madame.

— Eh bien! répliqua Morlot, racontez-moi ce qui s'est passé.

Elle lui Bt le récit qu'il demandait.

Quand elle eut fini, il resta un moment silencieux, paie, frémissant.'les sourcils froncés, ayant sur le front de grosses gouttes de sueur.

— Ainsi, reprit-il d'une Toix creuse, je suis arriTé trop tard pour empêcher le toI ; le complice de M. de Perny a pu se sauTer emportant le coffre de cuivre dont le couvercle a été soudé. C'est par vous encore que M. de Perny a su ce qu'il contient. Ahl vous êtes une fltle bien dangereuse I On va, heureusement, mettre un terme h vos exploits.

Après avoir essuyé son visage, Morlot continua:

— Nous n'avons pu empêcher le vol du coffret^ mais nous avons sauvé la marquise, car c'est évidemment daos la pensée d'assassiner sa sœur que M. de Perny s'est emparé du poignard de son complice et qu'il est revenu dans la chambre. Oh! le l&chel ob! l'infamel Crime sur crime 1 Quelle épouvantable vie !

Et il se sentit frissonner et ses cheveux se hérissèrent sur sa tète, en pensant que, s'il était entré dans le boudoir quelques secondes plus tard, la marquise aurait été poignardée.

Il se leva, fit deux ou trois fois le tour de l'antichambre en marchant à grands pas, puis, le front plissé et les yeux enflammés, il s'arrêta devant Juliette.

— Vous pouvez vous féliciter de notre intervention

Xoo^Ic

su DKUX BlKiS

iaas cette grave affaire, lui dit-:il raâ«ment ; sans qoos, la man]uUe de Goulaage était assassioée... Strôi-TOQS, misérable fille, savez-Tous dans quelle &itu^toa tous vous trouveriei? Complice de faasasaioat de votre maîtresse, que vous aviez l&chemeut endormie aa moyen d'un narcotique, c'était jwur vous la 'mort sur l'écbafaud ou les travaux forcés à perpétuité.

La misérable se remit à tremblw très-fort et, jc^BiDt les mains:

— Grâce, grâce I dib«lle d'one voix étranglée. Morlot haussa les épaules et la couvrit d'un n^fard

écrasant de mépris.

— Nous veiTons ce que dira madame la marquisa de Goulange, k soo rév^l, lorsqu'elle apprendra ce qui s'est passé, reprit-il; mais en admettant que sontodiâgeuce soit excessive et qu'elle se borne sealemeot i TOUS chasser de sa maison, vous ne pouvez pas écbqpper à la justû:e, avec laquelle vous avez un comptedéjè anci^i & régler. Je n'ai pas encore décidé si ja vous f«ai emmener par les gendarmes; miis )e voua avertis, dès maintenant, que vote sortireK d'ici demain peur aller droit en prison. Je sub inspecteur de police, et il y a longtemps d^à que je vous dierehe. Certes, ee n'est pas an ch&tean de CoolaDge que je peosais vous trouver.

La malbeureuse écoutait Morlot avec m» indicible terreur. L'impitoyable ^snt continua :

— Vous aurez à dire à un juge d'iustructioa, d'^iord, et ensuite devant les jurés de la cour d'assUes, ce que vous avei fait d'un enfant que vous avez mis au monde U y a un peu plus de dix-huit mois, lorsque vous étiez an service d'uiw courtisane qui se faisait appeler madame

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deNëve. Du reste, M. de Perny poarrait le dire aussi, et c'est ponr cela...

Il s'interrompit. Juliette venait d'être prise d'une horrible crise nerreuse. Elle tomba de son fauteuil et se roula sur le parquet en se tordant dans d'atroces convulsions.

Morlot s'approcba de la cheminée, sur laquelle il y avait une carafe, pleine d'eau. Il remplit un verre i. Bwilàé et jeta le liquide à la figure de la femme de chMulKre. Celle-ci se calma pr»squ» aassh&t; il l'aida à se relever et il la fit asseoir sur nn> fauteuil où elle resta immobile, la tête dans sea mains, daa» une prostration complète.

Morlot se s'oecvpa plos d'elle. Pendant ud quart d'heure il se promena de long en large dans la chanibr», fHBS il s'a«Mt dans aa coin et, sombre, le regard fixe, il se nùt à réfléchir. Il s'avait plus, quecela^&ire'en attevdut la jour.

Il peesait à la marquùe, st, ne pouvant se faire iltasion, il voyait une fois déplus l'uDpanit^ du criminel.

— Tonnersel se disait-il, j'aurais bien Ëiit de lui loger trob ballea de m<Hi (evolver dan? la tâte 1 Comme cela, Vûma an seôoQstaKfi' débarrassés.

Pendant co-tempsTgr&ce à François, soseompagnon de vàilss, JUrdal, ^ai maasait de faim, dévorait k hetiei éaiA tme moitié de ponletrAfà,. et vidait en mëmetamps ■■e exceUente kootBÎUe' de viesa boiusijgne.

âoatfaâse Btntfçeail son frein sut le lit du doisestliqae', Ciil il asait étfc jieté-CQtnniâ un paqueC

NOUVELLE DOULEUB

A sept heures du malin, à t' exception de la marquise, qui n'était pas encore sortie de son lourd sommeil, tout le monde était levé aucbAteau. Les jardiniers arrosaient les plates-bandes el les gazons anglais, le cocher et le palefrenier pansaient les chevaux, le cuisinier allumait son fourneau; chacun, enfin, vaquait à ses occupations.

Les domestiques ne tardèrent pas à découvrir que deux étrangers étaient au château et qu'ils y avaient passé une partie de la nuit; ils furentalors trës-intrigués, et, curieusement, ils interrogèrent François. Celui-ci leur répondit simplement :

— Vous ne devez rien savoir, vous ne saurez rien. Les questions cessèrent. Mais on chuchotait entre les

portes. Évidemment, quelque chose d'extraordinaire s'était passé au château dans la nuit. Quoi ? On se le demandait, et chacun cherchait h deviner le mystère. Appelé par Morlot, François s'était mis à sa disposition. Le domestique obéissait passivement, sans mGme s'étonner que l'agent de police commandât en maître. Sur l'ordre de Morlot, il alla chercher la gouvernante de Maximilienne. Celle-ci s'était levée avec le jour, car, après s'être recouchée, elle n'avait plus fermé les yeux. ,

— Madame, lui dit Morlot, mademoiselle Juliette n'est

.Cooglç

DSUX HÈSES 337

plus au service de madame la marquise; j'ai pensé que TOUS voudriez bien la remplacer aujourd'hui.

— Certainement, monsieur.

— Madame la marquise dort encore, vous allez vous installer dans sa cbambre et vous attendrez son réveil.

— C'est que... flt-elle embarrassée.

— Dites, madame.

— Je ne dois pas quitter Maximilienne.

— La gouvernante de M. Eugène, que je vais faire prévenir, se chargera momentanément de votre service. Soyez sans inquiétude, tout ce que j'aurai fait sera approuvé par madame la marquise.

— En ce cas, monsieur, je n'ai plus rien à objecter.

— II peut se faire que madame la marquise, en se réveillant, vous interroge; vous lui direz que M. Morlotest ici et que j'attends qu'elle puisse me recevoir pour répondre à toutes ses questions.

La gouvernante entra dans la chambre de la marquise.

Le soleil était déjà haut au-dessus du coteau, il pénétrait dans la chambre, en faisant passera travers les carreaux des fenêtres des raies obliques, au milieu desquelles dansait une poussière d'or volante.

La gouvernante s'assit sur un fauteuil en face du lit et attendit. Un peu aprèshuitheures la marquise ouvrit les yeux. Elle poussa un long soupir, respira avec force, comme si l'air lui manquait, et passa plusieurs fois ses mains sur son front moite de sueur. Sa tète était encore lourde des vapeurs du sommeil.

Soudain, elle se dressa brusquement sur son lit et regarda autour d'elle avec les yeux étonnés d'un enfant ' qni se réveille.

— Comme j'ai dormi longtemps ! murmura-t-elle. Et quel étrange sommeil 1

...GoQi^le

398 naai iurss

Son eoeps eut va Erémisscaiest. Elle avait encore le cauchemar an cerveau ; elle se secoua pour le chaaacc

La gouvernante se leva et s';^^Eoclia du tlL. l£& yeux de la marqube s« fixëreat sar elle.

— J'attends lesordreftda madame U maïquise, ditelle, voyant que sa maîtresse ne lai parlait poiati

— Mes ordres? Quels ordres?

— Je remplace eu ee moment JulieUa-.

— Juliette? Est-ce qu'elle est maladeî

— Non, madame la marquise;. mais...

— Et ma fille? s'écria-t-eUe.

— La gouvernaute de H. Bugèae est prt» d.'eUe.

— Ahl ahl fltla jeune femme, Uaniasiirsoa front. Après un court silence elle reprit:

— Vous œ m'avez pas dit pourquoi voua lemplacaz Juliette.

— Jenepuis répondre àmadame lamai^iàse; mais M. Moclotest ij:i; il attend que mailaaaaft ta marquise IKiisse le recevoir pour lui donner des explications.

Madame de Goolange ouvrit tout à Cait les yeux.

— ALMcslot ici! exclama-t-eUe.

Ses jambes glissèrent sous la couverture ^ ses pieds nos toiM^centla peau de tigre servant dedescenie de lit. Ba moins d.'un: quart d'heure elle fut coiffée et habiUée .

— (Kl est M. Morlo t? demandart-^le à. k^ gouveroanla, qui mAetraik de fiair» te lii.

^ DantS' l'iotÉic&ambce.

— Je le recevrai dans ma (^âuibne ; aUei loi dire <|ae je rattmds.

La gouvernante, sortit.

Préoccupée et très-inquiète, sans samir paocqsM, la marquise sMtait k peine qu'^* wiit les jambes et les reins comme brisés.

„C.K,gk

BBDx Màtta 339

— Pourquoi a^a dormi ainsi? et Moriot «a château... Qae se passe-t-il donc? se deinaDdait-«lle.

L'agent de police, grave, la figure p&lie et se tenant plus raîde qne jamais, entra data la. chambre. La marquise s'avança vers lui )a main ,tMidue. Horlot n'hésita pas & mettre sa main dans celle de la jeune femme. A son respect et à son admiration se joignait maintenant une affection sincère, profonde. Il l'aimait comme il aarait wai une sœor. Entre la grande dame et le poMàer, il n'y avait phis de distance ; elle s'effaçait devant le dé~ Toueraent. La marquise entraîna doucement Moriot, le St asseoir sur un canapé et se placn i ct>ti de lui eomme près d'un vieil ami. L'agent ctHQprit ce qu'il y avait d'affectueux dans cet accueil, et il sentit nue douce émotion pénétrer ion cœur.

— Monsieur Moriot, lui dit-elle, ma vie n'est plus i^D'iBte angoisse aîgoe et continuelle; je ne me rends plus compte de rien, ni de mes sensatioDS, ni de ce qoi s« passe awtour de moL Est-ce donc la douleur qui me rend atntû ? Stna- je dtme <Ujà h otoilié nux^?... Vous ai-JQ ^it attendre longtemps? Je dcuroais. J'ai dormi plus de douze heures. Je ne comprends pas cela. Depuis pelque temps je ne dors plus. EoAn, vous m'ra:cnsex, u'ast-ee pssîPoorqiioi fites-viMis venu? Qu'avei-vous fc médire?

— J'ai à vousdire, d'abord, madame laraarqnise, répondit Moriot, que j'ai passé une partie de la nuit au chftleau necnn de mee camarades de la préfecture de police.

Ws le regarda avec surprise. Il continua :

— Et je vot» annonce que votre femme de chaii^tra sera en prison ce soir. .

— En prison V s'écria la marquise; et pourquoi, mon Ken? 0«'a-t-ellB ftit?

340 DEDX UèHBS

— Elle a commis, il y a environ vingt mois, le crime d'infanlicide.

— Olil fit la marquise en sursautant.

— Ce n'est pas tout : cette misérable flUe vous trahissatl; elle est entrée à votre service par ordre de M. de Perny, dont elle était l'espionne.

— Est-ce possible, monsieur Morlot ! Est-ce possible ?

— Dans un instant TOUS en serez convaincue. Vous êtes étonnée d'avoir fait un long sommeil de douze heures ; eb bien , madame la marquise, hier soir Juliette vous a fait boire un narcotique.

— Dans une tasse de lait! Je me souviens... Mais pourquoi, pourquoi? *

— Pour qu'un homme, qui est entré cette nuil dans votre chambre, puisse vous voler.

— Ohl oh I fit la marquise Irissonnante, un homme dans ma chambrel...

— Oui, et le vol a été commis, dit Morlot. Tenez, madame la marquise, regardez vos tiroirs ouverts..

Elle se dressa en poussant un crî, et marcha rapidement vers le meuble. Elle n'eut qu'à se baisser pour constater que les deus coffrets avaient disparu. Sans prononcer une'parole elle revint vers Morlot. Sa stupeur la rendait muette. Mais du regard elle l'interrogeait anxieusement.

Morlot lui dit:

— Il y avait deux voleurs : pendant que l'un fouillait votre meuble, l'autre attendait dans le salon. Ce dernier a pu s'échapper emportant, malbeureuscment, le coffret de cuivre au couvercle soudé.

La marquise poussa un gémissement.

— Et l'autre? demauda-t-elle d'une voix hésitante.

— L'autre, madame la marquise, nous l'avons pris. Le visage de la jeune femme se décomposa et elle eut

— Nous le tenons enfermé dans la chambre d'un de de vos domestiques, ajouta Morlot.

— C'est lui, n'est-ce pas, c'estlui?rinterrogea-t-elle.

— Oui, répondit-il.

Elle s'affaissa sur le caoapé.

— Oh ! Tinf&me ! murmura-t-eile d'une voix étranglée, Morlot devina les horribles pensées qui la torturaient,

il reprit vivement :

— Deux de vos serviteurs seulement l'ont vu et savent à peu près ce qui s'est passé ; c'est François, qui nous a ouvert une porte du château, et la gouvernante de votre petite fille qui s'est réveillée et a été attirée par le bruit. Or, ni la gouvernante, ni François ne connaissent M. de Perny. 11 n'y a donc au ch&teau que vous, sa complice et moi qui connaissons le voleur. Vos autres domestiques ne savent rien et ne sauront rien, car, en votre nom, j'ai menacé la gouvernante et François d'un renvoi immédiat, s'ils^ commettaient une indiscrétion. Quant à Juliette, elle se gardera bien de parler.

La marquise saisit les mains de Morlot et les serra Hévreusement dans les siennes.

— Ohl merci, merci, dit-elle vivement émue; que de preuves de votre amitié et de votre dévouement vous me donnez !

— J'ai compris que vous seule deviez décider du sort de votre frère.

— Ah I vous savez bien que je ne peux pas le livrer à la justice, le misérable 1 s'écria-t-elle avec douleur.

Morlot resta silencieux ; mais son front devint pins sombre.

...Gooj^lc

343 DBDX KÂIES

— Volsor I voleur I reprit la jeune femmes comme se parlant à elld-mfinae; il m'a volé k boLte où yavais aifermé mon secret avec les tan^a ie L'en&aX ; il m'avolè mes diamants.

— Vos diamants I exclama Hoclot.

— Qui étaient dans un petit eoSJret d'oc, k câté de l'autre coffret. Mais, croyez-le, miooi ami, je sois peu sensible à la perte de mes diamants ; ce sont ks antres objets que je reg?:ette. Je me sens frissonser de terreur en pensaotà l'Qâaga.qu'on en peutfaîfe.

— Rassurez- vous, madame la marquioe^ ditMorlotr doat les yuva avaient le l«nsan( d'un» lame d'acier ; j'espère fitre assez heureux pour pouvoir retrouver le tout.

Les lèvres de la jeune' femme se plissèrent amâremeot.

— MoDsiettr Morlot,. dit-elle, voulezr-vana m'apprendre commeat vous- voua Stes trouvéi au cbAleau an moment du vol?

— VolioiAiers, ma>d&me la mai'quLse.

Aussi brièvement que possible^ E raconta tout ce qui s'était passé, en C(»(tmençant par sa rencontce avec Jacdel i Hogent-l' Artaud ei en finissant par sa conversation avec Juliette. Seulement, pour ne point poeter i la jeune fianine un. coup- trop cmel, U bù cacba que son frère avùt eu la pensée de l'assassiser.

Après l'avoir écouté sans l'interrompre et avecleplna grand calme,, madame de Coulanga resta ^oo^e dans une rêverie profonde.

Ail boitt d'un instant Horlot se leva.

— Madame la macquiae, dilnil,, j'attends ^e voos me disiez ce qiwje dois faire.

Elle redressa la tfite et le regarda fixement. H ni

nsn wÈams 343

qu'elle a'avait pas «mpris sm pandea. U répéta sa )tluase.

— Ce qoB voua m'avas {Hroiois, r^poodit-dle d'iuu

ïoii vibrante.

— Pourtant, madame la marquise...

— La situatioa est la même, rioterrompit-alie vivement; U n'y a qu'on toI déplus, et, j'ea renereiele ciel, c'est moi qui en suis victime!

EUe se leva, et, se dirigeant vers la porte :

— Venez, monsieur Moriot, vensE, dit-elle, lousallez lae conduire devant votre prisonniet.

Ils sortirent de la chambre. Dans l'antichambre, la DUrquîse vit Juliette gardée à vue par Fraiiçois. L'espionne tendit vers elle ses mains suppliantes.

— Malheureuse, ma.llieureuse 1 dit tristement madame deCoulange.

Et elle passa sans s'arrêter.

• LB paiSOEimBH

n fallait que les jambes et les poignets de M. de Pemy eussent été solidement liés, car, malgré les efforts qu'il avait dû faire pour se débarrasser de ses liens, il n'avait pu dégager ni ses pieds ni ses mains.

A la vue de sa sœur, il fut pris d'm spasme aigu, pub il lança de travers un regard sombre, haineux, et toimia ses yeux d'un autre côté.

La marquise était sons le cou^ d'une émotion poigaiate. A. pâae entrée dans la chambre. eUe avait dû

Xoo^Ic

344 DEUX UÂRBS

s'appuyer sur te marbra d'ane commode, enveloppant Sosthëne d'un regard étrange, un regard qui contenait en mfime temps de l'borreur et du mépris, du dégoût et de la pitié.

Morlot était entré derrière elle et avait refermé la porte. Jardel restait à son poste au dehors. Quand la marquise fut parvenue à vaincre son émotion, ellese tourna vers l'agent de police :

— Monsieur Morlot, dit-elle, soyez assez bon pour lui ôter ses liens.

11 s'approcha de Sostbëne et, aussitôt, poussa un cri de joie.

— Le coffret d'or, madame la marquise, dit-il, voilà le coffret d'or !

Il le prit, s'empressa de l'ouvrir et le teudit h la jeune femme, eu ajoutant :

— Et voilà vos diamants 1

La marquise referma le coffret, sans songer à faire l'inventaire de ses bijoux, 'et le posa sur la commode. Morlot se mit en devoir de délier Sostbène. La dernière corde enlevée, le misérable bondit sur ses jambes et se dressa audacieusement en face de sa «œur, le regard éclairé de lueurs livides. Madame de Coulange ne pal s'empêcher de frissonner. Mais se redressant à son tour, le regard fulgurant, elle lui jeta ce mot h la face ;

— Voleur !

De pAle qu'il était, Sosthène devint violet.

— Si entre sœur et frère nous avons des choses gracieuses à nous dire, répliqua-t-il d'une voix sourde et avec ironie, il me semble qu'il serait plus convenaile de causer sans témoin. Qui est cet homme?

— Cet homme est un ami de la famille de Coulange;

DEUX HÈBES 345

il peat, — il en a le droit, — entendre tout ce qoe j'ai à vous dire, Horlot fit deux pas en avant en croisant les bras.

— Sosthène de Perny, lui dit-il, je vais répondre à la questioD que vous venez d'adresser k madame la marquise. Je suis un serviteur dévoué de la famille de Gonlange, c'est vrai ; mais je suis avant tout inspecteur de police.

Sosthène poussa un hurlement de rage et eut l'air de se mettre en arrêt pour sauter à la gorge de Morlot. Mais celui-ci s'arma rapidement de son revolver.

— Oui, reprit-il, je suis inspecteur de police; en ce moment j'ai le droit de vous tuer comme un loup ou un chien enragé. Sur mon honneur, je vous préviens que si vous manquez de respect à madame la marquise et essayez de vous révolter, je vous brise le crâne.

Sosthène recula avec terreur, en faisant entendre un grognement sourd.

— Ainsi, reprit la marquise, dardant sur son frère son regard écrasant de mépris, quand on a tout fait pour vous sauver, voilà.oîi vous ont conduit la paresse, la fureur du plaisir, le manque de dignité, l'oubli de vos devoirs, l'horreur du bien. Un à un vous avez descendu tous les échelons de l'échelle du mal, et au bas vous èles tombé dans l'abîme, jusqu'au fond des sombres profondeurs du crime. Aujourd'hui, vous fites perdu sans ressources ; et ici, au cbAteâu de Coulange, où tous les domestiques devraient vous respecter, mais oîi vous êtes entré la nuit pour commettre un vol audacieux, monsieur, qui est un agent de la justice et de la force publique, peut vous tuer sous mes yeux sans que j'aie le droit de vous protéger. Et vous êtes mon frère, mon frère !... C'est épouvantable, c'est horrible !...

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346 HEUX hAus

Ajtrts s'être arrêtée an iosUut ponr respirer, «Us continua :

— SHl f ous reste eneora (pielqae dxm (Uns le esnr et dans l'Ame qui ne soit pas ponnitore «t qoe vous r^ardiez antoor de tous, ea avaat ob en airière, tous ae poin^ voir que des choses sombres, hideases, et, qae twis tous a^ancies ou recoUes, tous tous ^ifoaoei dans l'horrible. En arrière, tous voyez l'ignomiDie de votre vie passée ; en avaut une porte noire, à jamais fermée pour vous, la porte de l'areair... Hais entre tous et celte porte que de choses e^^yables I La pmon préventive, le juge d'instruction, la cour d'assises, la justice, et après le bagne, c'est-à-dire le ch&timentl

L>e misérable avait baissé la tète, pois peu à peu il s'était coBri>é et il restait ainsi le dos voAté, le mentoo tendu, affaissé, écrasé.

— Et ancun de vos forfaits ne restera «rnseveli dans l'ombre, reprit la marquise ; devant la justice tous aurez iirencU« compte de tous vos crimes, car M. Morlot les connsdt tous.

— Tous ! dit la Toii grave de l'agent.

— Ce n'est point par hasard que M. Morlot s'est trouvé cette nuit au chAteau pour vous arrêter, continua la marquise, lui et un aal» agent vous ont suivis, vous et votre complice, d^wis la rue Saint-Sauveur jusqu'à Coulange.

Sosthène écoutait ftéaiissant, lé front tst les tempes baignés d'une sueur froide, les cbeveaz Mrissés, le* d«its serrées, soufflant du nea.

— Voulet-Tous qaejevwis disaceque sait M. Moriolî poursuivit la marquise. Il sait quelle a été votre ensïence depuis le jour où vous «tes eorfi du collège ; sait qu'a y a ici un enfant que wws avw volé, et à la mairie

mrx MfiBEB 347

de Goalaii|:e «n «cte civil fans sigaé 4e toos ; 11 sait que vous tcvet placé près àe moi nne espioase, Uqaeile m'a fait boitie hier soir un narcottgne qni anrait pu deyenir un pcnsoD ; il sait qoo la veille âe la mort de notre mère, il y avait cbet elle nngt mille fraocs qui ont disparu ; il sait «foe notre maUwnrMisé mère n'est point tombée de sa fenMre, accidentfilflment, mais qu'elle a été précipitée par une main criminelle ; il sait, enân, que le criminel, c'est vous I

SostbèDe, arrivé an paroxysme de la terreor, se redressa en poussant un cri ranque, «t tecula jusque contre le mur ob il resta adossé.

— le sais autre chose encore, dit Moriot, je sais que M. Sosthène de Femy vole au jeu, et que la nuit dernière, si je n'étais pas atrivé à temps pour Femp^her de commettre ce crime atroce, il aurait égsifé sa sœur endormie I

— Horrible 1 murmura la marqnise ea mettant ses mains sur ses yeux.

Morlot reprît :

— Sosthène de Pemy, voilà ce que vous Êtes : fanssaire, escroc, voleur et assassin !-

Le misérable jeta autour de lui des regards de fou. Il tremblait si fort qne ses dents grinçaient, que ses genoux flageolant se heurtaient.

Ses lèvres livides remuèrent, et il râla quelques paroles au milieu desqoelles la marquise et Moriot distinguèrent le mot : Gr&ce !

La jeune femme se rapprocha de lui.

— Avez-vous dit gr&ce ? lui demanda-t-elle.

— Oui, Mathilde, grftce, ne me livres pas k cet homme, répondit-il d'une voix étran^ée par Téponvante.

— Infilme, dit^Ue, vous ne la méritezpas, cette gr&ce

que voas demandez, vous ne la méritez pas, cette pilJË que vous implorez)! Cependant, je ne puis oublier que la même femme nous a portés dans son sein et que nous sommes nés du même sang. Dieu est miséricordieux, et, puisqu'il pardonne, une de ses créatures ne saurait être plus implacable que lui. Eh bien, oui, je tous prends en pitié... Ah ! si j'avais seulement l'espoir d'apprendre un

jour que vous vous êtes repenti !

En ce moment, vous tremblez, vous m'implorez ; mais c'est la peur qui vous fait crier : grAce I Et c'est encore la peur du châtiment qui vous courbe et vous fait trembler sous mon regard... Ijibre, demain, resterez-vous écrasé, anéanti, sous le poids énorme de vos crimes ? Uélas ! je ne le crois point. Le démon qui s'est emparé de TOUS relèvera votre front audacieux et vous poussera | de nouveau vers la mal. Et pourtant, il n'est Jamais trop tard pour se repentir, et si vous le vouliez bien, vous pourriez encore sortir du gouffre oîi vous êtes tombé, et racheter votre vie passée par une existence -nouvelle consacrée à vous réhabiliter par le travail. Je ne vous livrerai pas à la justice, mais à une condition.

— Je ferai tout ce que vous voudrez, ditSosthëne, qui avait retrouvé un peu de son assurance.

— Ecoutez-moi donc... Vous ne pouvez plus resteren j France, il faut que vous partiez et que vous mettiez les i mers entre vous et les tristes souvenirs que vous laisserez à Paris; plus loin vous irez, mieux cela vaudra pour vous. Voilà ce que vous auriez dû faire autrefois, le lendemain du jour où le marquis de Coulange vous avait mis dans la main deux cent mille francs. Si vous j consentez à vous expatrier, — et c'est à cette condition seulement que je vous sauve, — vous partirez avec une nouvelle somme de deux cent raille francs.

DBDX M&RES 349

Les yeux de Sosthèae éUncelèrent.

— Je vous donne deux jours pour tous rendre au Havre ou à Saint-Nazaire et quitterla France, poursuivit la marquise. M. Morlot vous accompagnera, et c'est lui, au moment de votre départ, sur le pont mëms du navire, q^ui vous remettra les deux cent mille francs. Maintenant, choisissez : ce que je vous propose ou le bagne I

— Je partirai, dit-il.

En écoutant la jeune femme, l'agent de police avait eu de petits hochements de tête qui n'étaient pas toujours approbatifs. Bien qu'il comprit parfaitement que la marquise ne pouvait pas livrer son frère, il oubliait par instants à quels sentiments elle obéissait, et l'impunité du criminel se présentait à lui comme une chose énorme qui le confondait.

Et tout en se livrant à ses réflexions mentales, qui donnaient tort et raison tour à tour à madame de Coulange, il examinait les mouvements successifs de la physionomie de Sosthëne ; son regard scrutateur semblait vouloir mettre à nu les pensées les plus secrètes du misérable.

— Madame la marquise, dit-il d'un ton brusque, quand Sosthène eut répondu qu'il partirait, vous avez pitié de lui et vous lui faites grâce... Eh bien, vous avez tort l 11 vient de vous écouter comme si vous lui aviez parlé dans une langue inconnue; il n'a rien compris, rien senti. Croyez-vous qu'il est touché de votre générosité et de votre admirable bonté? Non. Son cœur reste plein de haine et de rage, et en ce moment, s'il pouvait TOUS mordre et vous étrangler, il le ferait.

— Ab ! monsieur Morlot, je vous en supplie... dit la marquise avec des larmes dans la voix.

— Si M. de Perny pouvait s'inspirer encore d'un

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390 DCDX VÈIIBS

sentiment honnfite, rei^it Horlot, s'il restait Béatement en lai l'instinct du bien, il t(mb prierait de tous retirer, il me demanderait mon rerotvM- «t 3 se Infilerait Immftme la cervelle. Oui, voilà ce qu'il aurait de mieni i faire.

Les yeox de Soetbène enrmt Gomme un jet de flamme, et il lança à Horiot nn regard farouche.

— Je ne désire point sa mort, réplîqaa tristement h marquise; mon Dieu, qu'il ait le regret du passé, qo'il se repente, qu'il devienne meilleur, qu'il mérite son pardon, voilà ce que je voudrais, ce que je souhaite. Aujourd'hui plus que jamais j'aurais le droit de le maadire : je ne le fais pas. J'aime mieux hii dire : Devenez meilleur, repentez-vous ! Et je prierai pour lui afin qne Dieu le prenne en pitié t

En adieva&t ces mots, la jeune femme ne pnt retenir ses larmes. Elle les essuya vivement, et, après un moment de silence, s'adressant k son frère, elle reprit:

— Ici, nul ne doit savoir que Sosthène de Pemy, le ttèva de la margnise de Coulange, est enfermé dans cette chambre. Vous y passerez la journée, et ce soir, dès qne la nuit sera venue, vous sortirez du château sans être vu. Voua retournerez à Paris. Voos emploierw votre journée de demain à régler vos affaires, et aprèsdemain vous quitterez Paris, en faisant savoir à M. Mo^ lot dans quelle ville maritime il devra vous rejoindre. M'avez-voas bien comprise?

— Oui.

— Votre complice de la nuit dernière a emporté le coffret de cuivre que vous avei pris dans ma chambre ; îi le déposera chez vous, je suppose?

— Je ne sais pas.

— Je veux qu'il me soit rendu.

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— Il ne sera pentrCtre pas remis ch«z moi.

— Dans loas les cas, madame la marquise, lot, je ferai toat ce qu'il faudra pour Le rétros^ père bien tous le remporter avant hait jouis.

Hsrdame de Coulange D'avait plus rint à d frère. Elle prit ses diamants et, suivie de I'a{ sortit de la chambre

te MAKDATAIU

Une heure plus tard, après avoir porté i n son prisonnier et ayant déjeuné Ini-mème, Ifo seul dans une chambre occupé à écrire. 11 ava qaa Jardet partirait l'après-midi, emmenai qa*il conduirait direeteraent au dépMdelap de police.

Or, il rédigeait un rapport que Jardel devait an chef de la police de sûrelé. Ce rapport, en et d'une façon- claire e* précise la prévention t â'ÏBfuiticide commis par la femme de chami qu'elle demeurait roe de Ponthieu, devenùt un acte d'accusatioD. Il est inutile d'ajouter <i absolument muet sur les événements de la nn

A onze heures, Juliette, sous les yenx de transformé en geOlier, avait enfermé dans u tout ce qui lui appartenait. A midi, la charrette san de Coulange s'arrêta devant le chfttean, ! fut chargée sur le véhicule dans lequel la 1

.Cuo^le

392 DEUX MÈHBS

cliambre et Jardel prirent place à c6té du paysan. Ils partirent.

Morlot avait donné ses instructions à Jardel, et la marquise, en le remerciant, lui avait glissé dans la main cinq cents francs ea or enveloppés dans du papier.

Le reste de la journée s'écoula rapidement.

Un peu avant la nuit, la marquise fit appeler Morlot.

— Vous avez voulu restar toute la journée au château, lui dit-elle ; je vous en suis très-reconnaissanle, car votre présence m'a fait sentir moins cruellement ma peine ; votre dévouement a toutes les délicatesses et je m'habitue à recevoir vos services en ne les comptant plus. Je dirai tout cela à M. de Coulange, et c'est lui qui se chargera de vous offrir une récompense digne de vous et de lui.

— Ne parlons pas de cela, je vous en prie, madamela marquise.

— Oh I je serais désolée de vous blesser, répliqua vivement la marquise; mais il faut que le marquis sache ce qoe nous vous devons. J'ignore si vous êtes riche ou pauvre, monsieur Morlot ; mais auriez-vous delà fortune, je ne puis pourtant pas réclamer vos services et vous faire dépenser votre argent. Je tiens absolument à vous donner aujourd'hui la somme nécessaire pour couvrir les dépenses que vous avez déjà faites et que vous allez encore faire pour moi. Cela, monsieur Morlot, vous ne pouvez pas le refuser.

£lle lui présenta deux billets de mille francs.

— Madame la marquise, dit-il, la moitié de celte somme est plus que suffisante.

Et il prit un des billets.

A neuf heures du soir, pendant que les domestiques

DEUX HËHKS 353

étaient occupés à l'intérieur du ch&teau, Morlot ouvrit à SosthèDe la porte de sa prison.

— Nous partons, lui dit-il, venez.

Ils sortirent sans bruit par la porte de l'ails tournèrent derrière le cb&teau et s'enfoncèren dans la profondeur sombre du parc. La marqi sans doute renseigné Mor\ot, car sans rien deni Sostbène, il prit une large avenue du parc qui duisit directement à la porte de» Loches, dont 1' police avait une cler.

lis prirent cbacun un cAté delà route et ma sans s'adresser la parole jusqu'à Nogent-l'Artai

A minuit, ils étaient à Paris.

En sortant de la gare, Morlot s'approcba de S

— Voici mon adresse, lui dit-il, en lui préseï carte.

— C'est inutile, répondit M. de Perny d'i creuse, après-demain vous me trouverez au Havi

— A quel endroit?

— Sur le port, devant le paquebot pr6t à pari

— C'est bien.

Et, sans se saluer, ils se séparèrent.

Sosthène se jeta dans une voiture pour se fa duire cbez lui, rue Richepanse. Morlot alluma u etdescendit à pied vers le centre de Paris.

Le lendemain, à buit heures du matin, il encore. Trois ou quatre coups frappés à sa por veillèrent. Il sauta à bas du lit, passa son panta dossa une vareuse et alla ouvrir. C'était Jardel.

— Bb bien? l'interrogea Moriot.

— La femme de chambre est coffrée.

Jardel riait.

— Pourquoi riez- vous? lui demanda Morlot.

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354 DBGX itëftRS

— Je pense au chef. Ea lUaat votre rapport, ilEaiuit une tête...

— Qu'a-t-ilditî

— « Ce diable de Uorlot denent eora^él » Alors je n'ai pas pu tenir ma. langue.

— Heinl fit Morlot, duit le front s'assombrit subitemeni.

— Oh I rassnrez-Tous ; je n'ai rien dit de compromettant.

— Knfin, quoi?

— Que TOUS lui ménagiez certainement d'autres sarprises.

— A la bonne heurel Mais rappelez- vous, Jardri, qu'il ne font jamais parler trop t6t et trop vite. Et Joies Vincent?

— Hier, dans la soirée, l'oiseau a déniché. Il faut croire que le yaàt lui a souffié quelque chose à l'oreille.

— Diable I diable I Bt Horlot tout pensif.

^ Nous le retrouverons, hasarda Jardel.

— Sansdûnte, mais peut-être tcop tard.

— L'heure est toujours bonne pour empoigner ud coquin, répliqua Jardel, qui ne pouvait deviner la pensée de Morlot.

— Enfin, reprit celui^i, nous verrons.

Puis, après avoir réfléchi un instant:

~~ Il fant qne je voie Mouillon tantdt, dit-il, sans ceU je ferais moi-même ce dont je vais voua charger.

— De quoi s'a^t-il ?

— Il fant vous promener aujourd'hui sur les trottoirs de la rue Richepanse. Le hasard vous y fera peut-être rencontrer Jules Vincent...

— J'y serai dans vingt minutes. A propos, et l'autre voleur?

,Googk

DEUX mktxs 3!&

— Vous savez ce que madame la marquise de Coulange TOUS a dit ; il loi a parlé de sa famille, il l'a émue et elle lui a fait gr&c«. 11 est rentré hier soir i Paris eo même temps que moi. Quant à présent, bous n'avons plus à nous occuper de lui. Si tous le rencontrez, tous détournerez la tête et le laisserez passer.

— J'ai compris. C'est f&cheux tout de m£me que madame 1& marquise...

— Bah ! ût Morlot, d'un air indifférent, nous le repiucerons un de ces jours.

— J'en ai l'idée. Cette fois il n'aura pas la cbaDca d'attendrir une marquise. Quelle bonne et généreuse dame!

Q OQTrit la porte pour s'en aller.

— A demain matin, lui dit Morlot.

— Quelle heure?

— Six heures.

Jardel fut exact aurendei-vous.

— J'ai faitceqae TOUS m'avez ordonDé,dit-il à Morlot, mais je n'ai pas eu de chance.

— Ainsi, TOUS n'avez pas vu notre Toleur ?

— Plus que jamais, j« suis convaincu qu'il a flairé le danger, il se cache..

— Je le crois, fit Morlot soucieux,

— Yous avez vuMoulUon?... demajula Jard^.

^ Oui.

— Etes-vous satisfait de ce c6té?

— Au d^ de ce que j'espérais ; il m'a donné de précieux renseignements. J'ai passé une partie de la soirée d'hier et de la nuit à préparer non plan d'attaqne. Nous avoua déjà cinq souricières, es comptant cdle de Gentilly. Dans cinq jours la bande entière sera capturée.

— BraTo!

— Nous avons au moins six receleurs.

— Alors les voleurs sont nombreux?

— Cent peut-Atre.

— Si nous les prenions tous, il ne resterait plus tm seul'voleur dans Paris, dit Jardel en riant.

— On a beau sarcler les chardons dans un champ, répliqua Morlot en secouant la tète, il en repousse toujours.

— C'est vrai, les coquins sont comme les mauvaises herbes, on ne pourra jamais en détruire la graine.

— Ce soir, Jardel, il faudra faire une promenade du c&té de GoDtilIy.

— C'était mon intention. Avez-vous autre chose à me dire î

— Non. Nous nous verrons demain.

Morlot était habillé, prêt à sortir. Ils descendirent ensemble et se séparèrent devant le Pont-Neuf. Morlot prit une voiture et se fit conduire me. Richepanse.

— M. dePerny est-il chez lui? demanda-t-il au concierge.

— Non, monsieur. Il y a passé l' avant-dernière nuit ; il est sorti hier matin de bonne heure et nous ne l'avons pas revu.

— Que vous a-t-il dit, en sortant 7

— Rien. Il est seulement entré dans la loge pour me donner la clef de son appartement. C'est assez drOle. Mais comme il est parti sansattendre que je4ui demande pourquoi il me laissait sa clef, je suppose qu'il a l'intention de faire un voyage.

— Avant-hier ou hier, un homme n'est-il pas venu le demander?

— Non, monsieur.

...Gooj^lc

DBUX HÈRES 357

Morlot se retira.

— Le complice de M. de Perny se cacbe, c'est certain, se disait-il ; mais qa'a-t-il donc fait ducoDretde cuivre?

Il remontadanssa voiture en disant au cocher de le mener me Laugier, aux Ternes.

Là, il apprit que la veille, dans la matinée, M. de Peray était venu accompagné d'un marchand de meubles, auquel il avait vendu le mobilier de sa mère. Pour que les meubles pussent être enlevés, il avait payé deux termes au propriétaire. Le soir, il avait fait chaîner sur une voiture, pour être transportées au chemin de fer, deuslourdes malles. Au sujet de Des Grolles ou Jules Vincent, on Ût à Morlot la même réponse que rue Richepanse.

L'agent de police éprouvait une vive contrariété. II commençait à être sérieusement inquiet au sujet du coffl^t.

A neuf heures et demie il était rue de Lille, chez le notaire du marquis de Coulange, qui lui remit deux cent mille francs en billets de mille francs de la banque de France,

De la rue do Lille il se fit conduire à la gare Saint- Lazare. Il était en avance d'une heure. 11 déjeuna en attendant le départ du train pour Rouen et le Havre.

eOMKSnT on PEDT FAIRE D OHE HISTOIBB TBAIS UK CONTE DE FÉES

Gfaei le eooam BUiaois, âe Miérao, ta d^fnioaitL[Hi& les jour» à ooxe heuns. Or, le jour où ICorlot partût pom le Hatre, afin de remplir la mUsiCHk qoe hii avait eoD&ée la marqùie de Coulange, Gcbrjelle remonta dans sa ehftotbre, aprèsavotr partagé le repas delà fa- 0iille. Sfélanie parlait à sa coosine des merveilles de ' Paris, ce qù faisait oovnr de grands yeux à dsoz jeanes filles, dont l'alaée avait quinze ans. Midi sonnait i rborloge de la paroisse.

Gabrielle s'assit devant sa fenôtre oayerte, ay aai vue sur un verger, et elle ouvrit un livre qu'elle avait trouvé daiae la maisott, sar une étagàre, entre une pile d'assiettes de faïence ûaagés et un pot de terrecuite.

Tout près d'elle, une fauvette chantait dans un coudrier; plus loin, des pinsons se poursuivaient à travers les pommiers. Geiu-ci coinmeaçaieRt à nuKOrtrer leurs fbuilles d'un vert tendre, pendant ^a'iw petitvent doux détacbait les pétales des fleurs qm tombeient, légèrement teintées de rose, comme des flocons de neige.

Tous les jours, vers quatre heures, la grande chaleur étant passée, Gabrielle et Mélanie faisaient une promenade aux environs de Miéran. Mais depuis leur rencontre au bord de la Marne, Gabrielle n'avait pins témoigné le désir d'aller du côté de Coulange. Elle craignait évidemment de se retrouver en présence du comte de Sisterne. C'est ce que pensait Mélanie.

Ben wkns 3S9

Après avoir causé an moment avec ses parentes, celleci vint rejoindre son amie.

— Ma ctière Gabrielle, dit-elle, si j'easse sa qne tou listez, je oe votu aurais pas lUrangte.

— Ob t j'ai tont le temps de lire, répondit Gabrielle en fennant le Totome.

— Bstril intéressant, ce livre?

— Très-intéressant. C'est an recueil de contes et nouvelles, et, vous le savex, j'airae besDCoup ce genre d'historiettes, petite drames ingénient, délicatement écrite, que l'imagination fantaisiste de l'auteur rend attrajants, en s'adressent an cœnret è l'esprit.

— Alors, ce sont encore des histoires que tous allés apprendre par cœnr, en pensant à vos petits amis dn jardin des Tuileries, dit Mélanie souriante.

— Oh I il me suMt de les lire une fois.

— Quelle excellente mémoire vous avez, Gabrielle! Et quel admirable talent tous avez aussi poar raconter I Quand on vous écoute, on est absolument charmé et l'oB voudrait toujours vous entendre.

— Ohl flatteuse)

— On n'est pas flatteuse quand on dit la vérité, Gabridte, je sais une petite histcâre, voulez-vous que je vous la conte?

— Vous me ferez plaisir, Mélanie.

— Vons me direz si je raconte bien?

— Oui, répondit Gabrielle avec son dons sourire. Mélanie s'assit en face de son amie, et son visage i»it

aussitdt one certaine gravité. Après avoir réfléchi an instant, elle inclina son buste, allongeai» cou et, les yeux fixés sur Gabrielle, elle commença ainsi:

— Il était une fois, — je ne me rappelle plus dans quel pays, — un jeane prince à. qui une ]>oane fée, d'un

.Cookie

coup de sa baguette d'or, avait donné la beauté, l'iDlelligence, la générosité, la bonté et toutes les autres qualités du cœur et de resprit.

Le jeune prince était, de plus, immensément riche; il possédait partout de beaux domaines, il avait plusieurs chàteaus magnifiques avec de grands parcs, ot il cbassait le chevreuil et le cerf avec ses amis, et des coffres pleins de pièces d'or et d'argent. Et comme il était bon et généreux, il faisait beaucoup de bien au: pauvres gens, et tous les malbeureui l'aimaient et le bénissaient.

Un jour, il se dit qu'il devait se marier, et tout de suite il se mit à chercher une femme digne de lui. Il rencontra bientftt une jeune fille d'une merveilleuse beaoté, et il en devint éperdument épris. Elle était absolument pauvre ; mais, comme en plus de sa beauté elle avait toutes les vertus, le prince jugea sagement que cela valait mieux que des tonnes d'or et il la fit princesse.

Le prince était toujours protégé par la bonne fée; .mais voilà qu'un jour cette bonne fée se prît de querelle avec une autre fée, vieille et méchante. Laquelle avait tort? Laquelle avait raison? Elles portèrent leur différend devant le tribunal des fées, qui donna raison à la bonne fée. L'autre, furieuse d'avoir été condamnée, jura de se venger de sa rivale en la frappant dans ses plus chères affections. Elle savait que la bonne fée aimait beaucoup le prince et la princesse, dont le bonheur était son ouvrage. Elle résolut de porter ses premiers coups à son ennemie en détruisant la félicité des jeunes époux. Alors elle eut une idée infernale, telle que le démon seul pouvait l'inspirer.

ProHtant d'un long voyage que la bonne fée avait

DEUX MÉBES 361

entrepris dans les étoiles, elle fit tomber sur le p et la princesse un soufQe de son baleine venimeu les enveloppa de ses maléfices. Le prince tomba gereusement malade, et les plus grands médeci monde, appelés près de lui, déclarèrent qu'il était p Toutefois, afin de prolonger sa vie de quelques : mais sans espérer qu'il guérirait, les savants doc le firent partir pour ua pays lointain.

Ici, Mélanie s'arrfita.

— Est-ce que cela tous intéresse? demanda-t-i Gabrielle, qui l'écoutait avec la curiosité naïve enfant.

— Oui, beaucoup, et vous racontez d'une façon mante, ma chère Mélanie. La princesse partit-elle le prince? J'ai bâte de savoir...

— Non, la jeune et belle princesse resta dans u ses ch&teaux.

— Et le prince mourut?

— Au contraire, il revint à la santé.

— Ob! quel bonheur ! exclama Gabrielle.

— U n'était jamais entré dans les intentions méchante fée de le faire mourir. Comme vous le v tout à l'heure, la maladie du prince lui était néces pour accomplir la chose ténébreuse qu'elle avait co] Aussi, dès que la maladie du prince ne lui fut plus elle agita sa baguette en l'air et le prince fut gué: il se mit en route pour revenir près de la princesse.

Maintenant, Gabrielle, je vais vous raconter ci s'était passé en l'absence du prince ; vous allez vc que la haine de la méchante fée avait imaginé.

Alors, tout en continuant son récit sous la forn l'apologue, Mélanie raconta à Gabrielle le maFt> la marquise de Coulange. Elle lui fit voir lâ jeune II. 21

363 DEUX «ËflES

cesse isolée, dominée, opprimée et séquestrée, placée entre une mère qui ne l'aimait point et un ft'ëre ambitieux et cupide, qui, comptant sur la mort du prince, voulait s'emparer de tous ses domaines et de tous ses trésors.

Eosuite, faisant apparaître une jeune bei^re, qui avait été séduite par un foeaii chasseur rencontré sur la montagne, elle raconta à Gabrielle sa propre histoire. L'enfant de la pauvre bergère, un joli petit garçon, lui était volé par le frère et la mère de la princesse, et ceileci était forcée de l'accepter comme son enfant.

Gabrielle écoutait toujours et avec une attention de plus en plus ardente; mais, depuis un instant, elle pleurait à chaudes larmes.

Haletante, les mains appuyées sur son cœur et les lèvres frémissantes, elle se violentait pour ne pas interrompre Mélanie, Elle senLail venir la grosse révélation qui allait lui être faite et comprenait que son amie prit toutes sortes de précautions pour ne pas lui causer une émotion trop violente. Mélanie continuait i raconter, précipitant les faits, afin d'arriver rapidement à son dénouement.

Tout à coup, elle montra à Gabrielle la bergère assise sur une pierre au bord d'un cbemin. Et pondant qu'elle regardait paître son troupeau et pleurait en pensant & son enfant, Mélanie fit arriver près d'.elle la princesse, ayant à ses c6tés un petit garçon et une petite fille. En voyant le fils de la princesse, qui lui rappelait l'enfant qu'on lui avait volé, la pauvre bergère sentit son cœur battre très -fort et, sans savoir pourquoi, devint toute joyeuse. Son regard exprimait si bien le désir d'embrasser l'enfant, que ta princesse dit aussitôt: — Mon fils, embrassez la bergère!...

DEUX IIÊBBS 363

D'un seul mouvement Gobrïelie se dressa sur ses jambes.

— Ah! ahlahim-etle.

Elle essaya de parler, les sanglots lui coupèrent la voix.

Mélanie l'entoura àe ses bras et, pendant un instant, elles restèrent enlacées pleurant toutes les deux. Enfin Gabrietle parvint à se rendre maîtresse de son émotion. Elle tourna vers ie ci^ ses yeux illuminés d'une joie ineSàble.

— Ainsi, dit-elle, avec un accent que rien ne saurait rendre et comme en extase, mon enfant existe, il est tout près de moi, au château de Coulange... Eugène, Eugène de Coulange, c'est mon fils, c'est mon enfant ! Mon Dieu ! mon Dieu ! comme vous 6les boni... Je ne m'étais pas trompée, mon cœur l'avait reconnu, et luimême sentait que je n'étais pas pour loi une étrangère. Oh! Mélanie, quand il saura que je suis sa mère, comme il va m'aimerl

— Et vous aussi, Gabrielle, vous l'aimerez.

— Oh ! moi, c'est mon cœur, c'est mon àme, mon amour, mon sang, ma vie, tout, que je lui donne !

Elle avait le front irradié et dans le regard des rayoU' nements célestes.

— Comme la joie me fait du bien ! reprit-elle ; je n'ai jamais senti en moi une pareille allégresse ; il y a dans ce que j'éprouve quelque chose de divin. Il me semble que je n'aurai pas la patience d'attendre votre mari, Mélanie, et que j'irai seule réclamer mon enfant.

— Ma chère Gabrielle, votre fils vous sera rendu ; Morlot a la promesse de la marquise de Coulange ; mais il faut que vous ayez la force d'attendre avec patience,

— Attendre? pourquoi attendre?

L,.,... Cookie

364 DEUX MÉaES

Mélanie se mit alors & lui expliquer dans quelle siluatioD difficile se trouvait la marquise. Le marquis ne sachant rieu, il fallait qu'elle lui coafessàt la vérité, ëdsuite il existait un acte de l'état civil qui devait être annulé.

Gabrielle n'avait point d'abord pensé à toutes ces difficultés qui ouvraient une large voie à ses réflexions.

Mélanie, continuant, parla du marquis qui adorait l'enfant ; de la marquise, qui l'avait pris en grande affection, et définitivement adopté pour son fils. Enfin, plaidant avec chaleur sans s'en apercevoir la cause de la marquise, elle rapporta & Gabrielle toute la conversation que Morlot avait eue avec madame de Coulange.

A mesure que Mélanie parlait, la physionomie de Gabrielle changeait d'expression ; son regard brillait d'un éclat singulier ; comme ces rayons de soleil qui courent à travers la pluie, des lueurs miroitantes jaillissaient de ses yeux pleins de larmes où se refiétaient en même temps une pitié profonde et une grande admiration.

Mélanie cessa de parler.

— Alors, dit Gabrielle d'une vois qui tremblait légèrement, la marquise de Coulange croît que son mari ne lui pardonnera point de lui avoir caché la vérité ; elle croit qu'il cessera de l'aimer et n'aura plus pour elle que du mépris 7

— Oui, elle le croit, la malheureuse femme, et c'est pour cela que, décidée à renoncer à tout, elle se retirera dans un cloître, comme elle l'a dit à Morlot.

— Etsafllle, Mélanie?

— Elle laissera l'enfant au manjuis. Cette séparation rend sa situation exceptionnellement cruelle et il lui faudra une force surhumaine pour accomplir ce sacrifice.

DEUX idtBES 365

Gabrielle poussa un long soupir, puis sa tête s'iDcIioa sur sa poitrine oppressée, et, oubliant la présence de Mélanie, elle s'absorba dans une rêverie profonde.

Mélanie se mit à la fenêtre et regarda dans le jardin. Après un assez long sileoce, croyant avoir suffisamment respecté ta méditation de son amie, elle se retourna vers elle.

— Gabrielle , à quoi pensez-vous ? lui demandât-elle.

~ Je pense à mon fils et à la marquise, répondit la jeune femme.

Depuis un instant, il se faisait, au rez-de-cbaussée de lamaisoa, un bruit inaccoutumé, Mélanie avait entendu des exclamations, remuer des chaises, puis des pas dans l'escalier. On frappa doucement à la porte de la chambre. Mélanie alla ouvrir.

La fille atoée de Blaisois se montra sur le seuil. Elle était rouge comme un coquelicot et paraissait essoufflée comme si elle eût gravi une montagne.

— Qu'y a-t-il donc ? lui demanda Mélanie.

— Madame la marquise de Goulange est en bas avec Kon petit garçon ; elle vient vous faire une visile.

LES DEDX HÈRES

Gabrielle éprouva un saisissement extraordinaire. Toute tremblante, elle se dressa debout. Elle voulut marcher vers ta porte ; mais ses jambes fléchirent et elle retomba sur son siège en murmurant :

â6â DIUX Hius

— lia marquise de Goulange ici, ici 1...

Mélanie se rapprocha d'elle vivemeqt.

'— Ëh bien, que faut-il faire ? demanâa-t^elle.

— Voyez comme je tremble, répondit Gabrielle, c'est l'émotion. Il me faut un instant pnur me remettre. Mélanie, allez seule recevoir madame la marquise, pnis dans un instant vous m'appellerez, à moins que madame la marquise ne préfère monter dans cette chambre.

Mélanie, très-émue aussi, s'empressa de descendre. Gabrielle pressait ses mains sur son cceur comme pour en comprimer les battements précipités.

— C'est elle qui vient à moi, c'est bien, murmurat-elle.

Et retrouvant subitement une grande énergie ;

— Allons, allons, soyons forle, dit-elle.

Quelques minutes s'écoulèrent.

Soudain, ell^ entendit -qu'on montait l'escalier.

— Les voici, dit-elle en se levant.

Elle ne tremblait plus. Elle avait l'air grave, résolu, et quelque chose de fier éclatait dans son regard.

La porte s'ouvrit, et la marquise entra, p&le, les traits fatigués, les yeux éteints, tenant Eugène par la main.

Gabrielle tressaillit devant celte image de la douleur et de la résignation.

Elles se saluèrent silencieusement.

Sa bonne amie ne lui tendant pas ses bras, l'enfant paraissait interdit, La marquise le poussa doucement vers Gabrielle. Celle-ci ne put retenir un cri qui s'échappa de ses entrailles maternelles. Elle se baissa, enleva l'enfant, et le tenant serré contre elle, ses lèvres se collèrent sur son front. Sa poitrine était pleine de sanglots ; mais elle eut la force de se oonteolr, elle ne versa pas une larme.

DBDX HàBBS 361

Elle paraissait presque froide en donnaat à son ential ce long baiser qui contenait toute sa tendresse, tout son amour; c'est au fond de son cœur qu'elle cachait son ravissement, son ivresse, son délire. Enfin, Taisant un nouvel effort de volonté, elle laissa glisser l'enfant sur te parquet.

— Pensant que vous ne viendriez pas au ch&teau, dit la marquise, je vous l'ai amené pour que vous puissiez l'embrasser.

— Madame la marquise, est-ce que vous lui avez dit?...

— Non, rien encore. On a dû vous apprendre que M. de Coulange est absent, j'attends son retour.

— Madame la marquise, reprit Qabrielle, ne pouvezïoua pas l'éloigner un instant?

— J'allais vous en demander la permission.

Gabrielle fit un signe à Mélanie, qui se tenait discrètement près de la porte. Celle-ci comprit et vint prendre la main de l'enfant.

— Oui, mon ami, dit la marquise, va avec madame qui désire te montrer le jardin de M. Blaisois.

Le petit garçon hésitait; mais il se laissa emmener lorsque la marquise eut ajouté :

— Madame Louise et moi nous désirons être seules pour causer.

Dès que Mélanla eut fermé la porte derrière elle, la marquise s'écria :

— Ah ! maintenant, embrassons-nous !

Et elle jeta ses bras autour du cou de Gabrielle.

— Ob I madame, madame, madame 1 balbutiait Gabrielle éperdue.

En s'embrassant, toutes deux se mirent à pleurer. La marquise reprit la parole.

368 DEUX HiBBS

— PauTfe mère, dit-elle, je sais tout ce que tous arez souffert; votre vie n'a été, comme la mienne, qu'une longuesuîte d'épreuves et de douleurs... Allez, Gabrielle, nous sommes sœurs par la souffrance et nous pouvons nous plaindre et pleurer dans les bras Tuoe de l'autre !

Mais vous, conlinua-t-elle, vous voyez la Ha de vos tourments; en vous rendant votre enfant, je vous fais retrouver une partie de vos joies perdues, et l'avenir vous promet le bonbeur.

Elle s'interrompit pour essuyer ses yeux.

«-Moi... reprit-elle d'un ton douloureux, je n'ai plus d'avenir; j'ai été fatalement condamnée & l'heure de ma naissance et je dois subir ma triste destinée. Je garde toutes mes douleurs auxquelles d'autres plus cruelles encore vont se joindre. Ma fille ne pourra rien faire pour sa mère, tandis que vous, Gabrielle, vous avez un fils qui vous aimera et vous fera oublier !

Elle se laissa tomber sur un siège. Elle était accablée.

— Madame la marquise me permet-elle de lui adresser une question ? demanda Gabrielle.

— Ah ! vous avez le droit de m'interroger.

— Madame la marquise, quand vous aurez tout appris à M. le marquis de Coulange et que vous m'aurez rendu mon enfant, que ferez-vous?

— Ce que je ferai? Lejouret la nuit, c'est ma pensée de tous les instants, i'avais d'abord pris la résolution de m'exiler du monde eu m'ensevelissant au fond d'une re- • traite impénétrable. Mais j'ai un espoir.

— Un espoir 1

— Depuis quelques jours il s'est fait dans tout mon être un tel changement que je suis à peine reconnaissable ; je sens toutes mes forces physiques et morales s'éteindre.,. Eh bien, oui, j'ai l'espoir qu'après la der-

OEDx aiHBs 969

DiÔre et effroyable épreave, la mort viendra me délivrer de la vie.

— Non, non, vous ne mourrez pas 1 s'écria ûabrielle. La marquise secoua la tête et eut une sorte de gémissement.

Le regard de Gabrielle s'était illuminé. Pour la première fois, depuis peut-être des années, un peu de rose teinta ses joues. Elle reprit :

— Voyons, si je vous disais : Madame la marquise, ne dites rien à M. le marquis de Goulauge, je n'accepte pas votre sacrifice.

La marquise se dressa en face d'elle, et, les yeux dans les yeux, elle l'interrogea du regard.

— Ah ! moi aussi je sais tout ce que vous ave« souffert, reprit Gabrielle avec animation ; plus que moi encore vous avez été une victime desmécbants... Comme vous venez de te dire, nous sommes sœurs par la soufft-ance. Eh bien, c'est parce' que nous sommes deux sœurs, deux mères martyres, que je ne veux point des joies qui seraient payées ^ar vos larmes !... Je n'oublie pas en ce moment notre rencontre au jardin des Tuileries ; elle m'a laissé un souvenir impérissable. Ce jour-là, ainsi qu'aujourd'hui, vous m'éles apparue noble et grande, douce et souriante comme l'espérance I Vous aimez mon enfant, vous l'avez adopté, vous en avez fait votre fils... Je sais tout, allez, je sais tout. Aujourd'hui, mon enfant est autant le vOtre que le mien... Eh bien, je renonce & mes droits, je ne le réclamerai pas I...

— Gabrielle, Gabrielle, que dites-vous ? exclama la marquise.

— Madame la marquise, répondit Gabrielle avec exaltation, je vous laisse mon enfant, je ne veux pas que vous vous immoliez vous-mCme [

„ Cookie

370 peux H^HSS

Madame de Coulange laissa écbfippflr un ori de surprise et de joie,

— Quoi 1 dit-elle d'une voix tremblante, voua voulez?...

— Je veux que votre bonheur ne soit pas détruit et votre vie brisée ! II ne faut pas que seule je sois heureuse; car je le suis, ajouta-t-elle ; oui, je suis heureuse de savoir que mon fils existe et qu'on l'aime !

En prononçant ces paroles, ses joues pâles s'étaient encore colorées; le front haut, radicus, et le regard pleiu de rayonnements, elle paraissait transfigurée. Elle était superbe 1

La marquise la contemplait saisie d'admiration.

— Elle dit que je suis noble et grande, pensait la jeune femme, quand c'est elle qui est admirable et sublime I

Gabrielle changea subitement d'attitude et reprit d'une voix douce et émue ;

— Vous me permettrez de le voir quelquefois, n'est-ce pas ? et on ne lui défendra point de m'aitner. Soyez tranquille, madame la .marquise, je serai forte et je saurai empocher mon cceur do parler trop haut; il ne se doutera jamais que je suiï sa mèrel Allez, quand je le veux, j'ai de la volonté. Pour M. le marquis de Goulange et pour lui, je ne serai jamais autre chose que madame Louise, la pauvre Figure (je cire du jardin des Tuileries. D'ailleurs, je ne serai pas exigeante; pourvu que je puisse le voir et l'embrasser de loin en loin, — tant qu'il sera enfant, —je serai satisfaite ; plus tard, quand il sera grand, je ma contenterai de savoir qu'il est heureux et qu'il ne m'a pas tout à fait oubliée. Il sera bon et il aura du cœur, j'en suis sûre ; mais pour qu'il ne m'oublie pas, madame la n^arqui^e, \l faudra que vous lui parliez de moi quelquefois... un peu.

fiBm hArbb 371

Elle se prît à pleurer I la marquise, elle aussi, était toute en larmes.

— Gabrielle, dit-elle d'une toU entrecoupée de sanglots et en lui prenant las mains, puisque vous ne Toulea pas de mon sacrifice, j'accepte le v6lre. Vptre (lis aura deux mères pour l'aimer et veiller sur son bonheur. Mais, après avoir été trop longtemps séparée de lui, Gabrielle, TOUS ne devei plus le quitter. Je vous ferai une place dans la maison de Coulange, près de votre enfant.

Une joie indicible éclata dans les yeux de Gabrielle,

— Oh ! dit-elle, vivre près de lui, le voir et l'entendre h chaque instant, ce serait le bonheur suprême 1 Mais non, madame la marquise, cela ne se peut pas, c'est impossible I

— Gabrielle, il faut que cela soit. Ecoutex : je sais que vous avei reçu une excellente éducation et que vous êtes très-instruite.

— J'ai fait, il est vrai, d'assez bonnes études ; mais depuis j'ai beaucoup oublié...

— Vous avei appris l'anglais, l'allemand, vous êtes musicienne, vous jouez du piano.

— Oui, je sais un peu tout cela.

— Gabrielle, pour tout le monde, à Coulange et à Paris, vous serez madame l^ouise, l'iustitutrice de Haximilieune ; mais pour moi Vous serez Gabrielle Liénard, la mère d'Eugène, mon amie, ma sœur [...

Gabrielle resta silencieuse. I^es yeux baissés elle réfléchissait.

— C'est convenu, vous acceptez, n'est-ce pas ? rqprït la marquise au bout d'un instant,

— Oui, j'accepte avec joie, avec ivresse, répondit Gabrielle ; mais il y a une chose que vous ignorez et qu'il faut que vous sachiez.

373 DEUX KiBES

— Je TOUS écoute, Gabrielle.

— Je n'ai pas à tous raconter moa passé, vous le connaissez. J'ai été séduite parce que je n'ai pas su veiller sur moi-même. J'aimais, voilà mon unique excuse. Depois longtemps, d'autres douleurs m'ont fait oublier les chagrins que cet homme m'a causés et je lui ai pardonné. D'ailleurs, Je na sais pas si j'aurais le droit de lui en vouloir. D'après certains renseignements qu'a recueillis M. Morlot, il paraîtrait qu'il ne m'a pas abandonnée, qu'il m'aimait réellement et qu'il avait l'intention de me donner son nom.

— Ah ! fit la marquise inquiète.

Gabrielle continua :

— N'ayant rieû à lui demander, ne voulant vivre désormais que pour aimer mon enfant, ignorant complètement où il habite et quelle est sa position, je ne pensais plus à lui depuis longtemps lorsque, il y a quelques jours, je l'ai rencontré.

La marquise tressaillit. Son effroi était visible.

— Mais il ne m'a pas reconnue, s'empressa d'ajouter Gabrielle. Or, voici ce qu'il faut que vous sachiez : le père de mon enfant est l'ami de M. le marquis de Goulange et probablemenl le vôtre aussi.

— Oh ! mon Dieu, gémit la marquise, le cœur serré par une horrible angoisse.

— Rassurez- vous, madame la marquise ; comme je viens de vous le dire, il ne m'a pas reconnue.

— Gabrielle, vous vous 6tes trompée, peut-fitre. Comment se nomme-Ul ? Dites-moi son nom.

— Octave Longuet.

— Octave Longuet '. s'écria la marquise frissonnante ; ah! c'est affreux, c'est épouvantable I... Vous ne vous ètus pas trompée, Gabrielle ; oui, c'est bien le père de

DEUX m&KSB 373

votre enfant que tous avez rencontré l'autre jour au bord de la Marne, en compagnie de M. de Coulange. Mon Dieu, quel enchaînement de choses menaçantes et terribles I Je tombe d'un danger dans un autre non moins effroyable 1 Essayer de lutter contre la fatalité, contre Dieu, audacieuse folie 1... Et tous, Gabrielle, TOUS voulez me sauver 1 ezclama-t~elle avec égarement.

— Oui, et je vous sauverai I

— Gomment, dîtes, comment?

•— En gardant le silence I

— Oh ! garder le silence... votlà ce qui m'a perdue ! ■ — Et c'est ce qui vous sauvera!

CE QU on TROQTK DAMS UNE ERVBLOPFB DE LETTRE A HOITIË BBULÉE

Un instant après, Gabrielle étant parvenue à rassurer la marquise et à calmer son agitation; elles continuaient à causer, assises l'une près de l'autre, leurs têtes se touchant et leurs mains unies.

— Le père de votre enfant vous a caché son véritable nom, disait la marquise ; c'est le comte de Sisteme, actoellement capitaine de frégate. Du reste, il porte le prénom d'Octave, et ce nom de Longuet, qu'il s'est donné, appartient à sa famille. Un de ses ancêtres, appelé Longuet, a été anobli et créé comte de Sisteme, ea récompense de services exceptionnels rendus à t» France.

6H PftvJ, Mtasi

Le comte de Sisterne a ane gravide fortune ; lui et mou mari sont des amis d'enfance, ils s'aiment comme deux frères. Ifi comte n'a jamais voulu se marier, c'est mfime lui 6(re désagréable que de lu^ parler mariage ; maintenant, je comprends pourquoi. Il n'y a pas à en douter< Qabrielle, M. de Sisterne vous aimait, peut-6tre veut-il garder toujours votre souvenir dans son cceur. Si intime qu'il soit avec M. de Coulange, je suis à peu près certaine qu'il Itii a caché son secret.

Forcé de se rendre à Toulon à bord de son navire, il n'est resté que trois jours à Coulange ; mais ce temps si court a 'suffi pour établir entre lui et Eugène une amitié extraordinaire. Il est impossible de le nier, la voix du sang existe réellement, elle parle au cceur, fait naître à première vue la sympathie et donne à l'&mc une sorte de divination. Vous en êtes la preuve, Gabrielle; la première fois que vous avez vu Eugène au jardin des Tuileries, votre cœur l'a reconnu.

L'enfant s'est immédiatement familiarisé avec M. de Sisterne. Il avait de la peine à s'éloigner de lui; on aurait dit qu'il ne voulait plus le quitter, La même afSnité mystérieuse qui l'attire vers vous le poussait vers le comte.

Je ne faisais pas beaucoup attention à cela, n'y voyant, comme M. de Coulange, qu'une idée ou an caprice d'enfant. Maintenant, toutes ces choses & peine observées me reviennent à la mémoire.

Apr6s un court silence, la marquise reprit :

■ — Dès ce soir je vais faire préparer votre chambre au obtteau, et demain, si vous le voulez, je viendrai vous chercher, ainsi que madame Mnrlot. Je vous dirai plus tard ce que M. Morlot a fait pour moi, pour nous, et tout ce que nous lui devons ; mais, je saurai bien loi

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prouver toute ma recoanaiasaoGB, ft Uqaellâ son flvoellente femme a droit aussi. On doaa«rit & votre aotie nno chambre contiguB & la vûtre et elle restera au chAteau tout le temps qu'elle voudra. Qet arrangement vous convieDMI, Gabrielle?

— Oui, madame la marquise. D'ailleuri, je ne ppux qu'approuver, quand voua rëpoodei & mes peniéei et préveuez tous mes désirs.

— Je suis sûre d'avance que dqoi nous entesdrons toujours trËe-bien.

Pendant un instant encore, elles causèrent trèG-intimement d'Eugène et de Maximilienne. Mftintenanti elles étaient deux pour les aimer et ils allaient ôtre l'objet de leur sollicitude et de leurs constantes préoccupa lion s.

Mélanîe revint avec le petit garçon. Elle avait réussi à l'intéresser et à l'amuser en lui faisant faire cinq ou six fois le tour du verger du père Blaisois,

— Eugène, dit la marquise à l'enfant, je vais t'aoooncer quelque chose qui te fera un grand plaisir.

Le regard du petit garçon devint interrogateuri et il se redressa pour écouter.

— Ta bonne amie, madame Louise, va venir demain avec nous au château.

Les yeux de l'enfant pétillèrent de joie. Tour à tour il regarda la marquise et Gabrielle,

— Vrai, flt-il, c'est bien vrai?

— Oui, mon petit ami, répondit Qabrielle vivement émue, c'est bien vrai.

~~ Oh I je suis content, content I dit-il.

Et il se mit à battre joyeusement des mains.

Puis, prenant tout à coup un air sérieux il se jeta dans les bras de la marquise.

376 SKUX HÈRBS

MélaDJe ne chercbait pas à cacher son étonnement. Elle ne {touvait deviner ce qui s'était passé entre les deux mères, mais elle éprouvait une grande joie.

L'enfant passa des bras de la marquise dans ceux de Gabrielle.

Madame de Goulange s'était levée pour partir.

Eugène prit la main de Gabrielle et, l'entraînant vers la porte :

— Venez, madame Louise, disait-il, venez ; le jardin du château est bieu plus beau que celui de H. Blaisois; il y a beaucoup de tieurs, de belles pelouses, de grandes allées pour se promener et courir, et partout des sièges pour s'asseoir à l'ombre quand on est fatigué.

— Il faut que je reste ici aujourd'hui encore, lui répondit Gabrielle ; c'est demain que j'irai au chUeau.

L'enfant parut contrarié.

— Demain, dit la marquise, nous reviendrons à Hiéran avec Maximilienne et nous emmènerons madame Louise.

Se tournant vers MéJanie.

— Et vous aussi, madame Morlot, lui dit-elle gracieusement; veuillez accepter l'invitation que je vous fais de passer quelque temps au cb&teau de Goulange près de votre amie.

— Madame la marquise est trop bonne. . .

La marquise lui prit la main.

— Je sais que vous êtes mon amie, dil-elle avec un accent de reconnaissance.

Gabrielle et Mélanie accompagnèrent madame de Goulange jusqu'à sa voiture, et elles se séparèrent en se disant :

— A demain 1

Gabrielle n'avait rien de caché pour Mêlante ; elle lui

DEUX 11ÉHE8 377

raconta ce qui s'était passé eatre elle et la marquise.

— Elle est venue à Miéran, m'amenant elle-même mon enfant, ajouta-t-e)le, cette démarche m'a profondémeat touchée. Déjà, Mélanie, tous aviez fait entrer la pitié dans mon cœur en me disant dans quelle horrible situation elle se trouvait. J'avais devant mot une mère malbeureuse, une femme qui a souffert, une victime prête k accomplir un dernier et suprême sacrifice : Je sentis en moi un afi'reux déchirement, et je n'eus plus la force de lui porter un coup terrible, qui pouvait être mortel.

Le soir Mélanie annonça à ses parents que Gabrielle allait entrer chez madame la marquise de Coulange en qualité d'institutrice et qu'elle-même était invitée à passer quelques jours au château.

Le lendemain, vers deux heures de l'après-midi, la marquise, accompagnée des deux enfants, arriva à Miéran dans une calèche attelée de deux chevaux.

Gahrielle et Mélanie étant habillées, pr&tes à partir, la marquise ne fit qu'entrer chez Blaisois.

Les trois jeunes femmes et les deux enfants montèrent dans la voiture, qui reprit immédiatement le chemin de Coulange.

Lorsqu'il eut vu disparaître en mer le paquebot qui emportait Sosthëne de Perny vers l'Amérique du Sud, Horlot s'empressa de rentrer h l'hâtel où il était descendu aBn d'écrire à la marquise de Coulange. Il tenait à lui annoncer le plus vite possible que la mission dont elle l'avait chargé était remplie. Il lui disait aussi qu'il n'avait pu retrouver encore le coffret de cuivre. M. de Perny ne savait pas ce qu'était devenu le précieux

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objet, car il n'aTftit pas revu sob complice, lequel aiail momentanément disparii.

11 porta sa lettre au bureau dea postes et se rendit ensuite à la gare, où il prit le train express du soir pour revenir à Paris. Il n'était resté au Havre que vingt-quatre heures.

Le lendemain, dans la matinée, Mouillon et Jardel arrivèrent chez lui et ils eurent ensemble une' lougue conférence. I#s deu?i agents avaient recueilli un supplément de renseignements.

Les notes de Morlot étaient parfaitement en ordre; il n'eut que peu de cbose à y ajouter.

— Maintenant, mes amis, ditril, nous n'avons plus qu'à achever notre œuvre ; nous tenons la bande entière. Quand tous ces coquins seront II Mazas, en supposaot qu'on puisse les y mettre tous, nous aurons rendu à Paris et surtout aux communes de la banlieue, qui sont le tbé&tre de leurs exploits, un immense service.

Ils déjeunèrent tous les trois dans un restaurant de la rue Dauphine. Ënsqite ils se séparèrent pour se retrouver h cint| heures.

Morlot se rendit à la préfecture de police et fut reçu immédiatement par le chef de la police de sûreté, sous les yeux duquel il fit passer successivement toutes ses notes. Il lui soumit ensuite le plan qu'il avait conçu pour s'emparer rapidement, en quelques heures, de toute cette bande de Tolenra.

Le chef approuva sans restriction. Il ne crut pas devoir caober sa satisfaction h Morlot et il lui adressa de nombreuses félicitations.

— Morlot, a]outa-t-il, le moment estrenu de récompenser vos services, dites-moi vous-même ce que vous désirez.

— Rien pour moi, monsieur, mais un avancement sérieux pour Mouillon et Jarde), mes deux amis, qui sont des agents actifs, courageux, intelligenU et dévoués.

— Soyez sur d'avance, Morlot, que Mouillon et Jardel seront récompensés ; mais vous avei des droits que je tiens à faire valoir.

— Je ne demande rien, répliqua Morlot; âureste, mon intention est de donner prochainement ma démission.

— Quoi 1 vous voulez nous quitter?

— Bientôt, oui, monsieur.

— Pourquoi, Morlot?

11 rougit comme une jeune pensionnaire et répondit avec embarras ;

— Pour être agréable à ma Temme.

— S'il en est ainsi, mon brave Morlot, Je ne veux pas combattre votre résolution ; mais rappeipz-voifs que si vous nvez besoin de moi, mfime quand vous n'appartiendrez plus à l'administration, je serai heureux de vous fttre utile.

Morlot remercia son chef avec émotion.

— Je garde vos notes, reprit celut-ci ; c'est un travail excellent qui servira à l'instruction de l'affaire. Quant h votre plan, auquel je ne vois rien ik modifier. Usera exécuté la nuit prochaine. Il faut toujours agir rapidement. Je prendrai part h l'expédition, et, si vans le voulez, Morlot, vous serez avec moi...

— Oh I de grand cœuri

Le chef de la sûreté désigna les s\% commissaÏTep de police qui devaient arrêter les voleurs, en opérant séparément, etil envoya des agents pour les inviter à venir le trouver immédiatement à la préfecture.

11 fut convenu que Mouillon et Jardel seraient donnés à deux commissaires de police.

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