S DEUX X&RES
gré sa défiasce, se laissait convaincre par l'air de sincérité de Des GroHes.
— Oui, monsieur. Gomme je vous l'ai dit tout à l'heure, je me suis enfui du ch&teau après avoir eDtendn le bruit de la lutte entre Sostbëne et les domestiques. Talonné par la peur d'être arrêté aussi, je me sauvai à toutes jambes. J'avais le coffret sous mon bras, et, bien qu'il ne fût pas très-lourd, il me gênait pour courir. Alors, je ne fis ni une ni d'eux, je le lançai au milieu de la rivière.
— Est-ce bien vrai, cela? fit Morlot, plongeant son regard ardent dans les yeux de Des GroUes.
— Je suis en prison pour plusieurs années, répondit celui-ci, je n'ai aucun iatérôt à ne pas dire la vérité. D'ailleurs, pourquoi vous mentirais-je, à vous surtout qui pouvez me dénoncer et faire tripler ou quadrupler ma peine ?
Le dernier doute de Horlot s'évanouit.
lit chose, du reste, paraissait très-vraisemblable.
— Pouvez-vous vous rappeler à peu près h quel endroit de la rivière vous avez jeté le coffret ï demanda-t-il.
— Damo, il me serait difficile de TOUS le dire au juste; mais je n'étais pas bien loin de la porte du parc pariaquelle je suis sorti.
Morlot n'avait plus rien à demander à Des Grolles. H se retira à moitié satisfait de sa visite à Mazas.
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LA BËCOHPENSE
Le lendemaiD, Morlot partit pour Miéran.
Sous le prétexte de retrouver une boite en cuivre assez volumineuse, qu'il avait laissé tomber dans l'eau, en se promenant sur la Marne avec une nacelle, il embrigada une douzaine de pécheurs, parmi lesquels se trouvaient quelques excellents nageurs.
Pendant quatre jours,' dumatinausoir, sous les yeux de Morlot, ces douze hommes fouillèrent le lit de la rivière sur une longueur de siz à huit cents mètres, à partir de la porte du parc.
Ceux qui savaient nager plongeaient; les autres traînaient de long en large leurs filets, dont ils avaient doublé les plombs pour la circonstance.
Ce travail pénible fut inutile. On ne trouva rien. On dut conclure, en cessant les recherches, que le coiTret s'était enfoncé dans la vase.
Morlot partagea l'opinion des pêcheurs.
Il ne crut pas devoir se présenter au château de Coulange; mais aussitôt revenu à Paris, il écrivit à la marquise pour l'informer qu'il n'avait pu retrouver le coffret.
La réponse de la jeune femme ne se fit pas attendre.
« Votre lettre m'a complètement rassurée, luidisaitelle. Je n'ai plus à craindre qu'il soit fait un usage criminel du manuscrit. La rivière gardera le coffret et
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ce qu'il contient mieux que je n'ai su le faire moimême, a
Peu de temps après, s'ouvrirent les assises où on allait juger la bande des Yoleurs et des receleurs.
Deux quinzaines furent consacrées presque exclusivement à ce mémorable procÈs, qui eut alors à Paris et dans toute la France un immense retentissement.
À l'exception de cinq femmes et de quatre hommes, qui furent acquittés, tous les autres, recoanus coupables par le verdict du jury, s'entendirent condamner plus ou moins sévèrement.
Princet et trois autres furent condamnés à iqort.
Après ceux-ci, dis furent condamnés aux travaux forcés à perpétuité.
Il y eut ensuite de nombreuses condamnations aai travaux forcés à temps, puis à la réclusion, à la prison,
Cholard se trouva compris dans la catégorie des coD' damnés à douze ans de travaux forcés.
Armand Des Grolles, dit Jules Vincent, en fut quitte pour cinq ans de prison.
Le lendemain de la dernière séance des aasiiss, Morlot donna aa démission.
— Maintenant, dit-il à sa femme, il faut quajeme procure un emploi; nous ne sommes pas asset ricbes pour que je puisse vivre en rentier; d'ailleurs, j'aurais honte, à mon âge, de ne pas travailler.
— Tu as raison, mon ami, répondit Mélanie, il faut que nom travailIionB encore aËn d'augmenter not» bien-être à venir; mais- tu as tout le temps de chercher une place convenable ; noua avons quelques économies en dehors de notre petit capital auquel nous ne voulons pas toucher.
Morlot se mit à la recherche d'un emploi.
DEUX nàits
Au bout de quelques jours, il dit à Mélanie ;
— Je ne croyais pas que ce fût aussi dirtlcile di ver une place.
— Bah! fit-elle, prenda patience; Paris est gra
— Peut-être trop grand, répliqua Morlot.
Toutefois, il ne perdit pas courage; mais qtiini
s'écoulèrent sans qu'il fât plus avancé que le p jour,
Mélanie creusait bravement le trou de aon ép
Uorlot se disait :
— Si madame la marquise était h Paris, j' peut-être lui demander de m'aider; mais elle est lange, et je ne vois pas pourquoi je me permett l'importuner. Et puis, cela aurait trop l'air de réi le prix de ce que j'ai eu le bonheur de faire poi
Comme on le voit, Morlot ne comptait pas bea sur ta marquise.
Un matin, le marquis de boulange se présen Morlot à l'improviste.
La surprise de la femme ne fut pas moins grai celle du mari.
Après leur avoir tendu la main & loua deux, 1 quis s'assit sans façon atir la cbaise que lui oifr lanie.
— Monsieur Morlot, dit'il, vous paraisses éto ms voir ebet vous ; supposiez-voits donc que | quise de Goulange vous oubliait?
— Monsieur le marquis... balbutia Morlot.
— Il y a quelque temps, reprit le marquis, voi l'intention de donner votre démission. Aveï-vo jours la même idée 7
— Cette démission est donnée, i je ne suis plus agent de police.
39S DEUX HÂBKS
— £sl>ce que tous arez un autre emploi ?
— Pas encore, monsieur le marquis, mais j'espËre que bientôt...
— C'est très-bien, dit le marquis.
Après un court silence, il reprit d'une voix grave :
— Monsieur Morlot, depuis trois jours seulement je sais que tous et madame Morlot êtes deux amis de ma famille. La marquise de Coulangem'alonguementparlé de TOUS, monsieur Morlot, de votre dévouement et de sa reconnaissance. Elle m'a appris le vol audacieux commis à Coulange, l'effroyable danger auquel elle a échappé, gr&ce b. votre intervention. Elle ne m'a pas caché non plus l'affreuse découverte que tous avei faite dans ie pavillon des Ternes, Enfin je sais que, gr&ce à vous encore, nous sommes débarrassés pour toujours, je l'espère, d'un misérable fou, d'un malheureux qui menaçait la vie de ma femme, peut-Mre' aussi celle d^ mes enfants, et plus que ces existences si chères, notre honneur à tous I Monsieur Morlot, je TOUS remercie. J'ai tenu i. tous apporter moi-même le témoignage de ma gratitude.
Je me suis demandé de quelle manière, digne de vous et de moi, je pouTais reconnaître les services que vous nous avez rendus. Être reconnaissant, c'est bien. Mais la reconnaissance impose à ceux qui l'éprouvent le devoir derécompenser ceux qui l'ont fait naître. Je possède une grande fortune et je puis être généreux comme un prince ; mais si avec de l'or on paye un serviteur, c'est autrement qu'on récompense un ami, le véritable dé- Touement ne se taxe pas à prix d'argent.
Cependant, monsieur Morlot, je tiens à vous offrir une xécompense et voici la proposition que je viens TOUS faire :
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Nous possédons à quelques lieues de Moulins, sur 1b rive gauche de l'Allier, le domaine de Chesnel. Cette magnifique terre, dont pendant quelques années encore j'ai seulement la jouissance, appartient à mon fils. Le ch&teau est du moyen Age; il est très-beau et dans un parfait état de conservation ; c'est une délicieuse résidence que j'ai comparée souvent à celle de Coulaoge. Outre le chAteau et sou parc, le domaine comprend quatre fermes trës-ricbes et des bois qui donnent cinq coupes chaque année; il possède aussi une mine d' antimoine et deux carrières de tnarbre actuellement en exploitation.
Depuis plus d'un an, mon intendant de Chesnel me demande de le remplacer. C'est un vieillard ; il asoixanteseize ans. J'éprouve toujours beaucoup depeine lorsqu'il faut que je me sépare d'un vieux et brave serviteur.Cependant,jesuis forcé de donner satisfaction à M. Gautier; après soixante années de travail, il a droit au repos.
I^onsienr Morlot, je viens vous prier d'accepter la place d'intendant du domaine de Chesuel.
— J'accepterais avec joie, monsieur le marquis, répondit Morlot, mais je crains...
— Que craignez-vous ?
— De ne pouvoir répondre à la confiance que vous voulez bien me témoigner.
— Vous défleriez-vous de vous ? monsieur Morlot.
— Un peu, monsieur le marquis.
— Allons, vous êtes trop modeste ; eh bien, moi, je suis sûr de vous. D'ailleurs, je ne vous ai pas dit tout: M. Gantier restera avec vous pendant un an encore, et même plus longtemps si vous le désirez. C'est lui qui vous fera connaître les choses et vous mettra en rapport
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RTecles hommes qui seront sousTotre surveiDance ou avec lesquels vous aurez à traiter. Je suis convaincu que dans trois mois M. Gautier pourra se livrbr complètement au repos auquel il aspire. Allons, dites-moi que TOUS acceptez.
— J'accepte, monsieur le marquis.
— A la bonne heure. J'ai oublié de vous dire quels étaient les honoraires de l'intendant deChesnel. HîIIb francs par mois, cela vous convient-il?
— Mais c'est trop, monsieur le marquis, beaucoup trop.
— Alors vous 6tes satisfait, répliqua le marquis en souriant.
— Abl comment ne le serais-je pas ? B'écria Morlot avec émotion ; vous nous comblez, je ne sais plus que dire, je ne trouve pas de paroles pour vous remercier,
Mélanie essuyait ses larmes.
Le marquis reprit :
— Il me reste à vous demander combien de jours encore vous voulez rester à Paris,
Morlot se tourna vers Mélanie et eut un regard qui disait :
— A toi de répondre à M. le marquis.
— Le jour que vous désignerez, monsieur le marquis, dit-elle, nous partirons.
— Eh bien, mes amis, fixons dès maintenant votre départ ft jeudi prochain, c'est &-dire d'aujourd'hui en huit.
^ Nous serons prêts, dit Mélanie.
— JeUensàvous installer moi-m6me à Gbesnel, dit le marquis; madame de Coulange, votre amie madame Louise, les enfants et moi, nous vous attendrons au chftteau de Chesnel. Je n'ai pas besoin de vous dire que vous trouverez votre appartement tout meublé.
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Hs causèrent encore un instant ; puis après leur avoir de nouveau serré la main, le marquis se retira. Mêlante se jeta dans les bras de son mari.
— Intendant, intendant! disait-elle: ahl il me ble que c'est un rêve!
— Je ne suis pas tout à fait content, fit Morlot.
— Pourquoi î
— Le iflarquis est trop généreux.