ASTARBÉ
Achève I
L*éTRAlf6BR.
Eh bien, je ne... suis point Égyptien !
Ociel!
Je
▲STARBÈ.
l'Étranger.
suis Françaûs !
ASTARBÂ.
Qu'Osiris nous assiste !
Et quel
est donc alors votre nom?
l'étranger.
Jean-Baptiste
Kléber!
Astarbé , d'abord saisie, s'abandonne ensuite à la joie d'être aimée par le général en chef de l'armée française. Celui-ci ne s'était rendu près du Caire que pour étudier les forces du Soudan ; mais maintenant sa mission est terminée , et il doit retourner vers ses soldats. Astarbé consent à le suivre , pourvu qu'un marabout du voisinage bénisse leur union. Kléber, dont la tolérance s'étend aux curés de toutes les nations, accepte le marabout, et il sort pour l'avertir lui-même.
Astarbé, restée seule, se livre à une joie entrecoupée de mélancolie; elle prend congé de tout ce qui l'environne :
Adieu , toit paternel , terre des brunes filles ; Fleuve aux flots limoneux musqués de crocodiles ; Horizon hérissé d'obélisques pierreux , Que l'on prendrait de loin pour les jambes des cieux; Bœufs que l'on mange ailleurs et qu'ici l'on adore ; Sphinx dont le front coiffé se couronne d'aurore ; Ibis aux becs pensifs, symboliques lotus;
Légumes trois fois saints, plus saint papyrius;
Noble roseau du Nil , dont l'enveloppe frôle
Fixe cet alphabet que notre enfance épèle ;
Et toi , père embaumé qu'attend le jugement;
Heureuse de vous fuir, je vous quitte en pleurant.
Et cependant où vit Kléber rien ne me pèse :
Quand le cœur est français, Tâme est bientôt française.
Puis, entendant tout à coup un frémissement parmi les buissons de la rive, elle se rappelle le nourrisson amphibie apprivoisé par ses soins , et elle s'écrie :
C'est lui, le caïman pour moi devenu doux , Qu'attirent ma voix et ce plat de couscoussous.
Ici, tous les cuivres de Forchestre font entendre un forte, le tam-tam déchire Tair, et la tête du crocodile parait entre deux touffes de roseaux en fer-blanc.
Son] entrée est saluée par d'unanimes applaudissements.
L'animal appuie ses courtes pattes sur la planche peinte qui représente les bords du Nil, s'élance lourdement sur le théâtre , court à la pâtée que lui présente Âstarbé, l'engloutit en un instant, puis se laisse aller amoureusement sur le dos , et frotte sa tête écailleuse contre les pieds de la jeune iille.
On applaudit de nouveau, et Âstarbé commence les exerdces innocents qu'elle a enseignés à Moïse : c'est le nom de son crocodile.
D'abord elle lui fait jouer aux osselets, puis sauter à travers un cerceau, puis danser une polonaise.
Un grand bruit, qui se fait entendre derrière la scène,
met fin à ces plaisirs. Moïse rentre dans son Nil de carton, et Astarbé, effrayée, remonte vers le fond du théâtre en annonçant le soudan.
11 arrive en effet avec ses gardes et suivi de la foule, qui paraît toujours quand il y a des chœurs. Les gardes chantent :
Voici notre maître suprême;
Ne craignez rien, il veut qu*on Taime.
Allah ! Allah! Dieu seul est grand ,
Et son prophète est le soudan.
Mais la foule varie ingénieusement ce refrain en répétant d'un ton sournois.
Voici le maître dur et blême ; Puisqu*on le craint , il faut qu'on Taime. Allah ! Allah ! Dieu seul est grand, Mais prenez bien garde au soudan !
Le chœur fini, le prince fait retirer tout le monde , sauf Astarbé, à qui il déclare qu'il l'a aperçue au bain , il y a trois jours; qu'il en est, en conséquence, tœttbé amoureux , et qu'il est décidé à en faire sa cinq cent quatre- vingt-dourième femme.
Astarbé épouvantée répond que la diose est impossible ; le roi veut l'entraîner de force; mais Klâ>er arrive avec le peuple , qui s'est rassemblé pour le jugement des morts , auquel doit être soumis A<;hmet avant d'obtenir les honneurs de la sépulture. Le soudan, qui a tiroppeu de gardes pour faire un coup d'État, feint de se soumettre à la loi ; mais, au moment oti l'on va accorder une tombe au père d' Astarbé, il présente le titi« d'une
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amende que Tancien ministre n'a pu lui solder, et réclame, selon l'habitude, son corps pour gage!
Âstarbé se jette en vain à ses pieds , en le suppliant de ne point exposer l'ombre du vieillard à errer sans asile sur les sombres bords; le Soudan répond par ce vers invincible :
ReDdez-vous aux vivants , od vous rendra les morts !
Et il se prépare à faire enlever le corps d'Âchmet.
Mais Kléber, touché du désespoir de la jeune fille, saisit un des chevaux du roi , puis , s' élançant avec Âstarbé dans ses bras , il pique le coursier de ses deux talons et disparût au galop, suivi de Moïse emportant le corps d'Achmet.
Stapéfaction obligée.
« Gourez ! ramenez-le ! s^écrie le soudan quand il a disparu. L'orchestre joue un air annoncé comme égyptien , et dans lequel Maurice reconnaît celui de Va-t'en voir sHls viennent^ Jean.