HORAIRE DE LA SEMAINE PAR MATIËRES ET PAR CLASSES
Première classe.
Italien 6 heures.
Histoire... 2 heures.
Géographie 2 heures.
Dessin,*
Langue française ... 3 heures.
Mathématiques 6 Jieures.
Calligraphie 3 heures.
DE MISSION EN ITALIE. 1i5
Deuxième daste.
Italien 5 heures. Dessin 4 hi 1/2.
Histoire 2 heures. Langue française. ».* 5 heures.
Géographie 1 heure. Tenue des livres. ... 3 heures.
Mathématiques 3 heures. Sciences naturelles.. 2 heures.
Calligraphie 2 heures.
Troittème dasse.
Italien 5 heures. Dessin 4 h. 1/2.
Histoire 2 heures. Langue française. ... 5 heures.
Géographie 1 heure. Tenue des livres.... 3 heures.
Mathématiques 3 heures. Sciences naturelles. . 3 heures.
Calligraphie 2 heures.
Dans ma première visite j*ai assisté à la leçon de composition italienne, de première année. Le texte était : Lettre d'un fils à sa mère sur un examen qu*il vient de passer avec succès; il exprime le regret Sêtre éloigné d'elle. Le professeur avait fourni le canevas. Les devoirs que j'ai entendu lire m'ont paru assez pauvres de langue et d'invention, telles que celles des élèves de première année de nos écoles supérieures. Le professeur emporte les copies pour les corriger une h une; l'élève les recopie d'après les indications reçues. Une fois per semaine, on s'exerce à reproduire oralement un morceau littéraire qui a été expliqué en classe. J'ai été témoin de cet exercice. C'était un chapitre des Fiancés y de Manzoni, qu'un garçon de quinze ans a reproduit avec assez de naturel et de grâce ; en revanche un autre, de quatorze ans, le répète fort gauchement.
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Le professeur relève au passage les fautes de langue ; il formule à cette occasion les règles de grammaire ou de style ; les élèves prennent des notes et mettent ensuite au net. On se sert des morceaux choisis de Puccianti (Anthologie).
En troisième année, on donne des récits, des sujets d'imagination, des lettres de commerce. Les élèves ont à rendre compte des morceaux qu'ils ont lus à la maison.
La classe de français ressemble assez à nos classes de langues vivantes dans les lycées ; on n'a pas l'air d'y travailler avec excès, si j'en juge par la leçon de première année, à laquelle j'ai assisté. On lit durant une demiheure ; on traduit au tableau ; on écrit des temps de verbes; on explique et Ton apprend la grammaire de Poêrio (règles ; exercices de thèmes et de versions) ; on récite des morceaux choisis. Lecture et récitation sont passables. Le professeur m'assure qu'à la fin de la troisième année les élèves apprennent à s'expliquer convenablement. Je suis disposé à le croire, car on est surpris de voir à quel point la connaissance pratique de notre langue est répandue en Italie parmi les jeunes gens de cette classe: une connaissance à la vérité peu raffinée, quant au tour de phrase, à la correction et à l'accent.
Vhistoire s'enseigne soit à l'aide d'un livrjs ou manuel, soit à l'aide de notes que l'élève recueille pendant l'exposé du maître, et qu'il met ensuite en ordre. Point de longues rédactions ; mais des interrogations précises et détaillées.
Dans la leçon de géographie, un élève explique fort
bien, en s'aidant de figures qu'il trace avec aisance au tableau, tout ce qui est relatif à réquatear, aux parallèles, etc. On s'exerce aussi à dessiner des cartes, d*abord en les calquant, plus tard en les imitant librement
Pourles mathématiques y le cours de troisième année, auquel j'assiste, en est arrivé à la révision de Tarithmétique. L'élève expose clairement la théorie des nombres premiers et des principes de divisibilité. Je parcours les devoirs faits à domicile; ils sont généralement faits avec soin (problèmes de mesure des triangles), revus et soulignés par le professeur, corrigés ensuite en classer par rélève d'après l'explication générale.
Il se fait de temps en temps une révision de toutes les matières, ainsi que des examens où le directeur assiste le professeur.
Que penser, en somme, de la valeur de cet enseignement technique?
S'il faut en croire H.Piperno, qui est un homme d'expérience et de ferme jugement, il serait dans l'ensemble très convenable à son but, et approprié aux besoins des familles qui le recherchent. Bon nombre d'enfants, qui se retirent à la fin de la deuxième année pour suivre la profession de leurs parents, en emportent des connaissances qui leur sont du plus grand secours. H. Piperno voudrait seulement, vers la fin de la troisième année, quelques leçons supplémentaires (relatives, entre autres choses, au maniement des tables de logarithmes), afin de mieux préparer certains élèves à l'Institut technique,' et de mettre les autres en état d'entrer dans les bureaux des compagnies de banque, d'assurances, etc.
L'impression que je retire de mes visites à l'école des Thermes est incertaine et mêlée. On ne peut que rendre hommage au savoir et à l'esprit de méthode des profes* seurs ; mais la physionomie générale des classes m'a paru assez peu vivante, les leçons peu ternes et animées. Les élèves me semblent aussi trop divers d'âge et de culture d'esprit pour se fondre en un tout homogène. Je ne me défends pas non plus de craindre que les branches particulières d'enseignement, histoire, géographie, sciences, et surtout mathématiques, servent peu efficacement à l'éducation proprement dite, — je dis méme^à l'éducation intellectuelle, — et que les jeunes esprits sortent de là assez bien pourvus d'instruction, mais médiocrement trempés et cultivés. Je crains surtout que la langue, l'instruction littéraire, ne remplisse pas Toffice éducatif qui lui appartient et n'appartient qu'à elle seule. Mais ce ne sont là que des impressions indécises, dont je ne me hasarde à vous faire part que sous toutes réserves. J'aime mieux recueillir les avis des Italiens eux-mêmes , non pas sur l'école de Rome, qui est estimée à juste titre comme Tune des meilleures, et qui attire naturellement à elle des maîtres distingués, mais sur renseignement technique en général, que beaucoup de bons juges apprécient avec sévérité; je vous exposerai] dans ma prochaine lettre leurs griefs et leurs noms.
Rome, 18 décembre.
J'ai dil quelle double fin s'étaient proposée les promoteurs et les réformateurs de renseignement technique. Ils voulaient, d'une part, queTélève, ses études terminées et son brevet technique obtenu, entrât au besoin avec profit dans une profession industrielle ou commerciale, mais qu'il fût aussi en état de poursuivre ses études à l'Institut technique supérieur; et que dans l'un et l'autre cas il eût reçu une bonne éducation littéraire et historique.
C'était un bel idéal; mais j'entends exprimer par les hommes les plus considérables du Parlement et de l'enseignement public l'opinion que cette conciliation des nécessités professionnelles et des convenances scientifiques, en même temps que d'une éducation générale, n'a pas réussi. Tout s'arrange, dit-on, sur le papier et dans les programmes; mais en fait c'est une construction artificielle et mal équilibrée. Les jeunes gens qui, à la fin
de leur deuxième année ou même de leur troisième, quittent Técole pour gagner leur vie (et ils sont en grand nombre) se trouvent munis d'un bagage théorique excessif et de moyens pratiques insuffisants. Au contraire, celui qui veut entrer à l'Institut n'a pas fait assez de sciences proprement dites. Quelques villes, Florence entre autres, se sont efforcées d'obvier au premier de ces inconvénients en annexant à une de leurs écoles techniques une division supplémentaire, avec une ou deux années de cours commerciaux, dont le programme est semblable à la partie professionnelle de nos écoles de commerce*. Mais cette expérience ne se propage pas. •
Un des derniers ministres de l'instruction publique, M. Coppino, a exprimé en termes vigoureux, mais où l'on sent, à mon avis, quelque excès, le sentiment géné-
1. J'ai visité plus tard cette école de Florence (Jean -Baptiste- Albert), qui compte 120 élèves dans les trois années du cours techniqiie et 25 dans les deu^ du cours commercialy avec dix professeurs. Là aussi j'ai été frappé de la diversité d'âge et du peu d'homogénéité du personnel des classes. Le directeur se plaint que le stade de trois ans soit trop court pour suffire à une éducation générale sérieuse, et que, d'autre part, il ne vise directement à aucune spécialité utile ; il faudrait établir une année préparatoire, ou bien une quatrième année supplémentaire. La plupart des élèves ne vont pas à l'Institut technique, où les études sont longues et entraînent des dépenses considérables : ils reviennent chez eux et cherchent une occupation qui les fasse vivre. En revanche, le cours commercial a un objet précis et pratique : on y étudie le français et l'anglais, les marchandises, les différentes sortes de tenue des livres, les éléments d'économie politique, de droit civil et commercial, l'arithmétique, Thistoire du commerce, la géographie commerciale, le dessin.
rai. Je reprodais quelques passages de sa Lettre au Conseil supérieur j parce qu'ils peuvent éclairer notre propre chemin dans Texpérience que nous sommes en train de faire de renseignement primaire supérieur:
« Les instituts et les écoles techniques, dont on a voulu faire des établisseigents à la fois de culture générale et de culture spéciale, ne sont pleinement ni Tun ni Tautre. Ils poursuivent deux fins et n'en atteignent aucune. Gomment manier le marteau et la lime là où Ton explique Dante? Comment mélanger des couleurs pour la teinture avec des sonnets de Pétrarque? Il est incontestable que celui qui aspire à obtenir plus tard le laurier classique doit avoir entendu parler de la Divine Comédie ;m2iis il est également certain que celui qui, au lieu d'entrer à l'Université, veut entrer dans l'atelier de filature, de tissage ou de mécanique, recevra peu de lumière de l'Arioste et du Tasse, et qu'il sera le dernier des ouvriers, après avoir été peut-être le premier des élèves, s'il ne s'est durci les mains au contact de la machine et des outils. Les chefs d'usines et de maisons de commerce ont leurs justes exigences; ils cherchent des employés qui leur soient dès le premier jour une aide et non un embarras. Mais, d'autre part, comment oublier les exigences de la nation et de la civilisation? comment renier la tradition de la pairie et de l'humanité? comment ne pas dire à notre jeunesse de qui elle est fille, en nous efforçant d'agrandir son âme et d'ennoblir ses pensées?»
La conclusion du ministre, c'est qu'à deux buts distincts il faut deux ordres d'écoles; et que hors de là on fait œuvre chimique et infructueuse.
Envisagée sous un autre aspect, la même question apparaît encore plus grave, et mérite encore plus d'attirer notre attention. J'ai dit que les écoles techniques sont fréquentées par la petite bourgeoisie, les petits et moyens employés, les marchands, les chefs de métiers, les ou^ vriers d'élite, enfin par la classe la plus active, la plus remuante en tous pays, et qui a le plus hâte de s'élever, par celle-là même qui recherche notre enseignement primairejsupérieur ou renseignement secondaire spécial. Une seule catégorie sociale manque à l'appel, ou moins dans une grande partie de l'Italie, tandis que chez nous elle remplit beaucoup de pensionnats laïques ou ecclésiastiques ; je veux parler des petits propriétaires-cultivateurs : c'est qu'elle n'existe pour ainsi dire point dans certaines provinces, et qu'en d'autres elle ée contente généralement des écoles primaires. L'affluence des jeunes gens aux écoles techniques est d'autant plus grande que les perspectives d'avenir sont plus variées, que les frais d'instruction se réduisent presque à rien, et qu'il y a des écoles dans presque tous les petits centres d'agglomération.
Mais qu'arrive-t-il plus tard? Le quart environ^des élèves inscrits de la première année atteignent le brevet technique au bout de la troisième année et entrent à l'Institut, où il serait intéressant de suivre leur destinée, pleine de chances contraires et souvent de mécomptes. Des trois autres quarts, une partie s'arrête à l'une ou à l'autre étape de la route; l'autre va échouer au port, ne pouvant obtenir le brevet et entrer à l'Institut, ou n'ayant pas assez de ressources pécuniaires pour suffire à quatre
années d'études ultérieures. Les jeunes gens de cette dernière catégorie se trouvent ainsi comme suspendus entre une éducation plus ou moins scientifique dont il n'ont pas su tirer assez bon parti et une éducation pratique qui ne sufBt pas à faire des mécaniciens, des corn* merçantSy des employés d'administration. Plusieurs d'entre eux se tournent alors, en désespoir de cause, Yers renseignement primaire, où ils n'apportent naturellement ni la vocation ni la simplicité de mœurs qui conviennent à des instituteurs ruraux. Quant à ceux qui se sont arrêtés à mi-chemin, un certain nombre ont rejoint leurs familles pour continuer la profession paternelle : ce sont les plus fortunés, et qui, à tout prendre, recueillent le meilleur profit de l'école. Mais les autres, à qui leur pauvreté n'a pas permis d'aller jusqu'au terme, et qui ont pourtant goûté au fruit d'une culture supérieure, restent échoués sur le rivage, ne voyant à leur portée aucun établissement d'apprentissage spécial.
Considérez d'ailleurs que le commerce et l'industrie n'ayant pas encore pris, excepté dans la région septentrionale, un ample développement; et d'autre part, les emplois de l'administration publique élan t à la fois mal rétribués et fort recherchés, il n'y a pas de < débouchés > pour tant de solliciteurs : l'offre de services dépasse la demande. De ces causes réunies il résulte un déclassement non moins contraire à l'intérêt des familles qu'à celui de la société générale : des fils du peuple, qui, par leurs goûts et leurs habitudes scolaires, ne sont plus des ouvriers et des employés subalternes, ne savent pas ou ne peuvent pas occuper un degré social plus élevé. Si j'insiste là-dessus,
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c'est que Thistoire de l'Italie risque, si nous n'y prenons garde, de devenir la nôtre. Offrir à nos propriétairescultivateurs et à nos marchands ou chefs de métiers urbains des moyens réguliers d'instruction complémentaire ou supérieure, rien de plus juste assurément, rien de plus conforme à l'esprit démocratique de nos institutions, et j'ajoute, rien de plus nécessaire au développement normal du régime républicain, pourvu toutefois que cette instruction soit en même temps une éducation. Mais nous devons nous défendre avec le plus grand soin de provoquer artificiellement d'innombrables vocations d'employés de commerce ou d'administration, soil par des programmes trop exclusivement conçus en vue des divers examens publics, soit par la diminution indéfinie des frais d'école, soit par la multiplication excessive des bourses. Un principe de haute prévoyance doit régler notre conduite : c'est de ne pas faire concevoir aux familles des ambitions et des espérances que nous savons d'avance être irréalisables pour le plus grand nombre.
Le ministre actuel de l'Instruction publique en Italie, avec qui j'ai eu l'honneur de m'entretenir de cette question, me confirmait ce que j'ai déjà entendu dire de divers côtés. L'instruction populaire moyenne appelle, à son avis, d'importantes réformes. L'école technique ne rime à rien ; créée à l'origine pour préparer à l'inslilut technique, elle a trop gardé le caractère d'un enseignement général. Et d'autre part, on ne trouve presque nulle part, constitué sous une forme régulière, un enseignement complémentaire (ou supérieur) à l'usage
des cultivateurs, artisans, boutiquiers qui ne veulent pas c faire des études ». Il y aurait donc lieu de créer un cours primaire complémentaire de deux ans dans un grand nombre d'écoles, — c'est là l'idée que nous poursuivons en France ; — et en même temps des écoles spéciales vraiment techniques, c'est-à-dire professionnelles, où les cours, distribués en deux ou trois années, seraient suivis d'un ou de deux ans d'application : par exemple, pour les emplois inférieurs et moyens du commerce, pour l'agriculture, pour les chemins de fer, etc. Vlnstitul technique continuerait de préparer aux emplois plus élevés des administrations, de l'industrie, des services de l'État; l'École supérieure commerciale de Venise à la haute banque et au haut commerce.
Cette idée d'un enseignement primaire complémen-tairBy distinct de l'enseignement technique, ne visant à aucun examen spécial, mais propre toutefois à ouvrir l'accès aux petits emplois administratifs, se répand de plus en plus en Italie. Elle m'a été exposée avec beaucoup d'autorité par un des hommes les plus distingués qui aient gouverné l'instruction publique dans les dernières années. M. Boughi voudrait que l'instruction primaire se prolongeât obligatoirement jusqu'à Tàge de quatorze ou quinze ans, mais sous les formes les plus variées, s'assouplissant aux besoins divers des populatious, aux circonstances de saisons, d'industrie, d'agglomération ou de dissémination ; tantôt le soir et tantôt le jour; tantôt avec six, cinq, quatre heures de leçons, tantôt avec deux seulement. Ce seraient les Fortbildungsschulen italiennes.
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On voit, par tout ce qui précède, que la question est aussi obscure en Italie qu'en France; qu'elle est à certains égards moins avancée, puisque l'enseignement primaire complémentaire est tout à créer, n'existant que sous la forme très irrégulière de cours d'hiver et du soir, et qu'à d'autres égards elle l'est beaucoup plus, puisqu'il y a un vaste et très coûteux organisme d'écoles techniques, établi sur toute la surface du royaume. Pour moi, ce n'est pas d'aujourd'hui que j'incline à croire que la solution est à chercher dans la voie simple et pratique, telle à peu près que l'indiquent M. de Sanctis, M. Boughi, et d'autres encore, parmi lesquels je me borne à citer un homme scolaire, d'excellent jugement, M. Pignetti, le directeur de l'instruction municipale à Rome. Constituer, mais en petit nombre, des écoles supérieures distinctes^ bien pourvues de mobilier technique, avec trois années de cours, au chef-lieu du département et dans quelques chefs-lieux d'arrondissement ; encouragera l'aide de subventions l'établissement dans une ou deux écoles prir maires par canton de cours supérieurs réguliers d'une ou deux années, conformes à un programme général, et auxquels s'ajouteraient des suppléments appropriés aux nécessités locales : tel serait peut-être le meilleur plan à suivre en France. Un enfant pourrait commencer son instruction primaire supérieure durant un an ou deux, soit dans l'école cantonale soit dans telle école rurale auto^ risée, s'il voulait aller plus loin, il la continuerait une troisième année dans l'école du chef-lieu, en suivant les mêmes méthodes, les mêmes programmes, les mêmes livres, et en quelque sorte sans changer d'air. L'institu-
teur admis à établir un cours supérieur d'une année^ recevrait une subvention de deux ou trois cents francs; celui qui créerait au chef-lieu du canton un cours de deux années, aurait une subvention double. Rien n'empécherait que cet enseignement, d'un caractère à la fois général et pratique, ne fût calculé de manière à acheminer à certains emplois des postes, télégraphes, contributions, commerce, et à Texamen d'admission à rÉcoIe normale : en effet, toutes ces carrières réclament un fonds commun d'instruction, qu'il est de l'intérêt de tout le monde de posséder. Après ces deux ou trois années d'enseignement primaire supérieur, les jeunes gens qui se destinent à des emplois d'industrie, de commerce ou d'administration, pour lesquels on réclame plus de connaissances spéciales ou plus de pratique, seraient tout prêts à profiter des cours et des exercices de telle ou telle école professionnelle.
Il me paraît que l'expérience de nos voisins doit surtout nous détourner « de faire grand » et de constituer un trop vaste organisme, qui sollicite les besoins au lieu , de se borner à les satisfaire. Evitons aussi les programmes surchargés, difficiles à bien digérer, contraires par cela même à l'intérêt véritable de toute bonne éducation. Visons avant tout, quelles que soient l'origine et la destinée ultérieure de nos élèves, à faire des esprits bien trempés. Les Italiens se plaignent que l'instruction technique, dont le programme, ainsi que je l'ai dit, se confond presque avec; nos programmes habituels des écoles supérieures, aboutisse trop souvent, en sciences physiques, en histoire, en littérature, en tout (excepté
peut-être dans les mathématiques), à n'être qu'un résidu abstrait, formel, qui ne pénètre ni ne façonne Fintelligence. N'avons-nous pas entendu exprimer en France une plainte semblable? — ils disent encore qu'un instrument capital manque à leurs jeunes gens, la langue ; qu'ils sont mal exercés à écrire ou à parler, et que ce défaut leur est un continuel embarras pour penser; qu'ils ne disposent pas du précieux secours d'une langue classique ancienne pour cultiver leur propre langue maternelle et éclaircir leurs idées. — N'est-ce pas encore là une remarque qui nous est familière ?
Pour remédier à ce mal, on propose différents types d'une organisation d'études faisant suite à l'instruction primaire, où le latin aurait place à côté de l'italien, de l'histoire, des sciences naturelles, et qui serait commune dans les premières années à tous ceux qui se destinent aux carrières hautes ou moyennes. Je n*ai pas le loisir de m'étendre sur ces projets, que j'ai recueillis de la bouche d'hommes d'une rare compétence *■ ; mais quelque intérêt qu'ils présentent pour nous, ils ne concernent pas l'élite de nos classes populaires et nos écoles primaires supérieures, lesquelles souffrent pourtant à un haut degré du défaut que j'ai signalé plus haut. Est-il donc vraiment impossible d% trouver dans un emploi plus méthodique, mieux combiné, et surtout plus vivant de la langue et de la littérature nationales, le secours que les langues anciennes offrent si libéralement aux élèves des écoles classiques ?
i. M. le provéditeur Salvoni, de Milaa, entre autres.
Je VOUS en ai dit assez, je crois, bien que très sommairement, pour vous permettre d'apprécier ce qui a été fait ou qui est en voie de se faire à Rome depuis 1870, dans le sens de la civilisation libérale. Sans doute il y a un revers de médaille politique, économique, moral, qu'il ne faut pas voiler et qui inquiète à juste titre les Italiens attentifs et prévoyants : j'aurai à vous en reparler; mais, quoi qu'il en soit, le branle est donné et 'esprit souffle. C'est ma dernière lettre de Rome ; mais, comme en observant l'Italie, j'ai toujours la France devant les yeux, je veux, avant de m'éloigner, dire un seul mot du témoignage que j'ai entendu rendre par tout le monde à la manière dont M. le marquis de Noailles représente notre pays, à son tact parfait, à son sens éprouvé des personnes et des choses de l'Italie, à son esprit équitable et conciliant qui aide à prévenir les difficultés ou à les aplanir sans bruit« J'ai tenu à vous faire connaître ce qui m'a paru être un sentiment général.
Naples, 19 décembre 1879.
J'ai la bonne ou la mauvaise chance, en arrivant à Naples, de trouver la campagne couverte de neige et le Vésuve tout paré de blanc. Heureusement le soleil brille durant quelques heures du jour, et je peux jouir de ce tableau de la baie, plein de magnificence et de grâce tout ensemble, que tant de voyageurs ont célébré et que je n'ai garde de décrire après eux.
Mon premier soin, c'est de devancer les mauvais temps qui s'annoncent et de. courir à Pompéi. Je ne saurais vous rien dire de cette ville ressuscitée d'un sommeil de dix-sept siècles que vous n'ayez déjà lu vingt fois. Je ne sais s'il y a un spectacle au monde plus saisissant que celui de ces forums, entourés de leurs colonnades, où ne manquent que les citoyens; de ces théâtres, d'où l'on dirait que les spectateurs viennent à peine de sortir; de ces rues, où la double ornière des chars parait fraîchement creusée ; de ces maisons privées, où les fours,
les bassins, les comptoirs, les vases à vin et à huile attendent encore Tartisan, le marchand, l'acheteur; enfin, de cette grande cité silencieuse qui semble tout étonnée de ne point vivre. Et quand on monte aux gradins supérieurs de l'amphithéâtre, d'où les habitants de Pompéi purent voir fondre sur leur ville la pluie de feu et de cendres, quel contraste de découvrir au loin le même Vésuve toujours fumant et flamboyant, la baie encore bordée de sa ceinture de villes, la même mer azurée, le même ciel caressant, et' cette splendeur d'une nature toujours jeune et riante en face des ruines amoncelées des cités et des civilisations !
Naples est bien encore, malgré tous les progrès accomplis ou commencés, l'une des villes, les plus curieuses, les moins banales, qui se puissent voir. Je vais quelquefois le soir dans les rues populaires des bas quartiers, à quelques pas de la rue de Tolède, qui représente ici nos grands boulevards. Représentez-vous de longues rangées de cuisines en plein vent, établies des deux côtés de la voie publique, où les pauvres viennent s'approvisionner à bas prix ou consomment sur place des rations de vermicelli, de poissons frits, de beignets, de tartes aux fruits, à 4, 5, lOcentimes.Un peuple en guenilles se presse autour des marchands. De grands garçons de quinze à dix-huit ans, pieds nus, transis de froid, mais toujours gais, vous demandent un sou pour vous montrer comment on happe et l'on engloutit de longues cordes de vermicelli. Voilà un épicier qui vient d'installer chez lui une bande de quatre ou cinq musiciens qui joue et chante son répertoire avec un entrain infatigable. Des
PÉCAUT. il
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joueurs de cornemuse et de clarinette. Tenus de la Fouille aux approches de Noël, Tont faire entendre les airs monotones de leur pays devant les images de la Madone, éclairées de lampes, qui occupent la place d'honneur dans toutes les boutiques.
Les vieux quartiers gardent encore leur physionomie d'autrefois. Les ruelles, pavées de longues dalles de lave, sont assez propres; mais ce qui fourmille, ce qui grouille de créatures humaines dans ces hautes maisons, dont les rangées s'alignent comme des forteresses à un intervalle de 3 à 4 mètres, est incroyable. Que de temps, que d'efforts d'éducation, quel long apprentissage du travail, de l'ordre, de la propreté, du respect de soi, ne faudra-t-il pas pour civiliser cette société singulière, mêlée de tant de peuples, et où abonde heureusement l'intelligence! On s'y applique depuis quelques années; mais peut-être pas avec toute l'énergie ni avec l'esprit de suite et d'ensemble que réclamerait une situation exceptionnelle.
Je vous ferai connaître une autre fois quelques institutions destinées au relèvement moral et social des classes pauvres, les unes que la révolution italienne a créées, les autres qu'elle a animées d'un souffle nouveau. Cette misère de Naples est un fait déjà ancien et presque constant, que des circonstances tempo* raires, telles que les mauvaises saisons, peuvent seulement aggraver. Mais un mal plus inquiétant et qui s'étend à une très grande partie de l'Italie, ce sont les embarras croissants de Ja moyenne propriété et l'épuisement presque complet de la petite. Les mauvaises
récoites se succèdent, et l'impôt vient achever Tœuvre qu'un ciel inclément a commencée. Un grand État mili* taire, comme l'Italie a voulu Tétre (et, sans doute, avec raison), ne va pas sans d'énormes charges de toute es» pèce, militaires surtout, auxquelles le pays n'avait pas été habitué sous les précédents gouvernements et auxquelles son régime économique était loin de répondre.
L'Italie, à part les riches campagnes du Nord, est un pays pauvre, qui ne produit pas en proportion de l'étendae de ses terres cultivées ou cultivables; l'industrie et le commerce (toujours le Mord excepté) sont peu développés : eh. bien, ce pays supporte des contributions inconnues à l'Angleterre même et à la France! J'ai dû me faire répéter plusieurs fois pour le croire, que l'impôt foncier, aggravé des taxes municipales et provinciales, varie de 33 à 50 pour lOOde la valeur effective, selon les provinces et les villes; que les maisons sont frappées de taxes de revenu qui varient de. 35 à 50 pour 100 de la valeur imposable. Quant à l'impôt des* valeurs mobilières, qui est soustrait aux surtaxes locales, il ne dépasse pas 13 pour 100.
Quel pays, même le plus riche, ne plierait sous ce poids, et quel plus sûr moyen y aurait-il de frapper de mort la petite propriété, d'épuiser la grande, d'arrêter l'épargne, et par là de tarir les sources mêmes du tra-; vail et d^accroitre la misère des classes pauvres, qu'atteint déjà l'impôt sur la mouture? Vous aurez autant.de peine que moi à croire que l'an dernier il a été vendu trente-trois ou trente-cinq mille petites propriétés, terres
OU maisons, pour faire face à l'impôt et aux dettes pressantes.
Cette situation, que la politique n'a pas faite, mais qu'elle a dû agipraver, qu'elle ne peut pas non plu£^ changer d'un coup de baguette, mais qu'elle peut améliorer, préoccupe vivement tous les hommes sérieux, à Naples comme à Rome. Il est clair que de telles souffrances doivent aigrir les esprits et les disposer au mécontentement. Les citoyens les plus modérés, ceux-là mêmes qui ont eu et qui ont encore leur part de responsabilité dans la direction des affaires publiques, s'accordent à dire que l'intrusion continuelle de la politique dans les administrations locales a contribué partout à compromettre la bonne gestion des intérêts publics, et que les ressorts de l'administration générale en ont été affaiblis ou faussés. Quelle attention, en effet, des cabinets éphémères, occupés à défendre chaque jour leur existence et à retenir sous leurs drapeaux des alliés indociles et exigeants, pouvaient-ils donner à concevoir et surtout à exécuter des réformes sérieuses!
Cela vous explique le sentiment général de malaise qui règne dans les classes intelligentes et parmi les hommes les plus en vue. Je demande à des personnes considérables si le pays légal, le corps électoral, n'est pas capable d'un mouvement sérieux d'opinion qui mette enfin un terme à la compétition stérile des partis ; on me répond qu'il est apathique, qu'il attend de ses chefs politiques l'impulsion et la lumière. « Je ne crains pas pour mon pays un naufrage, me disait un homme public éminent; mais je crains une longue navigation à travers
des eaux marécageuses et les mortelles langueurs du calme plat. > Tout le monde sent que la situation économique réclamerait une puissante direction gouvernementale et administrative : pour cela il faudrait qu'un mouvement d'opinion bien conduit se propageât dans le pays, et du pays aux Chambres, et qu'il amenât la formation d'un grand parti composé de tous les éléments raisonnables de la gauche et de la droite. Mais d'où viendrait l'impulsion? La presse, ainsi que je vous l'ai dit, n'est pas fortement constituée ; elle est en grande partie régionale ; elle ne dispose ni d'assez de capitaux ni d'une clientèle assez nombreuse pour ouvrir de grandes enquêtes et parler avec autorité à toute la nation intelligente.
- La ville de Naples a renouvelé récemment son conseil municipal dans la proportion d'un sixième. Les catholiques conservateurs, ralliés au nouveau régime, en se joignant aux modérés, ont eu la majorité ; je ne peux pas apprécier exactement le sens et la portée de cette élection; je dirai seulement que j'ai entendu de divers côtés les voix les moins suspectes exprimer leur conflance dans la nouvelle administration municipale et en particulier dans le bon vouloir et l'honnêteté du syndic ou maire, M. le comte Giusso. On espère que désormais les considérations politiques pèseront moins sur le personnel et sur la gestion en général.
Je m'informe des dispositions des Napolitains à l'égard du nouvaau régime. On m'assure que les Bourbons n'ont pas de racines dans le pays; que le peuple est indifférent aux questions de gouvernement; que les familles
patriciennes sont obligées de se rapprocher peu à peu du pouvoir nouveau, ne fût-ce que dans Tintérét de leurs fils; mais on ajoute que le gâchis politique et le relÂchement administratif, joints aux impôts excessifs, sans donner des chances d'aucune sorte à l'ancieti régime, ralentissent le travail intérieur d'unificatioft. Songez d'ailleurs à Tignorance profonde qui règne dans l'intérieur des provinces méridionales ; l'action du pouvoir s'y est fait jusqu'à présent peu sentir, faute d'un organisme administratif bien constitué. C'est sur le service militaire qu'il faut compter le plus pour fondre dans la patrie italienne tant d'éléments inertes qui ont été soumis tour à tour à plusieurs dominations étrangères.
' Le parti clérical proprement dit n'est pas plus militant ici qu'ailleurs ; il ne fait du moins aucune démonstration extérieure; tout religieux ou superstitieux que soit le peuple, il ne se laisserait pas entraîner par ses chefs spirituels à faire campagne contre le régime établi. J'ai vu ofdcier l'archevêque dimanche passé à la cathédrale devant une fort petite assistance, tandis que, dans la même église, la chapelle de saint Janvier était encombrée de fidèles qui venaient entendre la messe. Un moine augustin prêchait devant un auditoire composé en grande partie de chanoines, de séminaristes et de peu de gens du peuple, contre « la triple idolâtrie de la science, de l'État et des sens » qui distingue notre siècle. On assure que l'archevêque, bien différent de son prédécesseur Riario Sforza, ne montre aucune hostilité au gouvernement.
Les nombreux et magnifiques couvents de la ville, ici coiAme partout^ dominicains, jésuites, etc., sont occupés par des écoles ou par des administrations. On me dit que la plupart des moines se sont dispersés ; beaucoup sont rentrés dans leurs familles; d'autres, qui étaient prêtres, ont pris une cure, en exerçant quelquefois (après avoir subi l'examen légal ordinaire) les fonctions de maître d'école communal ; quelques-uns même auraient trouvé un syndic pour les marier; d'autres sont demeurés à Naples, desservant une église, s'occupant d'éducation, ou enfin dépensant à leur gré la rente que leur sert la caisse de liquidation. Cela ne veut pas dire que les communautés religieuses soient mortes ; elles se reforment sur une assiette nouvelle, et elles ont ouvert de nombreuses écoles libres, soit primaires, soit secondaires, de filles et de garçons. Les barnabites, les jésuites, les scolopes s'adonnent à l'enseignement secondaire. Les Sœurs françaises de Saint-Yincent de Paul, avec des Sœurs italiennes, dirigent, dans le beau couvent de Saint-Augustin qu'elles ont acheté, un internat d'instruction primaire et supériejare pour les jeunes filles de la classe riche ou aisée. Le nombre de leurs pensionnaires est de 150; l'installation matérielle est très soignée; et l'on se conforme aux règlements légaux pour la distribution des classes, les programmes, les litres de capacité des maîtresses, les examens, etc.
Le père Curci, sorti récemment, vous le savez, de l'ordre des jésuites, vit ici dans une profonde retraite. Ce n'est pas à lui une petitS marque d'indépendance d'esprit et de courage que d'avoir osé penser et dire
que la souveraineté temporelle du pape n'est pas de foi, qu'elle n'est pas inhérente à la primauté spirituelle; et qu'il ne faut plus penser à la rétablir. Mais c'en est peut-être une plus grande d'avoir écrit, il y a peu de jours, une préface en tèle d'une traduction en langue vulgaire du Nouveau-Testament, pour déplorer que la lecture des saints livres soit négligée, et pour la recommander avec chaleur. Notez que le père Curci passe pour être l'ami de Léon XIII.
Naples, 21 décembre.
Les journaux de France m'apprennent que le projet de loi de M. C. Sée, relatif à Torganisation de renseignement secondaire des filles, sera prochainement l'objet d'une deuxième délibération à la Chambre des députés. Comme ce projet vise en particulier l'établissement d'internats, il ne sera peut-être pas sans intérêt pour vous de savoir ce que c'est qu'un internat séculier de filles en Italie. Ce pays est mieux pourvu que nous en * établissements d'instruction secondaire; il a ses Collèges et ses Conservatorii ; mais vous verrez quel caractère catholique ont conservé ces maisons, bien que pleinement sécularisées, et sous quel régime d'étroite claustra* tion, plus rigoureux à certains égards que celui de nos couvents d'éducation, on a cru devoir les maintenir. Quant aux nombreux collèges de jeunes filles que le ministre Coppino avait proposé d'ouvrir dans toutes les villes importantes de l'Italie, ils n'ont jamais existé qu'en
projette! rien ne fait prévoir que d'ici à longtemps ils voient le jour.
Il y a à Naples, pour ne parier que de l'Italie méridionale, trois collèges royaux de filles : deux destinés aux élèyes de condition supérieure, qui peuvent payer une pension de 750 francs; ce sont les educatorii de la princesse Harie-Clotilde et de la reine Maria-Pia; — l'autre, de la princesse Marguerite, où le prix de la pension n'est que de 500 francs et où le programme de l'enseignement est moins étendu. Je parlerai du premier, qui passe pour un des meilleurs et qui mérite, je crois, sa réputation pour l'installation matérielle, le régime intérieur, et même, à quelques égards, pour les études.
Ainsi que le nom l'indique, c'est une ancienne fondation royale, qui possède de riches revenus. Il est administré, avec les deux autres maisons, par un conseil de direction qui veille aussi sur les études et qui a même un droit de présentation pour les professeurs : mais c'est au ministre qu'appartiennent en définitive les choix du haut personnel et la direction suprême de l'enseigne- •ment. La directrice est nommée par décret royal, et investie d'une grande autorité.
L'enseignement n'est pas, il est vrai, aussi complet ni surtout aussi approfondi que dans les écoles supérieures de Rome et de la Lombardie, mais il ne laisse pas que d'embrasser une assez grande étendue de matières. On y voit figurer la religion, la langue et la littérature italiennes, l'histoire universelle et la géographie, l'arithmétique, que l'on pousse assez loin, la géométrie élémentaire, la tenue des livres domestique,
les éléments de la morale et de la pédagogie, les éléments de la chimie, de l'histoire naturelle et de Thygiëne exposés au point de vue de Futilité pratique ; le français, enseigné dès les classes élémentaires ; l'anglais, que Ton commence un peu plus tard ; la calligraphie, le dessin linéaire, d'ornement, de paysage, de figure; le piano et le chant; les travaux de main, la danse et la gymnastique.
Cet enseignement est réparti en deux cours, l'un élémentaire, qui embrasse quatre ans (de six ans à dix) ; Fautre, de perfectionnement, qui occupe aussi quatre ans (de dix ans à quatorze ou à quinze), et qui, dans le collège Marguerite, se réduit à deux. Le premier cours n'est autre que celui des écoles primaires publiques, augmenté de deux langues étrangères. Un règlement digne de remarque prescrit à tous les professeurs externes (hommes) de faire chaque mois deux ou trois leçons aux maltresses titulaires et aux institutrices auxiliaires, pour entretenir ou perfectionner leur instruction.
Voici maintenant quelques détails sur l'organisation et le régime intérieur :
Toutes les maîtresses sont laïques et pourvues du brevet supérieur. Elles habitent l'établissement. Les leçons du cours supérieur sont données par des maîtres du dehors, en présence d'institutrices internes et avec leur concours. La plupart des dames enseignantes ont été élevées dans la maison même et y trouvent comme une famille. Les élèves entrent en général vers l'âge de six ou sept ans, elles ne sont plus admises à partir de onze.
Elles ne 3'éloigiient pas de la maison à Tépoque des grandes vacances, qui durent six semaines; on les conduit alors aux bains de mer de Naples; elles ne sortent qu'aux fêtes de Pâques, de Noël, du Statut, du Plébiscite et du Roi; quelquefois, par manière de récompense, à Toccasion d'un examen annuel passé avec un grand succès. Même dans ces jours de sortie, ni les élèves ni les maîtresses ne découchent : c'est là une règle stricte. Toutes ces dispositions, vous le devinez, ont pour but de ne laisser troubler l'esprit de la communauté par aucune influence du dehors ; la famille même ne trouve pas gr&ce. Il va sans dire qu'on n'admet point d'externes. ' ^^
L'esprit de la maison, en ce qui regarde^'MP discipline et les études aussi bien que la composition du personnel, est assurément laïque et très laïque; rien ne rappelle les petites pratiques delà vie de couvent. Hais vous ne serez pas médiocrement surpris d'apprendre que les non-catholiques sont exclues, et que l'admission d'une protestante ou d'une israélite s'abstenant de prendre part au culte établi serait jugée chose à la fois nuisible à la bonne harmonie intérieure et offensante pour les familles; celles-ci, m'assure-t-ou, ou du moins la plupart ne tolr reraient pas un pareil scandale. Il est d'usage que les élèves se confessent à tour de rôle une fois par mois ou toutes les trois semaines. A Noël, à la suite d'exercices spirittielSy c'est-à-dire de conférences et de sermons prêches dans la chapelle, il y a communion générale, ce qui est l'occasion d'une grande fête.
Ces fortes habitudes, cette séquestration du monde.
prolongée de six ans jusqu'à quatorze t>u quinze, les aimables qualités des maîtresses et de la directrice, tout contribue à faciliter la discipline. Au reste , rien ne manque de ce qui peut rendre agréable le séjour de YEducatorium : un excellent régime alimentaire, des cloîtres spacieux, des cours plantées d'orangers, de belles terrasses de récréation d'où l'on découvre la ville et la baie de Naples, des dortoirs, magnifiques où les grandes élèves occupent deux par deux ou trois par trois des compartiments séparés, etc.; enfin, une salle de spectacle qu'envieraient beaucoup de nos villes de province, où, selon le goût italien, les élèves jouent quelquefois duraitt. le carnaval des pièces de comédie, en présence dé Teurs familles et de leurs amis. Il y a en tout quatre-vingts pensionnaires; vous pensez bien qu'il est besoin des riches revenus de la fondation pour couvrir tant de dépenses, et que les 70Ô francs du prix de pension seraient Icàm d'j suffire.
Les educatoriiy to«s le remarquerez, méritent bien leur nom, de même qu'ils justifient leur prétention favorite ; ils ne sont pas seulement des écoles, mais des maisons d'éducation; ils donnent, avec Tinstruction, des habitudes morales; et par là ils répondent à un vœu qui s'exprime de plus en plus haut en Italie. C'est bien sans doute de l'éducation que l'on voudrait auss i faire en France; mais, d'après ce que je vous ai dit des principes et des règlements sur lesquels repose l'éducation des educatoviiy on ne sera guère tenté, je pense, d'y chercher des arguments péremptoires, ni des modèles à imiter sans réserve pour la création d'internats laïques.
174 DEUX MOIS DE MISSiM EN ITALIE.
Est-ce à dire que je tienne de tels établissements pour impossibles à organiser en France sous les auspices de l'État et dans un esprit libéral? Assurément non; mais j'estime qu'on ne peut les créer qu'un à un, en procédant par voie d'études et d'essais^ et en s'attachant par-dessus tout à trouver une directrice capable [de suppléer par des dons supérieurs de caractère et d'intelligence à l'absence de fortes habitudes traditionnelles et à l'insuffisance des règlements.
Naples, 22 décembre.
J'ai été témoin hier d'une scène bien curieuse, et qui n'est pas du tout rare à Naples. C'était à TAnnunziata, le grand hospice des enfants trouvés. Un jeune homme à Tair dégourdi et de figure honnête, marin ou pécheur de profession, venait d'entrer dans le parloir, accompagné de sa mère et d'autres parents et amis, pour se fiancer devant le prêtre avec une pensionnaire de l'établissement, âgée d'une vingtaine d'années environ. Cette fille ne savait pas deux heures auparavant qu'on la demanderait en mariage. Le jeune homme, de son côté, n'avait jamais vu ni connu sa fiancée ; mais il avait fait vœu, dans quelque circonstance critique, d'épouser en cas d'heureuse issue une € fille de la Vierge », c'est-àdire une enfant trouvée ; il avait déclaré son intention au conseil administratif, qui, après enquête sur sa moralité et ses moyens d'existence, l'avait admis à choisir son épouse. Il était venu le matin dans l'établissement.