‹ Deux monuments des premiers siècles de l'égliseChapitre 1 sur 6 · Deux monuments des premiers siècles de l'église · texte numérisé non relu

Deux monuments des premiers siècles de l'église

Ce ne sera pas une des moindres gloires du règne de Pie IX y que Vélan donné à V étude des arts et des lettres, par un gouvernement sans cesse en butte aux conspirations et aux attaques de tout genre, mais qui, au milieu mène des vicissitudes de la politique, conserve toujours la conscience de son immortalité. Il importe qu'on le sache, pendant que Rome fixe les regards du monde entier, en défendant, avec son propre droit , les principes qui font la sécurité des sociétés humaines , elle voit fleurir en ses murs ce que peut envier l'état le plus prospère, et, chose digne de remarque, en même temps qu'elle soutient seule le poids de cette guerre morale, elle se livre encore aux travaux de la paix.

La science des antiquités chrétiennes y est surtout en honneur , et n'a peut-être jamais brillé d'un plus vif éclat. Le goût en avait pris naissance au XV I.^ siècle. Dès lors, on s'était mis avec ardeur à rechercher les monuments primitifs de l'Église, et jusqu'aux moindres objets qui pouvaient révéler les usages de la vie religieuse et civile des chrétiens.

Les travaux de Bosio , de Bot tari et de Buonarnoti, pour ne citer que les plus célèbres, sont des œuvres classiques dans cette branche des connaissances humaines. Les écrivains venus ensuite durent marcher sur les traces de ces savants. Mais il leur fut impossible de connaître tout ce que les différentes collections de l'Europe recelaient de monuments chrétiens , et moins encore les trésors artistiques découverts de nos jours en Italie, en France, en Espagne, comme aussi en Afrique et en Orient. Héritiers des traditions de r ancienne école , et enrichis par tant de découvertes modernes , il est donc vrai de dire que les archéologues romsins possèdent aujourd'hui tous les éléments pour reconstituer l'histoire intime de VÉglise des catacombes et des basiliques.

Nous voulons appeler l'attention sur une œuvre qu'ont préparée de longues études et de savantes recherches. C'est un recueil général des peintures et des sculptmres de l'Église primitive, que le nom si connu de son auteur, le R. P. Raphaël Garrucci, de la Compagnie de Jésus , fera accueillir assurément avec faveur.

Il est indispensable à qui veut entreprendre une étude sérieuse et complète de la tradition, des dogmes et de l'histoire ecclésiastique , d'interroger les monuments de l'art sur les quels nos pères dans la foi ont écrit les preuves de leur croyance, et de la discipline en vigueur parmi eux. Car, si à l'infaillibilité de l'Église enseignante, répond l'infaillible soumission dans le corps de l'Église enseignée, qui

ne voit que le langage unanime de ces monuments, en Italie comme en Orient et en Afrique, doit annoncer l'adhésion du peuple fidèle à la foi, et devenir ainsi une preuvei incontestable de V antiquité et de runiversalité de nos dogmes ? En sorte que la connaissance des débris de ces âges de christianisme pur , laquelle autrefois était de luxe , pour ainsi parler , dans la science catholique, est devenue dans ce siècle positif, d'un puissant secours pour la réfutation de l'erreur et le triomphe de la vérité.

Mais comment l'apologiste pourra-t-il s'acquitter de ce devoir, si les monuments eux-mêmes sont dispersés dans un grand nombre de livres, et dans des pays éloignés ?. L'Italie et la France, par exemple, sont particulièrement riches en sarcophages chrétiens ; l'Espagne et l'Afrique en possèdent également qui sont peu connus, de manière que plus des deux tiers de ces marbres n'ont pas reçu encore les honneurs de la publicité. On en pourrait dire autant de bien d'autres classes d'objets aussi dignes d'intérêt. Il fallait donc un recueil cmnplet de tous les monuments qui peuvent, sous quelque rapport que ce soit, éclairer la critique historique: c'est ce que le R. P. Garrucci a essayé de former.

Déjà un volume sur les verres peints trouvés dans les cimetières ^ , avait paru dès l'année i838. Il eût formé la première partie de ce vaste travail , si l'autewr ne s'était vu arrêté par la belle publication du musée p&yen de La-

1 Yetri ornati di figure ecc. Roraa 1858.

trm 1, entreprise sur l'ordre de Sa Sainteté, et pour le compte de la Caisse des sacrés palais apostoliques.

Le P. Garrucci reprend aujourd'hui l'exécution de ce plan grandiose. Les peintures, les sculptures, les mosaïques, décoration des catacombes et des basiliques chrétiennes, les"^ verres peints , les monnaies portant des signes de christianisme, les pierres gravées, les ivoires, les bronzes , sur lesquels on surprend les mystères du symbolisme de ces âges de foi, les joyaux qu'ont portés nos pères, comme les instruments de torture qui ont déchiré les martyrs, tout cela est classé par le consciencieux archéologue, et expliqué avec une science digne du règne sous lequel il écrit.

Plus de trois cent cinquante planches contiendront toutes les oeuvres importantes que l'art ait produites durant les huit premiers siècles de l'Église. Quoique une partie de ces œuvres soit déjà connue par la publication , toutes les gravures du nouveau recueil seront exécutées, autant que possible, d'après les originaux mêmes. Un grand nombre de ces précieux dessins, représentant les monuments de la France, de l'Allemagne, de l'Espagne et du nord de l'Italie, sont dûs à la main si exercée d'un artiste que nous regrettons encore, le P. Arthur Martin.

Hâtons-nous cependant d'ajouter que le P. Garrucci n'a pas eu la prétention d'élever lui-même un monument à la gloire artistique des premiers siècles chrétiens. Il n'appar-

1 Monumenti del Museo Lateranense. Ronia 1861.

— VH —

tient qu'aux gouvernements d'enPreprendre ces splendides publications qui sont le triomphe de l'imprimerie et de la gravure. Pour lui , il a tenté une (Buvre d'un cm'actère plus scientifique, ce qui n'empêche point que les questions d'art y soient traitées dans tous leurs détails, et que les gravures y soient la fidèle expression du caractère et du style des monuments.

Comme un tel ouvrage s'adresse aux artistes et aux savants de tous les pays, il était utile de l'écrire dans la langue comprise de tous, dans la langue catholique, qui, à Rom£, est toujours la langue de la science. Comme il réunit les monuments des âges primitifs, il était juste de l'appeler corps ou recueil : Corpus picturarum et sculpturaram veterum Ecclesiae universae.

Nous avons déjà dit que cette collection compterait plus de trois cent cinquante planches in fol. réunies en un volume. Le texte formera deux autres volumes; les dissertations préliminaires sur l'art, sur le symbolisme, sur les divers systèmes d'interprétation, serviront de prolégomènes.

On ne peut douter que le corps de peintures et de sculptures chrétiennes ne reçoive le même accueil que les autres ouvrages de son célèbre auteur. Si ces derniers ont fait faire un grand pas à la science des antiquités et résoudre plus d'un problème archéologique, la nouvelle collection est destinée à avoir plus de retentissement encore , et une utilité plus incontestée, s'il est possible, surtout pour la défense de la vérité catholique.

Nom serions heureux d'en avoir fu donner dans ces quelques lignes une idée fidèle. Mais afin de mieux faire goûter Vintérêt qu'urne telle publication ne peut manquer d'inspirer, nous avons cru utile d'offrir aux lecteurs la traduction de deux dissertations du P. Garrucci. Dans la premère, à propos d'un crucifix tracé sur une muraille du palais des Césars, l'auteur discute sur la forme de la croix romsine et sur la manière probable dont le Sauveur a voulu endurer ce supplice. La seconde vous initiera aux mystères du sym^bolisme chrétien de l'âge des catacombes. L'une et l'autre d'ailleurs doivent trouver place dans le corps de son ouvrage ; bien qu'elles aient obtenu déjà les honneurs de l'impression et de la traduction, dans presque tous les pays de l'Europe.

Page 1