UN CRUCIFIX DANS LE PALAIS DES CÉSARS
Oous l'angle occidental du Palatin, non loin de Tanlique église de Sainte-^Anastasie, Ton découvrit, il y a quelques années, deux des parois d* une chambre tou^e couverte de figures et d* inscriptions gravées au stylet. Les anciens se servaient de cet instrument pmir écrire sur des tablettes enduites d'une cire parfumée; parfois aussi, pour tracer, en se jouant, sur les murs et les colonnes de Imirs palais, des images et des sentences de tout genre. Pline nous rappelle ce âil. En parkuit des sources du Clitumnus , c(Misacrées à Jupiter : a Vous liriez, dit*il, de toutes parts, sur les colonnes et sur les parois de ces portiques, les louanges de ces ondes et de ce dieu l ». Les édifkes de Pompéi présentent un grand nombre d' inscriptions s^ffii)lables ; elles révëent de curieux détails de la vie intime des anciens, et permettent de discuter les origines des caractères cursifs et les règles qui doivent déterminer l'époque de ceite espèce d'écriture 2.
1 Leges multa multorum omnibus columnis , omnibus parîetibus inscripta quibus fons ille deusque cekbratur. Epist. 8, 1. YIIl.
2 Graffiti di Pompei - Inscriptions et gravures tracées au stylet recuillies et interprétées par Raphaël Garbdcci, de la Comp. de Jésus - Paris, Ben. du Prat, 7 cloître S.*-Benoît, 1856. Dans cet ouvrage, j'ai eu occasion de placer les inscriptions gravées au style dans la chambre voisine de celle que je dé-
Comme tant d'autres ruines , le palais des Césars recelait aussi de nombreuses inscriptions dictées par le caprice. Après avoir recueilli celles qui couvraient les parois de toute une salle, nous arrivâmes à trouver quelques paroles grecques , inscrites au somment d'un mur enseveli sous les décombres. Ce ftit là un précieux indice qui nous fit poursuivre nos recherches. Bientôt appamt le contour d'une tête d'animal sur un corps humain, dont les bras étaient étendus c-omme ceux des orantes dans les catacombes. La découverte paraissait avoir un haut intérêt ; aussi Mg.'' Milesi , Ministre des travaux publics 1 , nous aulorisa-t-il , avec sa bienveillance accoutumée, à faire enlever la terre et les débris qui encombraient cette chambre ^. Nous ne tardâmes point à contempler une image que ces ruines avaient conservée intacte à travers les siècles, et dont nous pûmes relever un calque fidèle.
Elle représente une croix , dont la forme est celle du Tau grec , surm(»ité d'une cheville qui porte une tablette. Un homme est attaché à cette croix , mais la tête de cette figure n'est point humaine, c'est celle du cheval ou plutôt de l'onagre. Le crucifié est revêtu de la tunique de dessous , que les anciens désignaient soùs le nom d'interula , et d'une autre tunique sans ceinture ; des bandes appelées crurales enveloppent la partie inférieure des jambes 3. À la gauche du spectateur, on voit un autre personnage, qui sous le même vêtement, semble converser avec la monstrueuse image, et élève vers elle sa mam gauche, dont les doigts sont séparés. A droite, au
cris maintenant. A cette époque, cette dernière était encore muette pour tous.
1 Aujourd'hui Cardinal.
2 Le 11 Novembre 1857.
3 II peut sembler à plus d'une lecteur que V homme en croix présente le dos au spectateur. En ce cas , les traits qui paraissent indiquer les crurales, seraient plutôt anatomiques et figureraient les jointures des jambes.
dessus de la croix , se lit la lettre ï ; et au dessous , Y inscription suivante :
AAESAMEN02 SEBETE ( sic, pour SEBETAI ) BEON , Alexamenos adore son Dieu.
Le stuc , dans le quel tout cela était tracé, fut prudemment détaché de sa paroi, et déposé au Collège Romain, dans la section chrétienne du Musée Kircher , si riche déjà en débris des âges primitifs 1.
1 La gravure que nous donnons est réduite à un tiers de l'original.
Quel sens faut-il attacher à celte étrange représentation? Assurément, les anciens n'avaient placé aucun dieu crucifié parmi les myriades de divinités, auxquelles ils offraient leur encens, et l'on ne frouve de semblables traditions dans l'empire romain, que parmi les impurs sectateurs des cultes asiatiques. Ce qui semble donc s' imposer tout d'abord à l'esprit , c'est qu'une main payenne , en dessinant cette image dérisoire, ait voulu blasphémer le mystère chrétien de la rédemption.
N' est-ce point là, en effet, ce qu'annoncent et la croix, et le crucifié, et r inscription surtout , dans laquelle les personnages sont si clairement indiqués? Ainsi, tout nous doit persuader que nous avons sous les yeux une ignoble parodie de notre religion, et que dans l'état actuel des connaissances archéologiques, il n'est pas d' autre signification à donner à cette figure. Une telle parodie ne serait pas d'ailleurs une chose bien inusitée , et elle répondrait parfaitement aux paroles de deux de nos plus célèbres apologistes , s' abaissant jusqu'à défendre les chrétiens d'une absurde et odieuse calomnie. » Vous avez rêvé , s' écrie TertuUien, qu' une tête d'âne est notre IMeu 1. » Et à son tour, Minucius Félix met (lains la bouche du payen Cécilius, ces mots adressés à Octave: « J'entends dire qu'une vile tête d' onagre , je ne sais par quelle inepte superstition , est l' objet sacré de leurs hommages 2. »
Les Gnostiques avaient jeté cette absurde calomnie à la tête des Hébreux , et ne manquèrent point de l'adresser encore aux Chrétiens , qu'ils savaient adorateurs du même Dieu , et en communion avec une grande partie de la nation juive. TertuUien en fait foi. Après
l^Somniastis caput asinium esse Deum nostrum, Apologet. C. XVI.
2 Audio eos [chrisUanos) turpissimae pectidis caput asini consecratum inepla nescio qua persuasîone venerari in Oct. C. IX, plus loin. Octave dit égalent: Audire te dicis caput asini rem nohisesse divinam, C. XXVIII.
avoir rapporté ï accusation, il nous en fait aussitôt trouver Y origine dans les écrits de Tacite 1 : « Nul tourment, raconte cet historien, n'épuisait autant les juife au désert que le manque d' eau. Déjà ce peuple se voyait sur le point de périr , lorsq'un troupeau d'cmagres, revenant des pâturages, se retira sur un rocher couvert d'une épaisse forêt. Inspiré, Moysele suivit, et trouva bientôt entre les herbes, des sources abondantes. C'est ainsi que T image de l'animal rév^lateur obtînt les honneurs du sanctuaire, et que l'on abandcmna le culte du bélier, comme pour faire honte à Jupiter Ammon 2. » Cette fable est rapportée aussi par Plntarque 3 et par l'histoiren Démocrite 4 ; mais , quelle qu'en soit l'origine S , il importe de constatar qu'elle se répandit en Afrkiue et à Rome, et qu'au temps de Tertullien et de Minucius Félix, l'on reprodiait aux Chrétiens et aux Juife de rendre à une tête d'àne sauvage les honneurs divins.
Ainsi nous entrevoyons déjà le sens mystérieux que peut avoir la monstrueuse image , présentant une double allusion au culte du cmcifix et à la prétendue divinité des Hébreux. Les GnostiqUes d'ailleurs, en commentant cette fable, assuraient que le Dieu de cette nation, le Sahaoth, n'était pas pfécisément une tête d'âne, mais une forme humaine terminée par une telle figure ^. Voilà pmtrêtre ce qui a guidé le style du payen; mais, de tout manière, l'igndMe parodie s' explique assez d' elle même , si son auteur a vcfulu marquer l'adoration d'un Dieu crucifié, sans oublier l'hidigne calomnie imputée au Christianisme.
1 Ad nation. 1. 1, c. XI.
2 Histor. lib. V, p. 6.
3 Tcv ovcv àvflKjpYjvavTa aùrot; inrpiv û^aro; Tijxuxjt. SympOS. \, IV.
4 Xpuoriv ovou xe^oXyiv içpoaexûvouv. Apud Sui(L 1, V, 'ïoû^aç.
5 Cf. BoccHART. Hierozoîc. c. 18, «rVossius De Idôlolat. III, c. 75.
6 "Avôpcdircv loTWTa cvou tLo^rn cx&vra. Apud S. Epiphoin. cofitrêi Gnos. hciêfes.
Les payens savaient que les Chrétiens adoraient un Dieu puni du dernier supplice sur le bois fatal de la croix 1, et dans un dialogue cité déjà, Octave ne le nie point; mais insinuant plutôt T union hypostatique de la nature humaine avec la nature divine, il s'empresse d'ajouter : a Vous seriez bien éloigné de la vérité, si vous pouviez croire que le culte chrétien a pour objet un malfaiteur ou m homme ordinaire 2. y^ Assurément, de ces paroles on ne saurait conclure que chez les chrétiens primitifs, F adoration s adressait indirectement à la cMx même, telle que F Église la propose aujourd'hui à notre amour; mais de nombreux témoignages établissent d'ailleurs ce fait d'une manière assez manifeste , pour qu'il n'y faille plus revenir. Une autre question, qu'on peut dire ancienne quoique toujours nouvelle, est plus digne d'attention : l'Église a-t-elle, dès les premiers siècles , mis le Crucifix entre les mains des fidèles , ou bien ce culte, ainsi que le prétendent les novateurs, est-il d'une invention plus récente?
Il exista, dès l'âge primitif de l'Église, concernant les objets commémôralifs des mystères, une maxime partout admise, une règle qui dirigeait la conduite des pasteui's : il taut aider l'infirme nature de r homme par des signes extérieurs et visibles, et ces signes doivent être honorés d' un culte relatif. Cette espèce de culte était tout autre chose qu'une idolâtrie. Les Chrétiens n'ont jamais imité le paganisme, qui offrait son encens à la pierre et aux métaux transformés par Fart, mais ils se sont contentés toujours de vénérer la croix et les images sacrées, en les baisant avec respect, en les pressant sur le coeur, en les exposant enfin aux regards de tous. Soutenir le contraire, serait fermer les yeux à la lumière, et méconaître une ve-
1 Hominem summo mpplicio punittm et cmcis ligna feralîa colunt Caeci apud MiNDC. Feug. c. IX.
2 Jhid.
rite clairement deinonti*ée par les témoignages des Pères, V enseignement de r ÉgKse et la tradition des siècles.
Cep^dant une telle maxime devait rencontrer bien des obstacles dans les habitudes comme dans les répugnances des peuples uouYellement conquis à la foi. Aussi TÉglise, en mère prudente, n'oubliaitelle pas de tempérer, selon les circonstances, Y usage des cérémonies et des symboles du culte, qui ne touchant pas à V essence des pratiques religieuses, n'avaient d'autre mission que de venir en sdde à l'esprit et au cœur. Et en effet, nous trouvons ça et là des indices plus ou moins sensibles de la diversité du culte extérieur dans les différentes églises. Origène, par exemple, conservait précieusement le canon , dans lequel le saint martyr Pamphile exhortait les fidèles à avoir toujours avec eux l'image du Christ l, etau commencement du V.® siècle, le pape Innocent 2 rappelait cette même recomandantion de Pamphile, pour la remettre en vigueur. Il est néanmoins probable que, dans le culte public, on offrait rarement à la vénération des fidèles l'image du sauveur lui-même attaché à la croix, et que ce point de discipline était laissé à la prudence des Évêques. L'illustre apôtre des Arméniens, saint Grégoire croyait que la vive représentation du mystère de la croix était propre à fah-e impression sur ce peuple , et établit le culte du crucifix dans les églises qu' il avait fondées. Les belles paroles que son disciple Agatange recuillit de sa bouche, sont digues d'être rapportées, d'autant que le patriarche Ni* céphore, dès le VII.® siècle, les a vengées d'avance de la critique du savant Père Stilting, qui voyait dans ce passage des Actes du saint, une interpolation du VIII * siècle 3 : « Dieu, dit le grand Évêque, a disposé que les nouveaux croyants, accoutumés jadis à vénérer le bois
1 Xeipo woiTfiTTfjv (mnXrjv tou àX7)6tvoi) 6eo5 xai SwT^po; "nium 'ÏTfiaoû Xpiarou.
2 Epist. XXVIII.
3 Acta SS. Vin Sept. pag. 296.
taillé, adorassent, au lieu d'abominables idoles, son imagé humaine étendue sur la croix t ». '
Quelque grande opinion que Y on ait de la valeur de V esprit humain, on ne peut méconnaître les bornes étroites dans lesquelles il se meut, surtout s'il s'agit de Texpression pratiqué de ses conceptions. L'Eglise, en ^seignant un culte tout spirituel et abstrait à une créature, qui, pour ses perceptions, Kslève de la matière, n'entend pas détruire r ess^ce de l' honune ni ses opérations naturelles , mais elle les ennoblit au contraire, en les dirigeant vers une fin sublime, celle d'honorer la Divinité. Les ouvrages de 1' ail en reçoivent une destination plus haute, et vénérant les images que ses mains ont taillées, la pensée del'honune, et avec elle, son adoration, s'élèvent sans effort jusqu'à Dieu.
Cette philosophie des images une fois admise, il n' est pas difftcile de croire que là même où le culte public du crucifix ne s' ét^t pas établi encore, l'Église avait coutume d'en proposer le culte privé à la.dévotion des fidèles, et qu' au lU.® siècle, cet usage se trouvait déjà universellement répandu. Si notre assertion était dénuée d'autre preuve , le crudfix gravé du Palatin témoignerait sail assez haut pour elle. Car comment expliquer, sans l' existence d' un type admis, cette parodie du Christ crucifié tout vêtu, alors que le supplice de la croix devait inspirer une tout autre idée, puisqu'à Borné» les patients étaient attachés tout nus à ce gibet? En réalité, les plus ancims crucifix que nous ccmnaissions, présentant tous cette tunique dépourvue de manches et appelée par les Grecs collobium 2. Il est vrai qu'il s'est rencontre aussi des crucifix nus, comme l'atteste saint Grégoire de Tours 3, mais ils devient* s' éloigner de la disposition
1 Antirretl. in SpiciL Solim. I, pag. 501. Cf. Sanlilog, Armen. XXX Sept. éd. Aucher.
2 Cf. loAN. Macar, Hagîoglypta, p. 10, 3. Paris 1856.
3 L. I. de gl. Martyr, c. XXUI.
commune ; el en voyant le Christ du Palatin couvert d' un vêtement de dessous et d'une tunique, Ton est forcé par T évidence, de reconnaître un type généralement reçu, et bien distinct, en ses traits caractéristiques, de Fimage d'un supplicié vulgaire.
Après ces observations, une critique prudente ne trouvera pas déraisonnables nos remarques sur le culte privé du crucifix, appuyées qu elles sont sur des témoignages importants et sur les règles suivies à toutes les époques par Y Église. Mais entrons dans un autre ordre de considérations importantes.
Alors que les savants discutaient la forme véritable de la croix romaine et la manière d' appliquer ce supplice. Juste Lipse et le Père • Grelser, pour ne pas parler des autres, amassaient d' ingénieuses et doctes conjectures, ne pouvant alléguer en faveur de leur sentiment, aucun témoignage a^sez authentique ni assez ancien. En présence du crucifix récemment exhumé dans le palais des Césars , qui n« comprend que la croix, munie d' une traverse où sont cloués séparé- • ment les pieds du patient, est au moins la forme communément en usage à Rome, et que l'arbitraire ne saurait plus changer désormais? En outre, cet insigne monument corrobore d'une manière singulière ^ l'opinion qui attribuait à la croix la figure du Tau grec, et en même
temps il justifie ceux qui soutenaient que cet instrument de mort ne pouvait manquer d'un appendice supérieur. Ainsi faudra - 1 - il concilier ces divergeances, et reconnaître à la croix la forme du T, qu' 00 surmontait du titre de condamnation , lequel était lui-même "attaché à une cheville, plantée dans la traverse horizontale l. La croix avait de plus une seconde traverse , moins importante que la première, et sur laquelle étaient cloués les pieds du condamné. Tout cela est en parfait accord avec l'ancienne tradition, qui n' avait jus-
1 Sur la gravure du Palatin, la position de celte cheville;, un peu écartée de la ligne de l'arbre perpendiculaire, est une preuve irrécusable et frappante de sa distinction essentielle d'avec la croix elle-même.
qu' ici pouf s'affirmer, que quelques crucifix non antérieurs au VII.' siècle, mais qui, depuis notre découverte, se voit représentée par un témoin bien authentique et presque contemporain.
Il semble donc que cette gravure ait vu le jour précisément afin de répondre, d une manière péremploire, à toutes les questions de la science; soit qu' on la considère, ainsi que nous le croyons, comme une caricature de l'image vénérée par Alexamenos (c'est le nom du chrétien placé au bas de la Croix), soit que son auteur payen ait voulu représenter simplement le supplice resené aux crimes capitaux, selon la manière pour ainsi dire officielle de Y appliquer, à Rome.
L' autorité d' un tel monument résulte sans doute de son antiquité. Nous l'avons attribué aux premières années du III.^ siècle de r Église ; il est temps d'en rapporter les raisons.
La construction du palais des Césars appartient à diverses époques. La demeure d'Auguste fut successivement agrandie par les empereurs, ainsi que l'attestent les ruines, aussi bien que les historiens. Il est moins facile de déterminer le constructeur de chacune de ces diflerentes parties, et quant à la chambre où nous sommes, nul témoignage historique ne vient nous en faire connaître l'architecte. Heureusement, la découverte de carreaux portant une marque de fabrique, supplée au silence des écrivains. Les débris du dallage de cette partie du palais révèlent clairement qu' Adrien est son auteur , de même que du côté de l' Orient, d'autres débris semblables avaient déjà fait reconnaître à Nibby l'œuvre du même prince 1. L'empreinte de ces carreaux de terre cuite porte les années 123 et 126. Je lis sur une de ces dalles qui affectait la forme triangulaire avant sa rupture :
PAETINO Eà i^RONLA MVINIC PAN rAGSVLP
1 Borna antica, P. II, p. 451.
Le contexte restitué est celui-ci: Paelino et Aproniano cos, M. Yinici Fantagathi Sulpidana, c' est-à-dire : Ex of^dna Sulpiciani M. Vinicii Fantagathi ^ .
La seconde empreinte a :
VEROIII AMBC PRLVSLM(
On y supplée aisément ce qui manque: Yero tertium, Ambibulo cas 2 (ex) praedns Lusi Modesti, Sur d'autres carreaux,. on avail déjà lu: C. Lusi Modesti; mais parmi ceux qui sont trouvés ici, un seul donne le nom des deux consuls Verus et Ambibulus , et encore le prénom Modestus du possesseur an praedium y est-il omis! Je ne m* arrête pas à un troisième fragment , qui porte : 'ESTERSC . CAi.PFAVC; c est-à-dire: MnESTERtS C . CALPetani FAVom, parcequ' il n' indique pas les noms des deux consuls.
Il est donc démontré que le crucifix gravé sur les murs de cette salle, n'est point antérieur au règne d'Adrien. Il n' est pas aussi facile* de déterminer la limite postérieure; mais nous indiquerons quelques circonstances, que V on jugera sans doute suffisantes pour ne la point reculer au delà des premières années du III.® siècle.
n est naturel d'aftribuer cette image à une époque où Tignoble calomnie, dont elle est l'expression, était jetée partout à la face des chrétiens, ^ous avons au II.® siècle de notre ère , des apologiste^ qui ne font aucune mention d'une si odieuse injure. Le premier qui s'en émeuve et qui se donne le soin de la contredire , est Tertullien ; et il faut croire que de son vivant, cette fable commençait à se répandre de toutes parts. A quelques années de là, une nouvelle
1 Année 123.
2 Année 126.
réfutation s'en retrouve dans Minucius Félix; mais, après lui, la trace ne larde pas à en disparaître dans les autres écrits apologétiques. iN'est-ce pas à dire que celle fausseté, qui soudain s' était trouvée sur toutes les lèvres payennes, en Afrique et à Rome, avait, comme toules^^ le croyances absurdes , épuisé bientôt sa vogue, el que dès lors, rien n'expliquerait une semblable parodie du culte chrétien , exécutée par quelque serviteur des Césars , sans doute sous Tinspiralion des préjugés de son temps ?
Un grand nombre de chrétiens devait résider à la cour de Septime Sévère , puisque Tertullien assure que ce prince alla jusqu'à confier à l'un d'eux, nommé Proculus et surnommé Torpacion , l'éducation du j^une Antonin 1. Ce dernier, devenu empereur sous le nom de Caracalla, se souvînt des adorateurs du Christ , c'est le même apologiste qui nous l'apprend 2. H est donc permis de conjecturer qu'à cette époque vivait le chrétien Alexamenos, loumé en dérision par un payen , sans doute son compagncm d'esclavage ou de milice, ou bien encore son co-afifranchi : 'AXeCai^evoç aé^srat Beov.
Rien dans le. monument du Palatin ne contredit cette opmion, ni la paléographie , qui trahit la même époque, tant à cause de l'usage simultané de l'E carré et del'E semicirculaire dans la même inscription , que par la forme générale des lettres ; ni moins encore l'orlographe , car oi> sait que le changem^t de l'Ai en E a plus d'un exemple à Rome , même sur les monuments grecs du règne d'Auguste 3. Enfin les autres inscriptions grecques de celte chambre, qui, sans préjudice pour notre thèse, pourraient être d'une au-
1 Nam et Proculum christianum qui Torpacion cognominabatur Euhodeae procuratorem, qui eum per oleum aliquando curaveral, requisivit et in palalio suo habuit mque ad mortem eim: quem Antoninus opliwe noverat, lac te ckristiano educatus. Ad Scapulam, C. lY.
2 Christianorum memor fuit. Ibid.
3 \. Franz. Elem. Epigr. Graecae, p. 250.
Ire temps, ne font naître aucune diflBcullé sérieuse , étant parfaitement semblables à celle dont nous nous occupons.
Il me reste à rapporter les inscriptions gravées au style et sur les parois de la chambre voisine de celle du cruciflx 1. Pour la paléographie , on n'y trouve nulle difierence. La première , en grec , porte le mot TOnoc. Le n semble plutôt une lettre initiale que numérale. Lés salles où ces mots sont inscrits , étaient garnies de bancs dans leur pourtour. Ce qui ne permet pas d'en douter, c'est que les peintures et les stucs qui en couvrent les parois, se terminent partout à la même distance du sol. Elles servaient probablement à recevoir, comme l'usage s'en est conservé de nos jours chez les grands seigneurs , lés gens qui venaient traîter de leurs affaires avec les officiers et les procureurs du j)alais ; elles étaient donc ouvertes aux esclaves aussi bien qu'aux affranchis de la maison impériale. J'attribuerais, de préférence, lés inscriptions, à ces derniers, et j'imagine que chacun traçait son nom audessus de la place qu'il avait coutume d'occuper, ou bien encore les sentences que lui dictait souvent un pur caprice.
Plus loin , se lit encore le nom ArPITillAC , pointillé dans le stuc. La singulière coutume de tracer des légendes au moyen de petits pomts , oflre une nouvel exemple dans une chambre voisine , où le même nom APPiniIAC est ainsi gravé en caractères lapidaires de très-forte dimension.
D'une inscription dessinfée au pinceau , on ne voit plus que les mots : HAY AAEA4>a)(v) CEPwTO. Ce même HAY est encore compris dans l'inscription suivante :
1 Comme nous l'avons déjà dit , les iûscriplions mises à jour dans une autre chambre proche de celle-cî, sont recpeillies dans \ Atlas des Graffiti de Pompei; pi. XXX, XXXI.