MONTESQUIEU A BORDEAUX
Le château de La Brède a été la principale résidence du célèbre auteur de V Esprit d?s Lois. A Paris, c'est dans la rue Saint- Dominique qu'il logeait, pendant ses séjours fréquents dans 1 1 capitale. Tout jeune élève, étudiant en droit, avocat, conseiller, puis président à mortier au Parlement et membre de l'Académie des Sciences, Belles -Lettres et Arts, il eut constamment un domicile à Bordeaux.
Les historiens et les biographes de Montesquieu semblent admettre qu'il ne dut habiter que dans la rue Margaux et qu'il ne changea jamais de demeure à Bordeaux. Tous ont puisé cette indication à la même source ou se sont copiés sans contrôle. En 17 19, Montesquieu, ayant projeté d'écrire une histoire physique de la terre, demandait, dans les feuilles littéraires, des renseignements sur ce sujet. L'avis publié se terminait ainsi : <. Il faut adresser les mémoires à M. de Montesquieu, président au Parlement de Guienne, à Bordeaux, rue Margaux. » Voilà la source connue.
Les nombreuses recherches nécessitées par la préparation d'une importante étude, à laquelle je travaille depuis longtemps, m'ont permis de retrouver, en puisant à des sources multiples, des renseignements exacts et complets sur les diverses demeures de Montesquieu à Bordeaux.
L'Administration municipale, en décidant qu'une plaque demarbre indiquera le lieu précis où avait habité Montesquieu, a désiré, dans un sentiment de patriotisme bien naturel, faire connaître aux Bordelais le nom des rues diverses dans lesquelles il avait demeuré; c'est pour répondre à ce désir que je détache ces détails de mon volume. Les minutes des notaires et des correspondances me permettront de dire : « Montesquieu habitait dans cette rue lorsqu'il fit telle chose. » C'est ce que je vais faire brièvement en suivant l'ordre chronologique.
Montesquieu est né au château de La Brède, le 18 janvier 1689; son père était en cette même année jurat-gentilhomme de la ville de Bordeaux. A l'âge de cinq ans, il fut parrain de son frère
A.PPENDI4 l pli, ne à Bordeaux, le 9 novembre 1694, et qui devint doyen
de Saint-Seurin. Il fut aussi Le parrain de sa sieur Marie - Aune,
née à Bordeaux, le 20 .septembre 1696, dans La paroisse Je Sainte- Eulalle; sa mère mourut cette année -là.
[acques de Secondât, le père de Montesquieu, l'envoya au collègede Juilly, d'où U sortit le i-i septembre 1705. Jusqu'en 1703 son père habitait rue Bouhaul i actuellement rue Sainte-Catherine après le cours Victor-l Iugoi ; avant d'entrer au collège de Juilly, il dut rester à Bordeaux, pour commencer son instruction élémentaire, jusqu'à l'âge de onze ans; pendant ses vacanees, il partageait son temps entre Bordeaux: et La Brède.
1703- 1715 RLE DES LAURIERS
Jacques de Secondât, après avoir quitté la rue Bouhaut, logeait rue des Lauriers; Montesquieu, en sortant du collège de Juilly, habitait avec lui; on l'appelait alors M. de La Brède. Il t'ait son droit à Bordeaux. Le 29 juillet 1708, M. Tanesse étant doyen, il est reçu bachelier en droit civil et canonique; quelques jours après, le 12 août, il est licencié en droit, et le 14 du même mois on le reçoit avocat au Parlement de Bordeaux, sous le nom de « Charles- Louis de Secondât».
Conseiller au Parlement, Montesquieu prête serment en cette qualité le 2i mars 1714; il signe: de Secondât. Dans un acte notarié, il est ainsi qualifié, pour la première t'ois, le 29 décembre 17 14 : « Charles-Louis de Secondât de Montesquieu, chevalier, conseiller du roi au Parlement de Bordeaux, seigneur baron de La Brède. » Afin de le distinguer de son oncle Jean- Baptiste de Secondât, baron de Montesquieu, seigneur de Castelnouvel, Talence et Raymond, le président à mortier qui devait lui laisser sa charge, on le désignait sous le nom de « Montesquieu de La Brède ».
Le 30 avril 1715, dans l'église de Saint- Michel, Montesquieu épouse demoiselle Jeanne de Lartiguc, iille de Pierre de Lartigue, ancien lieutenant- colonel au régiment de Maulévricr. Avant ce mariage, réponse demeurait rue Neuve », l'époux, rue des Lauriers.
1. Voir les Vieux Souvenirs de la rue Xcuvc, à Bordeaux, par un vieil enfant de cette rue (Gh. Marionneau). — Bordeaux, V1-' Moquet, ifyo, in -s-.
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1715- 1 7 1 0 ROT M MtGAtJX
Montesquieu habitait rue M trgl mx, au mois de novembre 1 7 I -" : il n'y resta que jusqu'au commencement de l'année 17c).
Le i 1 janvier 1 7 1 ô , son oncle le président, étant malade, fait lin testament en son hôtel, rue Judaïque, paroisse Saint- 1'. (actuellement me de Cheverus), aux termes duquel Montesquieu est son héritier universel; il meurt quelques JOUTS après.
Le 3 avril 1716, sur la proposition de M. de Navarre, Moi quieu est élu membre de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres t L Arts de Bordeaux, qui était alors composée de MM. Antoine- Alexandre de Gascq, président à mortier au Parlement; J.-B. de ( iaupos, vicomte de Biscarosse, conseiller au Parlement; A.-J.- 1 1 yaeinthe Lebcrthon, président à mortier; Jean-François Melon, le célèbre économiste, inspecteur à Bordeaux des fermes du i"i; François Bellet, docteur en médecine; l'abbé Jules Bellet; Cardoze, médecin, qui Laissa sa bibliothèque à l'Académie; de César, conseiller au Parlement; Pierre-Éloi Doazan, médecin; le R. P. Fau, religieux de la Merci; Joseph de Navarre, conseiller à la Cour des Aides; l'abbé Olivier; l'abbé Sabathier, professeur de philosophie au collège de Guyenne; Isaac de Sarrau deBoynet, littérateur et amateur de musique; Sarrau de Vézis et de Pichon, frère du précédent; l'abbé Descors, chanoine de Saint- Seurin; le R. P. Rose, jésuite. Montesquieu devint le dix-huitième membre de cette Société qui rendit de si grands services à Bordeaux.
Jean- Baptiste de Secondât, fils de Montesquieu, était né à Martillac, près de La Brèdc, le 12 février 1716. Le 20 mai 1 7 16, Montesquieu obtient des lettres de dispense d'âge pour succéder à son oncle dans la charge de président à mortier; ses lettres furent enregistrées au Parlement le 12 juillet 17 16.
1719-1725 RUE Dr MIRAIL
Le projet d'Histoire physique de la Terre dut être lancé au début de l'année 17 19 : Montesquieu n'habitait plus rue Margaux à la fin du mois de mai. Le baron de Marcellus louait au Président, le 10 mai 1719, un grand corps de logis de sa maison sise rue du Mirail. Le bail, qui était de neuf années, partait du mois
de juin 1719 pour finir le 31 mai 1728, moyennant le prix d neuf cent cinquante livres par an.
En 1721 parurent les Lettres persanes.
Le 12 janvier 1723, Montesquieu dut assister au mariage de La sœur de son condisciple et ami J.-J. Bel, qui épousait le conseiller de Raxena et eut pour fils le poète Saint-Marc de Razens. M. d Boucaud, conseiller au Parlement, devait, après le décès de J.-J. Bel, être le tuteur du jeune Saint- Marc, dont le père était mort.
Les lettres de dispense d'âge qu'avait pu obtenir Montesquieu en 1716, lui permettaient de jouir du titre de président à mortier et de certaines prérogatives attachées à cette charge; mais d'après les Ordonnances, il ne pouvait présider qu'à l'âge de quarante ans. Il obtint le 3 juillet 1723 de nouvelles lettres de dispense lui permettant de présider, bien qu'il ne fût âgé que de trente -quatre ans et cinq mois.
Le Temple de Guide fut publié en 1724.
Le i« mai 1725, Montesquieu lisait à l'Académie de Bordeaux un Traité général des devoirs de Y homme. Le 25 août, il communiquait à la même Académie un Discours sur la différence entre la Considération et la Réputation, qui va être incessamment publié en entier pour la première fois (voir page 57).