‹ Deux pages de l'histoire d'Amérique [microforme]Chapitre 2 sur 4 · EN · texte numérisé non relu

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Le sol était divisé en trois grandes parts. La première servait à l’entretien du culte, la seconde appartenait à l’empereur, et la troisième, beaucoup plus considérable, était destinée au peuple.

Quant aux divisions ou subdivisions particulières, elles se fesaient ainsi :—chaque citoyen recevait en se mariant une mesure de terre du produit de laquelle il pouvait vivre aisément avec son épouse. On lui en donnait une nouvelle chaque fois qu’il survenait un petit citoyen, et une demi-mesure seulement à la naissance d’une petite. On apprenait au sujets la profession que chacun pouvait suivre selon son rang, de manière que tous les individus de la nation pussent contribuer de leur travail au bienêtre dé la société entière, et que l’on trouvât dans le travail des particuliers de quoi subvenir au besoin de chaque famille, et au soutien des veuves et des orphelins, des vieillards et des invalides.

Un tel système voulait un cadastre et des régîtres

publics. Il y avait en effet des officiers dont le devoir

était de donner de mois en mois un état des naissances et des décès. Les citoyens étaient distribués sur le sol en clans ou tribus comprenant un certain nombre de familles. - Il n’était permis de confondre un clan avec un aütre ni par mariage ni par changement d’habitation ; et cette prohibition ne saurait être traitée d’inutile

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rigueur, car autrement, comment conserver facilement l'égalité dans le partage du sol ?

Dans chaque ville, bourg ou village, les maisons étaient divisées par dixaines, à la tête de chacune desquelles la législation avait placé un officier subalterne. Le dixainier ne fesait qu’ouvrir une hiérarchie compliquée. Un décurion avait la présidence sur cinquante familles ou cinq dixaines. Venait ensuite le centurion. Celui-ci était lui-même subordonné à un dignitaire qui avait cinq cents familles sous son obéissance ou sous ses soins, et qui était l’inférieur immédiat du chiliarque, grand-officier qui ne reconnaissait de superieur que le vice-roi de province.

Le dixainier avait à remplir deux obligations remarquables,—la première, de demander au décurion le grain pour ensemencer les terres, la laine et le coton pour filer et tisser ; enfin, les secours nécessaires en cas d’incendie ou de quelque autre malheur.

La seconde obligation,—qui peut paraître singulière, —€"était de déclarer lui-même, en fesant son rapport, les fautes qu’il pouvait avoir commises dans sa gestion. Mais c'était bien le seul moyen d’être puni avec douceur, car la faute venait toujours à être découverte. S’il avait différé un seul jour d’accorder les secours nécessaires, il était puni sévèrement.

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Les décurions et les dixainiers s’informaient si les pères de familles élevaient bien leurs enfans, et s'ils

remplissaient leur devoir concernant la culture de la terre ;—ils s’enquéraient si la mère s’occupait des vête-

mens de sa famille, et si elle réglait avec ordre et propreté tout ce qui concernait la nourriture et le bien-être de ses enfans; car dans cet état de société, le père r’ayant pas à gagner la vie de ses enfans, la mère continuait dans leur adolescence comme dans leur âge tendre à être la véritable dispensatrice des choses nécessaires à la vie dans sa maison : l’état la chargeait spécialement de cet important ministère. Les dames péruviennes avaient un usage qui est digne de tout éloge. Quand elles allaient visiter leurs amies, elles les priaient deles honorer de quelque ouvrage. Garcilasso, le descendant des Jncas, nous a laissé le souvenir des visites que recevait sa mère, visites ii ul As il avait été présent dans son bas âge.

C'était toujours le père qui instruisait son fils : la loi lui en fesait un devoir ; mais cette éducation ne consistait, chez les roturiers, qu’à apprendre l’art ou le métier que le père exerçait. Il y avait bien dans toutes les villes, et particulièrement à Cuzco, des écoles publiques, mäis seulement pour la noblesse, qui avait apparemment au sujet. de l’éducation, une maxime directement opposée à celle de la noblesse de l'Europe durant le moyen

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âge. On attribue l’établissement de ces écoles à l’Inca Roca. Les anautis ou docteurs y enseignaient ce qu’ils savaient d’astronomie, de musique et de poésie. L’arithmétique n’était pas oubliée, et devait être une connaïissance d’autant plus difficile à acquérir, qu’on n'avait point d'écriture, mais seulement des nœuds de certains cordons de diverses couleurs appelés quipos, dont on peut avoir une idée en lisant le roman intitulé : Lettres Péruviennes, par Madame Françoise d’Harponcourt de Graffigny. Les traditions historiques de la patrie étaient rappelées par ordre dans ces écoles, et passaient ainsi d’une génération à l’autre. On y apprenait aussi l’art militaire. Un Znca dont je ne sais pas prononcer le nom se montrait pour l’éducation aussi zélé que Charlemagne et Alfred le Grand. Il relégua son fils, qui ne se souciait pas de l'étude, dans le grand parc de Chica, où il fut condamné à garder les troupeaux du Soleil. Il paraît que ce genre de correction lui profita, car ce jeune prince fainéant fut depuis l’Inca Viracocha.

Quand un fils de famille avait terminé l’apprentissage de l’art qu’il devait exercer, s’il se mariaiït, il prenait pour lui le lot même de terre qu’il avait apporté à son père par sa naissance.

Les filles se mariaïent sans dot parce que létat avait suffisamment pourvu à l’entretien des époux en commun.

Les terres ne pouvaient s’aliéner, et personne n’en héritait. Mais si la mère restait veuve avec des enfans en bas âge, les lots, au lieu de retourner à la masse, demeuraient dans sa famille, et c’était au parent le plus pioche à les cultiver pour la famille privée de son chef.

Il y avait des jours où les pères de familles étaient tenus:à tour de rôle d’ensemencer les lots des vieillards, des infirmes et des orphelins. On criait le travail qu’il y aurait à faire pour eux : les grains étaient fournis àmême les magasins publics.

Les produits des terres de l’empereur étaient mis en magasin pour les besoins de l’état ; mais si les grêles ou les sècheresses,—si les débordemens des rivières, les tempêtes et les orages dévastaient les campagnes, et privaient les familles des alimens et de l’abri nécessaires, on pourvoyait à leurs besoins à même ces réservoirs créés par une sage prévoyance.

C'était encore par la même sollicitude pour le bienêtre général que l’état entretenait de trois en trois lieues, du moins sur les grandes routes, des hospices pour accommoder les voyageurs.

Il était permis à tout le monde de prendre du sel aux sources où l’on en fesait. La pêche dans les rivières, les lacs, en mer, était partout libre. (Chacun pouvait chasser, prendre des fruits, du chanvre, etc.

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Ainsi le code pénal ne présentait pas une liste interminable de crimes créés par le droit positif dans l'intérêt des propriétaires ; mais les peines applicables au petit nombre de crimes que l’on connaissait étaient sévères. Il est vrai que les Incas avaient pris tant de précautions pour faire éviter les fautes, qu’ils avaient rarement à appliquer le châtiment: il faut ajouter encore qu’ils régnaient sur des peuples qui croyaient leurs lois divines ; dans ce sentiment, les coupables venaient souvent s’avouer eux-mêmes.

Mais les Espagnols ne se furent pas plus tôt emparés de l'empire des Zncas, que la chaîne de tous les rapports civils fut rompue. Le bonheur de la nation disparut avec ses lois. Le peu qu’il resta d’individus ne fut plus qu’un troupeau de malheureux esclaves. Garcilasso raconte avec quelle horreur on vit dans les rues de Cuzco une veuve obligée de mendier son pain aux portes de ses compatriotes, lorsque la sage législation qui avait pourvu à ses besoins fut anéantie. |

Cette législation des Incas n’est point imaginaire, comme le prétend l’impudent chanoine Luthérien DePaw. L’Inca Garcilasso ne l’aurait point décrite au milieu de PEspagne, les Espagnols eux-mêmes n’en auraient point mentionné chaque élément, et des jurisconsultes de l’autre hémisphère, tel que Blackstone, ne s’en seraient pas

occupés, si elle n’eût'pas été une réalité. Les Espagnols ont même quelquefois admiré ce système. “ Si dit Blas Valera, nos ancêtres eussent élevé leurs enfans dans la profession de leurs : :pareps, selon la sage institution des

Incas, le Pérou aurait’ été plus florissant qu’il ne l’est

actuellement ; et tout y abonderait comme au temps de ces grands princes.” Tout reste de doute disparaîtra au

reste quand j’arriverai à un fait qui est très peu connu même en Amérique.

Mais si j’ai à cœur que la vérité de ce système soit reconnue, je ne veux que faire respecter le domaine de l’histoire, —lui conserver une page originale et non faire de Putopie. Que les peuples se gouvernent comme ils le voudront, ou plutôt, comme ils le pourront. La constitution anglaise est parfaite si la concentration du sol dans un petit nombre de mains est un fait naturel ou indifférent; mais si la fin de la société n’est pas là,—s’il y a FT Pétat un intérêt plus général, plus multiple, la constitution d’Angleterre n’est qu’une chimère, il est vrai trop réelle. Si les bases d’un bon gouvernement sont l'égalité des biens et le soin de pourvoir à tous les besoins des sujets, de manière qu’il n’y ait point de disproportion qui mette les uns ou les autres dans la gêne ; ou qu’une partie ne soit point dans l’abondance tandis que l’autre serait dans la misère, il n’y a que les Zncas

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