‹ Deux patries: drame en cinq tableaux, dont un prologueChapitre 15 sur 45 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les Mêmes, LA REINE, FRANÇOIS GARNIER, prince de Siserach, MARGUERITE DE BERGHEN, CHARLES, PAILLOUX, M"'« DE GEITZ, UN MINISTRE, OFFICIERS, DIGNITAIRES, DAMES, puis GARNIER.

(Le prince est en costume de général altembergeois.)

LA FOULE, au dehors.

Hourra pour la reine Amélie! Hourra pour le prince de Siserach! Hourra! Hourra!

LE PRINCE DE SISERACH, du haut de la terrasse.

Merci! merci! mes enfants, mes nouveaux compatriotes! La reine et moi, son serviteur, vous remercions du fond de Tâme. Dorénavant.... (il s*arréte, et, tout saisi, abandonne la main de la reine.) Mon père, madame, au milieu de la foule! (Appelant.) Père! père! est-ce toi?

VOIX, au dehors.

Son père ! son père ! Chut ! silence ! (Les voix s'apaisent.)

GARNIER, apparaissant, ému, intimidé, vieilli. Tu m'as reconnu, François?

LE PRINCE, qui l'embrasse.

Vieux père ! (il le présente à la reine.) Celui dont je VOUS ai tant parlé, madame, Thonneur même, et la vertu obscure, le courage paisible.

GARNIER, de plus en plus ému.

J'ai eu beau lui refuser... je m'étais promis de ne pas venir, Majesté; mais au dernier moment.... Oh! que sa mère n'est-elle vivante! Quelle joie un pareil enfant eût été pour elle !

LA REINE, avec un bon sourire, et lui tendant la main.

Vous avez bien fait de venir, monsieur; car, sachant que vous n'aviez accepté de votre fils ni l'aisance, ni le repos dans sa maison, je craignais de ne jamais vous voir.

iî< DEUX PATRIES.

LE PRINCE

Suis-moi, père. La reine a encore des obligations à remplir. (Ils entrent, et par le salon, trois groupes se forment, dont celui do la reine et du prince-époux. Des laquais ont fermé la porte.)

UNE voix, h la cantonade.

Portez armes!

UN MINISTRE, il salue la reine, puis François.

Majesté, prince, les vivats, les hourras du peuple vous ayant déjà prouvé le bonheur commun, certaines paroles vont me suffire.

Combien, d'une année à Tautre, ont éclairci les horizons de ce royaume! Le prince Léopold mort, je me rappelle toujours Sa Majesté la reine, les yeux gonflés de larmes, nous conjurant de remplacer Tappui perdu par nos humbles lumières et notre expérience. Messieurs, nous les lui devions; de cette heure, elles lui furent acquises; mais Sa Majesté n'en avait pas besoin, je Tatteste, notre reine vaut un roi. Et n'eût été Tamertume de lui désirer un fils, aucune plainte respectueuse ne serait montée de l'ombre vers le trône, — nous aimions trop pour cela.

Jugez donc de notre allégresse. Majesté, lorsque nous apprîmes vos fiançailles, le guerrier illustre que vous aviez choisi.

Il faut toutefois, prince, vous convaincre d'une chose, — et cette chose, je veux la dire, nul patriotisme ne pouvant se blesser du mien, — c'est que malgré vos attaches au plus fertile génie des temps modernes, malgré le sol dont vous provenez, malgré vos titres de gloire étrangère, vous êtes aujourd'hui Altembergeois, et rien qu'Altembergeois. Je vous baptise de ce nom.

PAILLOUX, grondant, à Chambrun.

Qu'est-ce qu'il chante, celui-là?

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