LE MINISTRE
Majesté, prince, nous demandons la paix. L'Altemberg est à bout d'efforts, de soldats. Il n'achèverait même point la guerre contre les Russes, ne l'eût pas entreprise contre le roi Frédéric, si cette guerre n'était la fin des guerres précédentes, si on ne lui avait promis qu'elle se terminerait en une paix acceptable pour chacun.
Vous nous la donnerez, prince! Alors, d'avoir fait tant de bien, selon la loi de Jésus-Christ, d'avoir été appelé à
le faire par une épouse auguste, vous ressentirez un calme prodigieux, et, de Neresheim à Schleitz, éclateront de tels hymnes de reconnaissance, que le souvenir de votre ancienne patrie vous sera tout à coup lointain.
(U s'incline et demeure un instant courbé.)
LE PRINCE
Je vous remercie de vos conseils. Puisque vous souhaitez la paix, vous Taurez, bientôt. Mais, pour la maintenir, il vous faudra une armée capable de peser dans la balance germanique. J'y apporterai mes soins.
Messieurs, il est encore une question qui m'intéresse. Jaloux de ma fortune, certains hommes des mieux nés en cette Cour ont, paraîl-il, blâmé mon origine. (Posant la main sur le bras de son père.) J'en Suis fier, qu'on le sachc! La seule différence entre ces hommes et moi est qu'ils sont des descendants, et que je suis un ancêtre. Voilà! J'appartiens à la reine et à ce royaume.
LA REINE
Messieurs les ministres et de la Diète, le bien de la patrie est intimement lié à mes espérances.
Je suppose que TAltemberg ne regrettera jamais les honneurs dont il m'environne, car mon esprit ne serait plus avec ma famille, le jour — jour imprévu — où elle cesserait de mériter la confiance de cette nation.
Au revoir, messieurs les ministres et de la Diète,
puissiez-vous être aux joies tranquilles, demain, comme
vous avez été à la peine!
(Les cloches viennent de se taire; les troupes quittent la terrasse, et le cortège se relire en saluant la reine. Charles , Gamier, Pailloux et Chambrun rejoignent le prince de Siserach.)
PAILLOUX
Maréchal, adieu.
LE PRINCE
Qu'est-ce? Tu ne restes pas? L'Empereur m'autorise à garder quatre ou cinq officiers, je te le répète.
PAILLOUX
Et mes chasseurs, là, qui m'attendent?
LE PRINCE
Ils ont un lieutenant-colonel!
PAILLOUX
Oui, mais les abandonner au moment d'une campagne, ce serait fuir.
LE PRINCE
Pailloux, tu n'es pas riche, tu as tort....
PAILLOUX
J'aime les coups de sabre. (Un silence.)
5tJ DEUX PATRIES.
LE PRINCE
Puis-je compter sur vous, du moins, Chambrun?
CHAMBRUN
Non, Altesse. Voyez! (il montre sa poitrine.) Je n'ai pas la croix.
LE PRINCE, en une soudaine tristesse, à Garnier.
Décidément, père, de chez nous, de France, je ne conserverai que vous et Charles.
CHARLES
Pardon! Altesse — je suis un ingrat! — mais je vous quitte, moi encore.
LE PRINCE, niécontenL Ah !... Bien ! bien ! (il s'éloigne un peu du groupe.)
CHARLES, bas, le rattrapant.
A cause de M'"" de Berghen, Altesse. Depuis qu'elle m'a refusé, je me ronge; il m'est nécessaire de partir, loin. — Me le permettez-vous? (Un court silence.)
LE PRINCE
Adieu, Charles, mon enfant. (Il l'embrasse.) Et adieu, mes braves, (il tend les mains à Pailloux et à Chambrun.) J'estime votre droiture.
PAILLOUX
Après la guerre, par exemple, si lu veux de moi!
LE PRINCE
Accepté, Pailloux.
(Les trois officiers sortent, et du cortège, près de la reine Amélie, il ne demeure plus que Marguerite de Berghen et la dame du palais. Le prince et Gamier se mettent à causer ensemble.)