I.K PRINCE
Jo suis contonl de te revoir, Charles. Me resteras-tu quelques jours?
CHARLES
Vingl-qualre heures, Altesse.
LA REINE, joyeuse.
Prince, grâce à TAutriche, un armistice a été signé avant-hier entre Napoléon et les rois coalisés. (Elle continue sa lecture.)
LE PRINCE, h Charles.
Un armistice?
CHARLES
Oui, Altesse.
LE PRINCE, dans (le la colère.
Comment! nous sommes victorieux! nous n'avons plus qu'à poursuivre, qu'à traquer Icnnemi, et TEmpereur accepte!...
LA REINE 4 juin 1813. Voyez. (Elle lui tend la dépêche.)
LE PRINCE, lisant.
Deux mois! rarmistice durera deux mois! Quelle bêtise !
CHARLES
L'Empereur ne croil point à la loyauté de rAutriche, Votre Altesse, je Tai entendu dire, et de plus qu'il nous faut deux mois pour effectuer la seconde série de nos armements.
LE PRINCE
Soit! Mais ces deux mois vont profiter de même à la coalition; et TAngleterre est capable d'acheter TEurope! (Un silence durant lequel il termine la dépêche, puis la froisse.) Oui, évidemment, que l'Empereur consente à quitter l'Espagne, renonce au grand-duché de Varsovie, abandonne la Confédération du Rhin, veuille perdre les villes hanséatiques, presque toute l'Italie, et la paix se ferait à Pleswitz, nul doute! Mais je connais l'Empereur, moi; il ne cédera rien, il ne peut rien céder!
LA REINE
Les provinces qu'il conserve ne vous paraissent pas un assez beau douaire?
LE PRINCE
Non, lorsque les vaincus osent relever la tête, lorsqu'ils songent h déposséder le vainqueur.
HO DEIX PATRIES.
LA REINE
Il est des vainqueurs qui, face au courage des vaincus, se trouvent brusquement pris de lassitude.
LE PRINCE
Quelques-uns!... mais pas Napoléon... ou il ne serait plus ce qu'il était, admirable, notre chef, notre gloire, tout. (Un court silence.) Laisse-moi seul avec la reine, Charles, une minute.
(Charles <*'incline et sort.)