‹ Deux patries: drame en cinq tableaux, dont un prologueChapitre 3 sur 45 · SCENE III Les Mêmes, UNE FEMME DU PEUPLE · texte numérisé non relu

SCENE III Les Mêmes, UNE FEMME DU PEUPLE

Entrez, madame.

LA FEMME, timide, un petit sac et des papiers à la main. Je ne dérange personne?

FRANÇOIS

Personne, citoyenne, au contraire. Maman et moi sommes enchantés de faire ta connaissance.

LE VIEILLARD, à la femme.

Tu vois! les Garnier ne sont pas des aristocrates.

LA FEMME, enhardie, avec un sourire.

Alors... il s'agirait de remettre un peu d^argent que j'ai gagné, à mon mari et à mon fils, Pierre et Victor Bertaux. Tiens! ce papier t'apprendra où ils se trouvent; moi, je ne sais pas lire.

FRANÇOIS, lisant.

Septième demi-brigade d'infanterie légère, division Jourdan.

LA FEMME

Tu leur diras que je les embrasse et que je m'ennuie après eux.

Compte sur moi, citoyenne.

(Court silence, durant lequel le petit sac passe des mains de la femme dans la poche de François.)

LA FEMME

Si j'osais... je te donnerais encore une commission.

18 DEUX PATIUKS.

Elle n'est pas grosse, elle ne le eliargerait pas heaucouj) plus.

FRANÇOIS

Ose, que diable!... Ai-je Tair d'un ogre?

LA FEMME

C'est deux fleurettes, deux pensées que ma fille, — elle est haute comme ça, — a mises sécher et leur envoie. (S'attendrissant.) Je suis sûre qu'ils en seront aussi contents que de la somme.

(François prend le papier où elles soni enfermées.) LE VIKILLARli

Elle va bien, ta fille?

LA FEMME

Très bien. Moi seule ai le cœur malade. Vous comprenez, ils ont quitté la maison, dès qu'on s'est battu.

VOIX DES ENFANTS, à la cantonade.

Les vieillards se feront porter sur les places publiques pour exciter le courage des guerriers, prêcher la haine des rois et le dévouement à la patrie.

LE VIEILLARD, avec énergie.

Oui, on ira, malgré les maux dont nous souffrons, chaque jour, même par les pluies torrentielles, par les

DKUX PATRIES. 19

hivers de neige, de glace. El vivent les écoles où Ton enseigne de telles choses à la jeunesse!

PAULINE

Il vaudrait peut-être mieux la laisser jouer, courir.... Pour ce que la guerre lui réserve, tôt ou tard!

LA FEMME

Hélas!

Non, maman, je te le répète, il faut des gens instruits, afin de commander les autres, de les mener à la victoire.

LE VIEILLARD

Bien parlé, garçon!

LA FEMME

Au revoir, madame, citoyens, je vous remercie mille fois.

FRANÇOIS

Au revoir.

LE VIEILLARD, se levant.

Quant à moi, camarade, je ne te remercie pas, on doit s'entr'aider; mais je te serre la main, et t'excite à tuer le plus possible d'Englishmans, de Hanovriens et de Hollandais. Bon voyage!

LA FEMME

Bon retour!

(Le vieillard et la femme sortent.)

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