SCÈNE XI STEIN, KALDEN
STEIN
Qu en sait-elle?... J'ai aperçu un officier, lorsque nous arrivions....
KALDEN
Le capitaine Tisserant, de la garde impériale, jadis au prince-époux.
STEIN
Et la jeune fille, qui est-ce?
KALDEN
Une compagne de Sa Majesté, M"" de Berghen.
STEIN
Le Français la courtise?
KALDEN, souriant.
On ne veut pas de lui.
STEIN
Parbleu! il ne manque point de beaux garçons en Allemagne !
KALDEN La reine, (il s*avance, et Stein demeure où il est.)
SCÈiNE XII Les Mêmes, LA REINE, MARGUERITE
LA REINE, au seuil du palais. Reste, Mai^uerite, reste.
îMi DEUX PATRIES.
KALDEN, il 8*approche.
Madame....
LA REINE
Je ne suis pas conlente, mon cousin. Puisque vous c^tes ici au lieu d'être à Pleswilz, il fallait vous présenter de jour et nous demander, moi et le prince de Siserach.
KALDEN, désignant Stein.
Le baron de Stein. (Siein s'incline.)
LA REINE
Le baron de Stein?
KALDEN, presque bas.
Etait-il raisonnable de le montrer encore?
LA REINE, à Stein.
Approchez, monsieur. Je ne vous reconnaissais pas dans ce noir. 11 s'agit de Tentrevue que nous eûmes, n'est-ce pas? de la réponse que je vous ai promise?
STEIN
Le roi Frédéric et le czar Alexandre la désirent avec impatience.
Ni l'un ni l'autre ne comptent sur la paix?
STEIN
Ni l'un ni l'autre.
LA REINE
.... Eh bien! monsieur de Stein...,jeme suis informée des vœux de mon peuple.... Mon peuple exècre la tutelle française.
KALDEX
Pas un de vos soldats, madame, pas un de vos généraux qui ne l'exècre d'un cœur égal !
STEIN
La Diète, les ministres?
LA REINE
Tous me supplient de rompre l'alliance napoléonienne. Je la romprais donc, facilement..., n'était, une fois de plus, le prince, mon époux.
STEIN
Qu'objecte-t-il?
Le prince est malheureux, le prince a deux patries.
KALDEN
Son devoir et son litre lui enjoignent d'oublier la première.
îm DEUX PATRIES.
LA REINE
Ai- je un moyen de le contraindre?
STEIN
Non, mais il est un moyen de tourner la question, Majesté, de la résoudre.
LA REINE
Lequel?
STEIN
.... Ce serait, vous, de garder les apparences, de maintenir le statu quo,...
LA REINE
Et puis?
STEIN
J'achève : puis, de laisser faire comme ils voudront, à rheure qu'ils choisiront, en un simulacre de révolte, le Tugenbund et les énergies de ce royaume.
LA REINE
Je ne peux aliéner mes droits.
STEIN
M^me pour éviter une catastrophe?
LA REINE
Une catastrophe?
KALDEN
On accuserait le prince de vous dominer, madame, de vous nuire; et au train des choses, vu Tesprit actuel, son bouillonnement, ses mirages....
STEIN
La Saxe, la Hesse, le grand-duché de Bade viennent d'accepter le rôle que je vous propose.
LA REINE, émue.
Sur rhonneur?
STEIN
Sur l'honneur.
LA REINE
Les cours de Munich, de Stuttgart?
STEIN
Protègent le Tugenbund.
LA REINE
L'Autriche est prête?
STEIN
L'Autriche fournira deux cent cinquante mille hommes.
LA REINE
Et si Napoléon vous écrase derechef?
STEIN
Les Altembergeois seuls étant coupables, Majesté, les Altembergeois vous ayant... désobéi, Napoléon pardonnerait à TAltemberg en votre faveur et en celle du prince.
J'abhorre la ruse, le subterfuge.
STEIN
Ils sont toute la politique, le recours du faible, Tarme de ceux qui craignent !
LA REINE
Adieu. Je vais tenter une dernière fois de m'acquérir le prince, de le convaincre.
STEIN
Et s'il résiste?
LA REINE
Ne sortez point de Neresheim. Adieu. (Stein sort.)