SCÈNE XIV Les Mêmes, LE PRINCE DE SISERACH
(Il demeure au seuil du palais, rêve, et au long de sa rêverie, parfois, on entend pleurer Marguerite.)
LE PRINCE
Je devine où Amélie voudrait me conduire peu à peu; mais, fût-ce au nom de l'amour, elle n'y parviendra point. Ce serait manquer à ma parole, à Thonneur..., et Thonneur est un dieu, un mythe sacré, le plus beau, le plus grave, le seul vraiment humain. L'honneur est le respect de soi-même.... Il y a des minutes où il ordonne d'une telle force, que lui seul nous maintient en équilibre.... Je n'écrirai pas le mémoire, je tâcherai de me gagner la
reine, et, comme j'ai deux patries, mon but doit être qu'on ne puisse les arracher Tune à Tautre. (Sur un sanglot de Marguerite.) Qui est là? (La reine et Kalden approchent.) Vous, Amélie? (Durement).... Et monsieur de Kalden?
KALDEN
Altesse....
Comment êtes-vous à Neresheim?
KALDEN
J*ai cru....
LE PRINCE
Vous méritez une punition. Votre conduite est inacceptable. Un général n'est pas son maître! Un général ne déserte point! Nul ne l'ignore de ceux qui ont gagné leurs épaulettes sur les champs de bataille !
KALDEN, frémissant
Monsieur!
LA REINE
Le prince de Kalden avait besoin de me voir.
LE PRINCE
Lui, en mon absence?
LA REINE
Je ne vous l'eusse pas caché, François.
lOr» DEUX PATRIES.
Vous ne me l'eussiez pas caché?
LA REINE
A coup sûr. (Un silence: le prince tâche de se surmonter, n'y arrive point.)
LE PRINCE, à Marguerite.
Pourquoi pleurez-vous, mon enfant? (Un silence.)
LA REINE, énervée.
Réponds.
MARGUERITE, suppliante.
Madame....
LA REINE
Tu ne veux pas répondre?... Alors, va-t'en, va-t'en, je répondrai à ta place. (Marguerite sort.)