‹ Deux poëmes d'été: la cantate a trois voixChapitre 10 sur 31 · CANTIQUE DES PARFUMS · texte numérisé non relu

CANTIQUE DES PARFUMS

BEATA. — Void le soleil bientôt qui apparaît pour se faire rendre témoignage que la chair est morte et que Tesprit vit.

Et avant même qu'il se soit montré.

L'âme de la terre se d^^e et fume vers lui.

Tout ce que la grâce a mouillé, tout ce que la rosée du ciel

A pénétré, tout ce que la froideur du sol condense.

Tout cela du corps de la créature qui s'ouvre

Se dégage avec un parfum Dieu quelle odeur !

Déjà à l'exhalation nocturne des jasmins, au profond soupir des géraniums,

(Chaque fois que le cœur a battu dix fois).

Se mêlent les roses rouges et blanches, en un seul bouquet confusément une fois encore composé,

Dont je distingue les deux accents comme les parties dans le chœur, et chaque voix si pure !

O la plus intime essence de la créature, ô présence délicieuse une seconde et possession à son insu de l'esprit qui d'elle-même s'exhale !

Ah, ne troublez pas le silence, et laissez-moi faire attention à ce parfum, je le sais, qui va revenir 1

Que ce silence ne soit pas profané quand le prêtre seul fait défaut, et ce moment antérieur à l'homme cependant que l'œuvre des Cinq Jours fume vers le Soleil levant I

Ou si tu le veux, parle, mais parle lentement 1

Parle, mais parle lentement !

Que le sens sacré de la parole et le son de la voix humaine

Tombe dans la pensée mot par mot et s'y dissolve, comme les gouttes de sang vermeil et l'essence même de la pourpre

Une par une en un cristal limpide 1

Esprit perceptible aux sens 1 et vous, ô sens à l'esprit devenus perméables et transparents 1

Comme sans ces poussières épandues le rais de soleil n'apparaîtrait pas, et comme n'éclaterait pas la couleur

Sans le verre qui l'intercepte, sans l'objet divers qui l'absorbe et l'amortit.

Gemment Tesprit nous serait-il perceptible, Tâme elle-même à l'âme directe et perceptible,

Sans ces fleurs qui le dégagent en expirant et Tencens de ces herbes coupées ?

O sacrifice solennel ! cavité de l'encensoir ! suspens de toute la création avant que le soleil ait paru, qui fume vers lui en silence !

Oi&ande de la mort qui commence !

Tout ce qui a fait son fruit penche vers la terre, mais l'esprit envoyé par Dieu revient vers lui dans l'odeur de ce qu'il a consumé !

Car il faut que le mot passe afin que la phrase existe ; il faut que le son s'éteigne afin que le sens demeure.

Il fallait que celui que j'aime mourût

Afin que notre amour ne fût plus soumis à la mort.

Et que son âme devint respirable à la miennç,

Et lui servit de guide obscur et de parole au fond d'elle-même,

Comme cette fleur, la même ! qu'on reconnaît, chaque fois que le cœur a battu dix fois.

Il est bien vrai que notre chair ne subsiste pas.

Il est bien vrai que ce visage qui se tourne si terriblement vers le nôtre

N'a pas plus de solidité que l'écume du vin sur

une coupe que le souffle de celui qui va boire écarte.

Et celui qui ne le croit pas,

Il n'a qu'à veiller comme moi toute une nuit d'été près de ce lit où le CQrps qui fut un homme repose.

Et l'odeur de tout un jardin qu'on, a coupé ne sera pas la seule qui se mêle^ ses prières 1

O dieux qui nous avez faits d'un corps avec une âme 1 ah, ne craignez rien de nos blasphèmes !

Ah, soyez satisfaits I il est vrai que notre chair se décompose 1

Et celui qui croit qu'il est jeune et fort,

Qu'il dise si l'odeur de ces flammes d'or qui fondent parmi de terribles roses et les calices blancs de ces lys de la mort, pareils à mille trompettes,

Est la seule qui lui soit perceptible !

Et bientôt lui-même ce trophée d'un seul moment

Va se dénouer, la mort se perd dans la vie,

Et la fleur blanche du printemps de toutes parts s'évanouit dans le feuillage

Comme une mer qui résorbe son écume.

FAUSTA

Parky mais parle lentement.

UETX

réveil !

FAUSTA

soleil encore !

Ligne vermeille à F Orient 1

FAUSTA

Ojour encore !

LMTA

Commencement du temps !

FAUSTA

Laisse-nous encore,..

LMTA

... Un seul moment...

FAUSTA

Une seule seconde tremblante^

LMTA

Voir du dehors...

BEATA

Ce qui encore avec la nuit fait corps intérieu-

rement !

La nuit mime une seconde transparente !

LiBTA

Seconde de présence précaire

Qui plus quelle n^ éclaire regarde !

FAUSTA

Regard transversal à la nuit t

BEATA

La mort qui n^a pas réussi 1

FAUSTA

Une fois encore

La vie transversale h la mort !

BEATA

La nuit

Manquée une fois encore 1

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