CANTIQUE DES PARFUMS
BEATA. — Void le soleil bientôt qui apparaît pour se faire rendre témoignage que la chair est morte et que Tesprit vit.
Et avant même qu'il se soit montré.
L'âme de la terre se d^^e et fume vers lui.
Tout ce que la grâce a mouillé, tout ce que la rosée du ciel
A pénétré, tout ce que la froideur du sol condense.
Tout cela du corps de la créature qui s'ouvre
Se dégage avec un parfum Dieu quelle odeur !
Déjà à l'exhalation nocturne des jasmins, au profond soupir des géraniums,
(Chaque fois que le cœur a battu dix fois).
Se mêlent les roses rouges et blanches, en un seul bouquet confusément une fois encore composé,
Dont je distingue les deux accents comme les parties dans le chœur, et chaque voix si pure !
O la plus intime essence de la créature, ô présence délicieuse une seconde et possession à son insu de l'esprit qui d'elle-même s'exhale !
Ah, ne troublez pas le silence, et laissez-moi faire attention à ce parfum, je le sais, qui va revenir 1
Que ce silence ne soit pas profané quand le prêtre seul fait défaut, et ce moment antérieur à l'homme cependant que l'œuvre des Cinq Jours fume vers le Soleil levant I
Ou si tu le veux, parle, mais parle lentement 1
Parle, mais parle lentement !
Que le sens sacré de la parole et le son de la voix humaine
Tombe dans la pensée mot par mot et s'y dissolve, comme les gouttes de sang vermeil et l'essence même de la pourpre
Une par une en un cristal limpide 1
Esprit perceptible aux sens 1 et vous, ô sens à l'esprit devenus perméables et transparents 1
Comme sans ces poussières épandues le rais de soleil n'apparaîtrait pas, et comme n'éclaterait pas la couleur
Sans le verre qui l'intercepte, sans l'objet divers qui l'absorbe et l'amortit.
Gemment Tesprit nous serait-il perceptible, Tâme elle-même à l'âme directe et perceptible,
Sans ces fleurs qui le dégagent en expirant et Tencens de ces herbes coupées ?
O sacrifice solennel ! cavité de l'encensoir ! suspens de toute la création avant que le soleil ait paru, qui fume vers lui en silence !
Oi&ande de la mort qui commence !
Tout ce qui a fait son fruit penche vers la terre, mais l'esprit envoyé par Dieu revient vers lui dans l'odeur de ce qu'il a consumé !
Car il faut que le mot passe afin que la phrase existe ; il faut que le son s'éteigne afin que le sens demeure.
Il fallait que celui que j'aime mourût
Afin que notre amour ne fût plus soumis à la mort.
Et que son âme devint respirable à la miennç,
Et lui servit de guide obscur et de parole au fond d'elle-même,
Comme cette fleur, la même ! qu'on reconnaît, chaque fois que le cœur a battu dix fois.
Il est bien vrai que notre chair ne subsiste pas.
Il est bien vrai que ce visage qui se tourne si terriblement vers le nôtre
N'a pas plus de solidité que l'écume du vin sur
une coupe que le souffle de celui qui va boire écarte.
Et celui qui ne le croit pas,
Il n'a qu'à veiller comme moi toute une nuit d'été près de ce lit où le CQrps qui fut un homme repose.
Et l'odeur de tout un jardin qu'on, a coupé ne sera pas la seule qui se mêle^ ses prières 1
O dieux qui nous avez faits d'un corps avec une âme 1 ah, ne craignez rien de nos blasphèmes !
Ah, soyez satisfaits I il est vrai que notre chair se décompose 1
Et celui qui croit qu'il est jeune et fort,
Qu'il dise si l'odeur de ces flammes d'or qui fondent parmi de terribles roses et les calices blancs de ces lys de la mort, pareils à mille trompettes,
Est la seule qui lui soit perceptible !
Et bientôt lui-même ce trophée d'un seul moment
Va se dénouer, la mort se perd dans la vie,
Et la fleur blanche du printemps de toutes parts s'évanouit dans le feuillage
Comme une mer qui résorbe son écume.
FAUSTA
Parky mais parle lentement.
UETX
réveil !
FAUSTA
soleil encore !
Ligne vermeille à F Orient 1
FAUSTA
Ojour encore !
LMTA
Commencement du temps !
FAUSTA
Laisse-nous encore,..
LMTA
... Un seul moment...
FAUSTA
Une seule seconde tremblante^
LMTA
Voir du dehors...
BEATA
Ce qui encore avec la nuit fait corps intérieu-
rement !
La nuit mime une seconde transparente !
LiBTA
Seconde de présence précaire
Qui plus quelle n^ éclaire regarde !
FAUSTA
Regard transversal à la nuit t
BEATA
La mort qui n^a pas réussi 1
FAUSTA
Une fois encore
La vie transversale h la mort !
BEATA
La nuit
Manquée une fois encore 1