‹ Deux poëmes d'été: la cantate a trois voixChapitre 9 sur 31 · CANTIQUE DU CŒUR DUR · texte numérisé non relu

CANTIQUE DU CŒUR DUR

FAUSTA. — Mais moi, je ne veux pas de cette immortalité et de cette fleur chaque année interrompue par la faux !

Fer en vain dans une fausse moisson !

Moi, je brise le cercle, moi j'échappe aux plateaux de la balance, moi je suis capable de finir !

Comme le grain échappe à la paille, à la terre ainsi cet or qui ne lui appartient plus I

J'ai fait ma tâche. Cette poignée de froment que j'ai arrachée à Tépi sanglant, dans la Patrie,

Je l'ai semée, et ressemée, et ressemée sans relâche, autour de moi dans cet exil !

Maintenant je suis lasse de vivre et de ces éternelles fi-ontières !

Et n'ai-je pas payé assez cher le droit de finir ?

Regarde cette immense rançon dans la nuit et tout ce peuple, candidat de la faux, que j'ai tiré de rien !

Regarde et vois ces choses qui ne finiront plus !

Regarde, et à travers les arbres du jardin, vois de tous côtés qui luit vaguement la moisson blanche et toute cette immortalité autour de nous, couleur de jour !

Un mois encore, et voici toute la terre mûre ainsi qu'un autre soleil.

Et l'intérieur de ce lac d'or et barbelé de rayons, quand le vent l'ouvre et l'émeut, est rouge comme le feu ardent et comme une chair entamée 1

Car il faut que la vie chaque année, avant de se reprendre à la terre

Passe par le feu, et comment serais-je satisfaite quand ce que j'ai fait et Tœuvre même de mes mains autour de moi a la ressemblance d'une fournaise ?

Tant que le fonds reste intact, le fruit n'est pas consommé !

Il faut aller au cœur ! il faut frapper au cœur et tarir en moi la source de ces moissons superflues !

Et puisque tu es revenu enfin,

Laisse-moi voir ma destinée au fond de ces yeux froids ! dépouille cet austère sourire qui nie la défaite et refuse la compassion 1

Et il est bien vrai que tout est vain, excepté ces yeux impitoyables dans les tiens, et ce qu'ils demandent, je sais que tu ne peux me le donner !

Tourne les yeux vers moi, et soutiens dans les miens ce désir qui est pur de tout espoir !

N'attends pas de moi la compassion, et toi, m'en as-tu donné aucune ? ce n'est point la saison des larmes.

Et si tu avais dû me donner la joie, était-ce pour moi la peine d'apprendre la. souffrance ?

Et la patrie, la peine d'apprendre l'exil ?

Qui est-tu ? au nom de qui viens-tu ? pourquoi ce sourire étrange et ce visage composé ?

Ne crois pas que je sois celle qu'on désarme avec une nuit de printemps et ces fausses moissons !

Ouvre ton visage 1 montre-moi la vérité, car ce n*est pas en songe que j'ai souflêrt !

Ce n'est pas assez de déceptions encore

Pour nourrir en moi cette pointe, et cette sécheresse, et cet âpre aiguillon I

Dis ! cette déception terrestre est-elle l'image d'une autre plus parfaite ?

Je veux, j'en veux une autre plus exquise !

Crois-tu qu'on puisse ainsi me satisfaire ?

Et sache que je ne veux pas même de ta présence,

Si elle doit m'arrêter sur moi-même !

Et de ta complaisance, si elle est une limite

A ma fuite hors de cette personne détestée !

Et si le désir devait cesser avec Dieu,

Ah, je l'envierais à l'Enfer !

BEATA

La terre est le disir et le ciel est le désert.

Li£TA

Voici Pauie /

...Le ciel encore une fois devant nous qui pâlit et qui s^est ouvert l

FAUSTA

Quelle est cette lumière^ 6 sœurs ?

LJETA

Ce jour nouveau ?

FAUSTA

Ce mystère qui opère dans la profondeur ?

LiSTA

Ce flambeau occulte

Qui éclaire les choses par derrière ?

FAUSTA

La nuit sans cesser d'être la nuit

Peu à peu comme de Veau est devenue diaphane.

LiSTA

Un jour plus beau qu' aucun jour profane a lui I

FAUSTA

Ce n^ est point le jour qui vienty c'est nous qui remontons vers lui.

Li£TA

Ce demain antirieur à hier I

FAUSTA

Que l'année autour de nous comme un torrent^ Toujours coulant et se hâtant pour revenir sur nous de T horizon^

Que Vannée avec ses saisons^ Ses semailles et ses moissons^ Passe j nous ne passons pas.

Au rebours du courant^ Nous demeurons fixes^ Rectifiant sans cesse la position^ Le cap sur ce phare caché.

LiETA

Au rebours du temps...

FAUSTA

Sans aucune ancre jetée j

LiETA

Nous Pavons donc trouvéy

U asile de cette barque enchantée !

FAUSTA

Aprh la nuit traversée...

La terre est ressuscitée !

BEATA

Cest la mime.

LiETA

Non pas une autre^ mais la mime /

FAUSTA

Apparition solennelle !

LiETA

O nature enfin réelle I

BEATA

Après l'abîme du baptême...

LiETA

Ressuscitée et la mime I

FAUSTA

O pause avant que le jour se lève !

LiETA

La vérité^ non plus le rive ! '

FAUSTA

La mêmâj et cependant nouvelle !

UETK

La même^ et cependant étemelle l

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