‹ Deux poëmes d'été: la cantate a trois voixChapitre 25 sur 31 · UN AUTRE · texte numérisé non relu

UN AUTRE

J'ai soif à mettre la mer à sec I

LE SATYRE-MAJOR

Quel est le vin le meilleur, les enfants ?

LE CHŒUR

C'est celui de la Côte qui est entre Beaune et Dijon !

LE SATYRE-MAJOR

Quelle est la terre la meilleure, les enfants? La plus noire, la plus grasse, la mieux fumée ?

MÂNÂLAS

La brise faiblit.

LE SATYRE-MAJOR

Sifflez pour la brise.

Ils sifflent.

LE CHŒUR

Une terre sèche et grumeleuse comme du lait caillé, et pleine de petits cailloux calcaires Qui gardent la chaleur comme des briques

Afin que la grappe lourde et dormante cuise des deux côtés.

LE SATYRE-MAJOR

Quelle est la terre la meilleure, les enfants ?

LE CHŒUR

Une terre maigre dont l'os saillit Comme les vaches qui sont bonnes laitières dont saillit l'os de la hanche.

MÉNÉLAS

Le vent mollit.

CHŒUR DES PHOQUES, surgissatit autour de la nef

Floue ! floue I

L'île de Naxos a été enlevée au ciel, il y a du bon pour des phoques I

Floue ! floue I

Une de moins I moins y a d'îles, mieux cela vaut pour les phoques. Hourra !

Floue I floue !

Le vieux Protée a perdu ses lunettes, hourra I nous n'extrairons plus de racines carrées, hourra !

Floue ! floue !

La mer est libre ! la mer est libre I Elle est libre et nous sommes dedans I

La sentez-vous frémir et frissonner ? Sentez-

PROTEE 203

vous ce coup de reins qui nous envoie à huit pieds dans l'air !

Hourra ! Hourra !

Quel bond ! quelle détente !

Elle est libre et nous sommes dedans I elle est infinie et nous sommes dedans ! il y a plus ici à boire qu'un coup de vin ! Youp, youp, youp, hourra ! Youp, youp, youp, hourra !

La nef disparaît suivie des Phoques.

prot£e seul au milieu de la seine

Et vous trouvez cela raisonnable ?

Quelle folie dans tout cela ! quelle dérision des choses sérieuses ! quelle jFarce stupide !

Voilà Jupiter qui a besoin de son Hélène pour en faire une étoile.

Et c'est vrai qu'il y a une place vide au ciel qui ne fait pas bien entre les Dioscures.

Est-ce qu'il pense une seconde à mes droits sacrés de propriétaire ?

Ou du moins est-ce qu'il va se donner la peine de piquer la pécore au milieu de mon petit jardin, où elle est cependant bien visible ?

Point. Comme une servante sans attention, comme une hirondelle sans souci qui pour une mouche enlève toute la toile d'araignée.

Voilà Iris, on lui a dit Hélène, et c'est toute ma propriété au ciel qu'elle emporte !

Elle est au ciel maintenant, ma jolie petite île de Naxos, avec toutes ses collections et ses six plants de tabac I

Allez donc l'y chercher !

Elle est au ciel et les vagues de l'azur blanchissent contre ses récifs.

Pour moi me voilà seul, ruiné et sans lunettes.

C'est bien je m'en vais, je quitte la surface, on ne me verra plus !

Je plonge, nunc est bibendum l

Je prends ma retraite à l'étage au-dessous I dans un monde plus tranquille, j'habite un grand palais de bulles d'air au milieu des coraux, des éponges et des holoturies 1

Adieu, Ménélas, bon vent ! bon voyage, navigateur 1

C'est pour cela qu'il a pris Troie 1

Pour débarquer sur la rive de Laconie cette chèvre camuse et ce plein chargement de bêtes à cornes 1

Où est le bon sens dans tout cela ? Je vous le demande. Où est la justice } Où est le bon ordre et le bon tempérament ?

Et dire qu'il en sera toujours ainsi tant que le

PROTEE 205

monde sera gouverné par les poètes ! Ah, ça n'est pas près de finir !

Quel malheur I Quel malheur !

// s^ahtme.

En Allemagne^ igij.

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