‹ Deux poëmes d'été: la cantate a trois voixChapitre 24 sur 31 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Le navire approche. Il est garni de Satyres qui le poussent avec leurs rames. Et pour plus de commodité il est monté sur des roulettes.

MÉNÉLAS

Et quelles sont ces belles nymphes aux bras blancs qui conduisent notre esquif ?

Les servantes qui dormaient avec moi.

Ce sont elles qui nous serviront de mariniers. Le favorable Auster souffle et le jour nous fera voir les rivages blanchissants de la Grèce.

On pose une planche pour l'embarquement.

Monte, Hélène.

BRINDOSIER

Mais, dis-moi, n'as-tu pas promis à cette Nymphe

Brindosier et à ses Satyres de les emmener avec toi ?

PROTEE 195

C'est vrai, je Tai juré, mais le bateau n'est pas assez grand.

BRINDOSIER

Il faut tenir son serment.

m£n£las

J'ai juré par Zeus, mon beau-père.

Cela n'a pas d'importance. Entre parents on n'y regarde pas de si près.

Mais il me reste le dernier rite à accomplir.

On lui apporte un pot de peinture et du bout du pinceau il pose la prunelle au milieu de Vœil du bateau.

Reste ouvert, œil vigilant ! Jour et nuit, soir et matin.

Vers les feux, vers les étoiles, vers les amers.

Guide-nous, gros œil patient de la nef surchargée qui nous contient.

Submergée jusqu'aux épaules au sein nerveux de ces mers que notre éperon laboure.

Tous deux montent à bord; on retire laplanche.

CHŒUR DES SATYRES hissant la voile.

Hé — hho I

Hé — hhé — hé éhhé — hé hho I Hé hho 1 Hé hho I Hé hho 1

Nous ne bougeons pas.

LE SATYRE-MAJOR, au gouvematl Nous sommes ensablés !

HÉLÈNE

Ménélas, rends les lunettes à Protée.

MÉNÉLAS

Jamais I Ce que j'ai pris par la force, je ne le rends que par la force.

LE SATYRE-MAJOR

Faites la souille.

On fait la souille inutilement.

ménAlas

A l'aide, Jupiter !

Coup de tonnerre. iRiSy toute garnie de plaques d^or et de clochettes^ en un costume qui

PROTÉE 197

rappelle assez celui des danseuses Siamoises^ tombe du ciel au bout d'une ficelle. Elle attache le crochet auquel elle est suspendue au crochet correspondant de riky et le tout monte au ciel en tourbillonnant au milieu de r admiration générale. UUe en s' enlevant découvre frotée qui est assis sur une chaise^ en proie à un grand abattement.

La nef reste seule au milieu d'une vaste étendue de linoléum.

BRINDOSIER

Merveille I

MiNÂLAS

Merci, Jupiter 1

LB SATYRE-MAJOR

La mer est libre I

AUTRES SATYRES

libre 1 Libre ! Libre I Libre 1

MiNÂLAS, se portant à l'avant Barre à bâbord, cinq points !

LE SATYRE-MAJOR

Barre à bâbord, cinq points I

LES SATYRES

On bouge ! On bouge ! On part 1 On part 1

MÉNÉLAS

La brise n'est pas assez forte I Toutes les rames à la mer 1

LE SATYRE-MAJOR

Toutes les rames à la mer 1 {Coup de sifflet.)

Attention !

Souquez I

Une, deux I Une, deux !

LES SATYRES chantant à gorge déployée

Marguerite^ elle est malade 1 Il lui faut le médecin I Marguerite^ elle est mala a dey Il lui faut aut autj il lui faut aut auty Il Itiifaut le médecin !

MÉNÉLAS

O Nymphes, quelles voix célestes 1 quelle délicieuse mélodie I

PROTEE

LE SATYRE-MAJOR

Sciez, les enfants I

LES SATYRES de même

Le médecin qui la visite Lui a défendu le vin.

Médecin^ va-t-en au diable^ Si tu me défends le vin.

J'en ai bu toute ma vie.

J'en boirai jusqu' à la fn.

Si Je meursj qu'on m'enterre^ Dans la cave où est le vin.

Les pieds contre la muraille Et le bec sous le robin.

S'il en tombe quelques goutteSy Ça sera pour me rafraîchir.

Et si le tonneau défonce ; J'en boirai à mon plaisir.

MÉNÉLAS lève la main.

bis.

bis.

bis.

bis.

bis.

bis.

bis.

LE SATYRE-MAJOR

Rentrez les rames !

Où allons-nous, les enfants ?

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