L'ANGE DÉCHU
Le vent souffle toujours. De la cime des vagues S'élévent jusqu'au ciel des bruits tristes et vagues ; Et les flots onduleux roulent vers le couchant ‘El | . .
omme de blancs troupeaux qui bondissent au champ,
el qu'au dessus des mers, ouvrant leurs blanches ailes,
Mn voit se balancer, camarades fidèles.
33 DÉCOUVERTE Trois cygnes gracieux ; ainsi les trois vaisseaux Déjà bien loin du port se bercent sur les eaux. L'onde amère à leur proue étincelle et bouillonne, Comme au mors d'un coursier que le fouet aiguillonne Brille un flocon d'écume. Attentifs et muets, Le cœur livré peut-être à de tardifs regrets, Les matelots, debout, sont tournés vers la grève Qui disparait sous l'onde et s'enfuit comme un réve. Les coteaux à leurs veux abaissent leurs sommets, Les élégants clochers éteignent leurs reflets, Et les prés verdissants leur charmante nuance.
Déjà dans le lointain les rives de la France
{ Semblent ne former plus qu'un flexible cordon Le Qui ceinture les flots au bord de l'horizon. Un à A « . , . Le st Ainsi nous voyons fuir avec trop de vitesse e ha
Les rivages fleuris de l’heureuse jeunesse !
Nous voguons nous aussi vers des bords inconnus :
Heureux ceux que l'espoir a toujours soutenus !
aissCaux CHAUX, puillonne, + aiguillonne HURGR ts, a greve ne un reve, sommets, lets, uancCe, @
drdot
ACONNUS :
enus !
Nos regards SONT tournés vers cet ge tranquille
OÙ nos légères nefs trouvaient un sûr asile
Contre le souffle amer d'un monde mensonger !
Mais un voile de brume, nuage léger D “
Enveloppent déjà de leurs replis de soie
Cet âge l'innocence, et d'amour et de Joie !
Il disparait bien vite ! et nos rewars en pleurs
S'épuisent à chercher Ses SUAves couleurs !
Lui-même SSI n'est plus qu'une ligne étrécie
Qui brille à l'horizon de notre pauvre vie!
Cependant tendant l'air
Un archange déchu Qui portait sur SON front
€ Stigmate honteux qu'y
mit le premier crime.
e hâtait d'arriver à l'éternel abime.
d'un vol sinistre et prompt,
Loin des mondes brillants pour lesquels le jour luit, Dépouillé de tout charme et perdu dans la nuit, Se trouve un vaste lieu dont l'aspect glace et navre
Comme un sépulcre noir, comme un hideux cadavre ;
C'est là que le Seigneur a jeté pour jamais I Cet ange qui du ciel osa troubler la paix. | Avec lui sont tombés ces Esprits pleins d'audace (!
Qui, dans leur fol orgueil, n'ont point demandé grace FT]
Au Maitre tout puissant qu'ils avaient offense, Et Ils maudissent enfin leur projet insensé : Co Mais leur regret est faux et leur souflrance vaine, Il:
Car leurs cœurs sont toujours pour Dieu remplis d£—
[haine Hs sortent quelques fois de leurs brülants cachots ; fe Ils traversent sans bruit le funèbre chaos 6 Q Qui les entoure au loin d'un cercle lourd et sombre, EC
Comme les doigts d'un mort qui vous étreint duf- E [l'ombre Mais leur peine est la méme: ils souffrent en tout lie * B
Et partout les poursuit lu justice de Dieu. “D
DU CANADA 61 js le jour luit, E Aux enfers arrivé, l'ange maudit s'arrête ;
la nuit. Avec un rire amer il relève la tête
ce et navre Et jette aux cieux lointains un blasphème impuissant,
eux cadavre :E Alors la porte s'ouvre, Ilentre en frémissant
ais Dans le gouffre rempli de flamme et de fumée. 1 Des damnés furieux la plainte accoutumée
d'audace Caresse son oreille et réjouit son cœur.
emandé grace IT leur jette en passant un sourire moqueur ;
flensé, Et tichant d'écarter de ses deux mains la flamme,
Comme un homme qui nage écarte chaque lame,
nee vaine, Il s'approche du trône où s'assied Lucifer :
eu remplis d£—: Noble rival du Dieu qui creusa cet enter,
[haine
ts cachots ; + Natan, je viens, dit-il, de parcourir ce monde
à + Que le maitre du ciel de ses bienfaits inonde, Let sombre, FE: Comme pour se moquer de nos tristes malheurs étreint da” Et nous fuire sentir de nouvelles douleurs.
+ Bien des hommes de foi prônent encor la gloire
* Du tyraa qui sur nous remporta la victoire.
62 DÉCOUVERTE Mais malgre les faveurs qu'il épanche sur tous,
+ La pluspart, 6 Satan, l'outragent avec nous,
* Peut-être que bientôt leur noire ingratitude
+ Eteindra son amour et su sollicitude :
+ Et ces étres chéris au bonheur destines + Dans les flammes seront comme nous enchaineés, + O0 la lutte superbe 06 la belle vengeance ! « Qu'il sache, l'ennemi, quelle est notre puissance !
+ Nous sommes rois ici comme lui dans son ciel !
+ La terre pres du sien élève notre autel !
+ Combattons cependant, ne cessons pas la guerre ! F + Les amis de son nom ne se reposent guère ! Les # Voici qu'ils vont déjà, pareils à des géants, Une + Sur de hardis vaisseaux franchir les océans. Et | “ Pour apprendre sa gloire aux peuplades sauvages BNur + Qui nous rendent encor de fidèles hommages ! Et d
* N'ai-je pas vu moi-même, 6 puissant Lucifer,
# Trois navires voguer au milieu de la mer !
ur tous, ous,
tude
nchines.
‘€ | puissance |
son ciel !
la guerre !
ère !
units.
HUIDA SAUVALES
ages !
citer.
Hs vont au Canada renverser notre culte, Et faire à ta puissance une sanglante insulte !
* [Is portent vers ces Lords des Prêtres du vrai Dieu!
: (‘es homimexs dévoués nous troublent en tout lien.
+ En ruses, en moyens notre esprit est fertile,
+ Nous pouvons rendre er cor leur pro;et inutile,
* C'est à toi d'ordonner, c'est à nous d'obéir !
Que Dieu sache comment nous voulons le haïr!
Et cessant de parler, le fidèle ministre Leva sur Lucifer son œil fauve et sinistre.
Une langue de feu le mordit aussitôt Et lui fit exhaler un lugubre sanglot.
Sur leurs brasiers ardents les damnés se tournèrent,
Et de leurs cris plaintifs les enfers résonnèrent.
Après avoir paru se recueillir un jeu, Le fier Satan, debout sur son trône de feu, Laissa tomber ces mots de su bouche maudite : "+ Qui, c'est en vain que Dieu du haut du ciel médite + D'empécher mon pouvoir de sortir hors d'ici ! + Comme lui je suis roi : J'ai mes sujets aussi ! Mon joug semble plus doux, mes promesses plus belles: Je puis rendre à ses lois tous les peuples rebelles, * Si vous me secondez de vos nobles eftorts Nous verrons à la fin où seront les plus forts, ‘ De nous avoir vaincus je veux qu'il se repente ! Non ciel est escarpé ; mais une douce pente Vers mon sombre royaume entraine les mortels, * Ranimons le combat ; renversons ses autels !
‘ Que les bons serviteurs que son amour protége Ai
: Trouvent sur leur chemin à chaque pas un piége ! Æ\uss
Et ne laissons jamais le flambeau de la foi Anin
* S'allumer aux pays qui vivent sous ma loi. Ye h:
lite :
a ciel médite !
, d'ici !
aussi !
es plus belles:
es rebelles, l's torts, ‘epente | ente mortels.
itels !
otege
un piége !
oi.
+ taut faire perir les hommes téméraires
Qui veulent éclairer ces ténébreuses terres !
* Ministre dévoue, tu dis que sur les eaux,
* Cherchant le Canada, trois rapides vaisseaux
: N'avancent secondés par un vent fuvoruble ?
‘Je saurai déjouer ce complot formidable,
+ Au fond de l'océan, dans son lit de limon, epose, tu le sais, un pertide démon :
: C'est l'Esprit de la mer, 'eommande les ondes :
C'est lui qui les appaise ou les rend furibondes,
“Va, dis-lui sans retard qu'il déchaine les vents
Et lance jusqu'au ciel les flots noirs et mouvants,”
Ainsi Satan . mi «tre docile, Aussi pervers que fui «ans êtro moins habile.
Animé du désir de propager le mal,
Se hata de laisser le séjour infernal.
Comme un trait enflammé dans une nuit obscure, I traversa les champs vides, froids, sans murmure, Qui s'étendent autour des gouttres éternels.
[l entendit de loin les hymnes solemnels
Que la terre chantait à son Céleste Maitre.
Peut-être un noir courroux, un souvenir peut-être
Fit briller un moment une larme à ses yeux :
Ce ne fut que l'éclair qui passe dans les cieux, Et bientot il s'arma de sa froideur première.
I aborda ce monde inondé de lumière,
Cet astre favori que son divin Auteur
Se plut à décorer avec grâce et splendeur Comme le front serein d’une épouse nouvelle.
Comme un sinistre oiseau se berce sur son aile, I se berça longtemps sur les vagues des airs Et vit les trois vaisseaux qui sillonnaient les mers. Alors il s'élanea vers les grottes profondes
Que l'Esprit de la mer habite sous les ondes,
bscure,
nurmure.
peut tre ‘UX : jeux.
dre.
ile.
\ aile,
ils
es Mers.