‹ Deux poëmes [i.e. poèmes] couronnés par l'Université Laval [microforme]Chapitre 8 sur 47 · JACQUES CARTIER · texte numérisé non relu

JACQUES CARTIER

Pendant que dans les cieux les harpes solennelles Relisent du Seigneur les gloires éternelles ; Pendant que sur la terre un Esprit infernal S'eftorce d'assurer le triomphe du mal,

L'ange du Canada qu'un zèle immense embrase Sort du divin Séjour, Son vol ‘apide rase

Les astres lumineux dans l’espace semés

Comme au bord de la mer les phares allumés

Pour éclairer, le soir, le navire au flanc sombre, Bien au-dessous de lui, dans les mondes sans nombre Qui sont comme les fleurs des champs de l'intini, Son regard inquiet voit le monde béni

Où le Fils du Très-Haut vint habiter lui-méme,

Et son cœur est rempli d'une ivresse suprèéme,

Lu moitié de la terre est dans l'obscurité,

Mais il a le flambeau dont la douce clarté

Doit luire pour tout peuple assis dans les téenebres, Il découvre à la fois les lieux les plus célèbres, C'est toi qu'il voit d'abord, illustre Bethléem ! Déicide cité, sombre Jérusalem.

Il te regarde aussi, mais ses yeux ont des larmes! O Fille de Juda, qu'as-tu fait de tes charmes ?

Au milieu de tes monts, dans tes champs rocailleux, Il voit étinceler tes dèmes merveilleux.

O Rome, ville sainte, héritage de Pierre !

Mystérieux foyer d'où part cette lumière

St Où | Iles Font Cent Comi S'eftc Mire:

Dans

re, Qui doit briller aux veux de tout homme ici bas! nombre Opulente cité, toi qui prends tes ébats fini. Sur le rivage en fleurs de l'indolente seine,

Comme une jeune fille au bord d'une fontaine, ne. L [reconnait aussi tu gloire et tes beautés ! \e, Muis ce n'est pas vers vous, 6 superbes cités,

4ue l'ange se dirige en sa course rapida !

nebres,

Sur le bord de la mer, duns une anse limpide

TS é Où le souffle des vents n'agite point les flots, ÿ l'est une humble ville où les gais matelots, Font entendre, Le soir, leurs chansons amusantes. nes !

à Cent navires cambrés sur leurs ancres mordantes, | Comme de fiers coursiers qu'une puissante main “ailleux.

S'eftorce de tenir sur le bord du chemin, Mirent avec orgueil leurs superbes mâtures

Dans l'onde où Saint-Malo voit luire ses toitures.

C'est lù que tend le vol du divin voyageur, L'occident resplendit d'une vive rougeur :

Le long des bords riants serpente lu gondole ;

Et le soleil revét d'une immense auréole

Le front pur de la mer qu'il dore en se couchant. L'angelus du soir sonne; et d'un accent touchant

Les pieux matelots invoquent tous Marie,

Muis quel est-il l-bas ce marinier qui prie A genoux sur le pont de son coquet vaissenn,

Quand les autres déjà cherchent le chant nouveau

Qui va faire oublier la sublime prière ?

Son regard est rempli de la vive lumicre Que jette par torrents l'occident enflammeé ; Dans une sainte extase il parait abimé, Balançeant dans les airs son aile diaphane,

Au-dessus de son front un moment l'ange plane,

chant.

tehunt

VGA

lune,

Puis il vient prés de lui e jeter à genoux,

HE lui purla tout bas un langage bien doux,

Cur le dévot marin, pendant une heure entière, N'entendit pas chanter lu jeune batelière

Dont Le fragile esquif se berçait tout aupres ; Ni murmurer ln brise à travers les agrès :

Ni guzouiller l'oiseau perche dans les cordages ; Nivire d'un ris franc les joyeux équipages,

Et pendant qu'il était à genoux sur le pont.

Une aurcole d'or enveloppait son front,

Mais nul sur le vaisseun ne vit l'ange descendre ;

Et pendant qu'il parlait aneun ne put l'entendre,

Quand le marin sortit de son recueillement Les tenebres du soir montaient au firmiment,

Et sur les flots obscurs les carènes coquettes

A peine dessinaient leurs sombres silhouettes,

Sur quelques bâtiments tout semblait en repos ; Sur d'autres s'éveillaient les caustiques propos, Ou les accents plaintifs de l'humble cornemuse, Ou les chansons d'amour qu'une naïve muse

Dictait au jeune mousse assis sur le gaillard,

, Deux hommes, cependant, sombres comme un brouil- [lard Etaient assis ensemble, appuyés au vaigrage.

Et parlaient à voix basse un étrange langage. Fai Sur le méme navire où l'Envoyé divin Un Etait venu prier à coté du marin : Lu.

C’étaient Taiguragny le chasseur intrépide, Con Domagava son frère au pied leste et rapide. Les Si le jour eut encore illuminé les cieux Dan On aurait vu des pleurs s'échapper de leurs yeux : Ven On aurait vu souvent leurs visages de cuivre Et Se tourner vers la mer comme pour y poursuivre Le

pos ;

pos,

use,

un brouil-

[lard

YCUX :

ivre

UU CANADA Un fantôme chéri qui s'éloignait toujours.

L'un regrettait son are et l'autre SOS AMOUrSs,

Cartier, car c'était lui qu'avait visité l'ange, Éprouvait dans son cœur quelque chose d'étrange. ‘clairé par la foi, par l'espoir soutenu,

[se sentait alors poussé vers l'inconnu.

lnvisible à ses yeux, l'ange avait à son âme Fait entendre longtemps sa parole de flamme.

Un trouble inexprimable agitait ses esprits.

I voyait S'élever devant ses yeux surpris.

‘Comme au milieu des mers un magique mirage,

Les bords voluptueux d’un monde encor sauvage.

Dans ce monde nouveau mille peuples obscurs

Venaient devant la croix briser leurs dieux impurs

Et redire au Seigneur une ardente prière.

Le sommeil bienfaisant fuyait de sa paupière :

Il marchait à grands pas sur le pont du bateau

Et son pied résonnait comme un coup de marteau. Il était obscédé par son réve sublime,

Et sentait que le ciel, dans un langage intime,

Le pressait de chercher ces rivages nouveaux Qu'il avait entrevus à l'occident des eaux.

EE pendant qu'il marchait comme un homme en délire, Une légère barque aborda le navire.

Deux marins la guidaient sur les flots ténébreux : Jalobert, Le Breton, deux amis généreux

Dont les jolis vaisseaux étaient mouillés en rade, Ils venaient saluer leur noble camarade.

Cartier les accueillit avec empressement ;

Jl ne s'eflorea point de voiler son tourment .

Il leur dit les secrets de son âme expansive.

Son accent convaincu, sa Voix persuasive,

En les intéressant surent les émouvoir,

Et faire dans leur cœur passer son doux espoir.

Au Form Apres Brave

Colon

Où Le

tetu

nartcau,

me,

Lux :

een délire.

breux :

rade, FRANCOIS [,

Au mme temps Francois le roi chevaleresque

Formait dans son esprit un projet gigantesque,

Après avoir vogué pendant plusieurs longs mois. Bravé mille périls et la mort mille fois,

Colomb avait trouvé ces régions lointaines

ui Où les rois se taillaient de super

bes domaines ;

Et François indigne de voir les autres rois.

Se hâter de ranger ces pays sous leurs lois.

Ne disait en son cœur: * Quoi! ces illustres princes

“ Osent se partager ces immenses provinces

* Sans s'occuper de moi, sans me garder ma part ?

* Pensent-ils que craintif je me tiens à l'écart ?

pa

* Mon drapeau flottera sur ces lointaines ondes,

+ Et la foi par mes soins éclairera ces mondes ! ”

Un jour qu'il fit sortir ses fidèles valets, DC“

Il se retira seul au fond de son palais Ve Et tomba tout à coup dans dt sommeil étranve:. + Al Il eut alors un songe. Il vit venir un ange. + De Comme un globe de feu qui glisse-dans les airs + Pe Cet ange s'avançait surles vagues des mers ; “Ju Et les ondes sous lui courbaient leur cime:fière ;: + Qu

Et sur ses pas restait un sillon de lumière, * La

û princes

a part ?

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ndes.

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Comme un lien de paix, un symbole d'amour Qui devaient à la France attacher de ce jour Les rives d'où venait le messager céleste.

L'ange approchait toujours, et d'un sublime geste Montrait au fond des mers un rivage lointain : —" Vois-tu, s'écriait-il, d vaillant souverain,

+ Vois-tu cet autre monde enseveli dans l'ombre ?

* Quand l'Europe à son tour comme un vaisseau qui [sombre Aura vu S'entr'ouvrir, dans la suite des temps,

* Le gouttre de l'oubli sous ses pas chancelants,

‘Ce monde jeune encor, plein de sève et de vie,

* Verra toute la terre à ses lois asservie.

: Alors il fleurira comme les rejetons

: Dont les tendres rameaux se couvrent de boutons,

: Pendant que tout près d'eux un vieil arbre se fane. : Jusqu'ici cependant c'est dans un but profane

* Que les grands de l Europe ont volé sur ces bords.

+ Lour immense avarice a cherché des trésors.

{41 DÉCOUVERTE # Mais toi, va du Seigneur publier la clémence,

«+ Et porter en ces lieux la divine semence.”

Ainsi parlait cet ange, et le son de:sa voix Vibrait comme le cor qui chante sous les bois.

IL S'approcha du prince et sa lèvre vermeille

Lui murmura tout bas d'autres mots à l'oreille :

De son sommeil alors aussitôt s'éveillant,

Le roi vit s'envoler un fantome brillant. + D ‘D

Le soleil n'avait pas de ses rayons d'opale: LL Eclairé bien souvent la grande capitale, + P) Lorsque devant le trone-un illustre marin 6 EL Vint tenir se langage au jeune souverain : « Di -—“ De ses feux bienfaisants l'astre du jour inonde + Qu

“ Sans jamais se lasser tous les peuples du monde

y" A Le

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