PAUL DE CAZES— DEUX POINTS D'HISTOIRE
Or, si ce voyage n'a eu lieu ni en 1578 ni en 1598, quelle année faut-il lui assigner ? C'est là la question que je me suis posée. Je ne me flatterai pas de l'avoir résolue d'une manière irréfutable ; mais je crois avoir fait une preuve de circonstances que vous trouverez peut-être digne d'arrêter votre attention.
En admettant que le marquis de La Roche ait entrepris son voyage au Canada en 1589, c'est-à-dire l'année même où furent révoquées les lettres patentes des neveux de Jacques Cartier, il est fort possible alors qu'il ait été fait prisonnier, à son retour, par le duc de Mercœur qui, au printemps de cette même année, et à la suite de l'assassinat du duc de Guise, était devenu le chef du parti de la Ligue, en Bretagne.
Sa captivité aurait duré de 1589 à 1596 — époque à laquelle M. l'abbé Ferland en fixe le terme — et il aurait été relâché pendant la trève qui suivit l’abjuration de Henri IV.
Puis, peu de temps après sa sortie de prison, à l'assemblée des notables qui s'ouvrit à Rouen le 4 novembre 1596, et à laquelle sa naissance devait l'appeler, il aurait raconté au roi le triste résultat de sa tentative de colonisation au Canada.
Enfin, Messieurs, si l'appréciation que je viens de faire de ces deux points de notre histoire ne vous semble pas exacte, j'espère que vous voudrez bien reconnaître au moins qu'elle a le mérite de faire concorder les principaux faits qui s’y rattachent avec des documents d'une incontestable authenticité.
Peut-être est-ce ici le cas de dire : Se non é vero é bene trovalo.