IMPRIMERIE PAUL ATTINGER
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(Afrique australe)
par HENr1 BERTHOUD, Missionnaire à Valdézia,
SPELONKEN (Transvaal).
Le 31 octobre 1895, j’eus l'honneur de communiquer à la Société Neuchâteloise de Géographie quelques observations que j'avais eu l’occasion de faire au cours de mes voyages dans le pays de Gaza. M. le secrétaire de la Société a été assez aimable pour trouver à ces notes un certain intérêt, et c'est sur sa demande expresse que je les rédige, sans me faire d’illusion sur ce qu'elles ont d’incomplet.
LE LAC SULE !
Par une belle et chaude journée d'hiver de l’année 1891, le 14 juillet, j'achevais la dernière étape d’un voyage pédestre de six semaines. Mes collègues m’avaient chargé de l’entrepren-
1 Prononcer exactement comme l’imparfait du verbe français saoûler: saoulaîit.
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dre pour rendre visite au puissant potentat nègre Gungu-
nyane, détrôné quatre ans après. Depuis la veille, nous traversions un pays couvert de monticules et très boisé, entre le Shengane et l'Océan Indien, antiques dunes dont le sable n’a pas encore eu le temps d’être recouvert d’un humus bien. épais.
Ces collines sont habitées par deux tribus différentes, les Makwakwa et les Tshôpi, qui ont taillé, dans ces magnifiques forêts, de vastes clairières. Là ces indigènes ont construit leurs villages singulièrement fortifiés, et labouré des champs dont la fertilité dépend de la pluie et de la rosée des cieux. Au moment où nous émergions de ces bois pour entrer à Mandlakazi, la résidence de Gungunyane, mon regard fut agréablement surpris de pouvoir se reposer sur une nappe d'eau, plus charmante que toutes celles que nous avions rencontrées jusque-là, aux rives en pentes douces et recouvertes d’un tapis de gazon touffu que mes ânes, en bêtes pratiques, se mirent aussitôt en devoir de tondre, sans songer le moins du monde à se repaître de la vue d’un aussi riant paysage.
Nous étions devant le lac Sule, au bord duquel, deux ans auparavant, Gungunyane, quittant le Mosapaï!, était venu s'établir pour être plus près ‘de ses invincibles ennemis, les Tshôpi. Le lendemain, j'allai me promener au bord du lac, et mon attention fut bientôt attirée par une ile verdoyante qui me paraissait changer de place comme poussée par un moteur invisible. Le spectacle était trop intéressant pour que je ne demandasse pas des renseignements sur cet étrange phénomène, et voici ce que j'appris des anciens propriétaires du pays.
Le lac n'avait que quatre!ans d’existence, étant né en 1887. À sa place s’étendait auparavant une belle plaine formée de fertiles alluvions et produisant de riches récoltes de maïs. Dans cette plaine, les « sourciers » tshôpi avaient creusé cinq puits, de 2 à 3 mètres de profondeur. L’eau en était douce, mais son peu d’abondance exerçait chaque jour la patience des femmes qui s'y pressaient dès l’aurore, à l’assaut de l’eau filtrée pendant la nuit. Un beau matin, quelle ne fut pas leur stupéfaction quand, à la place de leurs puits et de leur plaine, elles se trouvérent en présence d’une nappe d’eau claire et pure, mais...
! Prononcer l’s dur, comme s’il y en avait deux.