‹ Deux problemes hydrographiques du pays de GazaChapitre 2 sur 11 · RUE 7 AE · texte numérisé non relu

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saumäâtre ! Ce mystérieux événement ne pouvait manquer de lancer en campagne tous les devins et les sorciers, dont les osselets se mirent à exécuter une danse furibonde pour découvrir les auteurs de cette maligne transformation de leurs sources et de leurs champs plantureux en un lac amer et stérile ! Rien n'y fit, le joli lac resta là. Bien plus, son niveau s’éleva constamment et ses dimensions Ss’accrurent en proportion ; lorsque je le vis, quatre ans plus tard, sa croissance n’était pas encore terminée ; il continuait à dévorer le pays ; les sentiers, les champs, les arbres étaient peu à peu engloutis par ses eaux. Allant un jour à Odouengo, la « ville des pleurs » habitée par les veuves de Mozila, père de Gungunyane, je longeai le Sule pendant 2 à 3 kilomètres, et souvent le vieux sentier devait se détourner dans la brousse pour éviter l’eau envahissante. |

Trois ans plus tard, d’après les nouvelles que je reçus de cette région, le lac avait continué son mouvement ascensionnel ; il devait être encore monté de 4 à 5 mètres. De mon campement de Mandlakazi à la Résidence portugaise, le chemin que nous faisions à pied sec se trouvait, en 1894, recouvert d'un mètre et demi d’eau, et, particularité étrange, vers le milieu de la journée, l’eau se retirait laissant le passage libre.

Dans leurs migrations nocturnes, les hippopotames avaient fini par découvrir le Sule, et quatre de ces amphibies avaient pris possession de ce nouveau domaine. Un autre animal y avait, dès l’origine, élu domicile, un monstre aquatique, une manière de dragon fabuleux, qui joue un grand rôle dans les légendes et la vie superstitieuse des indigènes. Les Thonga l’appellent le nésanda-vahloti, ce qui signifie : celui auquel les chasseurs ne peuvent rien. Un soir que nous faisions encore la causette autour du feu, mon attention fut attirée par un bruit singulier, partant du lac, dont nous étions éloignés de 200 mètres, un bruit comme je n’en ai entendu ni parmi les oiseaux ni parmi les bêtes à poil, son caverneux et sourd, pareil à ceux que les lions émettent à la fin de leurs gammes de rugissements. Je connaissais ies légendes du ntsanda-vahloti, frère des pythons et des vouivres, mais ce son m'était tout à fait inconnu. Je pris ma carabine et voulus aller explorer les bords du lac pour me rendre compte de l’origine de ce bruit. « Comment, me dirent mes gens, tu crois pouvoir tuer ce monstre et

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même le voir? N’y va pas, c'est inutile !» Voyant que nul ne voulait m’accompagner, je dus renoncer à mon expédition, reorettant de ne pouvoir comme Hercule tuer cette nouvelle hydre de Lerne. |

Les renseignements que me fournirent les indigènes et l'examen des rives du Sule me donnèrent l’explication de la présence de ces îles flottantes, sinon du lac lui-même: Il semble que lors de l'apparition du Sule, il a dû se produire un effondrement du sol à l’endroit où se trouvaient les cinq puits. Les natifs ont remarqué en effet que les pentes inondées des collines, de régulièrement douces qu'elles étaient autrefois, prenaient, à mesure que les eaux s’élevaient, une inclinaison beaucoup plus rapide, et je pus constater moi-même la réalité de ce fait. Lorsque le lac est en mouvement sous l'impulsion des vents, les vagues qu'ils soulèvent désagrègent sans peine et sans cesse ce sol composé de sable presque pur, dont les particules descendent rapidement dans le fond de la dépression ou du gouffre : cette désagrégation ne laisse surnager qu'une végétation touffue dont l’enchevêtrement et la cohésion font illusion sur l’étendue réelle du lac et voilent l’affouillement des racines des herbes riveraines. Puis un beau jour, lorsque l'effort des vagues a réussi à détacher de la rive une certaine surface de ces herbes, celles-ci partent gaiement en dérive, formant des îles verdoyantes qui conservent leur fraicheur jusqu'à l'hiver suivant. Et ces îles se promènent ainsi d’un bout du lac à l’autre selon le caprice des vents, se réunissent, se séparent ou disparaissent, donnant au lac une physionomie constamment nouvelle.

Ce phénomène n’est pas particulier au lac Sule. Je lai remarqué dans d’autres lacs, entre autres dans le Hangwane, à mi-chemin entre Rikatla et Lourenço Marques, étang ou plutôt forêt de roseaux lorsque je le traversai en 1885 et 1889, devenu un petit lac en 1893 quand je le vis pour la dernièré fois. Il y a là sans doute un fait général, probablement périodique, correspondant à des périodes d'années sèches alternant avec d’autres périodes humides ou pluvieuses. Les indigènes s'accordent aussi pour attribuer à ces périodes alternantes les étonnants changements que leur pays subit dans le cours de quelques années. Pendant les périodes sèches, les lacs diminuent d’étendue ; d’autres disparaissent, de même que tous les étangs de

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