‹ Deux problemes hydrographiques du pays de GazaChapitre 7 sur 11 · PL PRES · texte numérisé non relu

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ces deux fleuves se trouve, sur la rive gauche, un large chenal — à sec lorsque j'y passai en juillet 1891 — par où leurs eaux pénètrent dans le lac Pfoukwé et le remplissent. A l'extrémité opposée du lac un autre chenal permet au trop-plein du Pfoukwé de s'échapper pour aller former une autre rivière, le Makèzè ; à son tour, ce dernier se divise bientôt en deux branches, le Makèzè et le Pivyane, qui s’en vont parallèlement se jeter dans le Nvangoulé.

Exposons maintenant le problème posé par les informations indigènes des rapports du Limpopo avec ses deux grands voisins, le Nkomati et la Sabi.

1) Prenons d’abord les points de contact du Nkomati avec le Limpopo. IIS paraissent être au nombre de trois : le Loumane, le Mounyouâne et le Shishimi.

A) Commençons par le Loumane, puisqu'il a été l’hamecçon auquel a « mordu » notre curiosité éveillée par les étonnants récits de ses riverains ; toutefois il est bon de répéter encore que je ne fais ici que réunir en un faisceau les renseignements recueillis de la bouche des indigènes sur cette intéressante question, laissant aux futurs explorateurs du Gaza le soin de vérifier ces dires ou d’en démontrer l’inanité.

a) Dès l’abord la question se complique par la discordance des assertions indigènes. Tlélélane, le passeur du Loumane, m'assura que sa rivière allait rejoindre le Nkomati près du village de Shikonwanyane, en amont de Morakouëène, le grand gué du Nkomati, non loin de son embouchure dans la mer. Or la carte de M. Grandjean du bas-Nkomati indique un village de Nkoñwana au confluent du MongoroKa et du Nkomati, mais. à une assez grande distance du gué de Morakouène. En accordant une certaine élasticité à la forme des noms et aux indicaüions géographiques des indigènes, il faut reconnaître que le renseignement de Tlélélane présente des chances de véracité qu’une exploration du Mongoroka pourrait seule confirmer ou infirmer.

Il me donna aussi les noms de quatre lacs formés par le Loumane le long de son cours, le Pavi, le Shiroundèlè, le Shitsoti et un quatrième dont je ne pus retenir le nom entier ; il commence aussi par Shi...

b) Quelques jours après notre passage du Loumane, étant sur les bords du beau lac Bohémbyvé, Shitlérisé m’assura que

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le Nkomati possède un affluent du nom de Moungwênya qui — comme tous les ruisseaux de ce pays — est riche en fondrières et en lacs, et va rejoindre le Loumane quelque part au milieu des collines sablonneuses qui s'étendent derrière le Bohémbyé. Or la carte de M. Grandjean n'indique aucun affluent de ce nom, mais elle note le village d’un certain Ngwénya, non loin de l'embouchure d’un ruisseau, le Mbilana, dont la source pourrait n’être pas éloignée du cours supérieur du Loumane. Là encore une exploration est nécessaire pour résoudre ce problème.

c) D'autre part, notre collègue, le Dr G. Liengme, qui a traversé cette partie-là du pays, m’assure que les deux renseignements ci-dessus ne peuvent être que faux, parce qu'il y a des collines qui doivent couper en travers ces vallons que l’on cherche à réunir ; que si le Loumane communique avec le Nkomati, ce ne peut être que par un troisième affluent de ce dernier, le Nwandoumboula, qui rejoint le Nkomati à son coude Nord-Est, non loin de Magoulé. II dit avoir traversé dans la partie méridionale de la forêt de Shibatla trois rivières ou dépressions descendant au Sud, et qui lui paraîtraient, soit toutes trois, soit telle d’entre elles, les sources supérieures du Loumane.

Le Dr Liengme a sans doute raison contre les natifs, mais il

est possible encore que ces derniers n’aient pas complètement tort.

d) Une autre hypothèse a été émise par M. A. Grandjean (Bulletin de la Société Neuchätelvise de Géographie, tome XII, 1900, page 325). Abandonnant à ses risques et périls le terrain connu et plus sûr du Loumane, il fait la supposition que tous les lacs qui longent la mer entre le Limpopo et le Nkomati sont en relation directe les uns avec les autres au temps des hautes eaux ; le lac Nyantsiri, le plus rapproché du Limpopo, serait en rapport avec ce dernier, et, à l’autre extrémité, le Pathi s’écoulerait dans le Nkomati.

Cette supposition saute en effet aux yeux à la seule vue de la carte du pays ; seulement le Nyantsiri devrait alors communiquer avec le Limpopo non plus par le Loumane, mais par une fondrière que Saint Vincent Erskine (Journal of the Royal Geographical Society of London, volume XLV, 1875, page 73) traversa en septembre 1871 et appelle Silandane River, a wide

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and meañdering tributary ; nous l’avons traversée de même en juillet 1889, mais elle était absolument à sec ! Ce ne serait cependant pas une objection insurmontable si l’on se souvient de ces périodes d'années sèches alternant avec d’autres périodes humides. Il y a pourtant contre cette hypothèse d’autres faits que je relève dans mes souvenirs et dans mes notes. Plusieurs de ces lacs m'ont paru absolument indépendants de leurs voisins. Dans mon croquis du lac Shitsoulé, je trouve indiqué qu’il n’a pas d’issue, entouré qu’il est de toute part par de hautes dunes de sable. Lui-même ne reçoit que du côté du Nord deux petits affluents, dont l’un, le Noûné, paraît venir directement des collines de l’arrière-pays. De même, le lac Sôsé semble tirer ses eaux du Nord ou du Nord-Ouest. Mais ici

encore mes renseignements sont insuffisants pour rejeter à priori l'hypothèse de M. Grandjean.

B) Le Mounyouäne. La question qui nous occupe a fait un pas vers sa solution par suite des recherches personnelles de M. Grandjean. Lorsqu'’en 1889 je lui parlai du problème des relations entre le Nkomati et le Limpopo, il reçut ma communication avec un scepticisme que je ne pus qualifier que d’assez naturel. C’est heureux cependant qu'il ne s’en soit pas tenu là et qu'il ait commencé de son côté des recherches, étant donné l’inestimabie avantage qu'il avait de vivre, en ce temps-là, sur les bords du Nkomati et de pouvoir s'assurer de visu de l’exactitude des informations des indigènes. Grâce à M. Grandijean, nous avons des données aussi exactes qu’on peut le désirer, sur un, tout au moins, des points où les deux fleuves prennent contact, si bien qu’il peut nous dire (volume cité, page 314) que d’après les indigènes, une barque pourrait passer facilement par cette voie du Limpopo au Nkomati pendant deux mois de l’année. Cette voie est celle qu’il a décrite dans la même page, et qui, sortant du Nkomati par le Nkolouäne, traversant le Shualé du Sud au Nord, sortant de ce lac sous le nom de Kounohé, aboutit au lac Noondé ; de là, contournant l'extrémité Nord des collines de Shibatla, elle va joindre le Noonouâne, affluent du Mounvyouâne, qui lui-même débouche dans le Limpopo par deux ou trois canaux différents et très distants les uns des autres.

Chose singulière et digne d’être notée, déjà en 1885, lors de

mon premier passage à Antioka, les natifs me communiquè-

rent que le Kounghé tombe dans le Limpopo chez Manjobo. J'’inscrivis tel quel ce renseignement dans mes notes, sans connaître le rapport du Kounghé avec le Nkomati, et par conséquent sans me rendre compte de la valeur du renseignement que je recevais. Il n’est pas sans quelque intérêt de l’exhumer aujourd'hui que ce chenal acquiert une importance spéciale.

On peut facilement se rendre compte de l'importance des recherches de M. Grandjean. Non seulement l'existence de ces relations entre les fleuves y reçoit un éclatant appui, mais M. Grandjean à découvert l’un des points où ces relations existent, au dire des indigènes, pendant deux mois de l’année. Et quoique M. Grandjean n'ait pas pu faire lui-même l’expérience du passage d’un fleuve à l’autre, il le met si peu en doute que son imagination lui fait faire un rêve pour la réalisation duquel tous les amis des indigènes du Gaza font les meilleurs vœux.

C) J'ai mentionné plus haut le Shishimi comme étant un troisième point par où les deux fleuves peuvent mélanger leurs eaux. Ici encore je me contenterai de donner purement et simplement les assertions des nègres eux-mêmes.

Parmi les innombrables dépressions latérales dans lesquelles le Limpopo déverse son trop-plein, le Shishimi et ses huit lacs en sont une des plus importantes à cause de la grande fertilité de ses rives et du nombre de villages qui s’y sont établis. Son importance en deviendrait plus sensible encore s’il était démontré que, selon le dire des indigènes, cette dépression ne s'arrête pas à ces lacs, mais qu'elle continue au Sud-Ouest et va rejoindre le Manzi Méhlopé. À son tour, cette dernière rivière possèderait, soit le long de son lit, soit sur un affluent, une série de lacs communiquant entre eux sans interruption. Ces lacs sont les suivants en partant du plus rapproché du Shishimi :le Shikouvati, le Mpaluène, le Misèvè, le Nkanyin, le Mabvoumatüilo, le Shilahlamatové, le Mbimbin et le Nyadzomé. Je ne les ai inscrits sur ma carte que pour mémoire, laissant à un autre explorateur le soin d’en relever l’exacte position.

Il serait intéressant de connaître le point extrême où les eaux du Nkomati, passant par le Shualé, remontent dans le lit du Manzi Méhlopé. Étant données les altitudes respectives des

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