‹ Deux républiquesChapitre 4 sur 49 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

ouvert à tous les vents (1) >)? Est-ce que, sous le protectorat de M. Gambetta, la République serait un « leurre »?

La réponse à ces questions n'est malheureusement pas douteuse. On Ta vu par les citations qui précèdent. L'opinion s'est prononcée. En fait de liberté, de réformes et de stabilité, les hommes indépendants de la presse et des Chambres , si amis qu'ils soient du gouvernement, n'attendent plus rien de lui. — Faut-il donc nous résigner à reporter une fois de plus sur l'avenir nos exigences et nos espérances? Devons-nous demander aux partis d'opposition qui se décernent à euxmêmes l'épithëte de réformateurs et de révolutionnaires quels seront le gouvernement et les libertés de demain? Hélas! si nous interrogeons leurs programmes, nous ne partagerons plus seulement le désenchantement du Temps, de la Justice et du Mot d'Ordre, de M. Louis Blanc et de M. Clemenceau : nous verrons une à une s'envoler toutes nos illusions. . Avec M. Emile de Girardin et M. J.-J. Weiss, nous serons tentés de douter du progrès et de la vérité. Nous nous demanderons si

(1) Discours prononcé par M. Léon Gambetta le 30 août 1871 sur la proposition de loi constitutionnelle de M. Rivet, pour l'organisation des pouvoirs publics.

la patrie française n'est pas condamnée à piétiner indéfiniment surplace avec les mêmes alternatives de despotisme césarien et d'agitation parlement taire, d'insurrections sanglantes et de honteuses léthargies ; si, au lieu d'avancer, nous ne reculons pas ; si nous vivons ou si nous mourons.

Le croirait-on?— Toutes les professions de foi de tous les républicains à toutes les époques sont les mêmes. On les dirait copiées les unes sur les autres. Prenons, par exemple, la candidature la plus avancée qui se soit produite en 1879, celle qui a été le plus énCrgiquement combattue par les partis officiels , la candidature , dans l'arrondissement d'Orange, de M. Alphonse Humbert, jugé depuis par les magistrats de la République tellement dangereux qu'ils se sont vus dans l'obligation de le condamner à six mois de prison pour délit de presse. Eh bien! le programme des électeurs et la profession de foi de ce candidat de la Révolution radicale, de cet ancien forçat politique que la République n'a relâché un moment que pour l'emprisonner de nouveau, sont sensiblement en deçà des professions de foi signées par les membres actuels du gouvernement, quand ils étaient candidats.

M. Humbert demande « la liberté de la presse ,

la liberté de réttnion et la liberté d association ».

M. Jules Ferry, aujourd'hui ministre de l'instruction publique, quand il était candidat républicain en 1869, demandait non-seulement ces trois libertés, il demandait aussi « l'entière liberté tt enseignement », dont M. Alphonse Humbert, candidat républicain révolutionnaire en 1879, ne veut pas ou n'ose pas parler,

M. Alphonse Humbert demande (( la suppression de f inamovibilité. de la magistrature ».

M, Jules Ferry demandait « la destruction de nos institutions judiciaires » .

M. Alphonse Humbert veut « une plus grande extension de nos libei-tés communales ».

Le ministre actuel de l'instruction publique, en 1869, exigeait « la destruction de la centralisation administrative (1) ».

(1) Circulaire de M. Jules Ferry auï électeurs de la 6" circonscription de la Seine, mai 1869. Cette circulaire, dont tous les journaux de répoclue ont publié le tente, contenait entre autres ce passage:

K Pour fonder en France une libre démocratie il ne suffit pas de j>rooIamer :

■i L'entière liberté de la presse;

« L'entière liberté de réunion;

» L'enliire liberté d'asiociation ;

Cl L'entière liberté if enseignement;

K ... Il faut les faire Tivre.

n La France n'aura pas la^ liberté tant qu'elle vivra dans le' de la centralisation administrative; ... tant qu'il existera un d^Btat. une église et des églises officielles ; ... tant qu'elle ne

En 1879 le candidat radical est un timide, un modéré, un prudent, comparé aux candidats radicaux de 1869. M. Alphonse Humbert n'ose pas aborder de front les questions les plus graves, les questions dont dépend Tavenir de la Démocratie. Sur la liberté d'enseignement, il se tait; sur l'organisation de l'armée, il ne dit qu'un mot : il demande banalement le se7'vice obligatoire pour tous. Quelle différence avec M. Hérold, avec M. Jules Ferry, avec M. Léon Gambetta, pour jie citer que ceux-là, qui en 1869 demandaient nettement, — malgré l'unité allemande, malgré Sadowa, — la destruction des armées permanentes! Dans le contrat proposé à la même époque par les électeurs de la première circonscription de la Seine à M. Gambetta, on remarquait entre autres stipulations oubliées sans doute par le Président de la Chambre, mais négligées par M. Alphonse Humbert, « la nomination de tous les fonctionnaires par l'élection, » et la profession de foi par laquelle M. Léon Gambetta adhérait à ce contrat se terminait par cette

dérapas une justice sérieusement indépendante du pouvoir; ... tant qu'elle s'obstinera dans le système des armées permanentes...

« Ce sont les destructions nécessaires, w

Et le 10 juin, au jardin Bixio, M. Jules Ferry apprenant son élection s'écriait : « Vous venez de me confier un drapeau, il ne s'abaissera jamais dans mes mains ; je le jure ici devantle Peuple souverain. »

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