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PROLOGUE

l'air, beaucoup de parfums, beaucoup de rayons; c'est la débâcle, c'est le printemps; on respire mieux, on attend le soleil. Puis les jours passent, rien ne vient. C4'est toujours le brouillard, c'est toujours la brume, c'est toujours l'oubli (1).

Le plus célèbre, le plus étonnant des journalistes, le doyen de la presse française, le député républicain du IX® arrondissement de Paris, M. Emile de Girardin, écrivait solennellement à ses électeurs :

C'est la tristesse au cœur et la honte au front que je fais ce douloureux aveu. En France, on pourra changer de ministres, on poun^a en changer sans cesse, on pourra en changer sans fin, rien ne changera sensiblement, tant que l'instrument ministériel, instrument vicieux, restera le même. Les aspirants au pouvoir promettront des réformes, mais toutes, sous un prétexte ou sous un autre, continueront de s'ajourner et de s'accumuler. Aucune, je dis aucune, ne s'accomplira!

Peu de jours après, M. Louis Blanc s'écriait à la tribune :

Est-ce donc pour en venir là que la France a passé par tant d'épreuves, fait tant de sacrifices, livré au despotisme tant et de si terribles combats (2) ?

Dans le camp opposé, un écrivain distingué, M. J.-J. Weiss, prophétisait qu'en 4980 on verrait une Chapibre française discuter un projet de loi

(1) Le Mot c?'Orrfre, janvier 1880.

(2) Journal officiel du 27 janvier 1880.

sur la liberté de la presse, ou sur la liberté de réunion, ou sur la liberté d'association, et un ministre combattre ce projet avec les mêmes arguments successivement invoqués depuis deux cents ans par les ministres de la Monarchie, de TEmpire ou de la République. Dans le Gaulois du 26 février, revenant sur la même pensée, il ajoutait :

Voilà l'histoire de notre pays en toute chose. Tout y est toujours à recommencer. Si jamais un poète chante, après Virgile, une nouvelle descente aux Enfers, il ne devra plus dire à Sisyphe : « Tu lèveras ce rocher », ni à Ixion : « Tu seras tourné sur cette roue », ni aux Danaïdes ; « Vous emplirez ce tonneau ». Il devra leur dire à tous : « Vous irez faire de la politique en France. »

Que signifient ces plaintes qui, loin de se calmer, deviennent, de mois en mois et de jour en jour, plus vives, plus amères et plus unanimes?

Est-ce que le régime actuel, si longtemps désiré, ne serait comme les précédents qu'une halte entre deux révolutions? Est-ce que la République, présidée par M. Jules Grévy, ne serait pas une solution? Est-ce qu'au lieu d'être une « forteresse », comme le voulait en 1871 Torateur qui préside aujourd'hui la Chambre des députés, elle ne serait, comme il le craignait, « qu'une tente, un hangar

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