‹ Deux Sarcomes au Début de Leur Évolution: Étude sur la Pathogénèse des TumeursChapitre 3 sur 4 · ANT · texte numérisé non relu

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il reste encore bien des points obscurs, tels, par exemple, l’essence exacte du terrain cancéreux et sa cause ou encore le mécanisme de la formation du bourgeon cancéreux et le processus qui est à l’origine de la cataplasie. Cependant, aucune théorie n’est allée si avant dans la pathogénie du cancer, aucune n’est capable, comme celle-ci, d'expliquer, partiellement sans doute, toutes les tumeurs, ni surtout de présenter une aussi grande fertilité, de tant pousser à des recherches nouvelles. Cet échafaudage, en somme assez simple, résume et coordonne de manière très satisfaisante l’ensemble des données connues sur le cancer, poussant

aussi loin qu’il est possible de le faire actuellement l’explicatiou d’un problème aussi obscur.

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Pour démontrer de manière irréfutable la justesse de cette théorie, il faudrait tout d’abord que l’existence du bourgeon cancéreux, tel qu’il vient d’être défini, pût être prouvée par l’examen histologique. Il faudrait ensuite déterminer exactement en quoi consiste le terrain cancéreux et pouvoir révéler cliniquement son apparition. Or, quant au premier point, cette démonstration esl chose quasi-impossible : comment trouver une lésion microscopique avant qu’elle ne produise aucun symptôme et dans quel organe la chercher ? Seules, me semble-t-il, de très longues et très patientes recherches systématiques pourraient y conduire, ou peut-être aussi une trouvaille fortuite. Pour le terrain cancéreux il faudrait des examens sériés du métabolisme des difrérents corps dans différents organes. Enfin, il faudrait montrer que le développement du bourgeon tumoral en cancer coïncide exactement avec la modification du terrain. Cette théorie est donc plus une hypothèse, une méthode de travail qu’une véritable explication.

Si maintenant nous reprenons nos trois cas à la lumière de cette théorie, ils nous fourniront non pas la preuve que nous cherchons, mais une présomption de plus, favorable à cette hypothèse.

L'hémorragie très abondante qui s’est produite dans ces trois kystes est un phénomène qui, naturellement, amène une destruction assez considérable de tissus et une irritation cellulaire. Ensemble, ces deux processus stimulent les cellules et provoquent une régénérescence active des tissus environnants. Celle-ci étant donc un fait établi, nous pouvons dès lors fort bien admettre qu’à

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un endroit très limité et pour une cause qui, malheureusement, nous échappe encore, cette régénérescence a dépassé son but, qu'elle a été modifiée et qu’au lieu de former des cellules normales, elle a donné naissance à une cellule ou à un groupe de cellules douées de propriétés particulières, des cellules cataplasiques, ou mieux, un bourgeon germinatif tumoral.

A quel moment ce bourgeon s'est-il développé en cancer, nous ne pouvons le dire exactement. Cependant il est logique d’admettre que c’est chose très récente : ces sarcomes étant très malins histologiquement (ainsi que le prouve aussi l’évolution de mon premier cas), ont une croissance très rapide et si leur développement était ancien, ils seraient beaucoup plus volumineux. Il faut donc admettre que le terrain de ces trois malades est devenu cancéreux très peu avant l'examen des différentes pièces.

I reste encore à déterminer le moment de l'apparition du bourgeon néoplasique, ce qui est chose fort délicate, puisque le temps de latence peut présenter des variations considérables. Je crois, cependant, pouvoir tirer de mon premier cas les précisions suivantes : l’augmentation brusque du volume de son goitre que le malade a remarquée six semaines avant l’opération correspond évidemment à l’'hémorragie dont nous trouvons les restes dans la cavité de la pièce opératoire. Celle-ci étant la seule hémorragie reconnaissable tant dans l’anamnèse que sur la pièce anatomique, doit être aussi celle qui a fait régénérer les tissus environnants jusqu’à la formation du bourgeon tumoral, qui serait donc vieux de six Semaines à peu près. Son apparition aurait été suivie immédiatement par son développement en tumeur, que le terrain soit devenu cancéreux peu après ou qu'il ait été préexistant, voire même congénital ou héréditaire.

Fischer-Waseis a justifié ses hypothèses en observant surtout le cancer provoqué chez l’animal. Il me semble donc intéressant d'attirer l’attention sur des cas de cancer spontané chez l’homme exactement superposables aux constatations expérimentales.

De même, dans ses nombreux travaux, l’école de Francfort présente essentiellement des cas de tumeurs épithéliales. Il me plaît de donner un argument de plus à ces théories en montrant que pour des tumeurs conjonctives le même mécanisme est parfaitement soutenable, car dans ces trois cas la base régénérative ne fait aucun doute.

Certes, il serait bien osé de présenter ces cas comme des preuves ; ils constituent seulement une présomption en faveur de la

Justesse de cette théorie si bien échafaudée et si séduisante, En attendant ces preuves qui nous manquent encore, un argument de plus n’est pas à dédaigner.

En terminant, je tiens à remercier particulièrement mon

Maître, M. le Professeur W. Gerlach, à qui je dois le sujet de ce travail, et aussi M. le Professeur Werthemann, Prosecteur à l’Institut Pathologique, qui, tous deux, se sont intéressés à cette étude et m'ont aidé de leurs conseils.

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