‹ Deux-SèvresChapitre 11 sur 13 · HOMMES I) ETAT · texte numérisé non relu

HOMMES I) ETAT

Saiute-Héraye, naquit clans ce bourg le 14 décembre 17IÎ2. Après avoir fait de brillantes études au collège des oratoriens, à Niort, il voulut suivre les cours de la Faculté de droit de Poitiers, afin d'entrer ensuite au barreau; mais un chagrin d'amour le fil renoncer brusquement à cette carrière. Épris d'une demoiselle de Poitiers, qui appartenait à l'une des familles les plus riches et les plus nobles de cette ville, il la demanda en mariage à ses parents. Ceux-ci, indignés autant que surpris de pareilles prétentions, éconduisirent avec hauteur le jeune homme, et, pour couper court désormais à toute relation, ils enfermèrent leur fille dans un couvent, où elle mourut de chagrin. Mû par un sentiment de généreuse fidélité pour la femme qu'il avait aimée d'un amour si profond et qu'il venait de perdre, Jallet renonce au monde, entre au séminaire de Poitiers, et, après y avoir fait de fortes études théologiques, il est ordonné prêtre à vingt-sept ans et nommé d'abord vicaire à Gençay, puis curé à Chérigné, bourgade située à une lieue de l'anlique Brioux.

Il vivait en paix dans ce modeste village, où il s'était fait de bonne heure une réputation d'homme charitable, autant que de théologien et de jurisconsulte distingué, quand la Révolution de 1789 lui permit de déployer sur un plus vaste théâtre les nombreuses et séduisantes qualités de son intelligence et de son cœur.

Le grand-sénéchal du Poitou, M. Beuvier de Paligny, ayant, conformément aux ordres du roi, fixé au 16 mars 1789 l'époque des élections générales, Jallet se rendit à Poitiers : « Notre assemblée a com-

HKI IX-SEVRES

mencé ses opérations avant-hier, écrivait-il le 18 mars à ses amis ; c'était un fort beau spectacle : il y avait plus de deux mille personnes. M. le sénéchal ouvrit la séance par un discours qui fut fort applaudi ; c'est un homme de la plus belle figure.... II y avait dans cette assemblée des gens de tous les états, des paysans, députés de leur paroisse. J'en vis un «assez mal vêtu, un gros bâton à la main, assis vis-à-vis un gentilhomme et à côté de deux messieurs très bien ajustés.... Monseigneur est venu à l'assemblée; il n'y a eu ni fauteuil, ni chaise pour lui ; il a été obligé de s'asseoir sur un bout de banc, à côté, d'un curé. Cela l'a si fort humilié, qu'il a sur-le-champ tiré un livre et s'est mis à lire sans s'occuper de l'assemblée. Il s'est retiré bientôt après. »

Dans une seconde lettre, en date du 29 mars, Jallet donne les plus curieux détails sur les efforts tentés par les évêques pour gagner les curés à leur cause; il montre l'hostilité qui éclate à chaque instant entre le haut et le bas clergé, à propos de la rédaction des cahiers; il parle de curés qui, après avoir exprimé hautement leur mécontentement à l'égard des évêques, proposaient ensuite d'élire celui de Poitiers, et il remarque, non sans une certaine ironie, que ce changement d'opinion s'est produit à la suite d'un dîner donné par l'évêque et auquel « il ne voulut point aller, quoique invité ».

Les traîtres en furent pour leurs frais ; les évêques furent totalement abandonnés. Jallet, qui avait demandé avec instance que son nom fut rayé de la liste des candidats, fut néanmoins proclamé septième député du clergé de Poitou, et, un mois après, il arriva à Versailles en compagnie de Lecesve, curé

Page 1