‹ Deux-SèvresChapitre 12 sur 13 · HOMMES D ETAT · texte numérisé non relu

HOMMES D ETAT

de Sainte-Triaise, de Ballard, curé du Poiré, et de Dillon, du Vieux-Pouzauge.

Au sein de l'assemblée du clergé, Jallet exprime, dès les premières séances,'r opinion que les pouvoirs des députés des trois ordres doivent être vérifiés en commun, et, le 12 juin, pendant que l'appel se commençait à la salle du Tiers, il proteste devant les , députés de son ordre, au nom de dix-huit curés « contre tout ce que pourraient faire les membres du clergé pour se constituer en chambre, par une vérification accomplie séparément ». — « Il est temps, s'écrie-t-il, de sortir d'une inaction qui nous déshonore. Nous devons compte à la patrie de tous nos moments ; elle nous a choisis afin de travailler à son bonheur, et jusqu'ici nous n'avons rien fait pour elle ! » Et le lendemain, 13 juin, il se rend avec ses amis Lecesve et Ballard à l'assemblée du Tiers, et prend place avec eux sur les bancs destinés au clergé. A l'appel de la sénéchaussée du Poitou, les trois curés s'avancent vers le bureau, et, en déposant leurs pouvoirs, M. Jallet prononce le discours suivant : « Messieurs, une parlie des députés du clergé du Poitou aux Etats généraux se rend aujourd'hui dans la salle de l'assemblée générale. Nous y venons prendre communication des pouvoirs de nos codéputés des trois ordres et communiquer nos mandats, alin que, les uns et les autres étant vérifiés et légitimés, la nation ait enfin de vrais représentants. Nous venons précédés du flambeau de la raison, conduits par l'amour du bien public, nous placer à côté de nos concitoyens, de nos frères! Nous accourons à la voix de la patrie qui nous presse d'établir entre les ordres la concorde et l'harmonie, d'où dépend le

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, succès des États-Généraux et le salut de l'Etat. Puisse cette démarche être accueillie par tous les ordres avec le môme sentiment qui nous la commande !

. Puisse-t-elle être généralement imitée ! Puisse-t-elle

.enfin nous mériter l'estime de tous les Français! »

Ce discours est salué par des applaudissements

enthousiastes. On se presse autour des curés, on les

. embrasse, et l'admiration qu'ils inspirent est telle qu'on acclame le nom de Jallet et qu'on l'invite à prendre place au bureau.

Paris et la province célébrèrent à l'envi la conduite des trois Poitevins ; leurs portraits furent répandus dans Paris avec cette légende : Tout pour la patrie et pour la liberté ! Les grands dignitaires de l'Eglise, au contraire, les qualifièrent de transfuges et, par la violence de leurs attaques, provoquèrent la publication d'un écrit, dû à la plume de Jallet, dans lequel ils expliquaient et justifiaient leur conduite.

Le 20 juin, Jallet est au Jeu de Paume; le 22, à la séance de l'église Saint-Louis ; le jour de la prise de la Bastille, ses collègues le choisissent pour faire partie du Comité des finances ; le 4 août, il montre son désintéressement en abandonnant à la nation le privilège de la dîme ; au moment où l'on va discuter la Déclaration des droits, il publie un nouvel ouvrage, Idées élémentaires sur la Constitution, où il formule avec une rigoureuse précision ses principes sur les devoirs et les droits de l'homme en société.

Cependant ces luttes incessantes et l'activité qu'il déploie avaient altéré profondément sa santé. Le 13 octobre 1790, il demaude un congé de sept semaines, revient à Chérigné, et si vives sont les sympathies qu'il inspire que les électeurs réunis à

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Niort, les 28, 29,30 novembre et 1" décembre 1790, l'appellent à l'évêché constitutionnel dont un décret avait fixé le siège à Saint-Maixent. Les suffrages presque unanimes ne peuvent le décider à accepter ces hautes fonctions ; il revient à Paris, est avec l'abbé Grégoire un des premiers à prêter serment à la nouvelle constitution du clergé, entre en lutte, en 1791, avec M. de Mercy, évèque de Luçon, fait paraître ses ouvrages Sur la Peine de mort et Sur le Mariage des prêtres et, au moment où il va donner une seconde édition de ce dernier ouvrage, il meurt subitement le 13 août 1791. La veille encore, il siégeait à l'Assemblée nationale.

Il fut inhumé dans les caves de la nouvelle église de la Madeleine.

Agier (1753-1828).

Né à Saint-Maixent, je 23 août 1753, Agier fut député du Poitou aux États généraux et membre de l'Assemblée constituante. Aux États généraux, il débuta par un trait de courage ; il se fit porter, quoique malade, au Jeu de Paume, pour y.prêter, avec ses collègues, le serment de ne point se séparer, avant d'avoir donné une constitution à la France.

A la fin de la session de l'Assemblée constituante, il fut nommé membre de la Cour de cassation, mais il refusa celte haute situation et revint chercher dans son pays natal un repos qui, hélas! ne fut que de courte durée. Suspect aux anarchistes dont il n'approuvait pas les violences, il fut arrêté • et emprisonné. Rendu à la liberté, après le 9 thermidor, il fut nommé commissaire du gouvernement près le tribunal civil de Niort, puis procureur du roi. Un

1827, il fut admis à la retraite avec le titre de président honoraire. — Quand il fut procédé, en audience solennelle, à l'installation de son successeur, M. Brunet, le président Chauvin, s'adressant au nouveau procureur, prononça les paroles suivantes : « Vous succédez à un magistrat qui reste toujours l'ami de ses collègues ; vous succédez à un magistrat qui, par

sa retraite, prive ses collègues d'un zélé collaborateur, et la justice d'un ferme appui. Exprimer notre sensibilité à cette double perte, c'est rendre à Agier un hommage bien mérité. Dans l'exercice des pénibles et importantes fonctions qu'il vous laisse aujourd'hui, il sut toujours allier à la juste sévérité de son ministère la modération, la douceur, la clémence, aimables vertus inhérentes à son caractère. »

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