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IV. — ÉCRIVAINS

Le département des Deux-Sèvres a produit, et dans la plupart des genres littéraires, un grand nombre d'écrivains remarquables. C'est à Niort, en effet, qu'est né cet Isaac de Beausobre qui, chassé de France par la révocation de l'édit de Nantes, alla mettre au service de la Hollande d'abord, de la province de Brandebourg ensuite, son activité et son intelligence, son amour de l'étude et son immense érudition. Niort est également la patrie, et de cette

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Françoise d'Aubigné qui, sous le nom de M me de Maintenon, joua a la cour de Louis XIV un rôle si considérable, et de l'aimable et spirituelle M" 1 " de Caylus, non moins fameuse par l'intérêt qui s'attache à la lecture de ses Souvenirs que par les témoignages flatteurs que les écrivains contemporains ont rendus de la distinction de ses manières et de sa beauté, de son élégance exquise et de la vivacité de son esprit. Enfin, c'est à Niort qu'est né le premier grandmaître de l'Université, le marquis de Fontanes.

Mais au-dessous de ces grands noms, il est possible d'en placer d'autres, moins illustres, sans doute, et moins retentissants, mais dignes, eux aussi, d'attention : Yver, l'auteur d'un roman estimable, le Printemps d'Yver; Bertram, célèbre par ses travaux hébraïques; Babu, prêtre et curé de Soudan, l'auteur des Églogues poitevines ; d'Aviau, connu par l'Oraison funèbre de Louis XV; Bourniseaux, auteur d'histoires intéressantes sur les guerres de Vendée, et M me Briquet, non moins célèbre par ses Essais poétiques que par son Dictionnaire historique, littéraire et bibliographique.

Yver (1520-1372).

Jacques Yver, Seigneur de Plaisance et de la Bigoterie, fils de Jacques Yver, maire de Niort, naquit dans cette ville en 1520. Il est connu par un ouvrage intitulé le Printemps d'Yver, et qui contient plusieurs Histoires disconriies en une noble compagnie au château du Printemps. Le livre est dédié aux belles et vertueuses damoiselles de France. « Pour le zèle, y est-il dit, que je porte aux vertuz, aux grâces et aux muses, j'ay estimé que les vertueuses, gracieuses et

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bien apprises damoiselles, desquelles noslre France se void si heureusement embellie, estoit bien le plus digne subject que je pense estre entre les plus exquises choses de ce monde. » L'auteur suppose que trois gentilshommes, qu'il appelle les sieurs de Bel-Acueil, de Fleur-d' Amour et de Ferme-Foy, arrivent dans un château élevé par la fée Mélusine et où demeurent trois daines, Marie, Marguerite et la dame du château. On entre en conversation et l'on débite des historiettes. Plusieurs de ces contes, écrits dans le goût de ceux de Boccace, sont ingénieux et charmants; le style en est naïf, et souvent gracieux et plein de finesse. « Je n'ai jamais eu, disait, en parlant d'Yver, le célèbre Lacroix du Maine, cet heur (ce bonheur) de le voir ou cognoître que par ses écrits mis en lumière, mais c'est celui que j'ai extrêmement désiré voir, et communiquer avec lui, tant j'ai pris de plaisir à sa façon d'écrire. » Jacques Yver mourut avant que son livre fût imprimé : de là ce quatrain qu'on plaça au bas de son portrait :

Du pinceau le docte soin

Me fait vivre à envie ;

Mais las ! qu'en est-il besoin,

Puisqu'en mourant facquers vye.

Bertraui (1531-1394).

Corneille Bertram naquit à Thouars, l'an 1331, d'une famille alliée à la maison de la Trimouille. Il fit ses humanités à Poitiers et suivit ensuite, à Paris, les leçons du célèbre Ange Caninius, professeur de langues orientales.

De retour dans son pays natal, il recueille la succession de son père qui vient de mourir et se rend,

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en 1570, à Cahors pour étudier l'hébreu sous les auspices d'un savant professeur, François Roaldez. Dans cette ville, il échappe à grand'peine au massacre des protestants, s'enfuit et se réfugie à Genève, où il reçoit l'accueil le plus flatteur. Nommé, peu de temps après, ministre et professeur de langue hébraïque, il se voit forcé, à la suite de quelques contrariétés, de quitter Genève, se relire à Frankendal, dans le Palatinat, y reste quelque temps et obtient la chaire de professeur d'hébreu à Lausanne, où il meurt en 1594 ; il était âgé de soixantetrois ans.

Critique excellent, professeur fort instruit, Bertram est l'auteur de plusieurs écrits estimables. Nous citerons notamment : une Dissertation sur la République des Hébreux, Genève, 1380, Leyde, 1641 ; — une Revision de la Rible française de Genève, faite sur le texte hébreu, Genève, 1588 ; — un Parallèle de la langue hébraïque avec F arabe.

Baba, mort vers 1700.

Jean Babu, curé de Soudan, près Saint-Maixent, docteur en théologie, se distingua par l'ardeur qu'il mit à convertir les calvinistes du Bas-Poitou. Pour arriver plus sûrement à ses fms, il composa, sur plusieurs questions de controverse religieuse, onze dialogues, écrits pour la plupart en vers et en patois poitevin.

Le salut, les commandements de Dieu, l'eucharistie, la messe, le purgatoire, la confession, etc., etc., tels sont les principaux points du dogme catholique qui sont traités par Babu.

Le curé de Soudan mourut vers l'an 1700, sans

avoir la satisfaction de voir son ouvrage imprimé. C'est de la Terraudière qui se chargea de le publier sous le titre suivant : Eglogues poitevines sur différentes matières de controverse, pour l'utilité du vulgaire du Poitou, par feu messire Jean Babu, docteur on théologie, in-12, de 100 pages. Voici le début du poème :

Mé (moi) qui dans mon iargon lis do (des) vers plus de mille

Pr'expliquer à nos gens les œuvres de Virgile ;

Mé qui chanty Titirc, Alexi, Coridon,

Et Silène endormy so (sous) l'ombre d'in brandon (buisson)

^ (je) veux do même style expliquer la créance

Et faire ver (voir) l'esprit des hugueneaux de France.

M me de Maliitcnon (1635-1719).

Françoise d'Aubigné, petite-fille d' Agrippa d'Aubigné, compagnon d'armes et ami de Henri IV, naquit le 27 novembre 1635, à la Conciergerie de Niort, où était enfermé son père, Constant d'Aubigné, sei-

Igneur de Surimeau. Son enfance, commencée sous d'aussi tristes auspices, fut très malheureuse. M" de Villette, tante de Françoise, prit soin de l'élever jusqu'au jour où Constant, sorti de prison par le bénéfice de l'amnistie à la mort de Richelieu, partit avec sa jeune famille pour l'Amérique. Pendant la traversée, la petite Françoise tomba dangereusement malade, et elle allait être précipitée dans la mer quand un hasard heureux fit connaître qu'elle n'était pas morte. Revenue en France, et son père mort (1647), Françoise passa plusieurs années au château de Mursay, près de Niort, chez sa tante M mc de Villette. Françoise avait été baptisée catholique. M me de Villette, héritière des sentiments généreux, mais

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aussi des convictions religieuses du calviniste Agrippa, éleva sa petite nièce dans la religion protestante. Confiée plus tard, vers l'âge de douze ans, à une autre tante, M me de Neuillant, la petite d'Aubigné fut ramenée et, paraît-il, un peu rudement, à la religion catholique.

Devenue jeune fille, elle rejoignit à Paris sa mère qui y vivait d'une rente de 200 livres et de charités discrètes. Vive et spirituelle, douce et enjouée, fort belle et, comme disait le chevalier de Méré, « d'une beauté qui plaît toujours », elle fut distinguée et appréciée par les juges les plus difficiles. Scarron s'éprit pour elle d'une vive admiration et lui proposa de l'épouser, en lui reconnaissant 24,000 livres de dot par contrat. Le poète était infirme, laid, malade; mais sa proposition, c'était l'avenir assuré: elle accepta; elle n'avait que seize ans. Elle n'en fit pas moins, avec beaucoup de grâce et d'esprit, les honneurs de sa maison; elle fut les délices des réunions fréquentes et choisies qui se tenaient chez son époux. Lui-même n'eut qu'à s'applaudir des soins assidus et des attentions délicates de sa belle compagne.

Scarron mourut en 1660. Il ne laissait que des dettes; les 24,000 livres qu'il avait reconnues à sa femme furent contestées par la famille. M m6 Scarron ne voulut pas s'exposer aux risques d'un procès, elle en fit le sacrifice et se retrouva dans la misère ; mais, dans la misère, ses amis ne l'abandonnèrent point. On lui témoigna plus de respect et plus d'affection que jamais; on eut recours à la reine-mère; on l'intéressa au sort de la J^vè' 'el/^n\en obtint une pension de 2,000 livres, jfi'était presque l'aisance.

Ici commence pour Françoise d!Aubign£ l'exis-

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teace à laquelle son caractère semblait la destiner. Libre de tout souci du côté de la vie matérielle, sans parents, elle se multiplie au service des autres, prenant les intérêts des familles avec lesquelles elle est en relations, s'occupant de leurs affaires, instruisant et élevant les enfants et, si vif et si désintéressé est le plaisir qu'elle prend à obliger ainsi tout le monde, que ceux-là même qui craignaient tout d'abord d'abuser de sa facilité à rendre service sont les premiers ensuite à réclamer ses bons offices. Ce fut le beau temps de sa vie. « Je suis heureuse », écrivait-elle à ses amis, et, plus tard, au moment même où elle était dans toute sa splendeur, c'est toujours à ces heureuses années qu'elle se reporte avec le plus de complaisance.

Cependant le jour était proche où, par le jeu du hasard, elle allait être portée au faîte de la puissance et des grandeurs. M me de Montespan eut occasion de la voir chez les d'Albret. Elle fut éprise de son activité, de son intelligence, surtout de son air réservé et discret. Elle lui proposa d'élever les enfants, tout jeunes encore et tenus cachés, qu'elle avait eus dans sa liaison avec Louis XIV. Indécise et hésitante, M me Scarron demanda un ordre du roi. L'ordre fut donné. Dans l'accomplissement de, cette difficile et délicate mission, Françoise d'Aubigné déploya toutes les ressources de sa merveilleuse intelligence et de son héroïque volonté. Au reste, on ne fut pas ingrat envers el.'e : quand le mystère se fut éclairci et que le roi eut reconnu ses enfants, M me Scarron fut appelée à Versailles, et elle reçut, comme don de joyeux avènement, la terre de Maintenon, avec le titre qui y était attaché.

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Le roi, qui d'abord n'avait eu pour elle que de l'estime, subit de plus en plus l'influence de sa haute raison, de son bon sens, si rigoureux et si droit; il lui trouva même des grâces et un charme qui jusque-là lui avaient échappé : il en vint à l'aimer. « A tout autre (1), la tête aurait tourné. M'" e de Maintenon était aussi judicieuse qu'elle avait toujours été, et à cet âge (quarante ans), plus assurée dans sa raison tranquille et froide qu'elle ne fut jamais. Elle ne s'étonnait de rien, et savait tout prévoir, sans rien précipiter. Elle sut attendre, montrant au roi ce qui le flattait le plus, un dévouement sans tumulte et sans faste, une reconnaissance unie et égale, une humeur respectueuse et confiante, dans une dignité inaltérable. » Mettre un terme aux relations du roi avec M me de Montespan et le ramener à la reine, tel fut le désir de la marquise de Maintenon! N'eut-elle en vue, indépendamment d'une bonne action à accomplir, que la gratitude de la reine et l'estime affectueuse du roi? Sur une question pareille, il y aurait témérité à prendre parti. Elle réussit dans son dessein, et la récompense dépassa ses espérances. Dixhuit mois environ après la mort de la reine, un mariage secret, mais authentique, unit le .grand roi à celle qui avait été la veuve de Scarron.

M me de Maintenon, elle-même nous l'apprend dans ses lettres, était née ambitieuse. Elle en fut bien punie par les peines et les dégoûts de toute sorte qui sont attachés à la grandeur. Elle regardait un jour de petits poissons très malheureux dans l'eau claire d'un bassin de Versailles : « Us sont comme moi,

(1) Emile Faguet, Notices littéraires.

d sa vie o Z" ^ b ° Urbe » Et ' vers la fi »

échanne r r SI . ^ ^^ el Si & énéreus e, laissait

échappe ces paroles plus attristées encore: « Si l'on me tuait le cœur de la poitrine, on le trouverait sec et tors comme celui de M. de Louvois »

Epouse du roi, M" de Maintenon fut, ce qu'elle

avait toujours été, institutrice; elle le fut plus que jamais. Apres avmr ^ P I •-

1 epanou.ssement complet de sa puissance, à Montmorency d abord puis à Rueil et au château de Noisy un certain nombre de jeunes filles pauvres et dé « demoiselles », filles de nobles peu fortunés n nouvellement converties, elle conçut et, g- ace Î son mlluence sur Louis XIV, réalisa le proj tVun gmna ^ ^--/Pouvant recevoir cin? clnts peSionnaues. Ce fut Louvois qui choisit l'emplacement Mansardqui dressa les plans, et l'armée quXrnU

^ st M- 7e 2F? m r ^' IemenlS et P-Vammes c est Al de Maintenon qui les rédigea. Louis XIV

lui-même les revit et voulut bien les corriger

baint-Cyr devint « le lieu de délices » de M" de

fn u sT/T, Ià qU 'f & aimait à se "*>«* «e ennuis et des fatigues du pouvoir; là, qu'elle ouïe iamPrt * 1 d " ne - paiX P rofonde > ^ chagrins et

à Z 0° ' , P 6 " 1816 " 06 fiévreUSe q^Ilo menait a la cour Quand l'agonie commença pour le roi et qu elle eut reçu l'assurance qu'il ne reprendrait pas TnT2 n ll C ' eSt à Saint " C yr qu'elfe se rlg "

UsïTmT' et cesl Ia qu ' elle mourut le

vJIT t & Maint , enon est auteur, comme M™ de Sé-

La" mer'e d" K ^ ™ ^ ^ Sa mort ' mère de M de Gngnan est inimitable dans le

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genre épistolaire, comme La Fontaine dans l'apologue. Ce n'est pas un motif de ne pas reconnaître à M me de Maintenon le mérite qui lui revient. La situation où elle s'est trouvée lui commandait beaucoup de réserve et de gravité. Ses lettres ont dû s'en ressentir. Le style en est simple et précis, net et austère. « C'est le style des administrateurs, des diplomates et des hommes d'action. »

De Bennsobre (1659-1738).

Isaac de Beausobre naquit à Niort le 8 mars 1659, d'une famille originaire, dit-on, du Limousin ou de

la Provence. On a prétendu que le véritable nom de cette famille n'était pas Beausobre, mais Bossart ou

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. Beaussart, et qu'elle se rattachait à la maison des barons de Beaux; mais celte fabuleuse généalogie, inventée sans doute par quelque descendant du grand Beausohre, doit être écartée ; il est établi, en effet, qu'Isaac de Beausobre est le fils d'un honnête, mais obscur apothicaire. Son goût pour l'étude s'étant révélé de bonne heure, ses parents l'envoyèrent à Saumur terminer ses humanités et faire sa théologie. En 1679 il est proposant, et en 1683, à Tâge de vingt-quatre ans, il se présente au Synode de Loudun qui le désigne pour desservir l'Église de Châlillon-sur-Indre, où il reçoit l'imposition, des mains.

Il y avait à peine quelques mois que Beausobre élait à Châtillon, lorsque, la révocation de l'édit de Nantes étant survenue, le temple fut fermé. Dans un mouvement d'indignation, le jeune pasteur brise le sceau du roi apposé à la porte du temple, et, pour échapper aux poursuites dont il est menacé, il prend la fuite. Il passe en Hollande, et M me la princesse d'Orange, qui connaît bientôt son talent, le place comme chapelain auprès de sa fille, la princesse Anhalt-Dessau. La princesse, qui a des connaissances très étendues et beaucoup d'esprit, apprécie, comme il convient, le mérite de Beausobre et l'honore de sa confiance. Quant à Beausobre, il profite des loisirs que lui laissent ses fonctions à la petite cour de Dessau et publie, en 1693, la Défense de la doctrine des réformés. Au mois de novembre de cette même année, il prononce l'éloge funèbre de Jean-George II, prince d'Anhalt.

Beausobre suit à Berlin la veuve du duc de Dessau. Tout l'invite, d'ailleurs, à s'y rendre

les

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avantages faits aux réfugiés français, les ressources offertes pour ses travaux, la présence de nombreux amis, ce sont là autant de raisons qui doivent lui rendre agréable le séjour de la capitale du Brandebourg. Après avoir rempli pendant quelque temps les fonctions de chapelain de la cour à Orianembaum, il est, en 1695, nommé pasteur de l'Église française de Berlin, et il exerce ces fonctions jusqu'en 1705, époque de la mort de la reine Sophie- Charlotte. Son époux Frédéric I er , qui partage à l'égard du savant prédicateur les sentiments d'estime de sa veuve, le fait entrer en 1707 au Consistoire royal, et, quand paraît en 1709 Fédit confirmant le droit de naturalité déjà accordé aux réfugiés, c'est Beausobre qui, à la tète d'une députation, exprime au roi la gratitude de tous ses coreligionnaires. Dans une autre occasion, notre Poitevin se fit l'avocat de ses malheureux frères de France. Après la bataille d'Hochstedt, en 1704, le Consistoire le députa, avec son collègue Lenfant et deux anciens, auprès du duc de Marlborough, l'un des vainqueurs de cette journée, pour lui demander d'inviter la France à échanger les protestants qui gémissaient sur les galères pour cause de religion contre autant de prisonniers de guerre.

Les savants et les lettrés du Befuge ne trouvèrent pas auprès du sergent du Brandebourg, Guillaume I er , le même accueil qu'auprès de Frédéric, mais la reine Sophie-Dorothée se déclara leur protectrice. La réputation de Beausobre ne fit que s'accroître. Directeur de la maison française, inspecteur du collège français et, plus tard, inspecteur des Eglises françaises du ressort de Berlin, il devint un des hommes

les plus considérables de cette ville. Il mourut le 5 juin 1738. Le grand Frédéric, en annonçant cette perte a Voltaire, écrivait ce qui suit : « C'était un homme d honneur et de probité, grand génie, d'un esprit fan et délié, grand orateur, savant dans l'histoire de 1 Eglise et dans la littérature, la meilleure plume de Berlin, plein de force et de vivacité, que qnatre-vingts ans de vie n'ont pu glacer. >»

Il nous reste à dire un mot des principaux ouvrages qui ont valu à Beausobre l'autorité littéraire et religieuse dont il jouissait. Nous avons déjà cité la Défense de la doctrine des réformés, qu'il publia à 1 occasion de la conversion au calvinisme du prince luthérien de Saxe-Barby et où il traite des principaux sujets de controverse qui divisent les deux communions. - En 1696, il traduisit, en collaboration avec son collègue Lenfant, le Nouveau Testament. — L œuvre capitale de Beausobre est son Histoire critique de Manichée et du manichéisme, en deux volumes in-4", dont le premier parut en 1734 et le second en 1739, ouvrage remarquable par l'étendue des vues, par la sûreté de la critique et la valeur du style.

M-" de Caylns (1673-1729).

Marthe-Marguerite de Valois, dame de Caylus, fille de Philippe de Valois, seigneur de Villette et Mursay et de Marie-Anne-Hippolyte de Châteauneuf naquit à Niort en 1673. Elle descendait du célèbre Iheodore- Agrippa d'Aubigné, et M"" de Maintenon était sa tante à la mode de Bretagne. M. de Villette était un huguenot très ardent, et, quoiqu'il eût épouse une femme catholique, il fit élever la jeune

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de Valois, comme ses autres enfants, dans la religion protestante.

M me de Maintenon entreprit de la convertir : elle obtint du ministre de la marine que M. de Villette fût commandé pour un voyage au long cours, et il était à peine embarqué qu'elle fit enlever la jeune fille. M me de Caylus raconte elle-même en termes piquants comment on s'y prit pour obtenir sa conversion « A peine, dit-elle, ma mère fut partie de Niort que ma tante, accoutumée de changer de religion et qui venait de se convertir pour la seconde ou troisième fois, partit de son côté et m'emmena à Paris. »

Sur la route se rencontrèrent d'autres jeunes filles plus âgées qu'on voulait aussi convertir et qui se montrèrent aussi étonnées qu'affligées de voir leur jeune compagne emmenée sans défense. « Pour moi, ajoute M mt de Caylus, contente d'aller, sans savoir où l'on me menait, je ne l'étais de rien. Nous arrivâmes ensemble à Paris, où M me de Maintenon vint aussitôt me chercher et m'emmena seule à Saint- Germain. Je pleurai d'abord, mais je trouvai la messe du roi si belle que je consentis âme faire catholique, à la condition que je l'entendrais tous les jours et que l'on me garantirait du fouet. »

A treize ans, la jeune convertie fut mariée à Jean- Anne de Tubières, marquis de Caylus. Ivrogne et bruta.1, M. de Caylus n'était pas digne de sa femme. On l'obligeait à tenir garnison l'hiver, pour qu'il n'approchât ni de la cour ni de sa femme, et cet homme blasé, dit Saint-Simon, ne demandait pas mieux, pourvu qu'il fût toujours ivre.

Quant à M"" de Caylus, elle fit les délices de la

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cour; les écrivains du temps ne tarissent pas d'éloges sur son compte, et le plus difficile de tous, Saint- Simon, va jusqu'à l'admiration : « Jamais, dit-il, un visage si spirituel, si touchant, si parlant, jamais une franchise pareille, jamais tant de grâce ni tant d'esprit, jamais tant de gaieté ni d'amusement, jamais de créature plus séduisante. » Sainte-Beuve est plus enthousiaste encore : « Les portraits qu'on a d'elle dans sa jeunesse répondent à l'idée qu'ont donnée de sa beauté Saint-Simon, l'abbé de Choisy et M me de Coulanges. Soit en habit du matin, soit en habit de cour ou en habit d'hiver, elle y paraît fine, mince, grande, noble, élégante et jolie, d'une taille élevée et qui a tout à fait grand air; une figure un peu ronde, une figure d'ange et où la douceur s'allie à la malice, une bouche fine où la raillerie se joue aisément, de beaux yeux où éclatent l'agrément et l'esprit : en tout la grâce et la distinction même. Que dirai-je encore? Cette figure-là n'a qu'à choisir, elle sera tour à tour et à volonté Esther ou Célimène. » Esther est ici une allusion à la part que prit M°" de Caylus à la représentation de la tragédie de ce nom : c'est, en effet, pour elle que Racine écrivit le prologue de la Piété.

M me de Caylus a laissé, sous le nom de Souvenirs, des mémoires intéressants sur la cour de Louis XÎV. — M me de Caylus mourut en 1727, à l'âge de cinquante-six ans.

A fia a Dubois de Sanzay (1736-1826).

Charles-François d'Aviau naquit au mois d'août 1736, au château Dubois-de-Sanzay, près Thouars. Nommé chanoine de l'église collégiale de Saint-

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Hilaire-le-Grand, à Poitiers, il devint bientôt après premier grand-vicaire. C'est en cette qualité qu'il prononça, en 1774, dans la cathédrale de Poitiers, et en présence d'une assistance nombreuse et distinguée, l'éloge funèbre de Louis XV, « éloge aussi brillant que solide, dit M. Briquet, l'auteur de l'Histoire de Niort, et qui intéresse également l'esprit et le cœur, le goût et la piété ».

L'archevêché de Vienne étant devenu vacant en 1790, le choix du gouvernement se porta, pour occuper ce poste, sur le grand- vicaire d'Aviau. Il avait à peine pris possession de ce siège que la Révolution le força bientôt d'en descendre.

D'Aviau se réfugia d'abord en Savoie, dans le séminaire de la ville d'Annecy, puis dans l'abbaye de Saint-Macaire, et, un an après, il lit à pied le voyage de Rome, où il séjourna plusieurs années. 11 revint en France en 1802 pour occuper le siège archiépiscopal de Bordeaux, auquel il venait d'être appelé par Bonaparte. Sous la Restauration, il fut successivement nommé pair de France et commandeur de l'ordre du Saint-Esprit. Il mourut le 11 juillet 1826, à l'âge de quatre-vingt-dix ans, des suites d'un accident.

Le chevalier d'Aviau de Piolant, neveu du prélat, apporta de Bordeaux à Poitiers le cœur de son oncle et en fit présent à l'église de Saint-IIilaire, dont l'abbé d'Aviau avait été le chanoine.

Fontanes (1757-1821).

Jean-Pierre-Louis, marquis de Fontanes, naquit à Niort, le 6 mars 1757, d'un père protestant et d'une mère catholique. Baptisé à l'église de Notre-Dame

par la volonté expresse de sa mère, il fit ses études chez les oratoriens. Ses humanités étaient à peine achevées qu'il devint le chef de la famille par la mort de son père et celle de son frère.

Comme il ne jouissait d'aucune fortune, il chercha dans une position lucrative de quoi subvenir à son existence et exerça d'abord les fonctions d'inspecteur des manufactures; mais cette, situation ne répondait ni à ses aptitudes, ni à ses goûts.

Sa mère s'étant retirée du couvent des dames hospitalières à Niort, il règle ses affaires domestiques et se rend à Paris, sous prétexte de réclamer une pension à raison des services rendus par son père, mais, en réalité, pour se consacrer tout entier à l'étude des lettres. Il ne tarde pas à s'y faire un nom par quelques poésies qu'il fait paraître dans le Mercure et dans FAlmanach des Muses. De Paris, Fontanes passe en Angleterre, où il commence la traduction en vers français de f Essai sur l'homme de Pope, et, après un long voyage en Suisse et dans plusieurs provinces de France, il vient se fixer définitivement à Paris.

La traduction de l'Essai sur l'homme paraît en 1783. En 1788, Fontanes publie son poème du Verger et, en 1789, son Poème sur l'édit en faveur des non-catholiques, que couronne l'Académie française.

Marié à la fille d'un marchand miroitier de Lyon, il subit dans cette ville toutes les horreurs de la guerre civile etrédige au milieu des ruines une protestation contre les violences et les cruautés de la Convention. Il émeut même un instant la redoutable Assemblée au récit des atrocités commises par les

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Collot-dïlerbois, Fouché et autres proconsuls. Proscrit lui-même pour cet acte de courage, il ne sort qu'après le 9 thermidor du lieu secret où il s'est réfugié, et il est nommé membre de l'Institut (novembre 1793) et professeur de littérature à l'École centrale des Qualre-Nations. Aux fonctions de professeur, il joint les occupations du journaliste et paye par la peine de la proscription la part qu'il a prise, avec La Harpe et l'abbé Vauxcelle, à la rédaction du Mémorial, journal hostile au Directoire.

Revenu dans sa patrie après le 18 brumaire, il entreprend, de concert avec Chateaubriand qu'il a connu en exil, la rédaction de la Minerve, et tous deux s'adjoignent pour collaborateurs La Harpe, Esménard et de Bonald. Admis dans la société élégante et lettrée de M m " Bacciochi, Élisa Bonaparte, il attire sur lui l'attention de Lucien Bonaparte, qui lui confie une division de son ministère et le désigne, lors des fêtes organisées par le premier consul en 1 honneur de Washington, pour célébrer l'éloge du libérateur de l'Amérique. Cet éloge, qui s'adressait à Bonaparte aussi bien qu'à Washington, fixe la réputation de Fontanes comme orateur, en même temps quil lui concilie les bonnes grâces du premier consul. C'est à cette amitié puissante qu'il doit d être élevé, en 1804, à la présidence du Corps législatif, fonction qu'il exerça, d'une façon continue du commencement de 1804 à la fin de 1808.

Nommé grand-maître de l'Université en 1808 Fontanes ne put exercer qu'une influence très limitée sur un système général d'éducation dont 1 objet principal était de faire des soldats. Le S février 1810, il est appelé au Sénat : il était déjà comte

de l'Empire et commandant de la Légion d'honneur. Le Sénat conservateur ayant été, au mois de juin 1814, réorganisé sous le nom de Chambre des pairs, Fontanes est désigné pour y siéger.

Cependant des critiques, d'abord dissimulées et discrètes, sont bientôt dirigées plus franches et plus vives contre le grand-maître de l'Université. Un libelle intitulé l'Université et son Grand Maître donne le signal de la guerre livrée par la presse à Fontanes ; une modification dans l'organisation de l'Université devient un prétexte d'en changer le chef. On essaye de lui donner une compensation en lui conférant le grand-cordon de la Légion d'honneur et le titre de marquis ; mais ni l'une ni l'autre de ces hautes distinctions ne purent le consoler de sa disgrâce.

Inactif et absent de Paris pendant les Cent Jours, il préside, après le retour du roi, le collège électoral du département des deux-Sèvres et, en septembre 1815, il est nommé ministre d'Etat et membre du Conseil privé. Il mourut à Paris le 17 mars 1821, à l'âge de soixante-quatre ans.

Après la mort de Fontanes, tous ses manuscrits devinrent la propriété de sa fille unique, M-'la comtesse de Christine. Retirée à Genève depuis plusieurs mois, elle ne paraissait pas songer à tirer parti de ce précieux dépôt, quand M. de Saint-Beuve, qui voyageait alors en Suisse, la décida à lui remettre ces œuvres éparses pour les rassembler et les publier.

Bournlseanx (1769-(?).

Né à Thouars en juillet 1769, Bourniseaux fit ses éludes au collège de la Flèche. Il en était à peine

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sorti qu'il fit paraître une Héroïde en vers français, qui le fit admettre au Musée de Paris : il n'avait alors que dix-neuf ans. Reçu en 1802, membre libre de la Société des sciences, belles-lettres et arts de Paris, il justifia l'honneur qu'on venait de lui faire en publiant coup sur coup un grand nombre d'ouvrages, notamment : Précis de l'Histoire de la Vendée, Traduction de l'Aminte du Tasse, Histoire des guerres de la Vendée, Histoire de la ville de Thouars, Histoire de Louis XVI.

Briquet (1782-1815).

Marguerite-Ursule Briquet, épouse d'un professeur de belles-lettres, fille de Louis-Jacques Bernier, notaire et greffier de la juridiction consulaire à Niort, naquit en cette ville le 16 juin 1782.

Intelligente, vive, spirituelle, instruite, elle n'avait pas encore dix-sept ans que déjà elle s'était signalée par plusieurs essais en prose et en vers, notamment par une charmante idylle intitulée la Pervenche. L'ode Sur les vertus civiles qu'elle publia en 1800 lui valut le litre de membre de la Société des belles-lettres de Paris. Peu de temps après parut l'ode sur la mort de Dolomieu qu'elle adressa

à ,l InSt . itut ' mais i'ouvrag' 6 I e plus important de M me Briquet est le Dictionnaire historique, littéraire et bibliographique des Françaises et des Etrangères naturalisées en France, connues par leurs écrits ou par la protection qu'elles ont accordée aux gens de lettres, depuis rétablissement de la monarchie jusqu'à nos jours (1804); cet ouvrage est dédié au premier consul.

M me Briquet mourut à Niort le 14 mai 1815.

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