‹ Deux-SèvresChapitre 9 sur 13 · SAVANTS · texte numérisé non relu

SAVANTS

grès pour gagner la Gambie par terre. « J'étais encore bien jeune, dit le hardi voyageur, et j'avais pour compagnons deux vigoureux marcheurs, ce qui m'obligeait à courir pour les suivre. Je ne puis exprimer la fatigue que j'éprouvai sous le poids d'une chaleur accablante, marchant sur un sable mouvant et presque brûlant. Si du moins j'avais eu un peu d'eau douce pour apaiser la soif qui me dévorait ! Mais on n'en trouve qu'à quelque distance de la mer; et, pour marcher sur un terrain plus solide, nous étions forcés de ne pas quitter la plage. Mes jambes étaient couvertes d'ampoules, et je crus que je succomberais avant d'arriver à Dakar. » Il arrive, enfin, à ce village, mais les tourments qu'il vientd'endurer,lefont réfléchir aux souffrances bien plus vives encore auxquelles il va s'exposer; aussi, renonçant pour quelque temps à son projet, il profile de l'offre que lui fait un officier de lui procurer un passage gratuit sur un navire marchand qui fait voile vers la Guadeloupe; il oblient à Pointe-à-Pitre un petit emploi, quitte cette ville au bout de six mois pour passer à Bordeaux, et de là retourne au Sénégal, vers la fin de 1818.

Le 5 février suivant, Caillié se met à la suite d'un détachement qui devait réjoindre la troupe du major Gray, alors retenue par le roi de Bondou. Dans la relation de son voyage, Caillié fait une peinture émouvante des nouvelles souffrances qu'il endura dans cette traversée : « Je fus quelquefois à l'extrémité, dit-il ; car, n'ayant pas de monture, j'étais oblige de suivre à pied; on m'a dit depuis que j avais les yeux hagards, que j'étais haletant, que ma langue pendait hors de ma bouche ; pour moi je me

DEUX-SEVftES

rappelle qu'à chaque halte je tombais par terre, sans force et n'ayant pas même le courage de manger. » Enfin, on parvint au Bondou, mais on ne permit pas au major Gray de se rendre à Bakel, et on le força de prendre la route de Fouta-Toro, pour gagner le Sénégal. Cette retraite fut une déroute. La caravane faillit périr tout entière. Quant à Caillié, il fut atteint par la fièvre, et la maladie prit tout de suite un caractère si alarmant, qu'il dut s'embarquer sur le Sénégal, pour descendre à Saint-Louis. La convalescence fut longue et pénible : pour se rétablir complètement, il ne vit d'autre moyen que de retourner en France ; il partit pour Lorient.

En 1824, il revint au Sénégal pour y tenter fortune avec une petite pacotille, dont on lui avait fait l'avance, et surtout pour donner suite à des projets déjà anciens et s'avancer jusqu'à l'intérieur de l'Afrique. Le gouverneur de la colonie, M. Roger, « dont la philanthropie et l'esprit éclairé promettaient un protecteur de toutes les entreprises grandes et utiles », lui accorda quelques marchandises pour aller vivre chez les Braknas, y apprendre la langue arabe et les pratiques du culte des Maures, afin de parvenir plus tard, « en trompant leur jalouse défiance, «jusqu'à ces régions inexplorées, qu'il avait un si vif désir de connaître.

Le 3 août 1824, commence le grand voyage de Caillié : pendant trois années, il parcourt la partie de la Sénégambie comprise entre le Sénégal et le Rio-Nunez; puis, en 1827, il franchit les hautes montagnes qui séparent la Sénégambie et le Fouta- Djalon du Bambura. Arrivé à Timé, village de «e dernier pays, il est atteint d'une maladie grave qui

sommes d'état

l'y retient cinq mois. Il poursuit son chemin au commencement de janvier 1828, se dirige par terre jusqu à Jenné, y séjourne treize jours et s'embarque sur un bâtiment en partance pour Tombouctou.

Après un mois de navigation, il débarque le 19 avril au port Kabra, à 5 milles de Tombouctou. Dès le lendemain, il pénètre dans la ville, étudie les habitations de cette cité, observe les mœurs, note tout ce qui lui paraît digne de remarque, puis s'associe a une caravane qui part pour le Maroc. Longue et difficile, la route devient plus pénible encore par suite des vents brûlants qui soufflent de l'est. Le 23 juillet, il parvient au Tafilet, continue son» chemin avec un guide, gagne la mer, arrive le 17 septembre à Tanger, et s'embarque bientôt sur une goélette de l'Etat qui le conduit à Toulon.

La Société de Géographie, section de l'Institut de France, décerna, en 1828, à René Caillié, le grand prix de 12,000 francs promis au voyageur qui donnerait des renseignements précis sur Tombouctou et les rivières du voisinage. Il reçut, en outre, la croix de la Légion d'honneur et une pension de 6 000 fr Caillié a publié, en 1830, le Journal de son voyaqe a Tombouctou et à Jenné, avec une carte itinéraire et dr S remarques géographiques (3 vol. in-8°)

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