CHAPITRE II
Détermination des qualités susceptibles de plus ou de moins dans ma physique corpusculaire.
Vue générale de la petitesse des Corpuscules ullramondains , de leur vitesse , et de la rareté du fluide grav’Jique.
§. i3. T-iA loi des masses, ceue loi par laquelle la pesanteur est proportionnelle à la quantité de matière, force à supposer les ele— mens du fluide gravifique extrêmement petits; car ce n’est qu’à la faveur d’une perméabilité très -grande, que ces corpuscules gravifiques peuvent pénétrer dans l’intérieur des masses , et agir sur les particules intérieures et recouvertes , avec une force sensiblement égale à celle avec laquelle ils poussent les particules extérieures et non-abritées. Or , les pores perméables des corps denses ( tels que l’or) et même des corps les plus rares ( tels que la
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piferfe ponce , le liège , etc. ) sont très-petits par rapport aux grandeurs que nos sens apprécient. Donc les corpuscules ullramondains, qui passent librement par ces pores , et tra- ■Versent en tout sens , bon quelques couches minces, mais le globe entier de la terre, celui même du soleil , en subissant peu d’interceptions , doivent être d’une étrange petitesse.
Aussitôt on en conclura que ccs corpuscules doivent être fort denses ou fort rapides , et probablement denses et rapides tout à la fois; »
car la pesanteur, et l’attraction neutonienne, dont elle est une espèce , sont des forces puissantes. Si donc elles sont produites par l’impulsion de Corpuscules d’un très-petit volume, il faut au moins que ces impulsions soient énergiques à d’autres égards : sur quoi nous remarquerons que la densité, sans une très grande vitesse , ne suffirent probablement pas à l’explication des faits. La densité a des bornes.
Ou ne peut faire plus que d’attribuer à chaque corpuscule une masse exempte de vide. Or, les particules éle’menlaires des corps, que ces corpuscules atteignent, sont nécessairement aussi en grande partie solides et massives. Mais on doit les concevoir comme beaucoup plus grandes que les corpuscules, afin que ceux ci puissent ✓ a
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traverser aisément leurs parties vides. Donc l’impression d’un corpuscule sur une telle particule seroit bien foible , si le corpuscule n’e'loit doué d’une très-grande vitesse.
§. i4. Dès que cette grande vitesse est admise, on peut admettre sans inconve'nient une très-grande rarete’ dans le fluide gravifîque. En effet, les phénomènes n’exigent pas la continuité re'elle , mais seulement la continuité apparente ou sensible, de la gravité. Ainsi, les corpuscules qui se suivent sur une même ligne droite, ou qui composent un même filet, peuvent être séparés les uns des autres par d’immenses espaces, pourvu que ces espaces soient franchis par eux dans un instant sensiblement nul. Çette rareté, conçue possible , est nécessaire pour expliquer la parfaite liberté avec laquelle s’exécutent les mouvemens, en particulier ceux des corpuscules eux-mêmes. On peut appliquer ici, avec une nouvelle force, tous les argumens que font sur la rareté du fluide lumineux ceux qui le conçoivent comme discret. Les courans des corpuscules s’entrecroisent en tout sens sans se gêner, puisque la pesanteur et l’attraction s’exercent selon toutes les directions dans l’espace. Et d’ailleurs la facilité des mouvemens de tous le?
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autres corps exige un vide presque parfait.
$. i 5 . On peut remarquer que le système des corpuscules ultramondains offre ainsi dans l’univers le plus grand vide que les phénomènes permettent de concevoir; et en même temps une sorte de plein, produit par le mouvement, qui est tel, que tous les points sensibles de l’univers créé sont toujours occupés. En effet, %i l’on a bien conçu ce système , on doit voir qu’en aucun instant, aucun point n'est vacant ( pourvu qu’il soit question d’instans et de points sensibles, et non rigoureusement sans parties ). Celle espèce de plein est sans doute la seule que permettent les phénomènes.
article a.
Quelques déterminations plus précises.
§. 16. Avant d’edtrer dans ces déterminations, nous remarquerons qu’elles présenteront toutes une seule espèce de limite , parce que aucun phénomène n’en fournit de deux espèces. Nous pouvons faire voir que les corpuscules ultramoDdaios sont d’une petitesse moindre que telle quantité dounée ; que leur vitesse est plus grande que telle quantité donnée ; que la rareté du fluide gravifique est plus grande
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que telle quantité' donnée : mais nous ne pouvons point dire que les corpuscules sont plus grands , moins rapides , ou moins rares que telle autre quantité donnée.
§. 17. Voici une manière de déterminer une première limitation de lenteur des corpuscules ultramondains :
Quand deux pendules , quadruples l’un de l’autre , décrivent des arcs semblables ; nonseulement leurs vitesses absolues , dans des situations semblables , sont doubles l’une de l’autre , mais cela est vrai aussi de la portion verticale de ces vitesses. Donc en descendant ils éludent des portions de la vitesse du fluide graviflque qui sont en même rapport. Et en montant ils accroissent cette vitesse de quantités qui sont aussi dans le même rapport. Donc un pendule à simples secondes reçoit des impulsions de la part de ce flflide plus foibles que celle que reçoit le pendule à demi-secondes.
Et cette différence est proportionnelle à la différence des vitesses verticales des deux pendules. Maintenant, puisque l’une des vitesses verticales est double de l’autre , leur différence est égale à la moindre de ces vitesses, c’est-àdire à la vitesse verticale du pendule qui bat les demi-secondes. On peut estimer cette vitesse
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les i 3 ‘jo 8 oo' at> de celle d’un corps qui tombe librement depuis une seconde (un peu plus de 5 toises par seconde). Celle-ci est la / ’.io 4 ”“ partie de celle de la lune dans son orbite ( Ô22 toises par seconde). Ainsi la différence des vitesses verticales est à peu près la i \ 8 (> 4 oo m ' partie de la vitesse de la lune. Si donc la vitesse du Suide gravifique étoit égale à celle de ce satellite , et que le grand pendule fût exactement quadruple du petit , le grand oscilleroit plus lentement de t’. 8 & 4 oo mc partie que ne le donne le re'sultat de sa comparaison théorique avec le petit : c’est-à-dire que pendant que le petit feroit 172800 oscillations, le grand n’en ferait pas 864 oo , mais seulement 86399. Or , on n’a point aperçu d’écart d’une oscillation sur 34 heures, quand on a comparé des pèndules même plus ine’gaux que ceux-Jà. Donc le fluide qui produit la pesanteur se meut plus vile que la lune.
$. 18. Il y a lieu de croire que la vitesse des corpuscules est bien plus grande et surpasse même beaucoup celle de la lumière. En admettant ce re'sultat et le combinant avec la
durée de l’univers, on concevra combien doit être grand le ciel ullramondain , c’est-à dire l’espace qu’occupent les corpuscules ultramon-
dains. La lumière parcourant plus de 3s millions (i) de lieues en 8 minutes, elle parcourt plus de ao mille billions de lieues en îô mille ans. Et si les corpuscules gravifiques se meuvent oeul mille fois plus vite que la lumière , ils parcourent deux mille trillions (a) de lieues en io mille ans (3). C’est donc à cette dis—
(i) Les travaux de Le Sage remontent à une époque déjà ancienne. Il auroit substitué ici ie nombre 34 ait nombre 3a, s’il avoit repris ce calcul dans les dernières années de sa vie. Cette remarque s’applique à plusieurs autres calculs suhséquens; et nous nous abstiendrons de la répéter. ( Note de V éditeur. )
(a) Le Sage se servoit toujours de la notation wolfienue , d’après laquelle, un billion est un million dé millions; et un trillion, un million de billions. ■ r >
( Note de £ éditeur . ) •>
(3) Avant que Lapi^ce eût reconnu la vraie cause de l’équation séculaire de la lune, il avoit pensé Qu’elle pouvoît être attribuée à la différence d’action de la pesanteur sur les corps, suivant leur direction et leur vitesse. Il avoit trouvé que si elle provehoit de cette cause, il falloit supposer à la lune, pour la soustraire entièrement à sa pesanteur vers la terre, une vitesse vers le centre de cette planète, au moins sept millions de fois plus grande que celle de la lumière. Maintenant on Sait qne cétte force agit avec une vitesse incomparablement plus grande. (Voÿe* Système du monde , 3.' édition, p. aq5. G^arusn , Essui historique, p. 8a.) ( Note de l’éditeur .)
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tance qu’ont dû être lances les corpuscules qui causeront la gravité la dix millième année de la création.
Quelques propositions relatives au sujet de ce chapitre.
<$. ig. Théorème 1 . L’épaisseur moyenne d’un globe est les a’.3 de son diamètre.
$. ao. Théorème a. Quand un courant uniforme de corpuscules rencontre une sphère , la somme des chocs qu’il exerce perpendiculairement à la surface de cette sphère, est les a',3 de la somme des chocs qu’il auroit exercés sur la base d’un cylindre droit circonscrit, dont l’axe seroit parallèle au courant.
Corollaire. Ce rapport de a à 3 aura donc lieu à l’égard d’une surface plane de grandeur quelconque.
§. ai . Théorème 3. Une vitesse égale à celle de quelques corps célestes sufhroit aux corpuscules gravifiques, pour rendre imperceptible le défaut d’uniformité dans l’accélération des graves libres ou suspendus ; défaut qui provient de ce que la vitesse relative du grave et de» corpuscules qui le poussent , est plus petite sur
la fin de la descente , qu’elle n’étoit au commencement.
§. 33. Théorème 4. Si la gravite' est due à l’impulsion d’un fluide, qui se meuve aussi vite que Mercure; un pendule à secondes fait une o.scillation de moins chaque jour , que si cettç vitesse étoit infinie.
$. a3. Théorème 5. Si la gravitation de la terre vers le soleil est due au choc d’un fluide, nm en tout sens également , à çela près qu’il est intercepté en partie par les solides; il faut, et il suffit,’ que ce fluide se meuve cent mille fois plus vile que la lumière.
N. B. Ce théorème sera démontré dans le chapitre IV , qui traite de La perméabilité de, quelques corps terrestres et célestes, ( §. 56.)
$. 24 . Problème. L’unité désignant la vitesse que les corpuscules gravifiques impriment à un grave pendant le premier lerupuscule où il est libre d’y céder , v désignant la vitesse de ceç corpucules, et / :c la diminution imperceptible t qui arrive à l’accélération dans le tempusculç égal suivant , déterminer v par c.
Solution. La diminution d’accélération est à la première vitesse imprimée ==34tH-3:3t>pj rapport qui approche autant qu’on le veut det celui de 13 à v.
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