DE G. L. LE SAGE. LIV. I
§■ 64. Les géomètres se sont assez occupés jusqu’à présent des fluides continus , qui forment un plein parfait ou presque parfait (dont cependant personne ne croit plus guère l’existence), pour qu’il soit temps enfin de considérer aussi les fluides discrets , qui doivent avoir lieu dans ce vide presque parfait, dont les physiciens se persuadent tous les jours davantage.
Les mêmes philosophes se sont assez occupe's des solides parfaitement imperméables (quoiqu’on sache bien qu’aucun des corps perceptibles n’est dans ce cas) , pour qu’il soit temps aussi d’examiner ce qui arrive aux fluides po- - feux et perméables à divers fluides , ce qu’on sait être le cas de tous les corps qui tombent sous nos sens.
M. Newton a bien conside'ré, il est vrai , des fluides discrets , daus le commencement de la 7. section du 2. a livre de ses Principes , et cela , sous les noms de fluides rares ou non-continus.
Mais, 1." il ne les envisageoit qu’en repos; et il est vraisemblable qu’ils sont souvent en mouvement. a.° Il les suppose ordinairement doués d’une vertu répulsive ; et il y a encore beaucoup de conséquences intéressantes à tirer de leur inertie seule. 5.® Son principal dessein étoit d’en venir enfin à calculer commodément
les résistances des fluides continus ; et la considération des fluides discrets, terminée à cette espèce de fluides , offre encore matière à une théorie aussi curieuse qu’utile. 4.° Enfin, il ne faisoit attention qu’au rapport de leur densité à celle des solides qui y sont plongés; et on doit avoir égard encore au rapport de leur diamètre avec celui des pores de ces solides.
Il est vrai encore que plusieurs physiciens ont examiné aussi les effets qui résultent du passage plus ou moins libre que les pores de certains solides accordent à certains fluides.
Mais ils n’avoient ordinairement en vue que l’explication de certains phe'nomènes particuliers, auxquels même ils plioient souvent leurs hypothèses ; ils y faisoienl plus usage de leur imagination que de leur entendement ; ils n’apprécioient rien à l’aide de la géométrie et du calcul , ou ils en faisoient des applications si arbitraires et si vicieuses, qu’il auroit mieux valu n’y pas toucher du tout. Enfiu je doute qu’aucun d’eotr’eux ait examiné , à cet égard , des fluides dont le mouvement fût rectiligne.
Je crois donc qu’il ne seroit point inutile à l’avancement de la physique d’examiner aussi ce qui doit arriver à deux corps poreux placés à itjue distance finie l’un de l’autre et exposés
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à l’Impulsion d’un fluide discret dont les mouvemens sont rectilignes et se croisent en mille sens différens. *
D’autant plus qu’une secte fameuse dans l’antiqaité a tâché d’expliquer tous les phénomènes à l’aide d’un pareil fluide , sous le nom d 'atomes.
D’ailleurs on a quelque lieu de penser que la lumière se meut de la sorte et peut-être même aussi le feu e'ie'mentaire qui a déjà tant de rapport avec elle.
Or, ces deux fluides jouent un assez grand rôle dans l’univers, pour qu’on ne doive rien négliger de ce qui peut tendre à éclaircir leur façon d’agir sur les corps (x).
§. 65. Passant à l’examen des conséquences de l’existence de ces corpuscules , on trouve d’abord et presque immédiatement la loi relative à la distance , comme nous l’avons montré ci-dessus ( 2 ) ; la loi des masses (5) , celle de
(i) Nous croyons devoir terminer ici celte analyse, pour éviter quelques répétitions, auxquelles nous suppléerons par de simples renvois.
( Note de l’éditeur. )
(a) Chap. I, art. 4.
(3) Ibid. art. 6.
l’accélération des graves ( 1 ) , la constitution des graves (a), celle du fluide gravificjue (3) et de suite les divers développetuens que nous avons donnes à ce sujet (4).
( 1 ) Chapitre I , art. 7 .
(a) Ibid. art. 5.
(3) Ibid. . art. 2 .
(4) Cbap. II et suiraos.
DE G. Zi. DE SAGE. DIT. I.