CHAPITRE PREMIER
Explication de la loi de Mariotte.
Constitution des fluides élastiques.
§. 8g. -tlES particules d’un fluide élastique sont solides, et non élastiques; la moyenné distance mutuelle des plus voisines est beaucoup plus grande que leur diamètre ; chacune d’elles est agitée d’un mouvement progressif très - rapide , dont les directions sont tellement variées qu’il en existe dans tous les sens. Quand ce mouvement a été détruit ou alFoibli par la rencontre d’une autre particule , ou de -quelque corps grossier, il se renouvelle promptement au même degré : et la cause de ce renouvellement est l’inégalité de l’impulsion des corpuscules ultramondains sur les faces opposées d’une même particule.
Enfin cette inégalité provient de deux sources que je développerai ci-après.
Digiti;
DE G. Ii. LE SAGE. LIV. III. ia5
Conséquence y loi de pression.
$. 90. Quand ces particules seront plus grandes qu’aucun des pores d’un corps expose à leurs chocs] la somme de ces chocs sur une surface donne'e pendant un temps donne' , la vitesse des particules ne changeant point , suivra la ration triplée de leur moyenne distance mutuelle, c’est-à-dire, la raison directe de la densité du fluide.
Or, la petitesse de chaque choc, de chaque distance des chocs simultanés, de chaque intervalle de temps des chocs successifs, donne à leur somme l’apparence d’une pression continue.
Donc, on obtiendra un fluide expansible •et coercible , dont la pression sera proportionnelle à sa densité ; c’est-à-dire , de l’air : un fluide élastique susceptible d’élre contenu dans des vases clos et soumis à nos expériences de pression, dans lesquelles se vérifiera la loi de Mariotte ( 1 ).
(1) Voyez au cliap. IV, art. 6, §. 109, une déduction de celte proposition appliquée à la pression d’une atmosphère.
Remarque historique.
§. gi. On trouve des vestiges de cette Opinion sur la nature de l’air, et même de quel* ques autres fluides, dans divers auteurs qui m’ont précédé t : Lucrèce, livre II, vers mi 4 o. Gassendi, dans la i.” section de sa Physique , au milieu du 8.' chapitre du 4 .® livre , et au commencement du 4 .' chapitre du 6.® livre. Boyle, dans ses Nouvelles Expériences physico - mécaniques sur la force élastique de l’air et sur ses effets, ainsi que dans son Traité sur la fluidité et la dureté. Parent, dans l’Histoire de l’Académie des Sciences de Paris, pour 1708, à la suite des Variations observées dans la règle de Mariotte sur la dilatation de l’air. Photo-»
uomie de Herman, liv. II, chap. 6. Dan.
Bernoulli, dans la îo.'section de son Hydrodynamique. Enfin Dan. et Jean Bernoulli, dans une des pièces qui ont eu part au prix de l’Acad. des Sc. de Paris, en 1746.
Mais aucun de ces auteurs n’est entré dans le moindre détail , ni sur l’origine du fluide subtil qui produisoil cette agitation dans les
DE G. D. DE SAGE. DIV. III. 127 fluides élastiques , ni sur la manière dont il produisoit cette agitation. Au lieu que la source des mouvemens des corpuscules ultramondains est un ancien acte de la volonté , du Créateur , pareil à celui qui a une fois mû les planètes ; et que je puis assigner deux manières differentes dont ces corpuscules produiront et entretiendront l’agitation des fluides élastiques : et je vais bientôt les développer.
La pleine connoissance que mes propres méditations m’ont acquise de celte théorie date du i.* r décembre 1769.
En février ou mars 1761, je tombai par hasard sur la table de l’Hydrodynamique de Dan. Bernouldi; j’y vis que la 10. ' section traitoit des fluides élastiques : quoique prévenu qu’il les traileroit dans l’hypothèse de la répulsion , j’allai consulter cette section. J’y vis avec surprise , qu’il traitoit ces fluides comme moi. Cela me confirma dans mon opinion. Je lui écrivis , pour m’assurer s’il n’en avoil point changé ; et il me répondit que non; ce qui m’encouragea encore plus.