‹ Deux traités de physique mècanique publièsChapitre 49 sur 81 · DE G. Z. LE SAGE. LIV. IV · texte numérisé non relu

DE G. Z. LE SAGE. LIV. IV

Remarque sur une assertion de Ljvoisier , répétée par d’habiles chimistes.

« C’est un phénomène constant dans la » nature. . . . que lorsqu’on échauffé un corps » quelconque.... il augmente de dimension î) dans tous les sens. . . Si après avoir échauffé i) jusqu’à un certain point un corps solide et U en avoir ainsi écarte’ de plus en plus les )) mole'cules , on le laisse refroidir, ces mêmes » molécules se rapprochent les unes des autres » dans la même proportion suivant laquelle » elles avoient été écartées ; le corps repasse » par les mêmes degrés d’extension qu’il avoit » parcourus ; et si ou le ramène à la même » température qu’il avoit en commençant l’ex- )> périence , il reprend insensiblement le voi) lume qu’il avoit d’abord; mais comme nous » sommes bien éloignés de pouvoir obtenir )> un degré de froid absolu; comme nous î) ne connoissons aucun degré de refroidisse- » ment que nous ne puissions supposer snsn ceptible d’être augmenté, il en résulte que » nous n’avons pas encore pu parvenir à rap- » procher le plus qu’il est possible les mo- » lécules d’aucun corps; et que par conséquent

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» les molécules d’aucun corps ne se touchent » dans la nature ; conclusion très-singulière, v et àlaquelle Cependant il est impossible de » se refuser. » Traité élèm. de chimie par Lavoisier. T. /, p. 1.

La même assertion est répétée (p. 18) à l’occasion d’un exemple tiré d’un vase rempli de petites balles de- plomb. « Les balles se » touchent, dit l’auteur, au lieu que les mo- » le’culesides corps ne se touchent pas, et » qu’elles sont toujours maintenues à une pe- » tite distance les unes des autres par l’elfort » du calorique. »

L’autorile' dont ce célèbre chimiste jouit dans le monde savant est probablement la seule cause qui ail fait adopter cette conclusion. Il est du moins certain qu’elle n’est pas légitime, et que cependant elle a été' souvent répétée. Elle l’a été en particulier dans un ouvrage récent, et qui n’est pas moins remarquable par la profondeur du raisonnement que par l’étendue des connoissances qu’il suppose. « La » cohésion , y est il dit , est l’effet de l’affinité » que les molécules exercent les unes sur les » autres, et qui les tient à une distance dé- » terminée par l’équilibre de cette force avec » celles qui lui sont opposées j car la propriété

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» que les corps les plus compactes possèdent, )> d’éprouver une diminution de volume par » les abaissemens de température , prouve )> qu’ï'Z n'y a pas de contact immédiat entre » leurs parties. » Essai de statique chimique par Berthollet , T. I,p. 24 . §. 2.

Après tout, on ne sauroit être fort surpris qu’un auteur, qui entreprend et exécute avec succès un travail immense relatif à la chimie, s’en rapporte à l’un de ses plus célébrés dévanciers sur la solidité d’un raisonnement qui touche aux principes de la physique ; et cela est d’autant plus naturel, que ce raisonnement n’ayant point été contesté , et ayant été souvent reproduit, il y a en sa faveur une assez forte présomption pour dispenser de l’examiner avec soin , lorsqu’on n’a pas dessein de l’employer. Or, il ne me semble pas que, dans tout le cours du grand ouvrage que je viens de citer , on rencontre aucune conséquence qui de'pende de ce raisonnement. Je regarde donc le passage que j’en ai extrait comme une mention occasionnelle d’un paradoxe singulier, plutôt que comme une thèse que fauteur ait eu à cœur d’établir.

Quoiqu’il en soit , il arrivera infailliblement que l’assertion (même incidente) d’un auteur

l8a 1." TRAITÉ. PHYSIQUE MÉCANIQUE justement respecte sera envisagée comme une preuve de sa vérité , et que les nombreux disciples de ce grand maître la répéteront avec confiance. 11 est donc à propos de faire voir qu’elle n’est pas fondée, et de la réfuter directement dans un journal répandu, qui est lu surtout par ceux que celte erreur pourroit séduire.

Avant de procéder à celle réfutation, je dois faire une distinction essentielle. L’assertion est celle-ci : Les molécules d’aucun corps ne se touchent , ou, en d’autres termes, il n’y a pas de contact immédiat entre les parties élémentaires des corps. Or , à proprement parler, je n’entends point du tout nier cette assertion, comme aussi je ne me propose point de l’établir. Tout ce que j’ai dessein de faire est de montrer qu’elle n’est pas foudée , c’està-dire, qu’elle n’est pas légitimement conclue du principe duquel on la déduit. Ce principe est la diminution de volume par les abaisse mens de température. Or , je dis que celte diminution ne prouve point du tout que les élémens des corps ne sont pas en contact immédiat; d’où il suit que, jusqu’ici, cetle dernière assertion est gratuite : c’est là tout ce que j’ai dessein do prouver.

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Maintenant donc , s’il y a des conceptions et des exemples nombreux, évideus, Faciles à donner , de corps qui se dilatent et se condensent, sans que leurs parties cessent d’être en contact immédiat , il en faudra conclure que la dilatation et la condensation ne prouvent rien à cet égard ; car pourquoi l’intelligence ne se prêteroit-elle pas à admettre quelquesunes de ces conceptions, à appliquer quelques-uns de ces exemples, dans le cas des élémens ?

1. ° Concevez des particules alongées et unies par leurs extrémités , comme des branches de compas : elles peuvent tourner sur ces extrémités comme centres, et produire des condensations et dilatations successives de toute la niasse apparente du corps.

2 . “ Une éponge sèche, un fruit sec, une mucosité sèche, étant plongée dans l’eau, se dilate sans que le contact sensible cesse ; et réciproquement : c’est - à - dire, que l’éponge mouillée, le fruit, la mucosité humides, venant à se sécher, sa condensent.

3. ° L’exemple de la dilatation de la glace et de quelques métaux par la cristallisation, exemple formellement remarqué , étudié , et bien expliqué (en particulier par le second

l84 1." TRAITÉ. PHYSIQUE MÉCANIQUE des deux savons chimistes que j’ai cites) fait voir la fausseté de l’assertion que je réfute.

En lisant l’ouvrage de Berthollet, et prenant note des choses qu’il m’importoit de retenir , ou sur lesquelles j’avois conçu des doutes ; lorsque je rencontrai la phrase qui a donné lieu à toute celte discussion , j’écrivis ce qu’on vient de lire, c’est-à-dire , l’indication sommaire de trois conceptions ou exemples propres à éclaircir le sujet.

Je ne pensois pas à soumettre ma remarque à ses juges naturels, lorsque, cinq ou six semaines après, occupé d’un travail tout différent, je trouvai dans les papiers d’un savaut physicien ( 1 ), qui m’ont été confiés à sa mort, une carte qui contenoit la même remarque , mais sous la forme la plus abrégée et par simple indication. Comme elle offre une variété d’exemples et de conceptions analogues à celles que je viens d’exposer , et pourtant différentes , je vais la transcrire ici textuellement.

(t) G. L. Le Sage.

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