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(B) Au xrrie siècle, un des premiers Guillem Fabre que
nous rencontrions (1222, Mouynès, AA. Ann., 13) est qua-
lifié de filius Petri Raymundi Fabri. Nous connaissons
également ce Pierre-Raymond Fabre ; il vivait encore en
1216. (Mouynès, AA. 96).
(C) En 1223, ce même Guiïillem Fabre, fils de Pierre-
Raymond Fabre, est cité comme témoin. (Mouynès, AA. Ann., p. 13).
(D) En 1225, nous trouvons un Guillelmus Faber consul de la Cité. Il est nommé dans le traité de commerce entre Hyères et Narbonne. (Blanc, J. Olivier, p. 300). Remarquons que dans le même acte Aëimericus Palerii est désigné, en même temps que Jean Bistan, comme consiliator. Ce Guillem Fabre est-il le même que le précédent ?
(E) En 1228, un Guillem Fabre est cité comme témoin. (Mouynès, AA. 342).
(F) En 1256, Guillem Fabre (sans autre indication dans le thalamus 5, fo 21 des archives de Narbonne) est consul de la Cité en même temps qu’Aymeric Palier (Mouynès, AA., p. 22 et 96). C'est probablement le consul de 1225 (cf. supra) qui est cité dans le même acte qu’Aymeric Palier.
(G) En 1235, il est qualifié de juriste en même temps que Guillaume d’Albas. (Mouynès AA., p. 396).
(H) En 1241, un Guillermus Faber est cité comme témoin dans la trêve conclue à Montpellier entre le roi d'Aragon et Raymond VII de Toulouse. Il pouvait représenter Narbonne, puisqu'il y avait des délégués de 50 « Universités. v (Tourtoulon, Jacme le Conquérant, 11. 552).
(I) La même année, un Guillermus Faber est cité parmi les consuls du Bourg et de la Cité dans Pacte qui contient confirmation des privilèges dont les habitants de Narbonne jouissent à Tortose. À la fin du même acte se trouve un Guillermus Faber, filius quondam Petri Raymundi Fabri; il est qualifié de citoyen de Narbonne; il est témoin et n’est pas par conséquent le même que le consul; en effet
— aucun des consuls n’est témoin. De plus le fait qu’on donne le nom de son père prouve que nous avons affaire à deux personnages portant le même nom. (Mouynès, AA. Ann., 36).
(J) C’est ce Guillem Fabre (1) que nous allons trouver cité le plus souvent vers le milieu du xx siècle. En 1249, il est témoin avec Jean Bistan et R. du Lac. Remarquons le premier de ces noms que nous retrouverons.
(K) Ce Guillem Fabre est cité plusieurs fois en 1251. Il est cette année-là consul de la Cité (2) et il l’est en même temps que Johan Fabre (3).
(L) La même année on trouve G. Faber, filius quondam P. R. Fabri, consul de fa Cité avec Johan Bistan. (Mouynès, AA., Ann. p. 63).
(M) La même année encore, G. Faber est cité parmi les témoins importants, clercs et jurisconsultes. (On ne remarqueilest vrai aucun des consuls de la Cité parmi ces témoins ; mais ceci ne prouve rien, Car B. de Olargiis, consul de Bourg, en 1251 (Mouynès, AA. Ann. 49), appelé B. de Olargio dans le présent texte, est ici témoin.)
(N) Le dernier G. Faber que nous avons cité n’étant pas qualifié de consul pourrait être le même que le Guillaume Fabre qui rend un jugement d'arbitrage (4) la même année en compagnie de quatre autres personnages : le Chevalier Pierre Raymond de Narbonne, Pons Alaros, Jean Fabre, Pierre Vigors. (Mouynès, AA. p. 136). Mais ces personnages sont précisément les quatre consuls de la Cité en 1251.
(1) Guillem Fabre, fil sa en reire d'En P. R. Fabre. » Mouynès, AA. Ann., pp. 46-47.
(2) « G. Fabre, fil sa en reire d’En P. R. Fabre... » Mouynès, AA. Ann., p. 49.
(3) Mouynès. Ibid.
(4) Il s'agissait de l'affaire suivante : un chevalier du Narbonnaïs, Pierre- Raymond d'Ouveillan, détenait Pierre Paidis qu'il prétendait être son homme-lige ; les arbitres déclarent Paidis citoyen libre de Narbonne.
mo
(O0) En 1252, Guillem Fabre, filius quondam Petri Raymundi, est arbitre avec Raymond Pierre et Guiraud des Empuries entre les consuls de la Cité et l'archevêque de Narbonne. (Mouynès, AA. 99). |
(P) En 1253, le nom de Guillem Fabre apparaît souvent. Nous apprenons formellement par un acte de cette année qu'il y avait à Narbonne un autre Guillem Fabre que Île fils de Pierre-Raymond Fabre. Pendant une enquête, Aimeri de Marmoreriis expose certains faits qui se sont passés à l’époque où il était consul de la Cité avec P. R. de Montbrun, chevalier, et Guillelmus Fabri, filius quondam alterius Guillelmi Fabri. Il y avait environ huit ou neuf ans qu'il avait été consul (Mouynès, AA. Ann. 67). Ce Guillem Fabre était donc consul vers 1244-45. (Peut-être dès 1241, cf. H. I).
(Q) Même année 1253. Guillermus Faber, frère de Sicard Fabre, est cité comme témoin. (Mouynès, AA. Ann. 68). Son frère a été consul et aussi viguier du vicomte (Mouynès, AA. Ann. 68). Le vicomte Amalric produit les deux frères comme témoins pendant une enquête. (Mouynès, AA. Ann. 66).
(R) Guillem Fabre, fils de Pierre-Raymond, est cité comme témoin dans un autre document de 1253 (Mouynès, AA. Ann. 72). Quant à Sicard Fabre, il est cité dans le même document comme un des quatre arbitres que le vicomte a choisis. |
(S) C’est encore le même Guillem Fabre (filius quondam P. R. Fabri) qui est choisi comme arbitre avec B. de Tréville par la cour du vicomte et de l’archevêque et les
consuls (1). (Mouynès, AA. Ann. 73).
(T) L'année suivante (1254), le même Guillem Fabre,
(1) H s'agissait du droit que prétendaient avoir les consuls de la Cité de .
convoquer l'assemblée au son de la trompette.
Do pue es es mn
fils de Pierre-Raymond, est choisi comme arbitre (1). (Mouynès, AA. Ann. 74).
(U) La même année, Guillem Fabre (filius quondam P. R. Fabri. Arch. Narb. 5° thalamus, fo 8) est exécuteur testamentaire — avec Raymond Pierre et Aymeric Blanquier — de Jean Bistan et de Garsende, sa femme, au nom desquels ‘ils font une donation à la Charité de la Cité. (Mouynès, AA. p. 94).
(V) La même année (1254), Sycart Fabre est consul de la Cité. (Blanc, J. Olivier. p. 320).
(X) En 1255, nous retrouvons un Guillermus Faber consul de la Cité : il assiste en cette qualité au renouvellement du traité de Vintimille avec Narbonne. (Mouynès, AA. p. 101; Blanc, p. 345). |
(Y) La même année, Guillem Fabre (fils de P.-R. Fabre, comme nous le verrons plus bas) est nommé arbitre à propos d’une affaire assez curieuse. Un tisserand narbonnais, Jean de Roubia, conduisait sa fille à l’église pour son mariage; le bruit se répardit dans le cortège que deux femmes devaient jeter des sorts /fachilas) sur la mariée; celle-ci futsaisie d’un tel émoi qu’elle en mourut. Les officiers du vicomte firent arrêter ces deux femmes pour homicide, mais les consuls réclamèrent et le vicomte nomma une commission de cinq légistes : Bernard de Tréville, Pierre de Fraisse, Imbert de Sestable, Guillem Fabre ffilius quondam P.R. Fabri) et Guillem-Raymond de Montpellier : ils donnèrent tort à la cour (Mouynès, AA. p. 138). (11 semble que ce Guillem Fabre ne puisse pas être le consul de la Cité de la même année: il serait dans ce cas-là juge et partie; mais c'était le cas pour B. de Tréville, qui était juge cette année-là de la cour du vicomte (c/. Blanc. J. Olivier, p. 348 ; G. Fabre pouvait représenter les consuls).
(Z) En 1257, nouvelle mention est faite de Guillem
(1) Il s’agit d'alun importé par les Génois à Narbonne.
At
Fabre, fils de Pierre-Raymond. Il est cité comme témoin d’un acte du vicomte, immédiatement après Bernard de Tréville, qui était alors juge de la cour du vicomte. (Blanc, J. Olivier, p. 354).
a) En 1959, nous retrouvons la mention des deux frères Guillem et Sicard Fabre (Mouynés, AA. Ann. 90); ils sont cités en tête des témoins.
b! La même année, un Guillem Fabre rend, en compagaie de deux jurisconsultes, une sentence arbitrale sur le droit de cosse entre les consuls et les propriétaires de ce droit (Blanc, J. Olivier, p. 355). Parmi les représentants des propriétaires se trouvent Sicard Fabre (frère d’un Guillem Fabre, comme nous le savons) et Bernard de Tréville : l'un est tuteur de Guiraud de Rito, et l’autre, B. de Tréville, cotuteur. Or parmi les arbitres, qui sont au nombre de trois, se trouve Bernard de Tréville, ainsi juge et partie. Guillem Fabre, le second de ces arbitres, n'est-il pas également le frère dé Sicard Fabre ? Le troisième est Aymeric Palier, jurisconsulte, le collègue ordinaire de Bernard de Tréville et de G. Fabre dans les sentences arbitrales.
c) Nous ne trouvons pas d'autre trace d’un personnage de ce nom jusqu’en 1263. Cette année-là, Guillem Fabre (1) et Raymond Pierre, exécuteurs testamentaires de Jean Bistan, à l’imitation de ce dernier, instituent dans l’église St-Sébastien de Narbonne un prêtre pour y dire la messe et y célébrer les offices divius. (Doat, 56, 77, d’après H, G. L.t. v. col. 1579).
d) En 1266, les deux frères, Guillem Fabre (fils de P.-R. Fabre, cf. le thalamus auquel renvoie Mouynès) et Sicard Fabre vendent un champ en franc-alleu (2). (Mouynès,
AA. p. 91).
(1) Le fils de Pierre-Raimond Fabre, cf. supra 1254.
(2) Guillem Fabre et Sicard, vendent leur champ au prix de cent livres
tournois, .... pretio centum librarum turonensium bonarum ct percur-
do
e] La même année (1266), Guillem Fabre, fil sa en reire de P. R. Fabre, est qualifié de proshom par le vicomte Amalric. (Mouynès, AA. Ann. p.93). C’est le frère de Sicard Fabre, comme on le voit par le texte du thalamus auquel renvoie Mouynès.
f) En 1269, Guillem Fabre, bonsee de Marbona, est le même que celui qui, en 1253, a rendu la sentence arbitrale avec B. de Tréville. (Mouynès, AA. Ann. p. 94). C'est donc le fils de Pierre-Raymond Fabre, qui est encore.vivant.
‘“g} En 12714, Guillem Fabre est cité en tête des. témoins qui assistent les consuls dans leur serment desfidélité au roi. (Mouynès, AA. Ann. p. 105).
h) Dans les dernières années du x siècle, nous retrouvons un Guillermus Faber : en 1292, Guillermus Faber, discretus vir, régit le consulat de la Cité. (Blanc, J. Olivier, p. 448).
i} Il exerce les mêmes fonctions en 1293 (Blanc, 452) ; il est consul de la Cité la même année, d’après Mouynès, AA. 92.
j/ En 1294, nous trouvons un Guillelmus Faber, mercator burgi Narbone (Blanc, 477); il meurt avant 1306. (Blanc, 555).
k} Enfin, il est fait mention à la fin du xur° e siècle d’un Guillelmus Faber, junior, consiliarius consulum Ciuitatis Narbone, qui est probablement le même, d’après M. Blanc (p. 693, 713), que celui de 1293.
En lisant ces textes on remarque d’abord que le premier Guillem Fabre dont il est fait mention au xui siècle est fils de Pierre-Raymond (B). Ce Pierre-Raymond vivait encore en 1222, mais il était mort en 1241 ([). En 1269, ce
[ribilium] quas recipis in solutum illarum centum librarum quas Iohannis Bistani, filius quondam alterius Iohannis Bistani, mandauit dari et solvi predicte domui pro dimidio sacerdote ibi tenendo si de Petro Raymundi Fabri filio mei dicti Guillelni Fabri quondam decederet absque liberis legitimis...
ER Cu Guillem Fabre est encore vivant (/). Il est né au début du xIe siècle ou à la fin du xure.
Faut-il admettre que partout où ce nom de Guillem Fabre n’est pas accompagné de la mention filius P. R. Fabri il ne s’agit pas du fils de ce dernier ? Nullement; dans beancoup de cas cette mention est simplement oubliée. C’est le cas pour l’acte de 1269 (/). [
Ce n’est qu’en 1253 que nous apprenons formellement qu'il y a un autre Guillem Fabre (P), fils de feu Guillem Fabre et non plus de P. R. Fabre, comme lautre. Ce. Guillem Fabre dont nous apprenons ainsi l’existence a été consul de la Cité en 1244-1245 (P). Son père, Guillem Fabre, vivait donc dans la première moitié du xine siècle et est peut-être le même que celui de 1167 (A). |
A partir de 1253 nous savons aussi qu'un de ces deux nn Guillem Fabre avait un frère, appelé Sicard, qui avait été consul et même viguier du vicomte (Q).
C’est aussi à partir de cette date que nous trouvons le plus souvent un Guillem Fabre pris comme arbitre.
Dès 1235, un Guillem Fabre est qualifié de juriste (G). Voici les cas où il est arbitre; il ne sera pas inutile de relever en même temps le nom des personnages qui sont choisis comme arbitres en sa compagnie.
En 1251 (N), le fils de Pierre-Raymond Fabre, consul (?) de la Cité, est arbitre avec le chevalier Pierre-Raymond de Narbonne, Pons Alaros, Jean Fabre et Pierre Vigors.
En 1252, un Guillem Fabre, fils de P.R., est arbitre avec Raymond Pierre et Guiraut des Empuries (0).
En 1253, Guillem Fabre, fils de P.-R. Fabre, est arbitre avec B. de Tréville (S). En 1254, il est également choisi
comme arbitre (T). :
En 1255, Guillem Fabre, fils de P.-R. Fabre (Y), est
arbitre avec Bernard de Tréville, Pierre de Fraisse, Imbert de Sestable et Guillaume-Raymond de Montpellier. En 1259 (b), un Guillem Fabre est arbitre avec B. de
Tréville et Aymeric Palier,
Dans la plupart de ces cas, comme on voit, c’est le fils de Pierre Raymond qui exerce les fonctions d’arbitre. C’est un haut personnage dans la Cité; il est bourgeois; : il est qualifié de juriste. Il semble bien que ce soit à lui que Bernard d’Auriac, troubadour de Béziers, son contemporain, adressait une de ses poésies (1).
Ld
En Guillem Fabre sap fargar, Et anc nul temps fabres non fo, . Quar ges de fers non sab obrar ; Mas obras fa d'’aital faisso Que de valor, de pretz, de cortesia Ab bel solatz ten obrador tot l’an:
E si voletz obras d’aital (2) semblan A Narbona vos n’anatz dreita via.
Aqui poiretz ab lui trobar
Valor, honor e messio,
Gent aculhir, gent covidar ;
Mas gardatz non digatz de no :
Quar per forsa coven qu’enaissi (3) sia
Guillaume Fabre sait forger, et en aucun temps il ne fut forgeron ; car il ne sait nullement travailler le fer ; mais il fait des œuvres de telle façon que de valeur, de mérite, de courtoisie, il tient agréablement atelier toute l’année; et si vous voulez des œuvres de cette façon, allezvous en tout droit à Narbonne.
Là vous pourrez trouver auprès de’lui mérite, honneur et générosité, gentil accueil et aimable invitation; mais œardez-vous de dire non; car par force il faut qu’il en soit
(1) Bartsch, Gr. 57, 2. Azaïs, Les Troubadours de Béziers, % éd. p. 44;
nous reproduisons le texte et, à peu de chose près, la traduction d’Azais. (2) Azaïs ailail.
(3) Azaïs quen aissi.
mr
Com (1) el o vol, tant a bon cor e gran De far honor e iot fag benestan ; Quar aissi viu et estiers non poiria.
Qui de Fabre volgues ostar
La quarta letra fora bo,
Qu’adoncx lo pogratz appellar
En Guillem Fabe per razo; Quar el fa be, qu’alre far no sabria, Et en be far a mes tot son talan.
Pros es e larcs, cortes, e non dic tan Que vers no fos, si dos tans en dizia.
A Dieu prec ieu et a sancta Maria,
Si peccador volon auzir d’aitan, Que a: N (2) Guillem donon breumen enfan
Don, s’ a lui platz, ieu sos compaire sia.
comme il veut, tant il a bonne et grande volonté de faire toutes choses honorables et bienséantes ; c’est ainsi qu’il vit, il ne pourrait faire autrement. |
Qui voudrait ôter de Fabre la quatrième lettre ferait bien ; car alors on pourrait l'appeler justement le seigneur Guillaume Fait bien ; car il fait bien et il ne saurait rien faire autrement ; il a mis toute sa bonne volonté à bien faire. Il est preux, généreux et courtois; et je n’en dis pas assez, Car je serais loin de la vérité, si j'en disais deux fois autant.
Je prie Dieu et Sainte Marie, s’ils daignent à ce point écouter un pécheur, qu’au seigneur Guillaume ils donnent bientôt un enfant, dont, s’il lui plait (à Guillem) je sois le
parrain.
(1) Azaïs com’.
(2) Azaïs an.
SP
Nous n’insisterons pas sur la valeur de cette médiocre
‘ composition. Disons seulement que si Bernard d’Auriac
est responsable du jeu de mots de la deuxième strophe, le début de la première est emprunté à Peire Cardenal (1).
Atressi cum per farguar
Es hom fabres per razo,
Es hom laires per emblar
E tracher per tracio,
Car d’aquell’ obra qu’om fay
En vay us noms e’l n’eschay.....
Un sirventes de Bertrand Carhonel, de Marseille, troubadour de la fin du x siècle, nous donne d’autres détails sur la famille du troubadour narbonnaïis (2):
Joan Fabre, yeu ai fach un deman
A ton fraire, et a m'en bel espos.
G{uillem), dis ieu, per quees fabre vos ?
E respondec : car ieu vau fabregan D’aquel mestier que nom a, cal que sia, 0 d’aquel art lo vay lo mons (3) seguen, C’aisi n’a faitz dretz adhordenamen.
Joan Fabre, j'ai fait une demande à votre frère et il m'a
joliment répondu. Guillem, lui dis-je, pourquoi êtes-vous
fabre? Parce que, dit-il, je vais travaillant de ce métier que tout homme a, quel qu’il soit; car le nom lui vignt de cet art et ceci est juste et régulier.
(1) Gr. 9. « De même qu’on donne avec raison le nom de forgeron à tout
homme qui forge, un homme est voleur à cause du vol et traitre à cause de la trahison : car le nom vient de l’œuvre que l’on fait..... » Mahn, Ged.
no 758 C.
(2) Texte d'après Raynouard. Choix, 1V, 286, d'après R.
(3) Il est évident qu'il faut lire : lo noms. Au vers suivant: n’a fail? sujet drelz ? |
Nr —
Doncx qui foudat fay per aital semblan Dic ieu qu’es fols, c’aisi:1 jutja razos ; Et es tracher sel que fay trassios ;
Et es laÿres aysel que vay emblan :
Qui malvestat fay nulhs hom non poiria
Tolre lo nom del malvat sertamen, Per que fay bon renhar adrechamen.
Per tu, Joan, que vey anar obran Malvayzamen, soi per sert cossiros ; S'ieu dizia que savis iest e pros,
Mon cor dira : Bertran, tu vas faulan, Que anc nulh homs mays no fetz de fulia Ni d'avoleza que Joans vay fazen
En son alberc, prezen de tota gen.
Qu’ab ta molher et ab tu va's colcan
E manj’ e beu la femna d’un gibos ; Tostemps devetz esser fort doloiros, Caitieu, dolens de ta folia gran.
À joc de datz o en bordelairia
Te troba hom, cant hom te vay queren.
Joan, per sert, mens vales de nien.
Donc je dis, pour ce motif, que qui fait des folies est fou, et la raison le juge ainsi ; est traître qui commet des trahisons, larron qui vole; personne ne pourrait enlever le nom de mauvais homme à tout homme qui fait des méchancetés ; aussi est-il bon de vivre avec droiture.
Je suis certainement en souci pour toi, Joan, en voyant ta mauvaise conduite. Si je disais que tu es sage ét vertueux, mon cœur dirait: Bertran, tu mens ; car jamais homme ne fit tant de bassesses et de vilenies comme Joan, en sa maison, devant tout le monde.
Car avec ta femme et avec toi va se coucher, mange et boit la femme d’un bossu; malheureux, tu devrais être constamment humilié et affligé d’une si grande folie. On te trouve occupé à jouer aux dés ou dans les maisons publiques, quand on va te chercher. Joan, certainement
tu es au-dessous de rien.
“© Te M nie le * 45
Totz hom savis garda per adzenan ; Doncx veyas y, e cals es tos ressos, E’1 mal c’adutz fol’ e vils messios, 0 non yray mon sirventes selan, Ans lo volray ensenhar cascun dia À tot home per so c’an retrazen
La malvestat del teu cor recrezen.
Joan, car jeu t’ay amat ses bauzia, Et t’am encars, Le vau aiso dizen, ; C'amicx non es qui non o fay parven.
Tout homme sage pense à l’avenir ; songes-y doncet vois quelle est ta réputation et le mal qu’amènent les folles et viles dépenses (1). Quant à moi je ne cacherai pas mon sirventes, mais je le dirai chaque jour à tout homme pour qu’il retrace la bassesse de ton lâche cœur.
Joan, parce que je t'ai aimé sincèrement et que je t’aime
encore, je te parle ainsi; qui ne témoigne pas son amitié
n’est pas un vrai ami.
Pas plus que pour Bernard d’Auriac nous n’insisterons sur la valeur littéraire de cette composition, qui n’est guère supérieure à celle du troubadour de Béziers. On aura remarqué sans peine que l'imitation de Peire Cardenal y élait sensible (2). Il serait d’ailleurs injuste de juger B. Carbonel sur ce seul sirventes : certaines de ses chansons sont d’un vrai poète et deux de ses sirventes sont des satires personnelles d’une remarquable énergie. La pièce qu’il adresse à Joan Fabre nous fait pénétrer dans la vie intime d’un bourgeois méridional de la fin du xin siècle; quelque faible que soit son mérite littéraire, c’est là ce
(1) Au singulier dans le texte.
(2) Déjà relevé par M. Paul Meyer, Dern. troubadours de la Provence, p. 468.
qui en fait l'intérêt. Mais quel était donc ce Joan Fabre et son frère Guillem? Ne faut-il pas reconnaître dans ce dernier le troubadour narbonnais ? L’imitation de Peire Cardenal, qui est commune à B. Carbonel et à B. d'Auriac, me paraît une preuve suffisante.
Le nom de Joan Fabre se rencontre assez souvent dans les documents narbonnais du xure siècle. Voici un relevé
des mentions qui en sont faites.
En 1247, a lieu un traité entre Gênes et Narbonne. Un
Joan Fabre se trouve parmi ceux qui ont à se plaindre des représailles faites par les Génois. (Mouynès, AA. Ann. p. #4).
En 1251, Joan Fabre est consul de la Cité.(Mouynès, Ann. p. 49; tbid., p.63). La même année, Joan Fabre et Guillem Fabre sont arbitres (avec quelques autres) au sujet d’un personnage nommé Paidis, qui est déclaré citoyen libre de Narbonne. (Mouynès, AA. p. 135).
En 1270, il est cité en même temps que Miquel de Castillo (1) dans une longue liste de conseillers. (Mouynès, Ann. p. 98).
En 1278, le viguier de Marseille, Isnard d’Auceveins, ‘annonce aux consuls de Narbonne que l'ambassadeur envoyé par Jean’ Fabre et Guillaume Poalliers, recteurs des marchands de Narbonne, a été reçu à Marseille. (Mouynès, AA. p. 103). |
En 1282, Jean Fabre et Pierre-Raymond Rouch, probi homines du Bourg de Narbonne, offrent au nom de la ville, mais en protestant, 500 livres au sénéchal du roi.
En 1284, un Jean Fabre est consul du Bourg. (Mouynès, AA. D. 121). Il est probable que le même nom représente plusieurs personnages et il n’est pas possible en tout cas d'établir un rapport de parenté entre ce Joan Fabre et Guillem Fabre. Nous savons cependant que deux person-
(1) Un des amis de Riquier : cf. Bartsch. Gr. n° 300.
nages du nom de Guillem Fabre vivaient en même temps à Narbonne ; l’un était fils de Pierre-Raymond, l’autre d’un autre Guillem Fabre. L'un d’eux avait un frère, Sicard Fabre ; Joan Fabre pourrait être le frère de l’autre.
Seulement il nous faut reprendre les textes des documents narbonnais pour essayer de savoir auquel des deux se rapporte chacun de ces documents et enfin quel est celui des deux qui s’intéressa à la poésie provençale.
Le nom qui revient le plus souvent dans nos textes est sans nul doute celui du fiis de Pierre-Raymond. Les textes où il est formellement nommé sont nombreux, tandis qu’il n’est dit qu’une jois de l’autre Guillem Fabre qu’il est fils d’un autre Guillem Fabre (1). Or, ce fils de Pierre-Raymond a un frère nommé Sicard et ce n’est pas à lui que peut s’adressér le sirventes de Bertran Carbonel. Il s’adresserait très bien au contraire à l’un des Johan Fabre que nous avons cités et qui serait le frère de Guillem Fabre, fils de Guillem. Quelque désir que l’on ait de voir le troubadour dans le personnage important dont le nom apparaît si souvent dans les textes narbonnaïs de 1222 à 1270 environ, cela nous paraît impossible. Le troubadour ami de B. d’Auriac, de Bertran Carbonel et, nous l’allons voir, d’'Uc de Saint Circ doit être Guillem Fabre, fils de Guillem. S'il n'a pas occupé dans la vie politique de la Cité la place que semble y avoir occupée son homonyme, il a cependant rempli de hautes fonctions : ce qui prouve qu’il dut être un riche bourgeois justifiant les éloges de B. d’Auriac. Il était intéressant de relever en pleine décadence de la littérature provençale, dans une ville où toute l’activité semblait tournée vers le commerce, le goût d’un bourgeois aisé pour la poésie.
Nous avons dit plus haut qu’il fut sans doute en relations avec le troubadour Uc de Saint Circ. Du moins celui-
LS
(1) Cf. P.
nn —
ae ner
ci lui a consacré une cobla d’ailleurs assez énigmatique (Mahn, Ged. 1163). Elle fait partie d’une pièce où Uc de Saint Cire essaye de caractériser le talent de trois troubadours contemporains. De l’un d’eux,'Peiramon, N ne reste plus rien et Bartsch ne le cite que d’après cette poésie d'Uc de Saint Circ. Raimon est probablement le troubadour dont il nous reste trois tensons (Bartsch, Gr. n° 393) : Uc le loue d’être fin pour trouver, mais lui reproche d’être grossier dans les autres affaires de la vie:
Raïmonz en trobar es prims Mas en autr’ afar es gros.....
Quant à Guillem Fabre, voici ce que Uc de Saint Cire dit de lui :
Guillelms Fabres nos fai en brau lignage (1) Manz braus broncs brenx bravan de brava guia E rocs e brocs que met en son cantage
E fils e pils e motz de galgaravia
E‘cornz e critz e gotlen
E durs e mus e musas e musen
E naus e mars et auras efreich ven
E pix e nix qe trai d’astronomia.
Les
Il est peu utile de chercher à traduire ces vers baroques dont le sens général est du reste assez clair. Il est évident que Uc de Saint Cire reproche à Guillem Fabre son style âpre et dur, ses mots rares, peut-être aussi sa recherche de l’allitération. Mais nous ne remarquons rien de pareil dans les deux sirventes qui nous restent de lui. C’étaient peut-être là des défauts de ses premières poésies; car la pièce d’Uc de Saïnt Circ doit être de la première moitié du xrne siècle (2), et la vie de Guillem Fabre, qui a été
(1) Lenguage ? | (2) Les dates assignées par Diez à son activité poétique sont 1200-1240 ;
Diez, Leben und Werke der Troubadours, 2 éd., p. 300.
to
consul en1244-45, se prolonge au delà. Des trois pièces où G. Fabre est cité, celle d'Uc de Saint Cire serait donc la première en date, celles de B. d’Auriac et de B. Carbonel viendraient après; nous savons en effet que l’activité poétique de ces troubadours s’exerça surtout dans la dernière moitié du xrrre siècle (1).