TEXTES
G. FABRE DE NARBONES
Hon mays vey, pus truep sordeyor A quest segle, per qu’ ieu l’ azir, Ab mais d’engan, ab meyns d’ amor, . Sem de vertat, plen de mentir, 5 Mal e felh e salvatge ; Quar tric e prim en falsetatz, Enveyos d’autrus dos donatz
Plus je regarde ce monde, plus je le trouve mauvais ; aussi je le hais. On y trouve beaucoup de tromperie, peu d'amour; la vérité en est absente, mais le mensonge y règne ; il est mauvais, criminel, sauvage ; car la majorité de ceux que je vois maintenant sont trompeurs et parfaits
(1) Voici le tableau des Guillem Fabre dont on connaît l'existence aux X11e et XIIe siècles :
xu° siècle (1167) Guillelmus Faber (A.) xiu° siècle, Pierre-Raymond Fabre { + avant 1241) * Guillem Fabre ( + avant 1953.)
| Guillem Fabre (1200-1269 ?) Guillem Fabre (le troubadour)
Il se pourrait que le Guillelmus Faber de 1167 fût le père de Pierre-Raymond Fabre et du premier Guillem Fabre, et que leurs fils fussent ainsi unis par un étroit lien de parenté.
is 09
E d’autruy heretatge e Son lo pus d’aquelhs qu’ er vey natz, 10 Per quel mons es en mal mesclatz.
* Joy e deport, pretz e valor
Vezem pauc en luec enantir,
Quar pauc son li pro valedor
À cuy platz donar e complir
15 Valens faitz d’agradatge ;
Mas maldizens vezem assatz
E reprendens pel mon levatz, Qu’apellan nesciatge
Cortz e bobans e dos honralz
20 E lauzan ajustar rictatz.
Per so li fals reprendedor Qu’amortan be lauzan fallir, Son appellat cossellador ; E silh que: Is degran mielhs delir, 29 Crezon pus lur lengatge, Quar lur cossellan cobeytatz ;
en fausseté ; ils envient les dons qu’on fait aux autres et l'héritage d'autrui; aussi le monde est-il engagé dans le mal. |
Nous voyons joie et plaisir, mérite et valeur faire peu de progrès; car peu nombreux sont les vaillants qui aiment à donner et accomplir de belles actions; en revanche, nous voyons beaucoup de médisants et de censeurs levés par le monde qui appellent folie les cours fastueuses et les dons honorables (?) et recommandent d’amasser des richesses.
C’est pourquoi on appelle conseillers ces critiques peu sincères qui tuent le bien en louant le mal ; et ceux qui devraient le mieux les châtier sont les premiers à écouter leurs paroles, car ils leur conseillent la convoitise ; car leur désir (de s'enrichir) est tel qu’ils suivent facilement la voie (où ces faux conseillers les engagent) (1); aussi leur
(1) La traduction de ces deux vers est de M. Chabaneau.