REFRAIN
Toute chose qui est mauvaise, Fortement éloignez-la.
Vous qui faites les Dieux (qui jonglez),
Beaucoup vous fuites mal ;
Il est un, le Parfait Esprit,
Lui seulement, ayez-le pour Dieu.
Toute chose etc.
Trop il se rend misérable
Celui qui est ivrogne,
Et aussi celui qui est impudique,
Et aussi celui qui se fâche.
Toute chose etc,
C’est dur le mauvais esprit
Toujours que l’on soit avec lui ;
Que l’on soit tourmenté,
Toujours qe l'on soit dans le feu.
oute chose etc.
Une grande joie, je vous le dis, règne dans la mission de la Grande-Anse. Partout des coups de fusil, partout des pavillons français que plusieurs font jouer sur leurs mats, à notre passage, pour nous saluer ; ét nos hommes qui ne sont pas des nigauds, saluent avec notre grand pavillon, comme on fait sur les vaisseaux d'outre-mer. Cinq barges et un canot d’écorce sont à notre suite. De la Grande-Anse, une autre barge, bien chargée, vient audevant de nous, et nous attend chez M. Pierre Fortier.
Enfin nous voici en face de la ferme de feu M. Théodore Olscamp ; c’est l'une des plus belles fermes du Saint-Maurice. Elle est occupée aujourd'hui par M. Télesphore Pelletier, gendre de M. Dhounp. lle va être vendue bientôt ; espérons que M. Pelletier l'achètera, afin de continuer les traditions de religion et d’hospitalité de son beau-pere. (1)
Nous comprenons facilement pourquoi on appelle cette mission-ci la Grande-Anse ; vis-à-vis la ferme de M. Olscamp, où se trouve la chapelle, le fleuve s’élargit en demi-cercle, et forme une anse des plus grandes et des plus belles que l’on puisse voir.
Nous sommes donc au terme du voyage de ce jour; nous abordons chez M. Pelletier, où nous sommes accueillis de la façon la plus cordiale.
La maison, bâtie par M. Olscamp, est très confortable et très spacieuse. On voit que ce chrétien voulait se mettre en état d'exercer une hospitalité aussi large que son cœur était généreux. Mais il a surtout donné la mesure de son esprit de foi et de sa générosité, en bâtissant, à ses propres frais, une jolie chapelle de 35 pieds sur 25. Cette chapelle est très gaie, et elle suffit amplement pour la mission. A l’intérieur il n’y a pas de voûte ni d'enduits, mais l'autel est fait avec beaucoup de goût. Personne ne nous reprochera de dire que c’est l'ouvrage de M. Pelletier lui-même. Devant l'autel se trouve une belle lampe donnée par M. Neilson des Trois-Rivières.
A la Grande-Anse on se croirait au milieu d’une vieille paroisse, et l'on oublie volontiers que l’on est si loin de la ville. La mission prend ici un caractère de solennité qu’elle n'avait pas ailleurs, à raison du local qui se prête mieux aux cérémonies religieuses, mais tout se fait dans le même ordre et de la même manière que dans les deux missions déjà visitées. Monseigneur parle aussi à peu près dans les mêmes termes.
(1) Ceci est fait maintenant. M. Pelletier sera heureux d'exercer AE d'e envers le missionnaire du Saint-Maurice, qui ira probablement se fixer à la Grande-Anse dans quelques mois.
Chez M. Pelletier nous avons un grand salon, des chambres à coucher, un grand réfectoire qui peut convenir à un évêché, et des mets assez bien préparés pour donner du dépit à nos ménagères trifluviennes.
Après le souper, hous allons faire une petite excursion de pêche ; Monseigneur est de la partie. Nous traversons le fleuve, et nous rapprochant d'une petite crique, nous faisons quelques tours en traînant une ligne ; maïs hélas ! il fait déjà trop sombre, le poisson ne mord pas, Cependant un doré qui avait peut-être meilleure vue que les autres, saisit l’hameçon ; on se hâte de tirer 1à ligne. et le poisson parait hors de l’eau, mais alors il s'échappe. Nous revenons les mains vides. I] faut dire que nous commencions à nous accoutumer à cela; combien de fois notre bon petit Nestor n'a-t-il pas jeté sa ligne à l’eau pendant notre voyage, mais il y avait toujours d’autres vaisseaux derrière le nôtre, et, par suite de cela, il prenait toujours des poissons d'avril, autrement dits des petits riens tout neufs.
Nous gagnons bien vite notre lit après cette pêche infructueuse, et nous nous vengeons en dormant sur les deux oreilles. Oh! qu'on dort bien à la Grande- Anse !
Je dis la messe à cinq heures et demie, et M. Prince la dit après moi. Nous avons pour la servir le jeune Joseph Olscamp, frère de Madame Pelletier. Monseigneur, comme à l'ordinaire, dit sa messe à sept heures et demie.
C'est M. Prince qui rompt le pain de la parole au bon peuple de la Grande-Anse; il prêche sur le blasphême.
Monsieur le curé dit la dernière messe, pendant laquelle Monseigneur fait encore seul les frais du chant, toujours avec le même succès. Monseigneur confirme ensuite 26 personnes; 47 personnes avaient reçu la sainte communion,
A la fin de son entretien sur le Saint-Esprit, Monseigneur met la mission sous le patronage de S. Théodore, en mémoire de M. Théodore Dao fondateur de la chapelle et premier colon de la Grande-
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Anse. Et la cérémonie se termine par la bénédiction solennelle.
Quand nous étions allé prendre une tasse de café après notre messe, Madame Pelletier avait bien voulu nous chanter la complainte sur la mort de son père. Ce ne fut pas sans de terribles serrements de cœur, mais elle tenait à nous la faire entendre. Le chagrin causé par cette mort est pour elle un de ces choses que le cœur ne peut oublier, tant qu'il n'a pas cessé de battre. Ah! quelle perte la mission tout entière de Saint-Théodore n’a t-elle pas faite par la mort soudaine d’un tel bienfaiteur !
Mme Pelletier nous apprit plusieurs choses intéressantes concernant sa famille. Madame Olscamp fut la première femme canadienne qui alla résider dans le Haut Saint-Maurice. M. George Gouin qui l'avait fait monter à la Tuque, avait donné à ses gens l’ordre de voit à ce que cette première canadienne du Saint- Maurice ne manquât de rien. Monsieur Olscamp était alors contremaître, au service de M. Gouin. Pendant la deuxième année de son séjour à la Tuque, Madame Olscamp donna le jour à une fille; cette Alle qui porta le nom de Marie devint Mme Pelletier. Madame Pelletier est donc la première canadienne qui soit née dans les missions du Saint-Maurice,
Saint-Théodore de la Grande-Anse renferme 90 âmes, 16 familles catholiques, 1 famille protestante, et 46 communiants. Tous les habitants sont cultivateurs. Monseigneur fit les présents d'usage à la famille Pelletier et à tous ceux qui nous avaienr rendu quelques services. Nous prîmes le dîner à onze heures et demie, et à midiet un quart nous étions prêts à partir pour une nouvelle course de quatre lieues, vers la Rivièreaux-Rats.