‹ Deux voyages sur le Saint-Maurice [microforme]Chapitre 11 sur 32 · A LA RIVIERE-AUX-RATS · texte numérisé non relu

A LA RIVIERE-AUX-RATS

Un bon nombre de personnes montent avec nous dans le chaland, entr'autres Monsieur et Madame Pelletier, et nous partons à midi et un quart. Nous passons bientôt l'île aux Noix, où nous remarquons effectivement de superbes noyers; l'île aux Pierres, dont le nom s'explique assez par lui-même.

Notre cheval fournit bravement sa route sur le rivage. Il y a des obstacles nombreux; il les évite, soit en gravissant la côte, soit en entrant dans le: courant du fleuve. Mais en un certain endroit il y à plusieurs arbres entassés les uns sur les autres, et sur ce monceau l’eau du printemps a déposé une couche de terre. Le cavalier a cru pouvoir franchir ce nouvel obstacle; il lance son cheval, et voit la pauvre bête s’enfoncer entre les troncs d'arbres. Le cheval faisait des efforts terribles, et s’enfonçait de plus en plus. Alors nous approchons du rivage, et une dizaine d’hommes de notre suite s’élancent à terre ; ces hommes forts éloignent quelques troncs d'arbres, préparent une sortie assez facile, et après quelques minutes notre cheval était déjà prêt à continuer sa route,

Nous allions entre deux rangs de grands arbres et de hauts rochers, quand nous commençâmes à entendre de nombreuses décharges d'armes à feu : on nous dit alors que nous arrivions chez M. Georgé Adams. Ce monsieur possède des carabines à seize coups ; on peut bien avec cela simuler la présence d’un régiment tout entier. Nous faisons ici une petite halte.

M. George Adams est protestant, mais son épouse, Olive Dontigny, est catholique. Monsieur le curé avait été averti de la naissance d’un enfant dans cette famille, et comme la mère n'était pas assez bien portante pour venir à la mission, il avait promis de baptiser le nouveau-né à la maison, à son prochain voyage. Il invita Monseigneur Laflèche à faire le baptême luimême, et cette invitation fut acceptée avec plaisir, Tous ceux qu'il y avait dans le chaland montèrent chez M. Adams, à la suite de Monseigneur ; la famille de M. Louis Blackburn, une famille canadienne française, maigré son nom britannique, vint s'unir à nous, et nous formâmes ainsi un cercle considérable autour du vénérable évêque qui commença immédiatement le ty Sri L'enfant, une jolie petite fille, reçut le nom d'Alice Isabelle; Madame Adams la portait elle-même au baptême, et les parrains étaient Monsieur et Madame Pelletier de la Grande-Anse. Monseigneur fit d'importantes recommandations aux parrains et à la mère, puis nous retournâmes à notre chaland. Les coups de carabine commençèrent de nouveau à retentir; les effets d'écho sur les grands rochers voisins étaient saisissants.

Notre chaland est en marche, et nous passons bientôt à l'embouchure de la petite rivière Batiscan. I} y a sur les bords de cette rivière de belles terres à coloniser; mes chers lecteurs, n'oubliez pas cela, je vous en prie,

Mais quelle est cette pointe qui s’avance ici dans le fleuve? On nous répond que c’est la pointe de Sintamaskine. Ce nom sauvage, probablement un peu défiguré par les canadiens, signifie, parait-il, action de se baisser. C'est ici qu'autrefois les guerriers venaient se mettre en embuscade ; ils se éarssatent au pied des grands arbres, puis ils tombaient d’une manière inopinée sur leurs ennemis qui débouchaient par la petite rivière Batiscan. D'après les traditions des voyageurs du Saint-Maurice, quarante hommes auraient été tués sur cette pointe dans un combat meurtrier contre les Iroquois.

L'histoire est-elle d'accord avec la tradition ?

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