‹ Deuxième collection Camille LecuyerChapitre 11 sur 77 · PLANCHE IX · texte numérisé non relu

PLANCHE IX

1. ÉrOS péchant a la ligne. — Ha recouvert de son himation le rocher sur lequel il est assis et est entièrement nu. Les seins sont légèrement proéminents, le modelé du corps coulant et moelleux. Sur la poitrine, un bijou rond suspendu à un cordon ; sur la tête, une de ces coiffures compliquées très usitées à Myrina : d’abord une ténie sur le front, puis une guirlande de feuilles de lierre pointues et de fruits ronds, une couronne pointillée autour de laquelle s’enroule une bandelette, et un chapeau rustique bien à sa place ici, étant donnée l’occupation du jeune dieu’. Ses ailes, au repos, sont larges ouvertes derrière lui, et les grandes plumes horizontales en sont dessinées avec un soin extrême avec leurs grandes arêtes et leurs barbes obliques. Dans les deux mains, dont les doigts sont cassés, passait primitivement une ligne, kulamos, sans doute en métal, dont, l’extrémité était assujettie dans un petit trou pratiqué a la cuisse. Éros pêche au bord de la mer, comme l’indiquent les quatre petits flots qui viennent se dresser au pied du rocher, et toute l’attitude est d’une justesse parfaite : une des jambes étendues s'appuie sur le sol a gauche, et le haut du corps se tourne vers la droite, la tête inclinée, l’œil épiant le moment où le poisson va mordre pour ne pas le manquer. Le mouvement est également très visible lorsqu’on regarde la figurine de dos ; elle a été reproduite sous cet aspect, planche 38 bis , n" 1. — Hauteur : o m. i85.

Les anciens étaient très friands de poisson, peut-être parce qu'en Grèce et en Italie la viande n’était, dans l’antiquité comme de nos jours, ni abondante ni fameuse; quoi qu’il en soit, pour les jeunes viveurs d’Athènes du lu" siècle et des siècles suivants, il n’était point de bon souper sans poisson. Les gourmets romains arrivèrent sur ce point à une délicatesse de goût extraordinaire; non seulement ils luisaient, comme de juste, une grande différence entre les espèces, mais ils prétendaient reconnaître au goût

Voir plus haut pl. a, n" 6.— a. Cf. La nécropale de Myrina, pl. XLVII, fig. 4-

TERRES CUITES ANTIQUES TROUVÉES EN GRÈCE ET EN ASIE MINEURE

particulier de la chair l’endroit où le poisson avait été pris. On sait que les grands personnages avaient des viviers remplis d’eau de mer, où ils gardaient et engraissaient les espèces les plus savoureuses, pour que leur menu ne fût point dépendant des saisons et des tempêtes. Dans ces conditions la pêche devait avoir un grand développement; la pêche à la ligne paraît avoir été pratiquée d’une façon très active, car X Anthologie est pleine des infortunes des amateurs de cet exercice, infortunes plus tragiques que celles de leurs congénères de nos jours. Voici l’épitaphe de deux d’entre eux' :

« Amas de pierres placé sur le rivage, je recouvre Glénis entraîné dans les replis terribles d’une vague, tandis qu’il pêchait du haut d’un rocher. Je suis l’œuvre de tous ses camarades. Protège-les, Posidôn, et fais que le calme règne toujours sur le rivage pour ceux qui laissent tomber la ligne. »

« Ménestratos, le pêcheur, a péri victime de la proie de sa ligne faite de six crins enlacés, lorsqu’un x’ouge goujon des algues bâillant autour de l’appât errant de l’hameçon meurtrier eut avalé l’engin aigu; le pêcheur le brisait sous sa dent, lorsqu’il causa sa mort en se pi'écipitant d’un bond l'apide dans sa gorge glissante. »

On voit que les pêcheurs grecs avaient la coutume bizarre, une fois le poisson décroché, de le tuer d’un coup de dent. On a retrouvé à Myrina* quelques statuettes représentant ces malheureux. Il faut surtout rapprocher de notre Éros le joli pêcheur en bronze de Pompéi5, aussi attentif, aussi affairé que que le nôtre, mais dans une pose un peu différente ; son pied droit levé semble indiquer qu’il tire un poisson de l’eau. Les fresques de Pompéi nous présentent quelquefois le pêcheur à la ligne se livrant au milieu d’un paysage pittoresque à ses occupations4; mais ce qui est plus curieux, c’est qu’elles nous montrent une jeune femme qui paraît être Aphrodite elle-même accompagnée d’Éros, ou bien Éros tout seul pratiquant avec une patience méritoire ce passe-temps inoffensif5.

2. Éros tirant de l’arc. — H fait naturellement pendant au précédent, étant de même facture. Il est nu, debout sur la jambe gauche, la droite mobile. Sur sa tête sont superposées une ténie frontale, une guirlande de fruits ronds et de feuilles de lierre pointues, une couronne pointillée entourée d’une bandelette dont les larges bouts retombent sur ses épaules. Ses grandes ailes sont dressées comme si elles battaient encoi'e. Sur le rocher qui sert d’appui à la figurine est jeté l’himation. Éros tire de l’arc comme l’indique la position des bras et des mains dont les doigts sont cassés. L’œil fixé sur le but suit la direction que va pi'endi'e la flèche en s’envolant. — Hauteur : o m.

A l’époque gréco-romaine les flèches d’Éros sont le symbole le plus usuel pour exprimer l’atteinte imprévue de l’amour6. Peut-être ne faut-il pas attacher ti'op d’importance à ce fait que la flèche est ici dirigée de bas en haut; car ce n’est pas seulement le cœur des mortels, mais aussi celui des dieux que prend pour cible le divin archer. « Il frappe au loin, jusque dans l’Achéron, il atteint le roi d’Hadès. Si petite qu’elle soit, sa flèche est emportée jusqu’à l’éther7. » Cependant cette direction elle-même n’est, pas indifférente. L’Eros voisin étant un pêcheur, j’inclinerais à voir dans celui-ci un chasseur qui perce de ses flèches quelque oiseau. L’Ei'os chasseur est fréquent sur les monuments, en particulier à Pompéi8; il est bien possible que la chasse et la pêche fussent des symboles transparents pour signifier l’activité avec laquelle le dieu poursuivait d’autres proies moins champêtres.

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