‹ Deuxième collection Camille LecuyerChapitre 12 sur 77 · PLANCHE X · texte numérisé non relu

PLANCHE X

1. Aphrodite debout groupée avec un dauphin. La déesse est debout sur la jambe gauche, la di’oite mobile. Comme la Vénus de Médicis et une foule de ses répliques, comme un certain nombre de Vénus en terre cuite de travail romain trouvées en Crimée, à Myrina et ailleurs, la figurine a près d’elle

x. Anthologie. Palatine , t. I, ch. vu, n°’ 6g3 et 70a; d’Apollonidis. — a. La nécropole..., j>1. XLVI, 1, 3, et XLVII, 4. — 3. Real Masco Rorltonico, t. IV pl. LV. — 4. Ibid., t. VI, pl. LV. — 5. Ibid., t. II, pl. XVIII; t. IV, pl. IV; t. XI, pl. LV1. Helbig, Wamlgcmdlde..., n01 346-355, 8ao. — 6. Mittheil. d. k. d. a. Instit., Rom. Ahtheil., I8S7, p. 44-5a. H. Heydemann, Le Irccce amoroso di Eros. — 7. Moschos, I, v. i3. — 8. Helbig, Wandgemalde..., n° 807 sq.

DEUXIÈME COLLECTION CAMILLE LËCUYEtL

un dauphin dressé sur la tête. Mais celui-ci n’affecte pas les formes fantastiques que montrent parfois les statues des musées; le bout de sa queue s’étale sur la cuisse de la déesse sans voiler sa nudité. Le caractère érotique du dauphin est un lieu commun de l’archéologie; toutefois, comme il n a pas ici sur son dos un petit Éros, il semble que ce soit surtout son caractère d’animal marin que 1 artiste a voulu faire ressortir pour rappeler les rapports d’Aphrodite avec l’élément humide.

Quant au geste de la déesse, il est analogue — mais non pas identique — à celui de la Vénus Genetrix*. Ici l’himation soulevé est devant, et non derrière l’épaule; il ne s’agit, pas de savoir si la déesse va s’en revêtir, car ce n’est qu’une simple draperie gonflée par le vent, comme une voile, destinée au point de vue esthétique à accompagner la figurine, au point de vue mythologique à nous avertir que nous sommes sur le bord des flot tourmentés par les tempêtes, auxquelles commande Aphrodite pclagia. L’idée de la draperie substituée au vêtement correctement disposé dans un but pratique, draperie que l’artiste jette suivant, sa fantaisie pour mieux faire ressortir le nu, a pris naissance dans l’art, antique à l’époque hellénistique et surtout gréco-romaine ; on la trouve sur les reliefs, sur les peintures de Pompéi, sur nos terres cuites.

Les formes du corps sont, celles de la femme dans son complet épanouissement. Le visage d’une beauté calme et régulière est encadré d’une chevelure ondulée bouffant sur les tempes, nouée par derrière en chignon. La déesse ne paraît hantée par aucune pensée de coquetterie. Elle regarde à droite avec sérénité; on peut supposer qu’elle voit devant elle l’immensité des flots. « Cet endroit, est consacre a Kypris, dit une épigramme de X Anthologie Palatine ! ; car elle aime toujours à voir du rivage la mer brillante pour assurer aux marins une heureuse navigation, et la mer tremble alentour en apercevant la statue éclatante. »

Base ronde à deux degrés. — Hauteur : o m. 27.

2. Éros essayant de saisir un papillon. — Il est entièrement, nu et présente les formes arrondies et moelleuses des Éros de la planche 9. Sur sa tête, on voit superposées une ténie frontale descendant assez bas, une guirlande de fruits ronds et de feuilles, une épaisse couronne pointillée ornée d’une bandelette qui tombe sur ses épaules ainsi que des boucles de ses cheveux. Il marche avec précaution, s’incline en avant et étend les mains, afin de saisir un papillon qui grimpe le long d’une éminence rocheuse assez élevée pour servir par derrière d’appui à la figurine et. sur laquelle on distingue quatre rosaces à ombilic saillant et à huit pétales ; ces rosaces paraissent indiquer ici les fleurs qui croissent sur le sol, car le papillon se dirige vers l’une d’entre elles. — Hauteur : o m. 19.

Il est inutile d’insister sur l’attitude gracieuse d’Éros qui couve des yeux sa proie ; c’est là un mérite qui saute aux yeux. Les monuments qui représentent. Éros à la poursuite du papillon sont nombreux3. A propos d’un camée trouvé sur la presqu’île de Taman, dans un tombeau du milieu ou de la deuxième moitié du m0 siècle, et qui montre Éros marchant doucement en avant pour s’emparer d’un papillon qui voltige autour d’une saillie de terrain, Stephani * a émis l’opinion qu’il ne fallait voir là qu’un jeu d’Éros, qui ailleurs poursuit d’autres animaux. Le papillon 11e serait pas encore en rapport avec Psyché. La Psyché de la planche 11, n° 5, qui est de la même facture que notre Éros, ne permet pas d’accepter cette explication pour la terre cuite en question. Au moment où elle a été fabriquée, le papillon et Psyché étaient en rapports étroits : ce n’est pas d’un insecte vulgaire qu’Éros s’approche ici sans autre pensée que celle d’un amusement, quelconque.

3. Hermaphrodite debout. — II est nu; son himation, réduit presque à l’état de simple ruban, est passé sur le bras gauche et descend le long du corps jusqu’à terre. Il est chaussé de sandales tenues par un bouton placé entre les deux premiers doigts de pied et par des cordons qui montent jusqu’au-dessus de la cheville. Au milieu de sa poitrine, une amulette ronde dont le cordon simplement peint a disparu. Les cheveux tombent en lourdes masses jusque sur le cou. Il incline la tête en souriant et porte à la main une phialé. La figurine est si justement équilibrée qu’elle se tient debout quoiqu’elle ait perdu sa base. — Hauteur : o m. 28.

Notre personnage appartient non pas à l’ancienne conception orientale de l’hermaphrodite réunissant

1. Cf. la sla lue de Dresde qui offre quelque ressemblance avec noire statuette, Clame, Ga5, n" i4oa. — a. T. II, ch. ix, 144. — 3. Sur le groupe de la Collection I. Gréau, 1886, pl. ?5. c’est le pnpillon qui est venu se poser sur le bras d’Éros. — 4. C. R. p. 1877, p. 6a.

TERRES CUITES ANTIQUES TROUVÉES EN GRÈCE ET EN ASIE MINEURE

en sa personne une double fécondité, mais à la création artistique plus récente, qui se propose d’unir dans un même être les caractères de la beauté masculine et de la beauté féminine. Il y a là un assemblage qui nous paraît monstrueux et qui nous répugne; l’antiquité en jugeait, autrement. Cbristodore' décrit ainsi une statue de cet être androgyne :

« L aimable Hermaphrodite était debout, ni tout à fait homme, ni tout à fait femme; c’était sur la statue un mélange : on reconnaissait le fils de Kypris à la belle draperie et d’Hermès ; il montrait des seins pleins de sève comme une jeune fille et étalait à tous les regards l’emblème viril de la génération, mêlant ainsi les formes d’une double beauté. »

Comme en général dans les hermaphrodites debout, c’est le caractère masculin qui domine ici. La phialé inclinée, destinée a recevoir et à laisser couler à terre la libation, nous avertit que nous avons affaire à un être divin.

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