PLANCHE XY
1. Éros debout, figurine en forme de vase. — Éros est debout sur la jambe droite, la gauche mobile. Il a de grandes ailes d hirondelle, les cheveux courts et bouclés, les mêmes traits ronds et souriants que celui de la planche i/j, n° i. Le corps est de face, le visage tonrné vers la gauche. Dans la main gauche Éros tient une corbeille d ou débordent des fruits, dans la main droite une pomme. Un long himation qui passe sur son épaule gauche et sur son bras droit le laisse à peu près nu. Un goulot et un orifice trilobé de proclious ornés de deux rosaces à centre creux s’élèvent au-dessus de la tête; base arrondie. Des vases de cette planche et de la précédente c’est le seul qui ne soit pas fermé par dessous. — Hauteur : o m. 23.
Éros n est pas seulement le dieu de l’amour; comme Aphrodite, il est, dans une certaine mesure, le dieu de la végétation et du printemps; la fleur est un de ses attributs. Ici les rinceaux qui s’élèvent du sol paraissent indiquer des plantes, et les fruits de la corbeille font allusion à sa puissance productrice. Mais il semble bien qu il soit sur le point de jeter à quelque beauté absente la pomme qu’il tient à la main ; de sorte que notre statuette symboliserait son double caractère.
Ce qui est curieux, c est la façon dont sont traitées les ailes et la draperie. Comme les ailes pointues, la diaperie a été coupée dans 1 argile avec un outil tranchant. Ses contours anguleux, les rainures qui y ont été hardiment creusées pour accuser les plis contrastent avec le modelé moelleux du corps.
A. Tète û Aphrodite en forme de vase. — Ce petit vase appartient à une série bien connue et largement représentée dans les musées1. Au-dessous d’un goulot de lécytlie une tête de femme encadrée dans une chevelure en bourrelet striee horizontalement qui tombe sur les épaules. Sur la tête un diadème orné d un rang de perles d où descend un voile. Malgré la sévérité d’expression du visage, il faut sans doute reconnaître ici Aphrodite. — Hauteur : o m. 1 1 .
3. Tète bachique en forme de vase. — Un petit lécythe analogue au précédent nous montre une tête de femme surmontée d’une couronne pointillée et de feuilles de lierre. De chaque côté du visage trois boucles de cheveux en tire-bouchons. La tête se détache sur un fond qui n’a rien à voir avec le voile de la tête précédente. L’expression du visage est calme et douce. — Hauteur : o m. 09.
4. Niké, figurine en forme de vase. — Il faut sans doute voir une Niké dans cette figurine, qui pourtant n’est pas nettement déterminée. Surmontée d’un goulot de vase à orifice plat, elle est debout sur la jambe gauche et vêtue d’une longue tunique à manches courtes ouverte en triangle sur la gorge et serrée par une ceinture au-dessous des seins. Les cheveux sont maintenus par une ténie qui
pend sur les épaules. Grandes ailes pointues où les plumes sont sommairement indiquées. Hauteur :
La jeune femme regarde en haut vers sa gauche avec une expression de douceur souriante. Les doigts de ses mains étant cassés, 011 ne sait s’ils ont jamais tenu un attribut. Il semble que ce soit une de ces Nikés qui en sont venues peu à peu à netre plus que la doublure féminine d’Éros. La draperie est traitée avec beaucoup d’art ; collée sur les jambes dont elle dessine les contours, elle tombe de chaque côté et s’étale sur le sol avec des brisures et des lignes serpentines d’un effet pittoresque.
Les deux grands vases de cette planche et ceux de la planche précédente sont de la même fabrique et proviennent du même endroit.
[. Voir G. Ti
1, Griechisehe Thonge fasse, i8j5,pl. I.
PLANCHE XYI
1 et 2 Nikés — Ces deux figurines offrent entre elles une remarquable ressemblance; elles ont été trouvées ensemble et se font naturellement pendant. Toutes deux sont pourvues de grandes ailes dressées, dont les longues plumes légèrement sinueuses sortent d’un bouquet de. duvet et dont la nervure brusquement arrêtée se termine en pointe. Toutes deux sont vêtues d’une tunique talaire laissant échapper une des jambes et frappée par le vent qui la ramène en arrière et. fait onduler le bord inférieur. Vapoptfgma agrafé sur 1 épaulé est serré par une eeinture par-dessus laquelle l'étoffe retombe bouffante; d’un côté, il la>sse nu l’un des seins et le rebord replié traverse en biais la poitrine; de l’autre, une large emmanchure ovale donne passage au bras. De part et d’autre les cheveux sont traités de même; retroussés sur les tempes et couvrant à demi l’oreille, ils descendent sur la nuque en épais chignon. Le geste est symétrique mais inverse. Les têtes diffèrent : le visage de la première statuette a quelque chose de plus doux, celui de la seconde quelque
chose de plus sévère. ta,, ,
Suspendues en l’air les deux Nikés se présentent de face, la tête légèrement tournée de cote, le regard dirigé en l’air; les bras sont largement ouverts d’un geste très ample, comme si l’un d’eux portait triomphalement la couronne que la déesse réserve au vainqueur, tandis que l’autre fait contrepoids et équilibre le corps; mais, les doigts étant brisés, ce n’est qu’une hypothèse. Aux pieds, des sandales a
talons bas. .
Analogues aux Nikés de Myrina, ces figurines ont pourtant leur originalité propre et proviennent d une autre fabrique. La patine est belle; çà et là des couleurs lisses et comme vitrifiées. La hauteur des deux statuettes est identique : o m. 355.
PLANCHE XYII
1. jeune garçon défendant contre une oie une grappe de raisin. — Il est vêtu d’une tunique a manches demi-longues serrée par une ceinture au-dessous du ventre qui est proéminent et d un himation qui flotte il sa gauche. 11 est chaussé de demi-bottes. Ses cheveux, séparés par la tresse caractéristique, retombent en deux grosses masses sur ses épaules et forment au sommet de la tete un double chignon. Il marche vers sa gauche en tenant dans ses deux mains une énorme grappe de raisin. Une oie qui le suit en ouvrant le bec voudrait en vain s’en repaître. Les plis de la tunique sont creuses à lebauclioir avec une décision remarquable. — Hauteur : o m. iü.
2. Érn dans la même attitude '. - Il porte une double tunique longue qui est un vêtement féminin et un himation. L’oie se presse contre lui et se dresse en battant des ailes avec impatience. Hauteur : o m. 17.
3. Enfant tenant une grappe de raisin et groupé arec une oie. - Il est assis sur une sorte de grand socle rectangulaire, que couvre en partie sa draperie. Il serre dans ses deux bras le cou et la tête d’une oie et tient une grosse grappe de raisin. On a remarqué que dans le groupement s, fréquent de l’oie et de l’enfant on ne sait pas toujours si celui-ci veut caresser son oiseau familier ou 1 étrangler; il est probable que l’amitié entre les deux camarades était quelquefois troublée par des brouilles passagères. Ici en enlaçant l’oie si étroitement, l’enfant doit lui rendre difficile de satisfaire sa gourmandise. - Hauteur : o m. io.
Il a déjà été publié dans la première Collection Lecuyer, pl. Y, lig. 3.
TERRES CUITES ANTIQUES TROUVÉES EN GRÈCE ET EN ASIE MINEURE. 17
4. Éphèbe laissant becqueter par une oie une grappe de raisin. — Il est debout, les pieds joints, le corps portant également sur les deux jambes*. Son himation agrafé sur son épaule droite pend par derrière. J1 serre contre sa poitrine un objet indistinct. Le visage souriant regarde vers la droited’abondantes boucles de cheveux l’encadrent; sur le milieu de la tête la tresse traditionnelle. L ephèbe laisse pendre une grappe de raisin qu’une oie dévore avec délices. — Hauteur : o m. 20.
L’oie était un animal familier chez les anciens qui, n’ayant pas à son égard les mêmes préjugés que nous, le trouvaient aimable et beau et en faisaient le symbole de la femme d’intérieur vigilante, sa^e, féconde et soigneuse5. S’il n’est point un élément essentiel de la composition qui nous occupe, car il est quelquefois remplacé par un coq ou même par un chien, il y joue cependant un rôle fréquent. Quant au sens de la scène, est-ce simplement un fait-divers de la vie de tous les jours ou un motif héroïsé ? On remarquera quelle a ici pour acteurs un enfant, un jeune garçon, un éphèbe et un Éros à coiffure et à vêtements féminins. Cet Éros n’est point de ceux auxquels à l’époque romaine 011 a prêté toutes les occupations et les divertissements de l'homme. D’autre part, sur les grands vases de l’Italie méridionale, l’oie est placée dans les mains de jeunes gens morts abrités sous un hérdon; elle figure également parmi les offrandes apportées au mort. La seconde explication est donc la plus vraisemblable; l’énormité de la grappe dans trois cas sur quatre sort des lois ordinaires de la nature1 * 3 4.